Les élections du Conseil fédéral suisse de 2007 sont un événement politique ayant lieu le à Berne.
Élu par les parlementaires de l'Assemblée fédérale, le Conseil fédéral suisse est le gouvernement du pays. Il fonctionne sur une base collégiale et sa composition repose sur une formule dite « magique ». La Constitution fédérale prévoit que le Conseil soit réélu dans sa totalité à la suite des élections fédérales, en l'occurrence celle d'octobre 2007.
Tous les conseillers fédéraux sortants se présentent à leur réélection. Des appels sont lancés pour ne pas réélire certains d'entre eux, comme Samuel Schmid (UDC), Pascal Couchepin (PRD) et Moritz Leuenberger (PS), en raison de leur ancienneté au sein du collège gouvernemental. Christoph Blocher (UDC), décrié pour son style et ton politiques peu collégiaux, fait face à un candidat proposé par les Verts, Luc Recordon, mais celui-ci n'a que peu de chances d'être élu.
La chancelière de la Confédération Corina Casanova est élue sans difficulté pour remplacer Annemarie Huber-Hotz. Du côté des conseillers sortants, tous sont réélus au premier tour de scrutin à l'exception de Christoph Blocher. Un plan organisé par des personnalités dirigeantes du Parti socialiste, du Parti démocrate-chrétien et des Verts permet à la Grisonne Eveline Widmer-Schlumpf de prendre la place du Zurichois. L'Union démocratique du centre n'accepte pas le remplacement du tribun du parti et prononce l'exclusion d'Eveline Widmer-Schlumpf et de Samuel Schmid du groupe parlementaire. Ces derniers fondent alors le Parti bourgeois-démocratique, redéfinissant pour quelques années la composition de la formule magique.
Largement débattues dans les médias suisses, ces élections font l'objet de deux livres, dont un de politique-fiction, ainsi que d'un reportage produit par .
Généralités Élection du Conseil fédéral vignette|upright|alt=Photographie d'une salle réunissant plusieurs personnes assises à des pupitres en bois.|L'Assemblée fédérale (ici en Chambres réunies) est l'organe qui élit le Conseil fédéral.
Le Conseil fédéral est l'exécutif fédéral suisse. Il est composé de sept membres, élus pour quatre ans par l'Assemblée fédérale (le parlement fédéral), .. Étant donné que l'Assemblée fédérale est composée de deux chambres, le Conseil national et le Conseil des États, elles siègent pour l'occasion ensemble (en Chambres réunies) dans la salle du Conseil national, ..
Tout citoyen suisse éligible au Conseil national peut être élu au gouvernement fédéral. Cela veut dire que tout citoyen suisse majeur qui ne souffre pas de maladie mentaleLa formulation utilisée dans la Constitution est . La loi sur les droits politiques dispose que les personnes sous curatelle de portée générale ou sous mandat pour cause d'inaptitude sont exclus du droit de vote, peut se présenter et être élu.
La Constitution fédérale dispose que le Conseil fédéral est élu après chaque renouvellement du Conseil national (chambre basse). Dans la pratique, l'élection du gouvernement a lieu au cours de la session parlementaire qui suit immédiatement les élections fédérales.. L'élection se déroule à bulletin secret. et à la majorité absolue des votes valables.Les votes blancs et les bulletins nuls n'entrent pas dans le calcul de la majorité absolue ()., généralement sur la base d'une proposition soumise par un groupe parlementaire. Historiquement, l'Assemblée fédérale a tendance à n'élire que des personnes qu'elle connaît, autrement dit des parlementaires fédéraux ; cette tradition représente donc un certain obstacle pour de potentiels ..
Chaque membre du Conseil fédéral est élu séparément, un par un, par ordre d'ancienneté, c'est-à-dire que le conseiller fédéral en fonction depuis le plus longtemps est le premier à se présenter à sa réélection.. Les élections au Conseil fédéral sont un des points d'orgue de la politique fédérale suisse. Le Parlement n'a pas la possibilité de destituer le Conseil fédéral en cours de mandat ou de voter une motion de défiance à l'encontre du gouvernement, ..
Formule magique
La formule magique désigne une règle non écrite, déterminante pour la répartition partisane des sièges au Conseil fédéral. Cette règle a pratiquement valeur de règle constitutionnelle et joue un rôle essentiel dans le système de concordance.
Entre et , la formule magique est de deux membres du Parti radical-démocratique (PRD)Le Parti radical-démocratique (PRD) a fusionné avec le Parti libéral suisse (PLS) pour former le Parti libéral-radical en ., deux membres du Parti socialiste (PS), deux membres du Parti démocrate-chrétien (PDC)Le Parti démocrate-chrétien (PDC) fusionne avec le Parti bourgeois-démocratique (PBD) pour former Le Centre (Suisse) en . et un membre de l'Union démocratique du centre (UDC). À la suite des élections fédérales de 2003 et de l'augmentation du poids électoral de l'UDC, la formule est révisée pour comporter deux PRD, deux PS, deux UDC et un PDC.. Lors des élections au Conseil fédéral de 2003, Christoph Blocher (UDC) devient ainsi le deuxième membre UDC du collège gouvernemental, au détriment de Ruth Metzler-Arnold (PDC), qui n'est pas réélue.
Collégialité
La Constitution fédérale dispose également que le Conseil fédéral .
Le principe de collégialité pour le Conseil fédéral est inscrit explicitement dans la loi : . La collégialité au Conseil fédéral comporte deux aspects : l'égalité parfaite entre les membres du collège gouvernemental, d'une part, et la concordance, d'autre part, .. Il s'agit d'une des caractéristiques les plus importantes du système gouvernemental suisse, car les conseillers fédéraux discutent et décident ensemble des sujets qu'ils traitent, afin de dégager le consensus le plus large possible. La collégialité a aussi pour vocation de protéger les minorités (politiques, linguistiques)..
Contexte politique Élections fédérales de 2007 vignette|upright|Christoph Blocher, conseiller fédéral élu en (ici en ), figure de proue de l'UDC.|alt=Portrait en noir et blanc d'un homme en costume portant des lunettes.
La campagne pour les élections fédérales de 2007 est considérée comme particulièrement dure, . et empoisonnée., voire violente selon certains journalistes étrangers, notamment après des heurts le à Berne entre des militants UDC et des ., ce qui ternit l'image de la Suisse à l'étranger..
La campagne tourne autour des représentants des partis au Conseil fédéral.. Du côté de l'UDC, elle est centrée sur la personne de Christoph Blocher., ., conseiller fédéral zurichois élu en 2003Christoph Blocher est également surnommé ou , et . avec le slogan . L'attention portée à la personne de Christoph Blocher est en particulier liée aux révélations sur l'affaire Roschacher.. Érigé en figure de proue de l'UDC, Christoph Blocher est critiqué par le président du PRD, le Tessinois Fulvio Pelli, qui le compare à Berlusconi., tandis que Le Temps le compare à une figure proche de Moïse.. Le Parti socialiste se pose également en clair antagoniste de l'UDC en général et de Christoph Blocher en particulier.
Au PDC, Doris Leuthard est mise en avant dans la campagne, avec un slogan similaire à celui du parti agrarien : (votez PDC pour renforcer Doris Leuthard). Le PRD ne mise quant à lui ni sur le Valaisan Pascal Couchepin, ni l'Appenzellois Hans-Rudolf Merz. Il en va de même pour le PS avec la Genevoise Micheline Calmy-Rey et le Zurichois Moritz Leuenberger.
Certains commentateurs politiques sont d'avis que les élections fédérales ne sont pas seulement l'élection du corps électoral qui élit ensuite le gouvernement fédéral, mais bien une sorte de référendum sur le maintien ou non de Christoph Blocher au Conseil fédéral, voire une élection anticipée du Conseil fédéral.. D'autres commentateurs y voient plutôt de la part de l'UDC une forme de plébiscite sur Christoph Blocher.
À la suite des élections fédérales, l'UDC gagne six sièges (pour un total de 62) au Conseil national, ce qui est le meilleur score de l'histoire du parti (). Les Verts en gagnent autant, pour arriver à à la Chambre du peuple, sans toutefois dépasser la barre des . Le PDC, après une série de défaites dans les élections fédérales précédentes, fait élire trois nouveaux conseillers nationaux en plus par rapport à 2003. Le Parti socialiste est considéré comme le grand perdant de ces élections, accusant une perte de (se traduisant par neuf mandats en moins) par rapports aux dernières élections fédérales, pour finir à . Andrea Hämmerle décrit à ce propos l'ambiance au sein du groupe parlementaire socialiste comme . Les radicaux perdent également cinq sièges au Conseil national (pour un total de 31 pour la législature).
+ Répartition des sièges au Conseil national après les élections fédérales de 2007.300px Parti 2003 2007 +/- Union démocratique du centre 55 62 Parti socialiste 52 43 Parti radical-démocratique 36 31 Parti démocrate-chrétien 28 31 Parti écologiste 14 20 Parti libéral 4 4 Vert'libéraux 0 3 Parti évangélique 3 2 Parti suisse du travail 3 1 Parti chrétien-social 1 1 Ligue des Tessinois 1 1 Union démocratique fédérale 2 1 Total 200 200 Au Conseil des États, le parti agrarien perd un siège, le PRD deux ; les Verts et les Vert'libéraux font leur entrée à la Chambre des cantons avec respectivement deux et un sièges.
+Répartition des sièges au Conseil des États après les élections fédérales de 2007.300px Parti 2003 2007 +/- Parti démocrate-chrétien 15 15 Parti radical-démocratique 14 12 Parti socialiste 9 9 Union démocratique du centre 8 7 Parti écologiste 0 2 Vert'libéraux 0 1Total 46 46
Un Conseil fédéral polarisé vignette|Photo officielle du Conseil fédéral en (de g. à d., Leuthard, Blocher, Leuenberger, Calmy-Rey, Couchepin, Schmid, Merz et la chancelière Huber-Hotz).|alt=Photographie d'un groupe de cinq hommes et trois femmes marchant vers la caméra sur un fond blanc et sur un sol représentant le drapeau suisse.
En 2007, le Conseil fédéral est composé des membres suivants :
+ Conseil fédéral avant les élections fédérales de 2007 par ordre d'ancienneté Conseiller fédéral Parti Canton Département Membre depuis Moritz Leuenberger PSS Environnement, transports, énergie et communication Pascal Couchepin PRD Intérieur Samuel Schmid UDC Défense, protection de la population et sports Micheline Calmy-Rey PSS Affaires étrangères Présidente de la Confédération Christoph Blocher UDC Justice et police Hans-Rudolf Merz PRD Finances Doris Leuthard PDC Économie
Dans le cadre de la campagne pour les élections fédérales, l'ambiance au Conseil fédéral est tendue... Selon le journal dominical , depuis l'arrivée de Christoph Blocher et de Hans-Rudolf Merz en 2003, les décisions du Conseil fédéral se prennent plus souvent par vote à la majorité que par la négociation d'un compromis.
Selon Daniel S. Miéville, correspondant du Temps au Palais fédéral., Christoph Blocher est porteur d'une politique agressive, provocante, transgressive.., rompant parfois la collégialité, malgré sa grande maîtrise des dossiers de son département. Le tribun zurichois assume ainsi un double-rôle : conseiller fédéral et chef de l'opposition avec l'UDC.. Il polarise fortement, notamment auprès des politiciens du PS, du PRD et du PDC. Toutefois, Bernard Wuthrich, également correspondant du Temps à la Berne fédérale., considère que la rhétorique de Christoph Blocher aurait pu être beaucoup plus virulente que celle adoptée depuis son élection en 2003.. L'autre magistrat démocrate du centre, Samuel Schmid, est également sujet à des pressions, tiraillé entre ses origines et convictions de l'UDC paysanne et l'aile zurichoiseL'Union démocratique du centre est composée de deux ailes : l'aile dite (proches des paysans, dite aussi aile bernoise, plus consensuelle) et l'aile dite zurichoise (portée par Christophe Blocher, très libérale au niveau économique). À ce propos, . du parti aux Chambres..