Le terme « entrepreneur », au féminin « entrepreneuse » ou « entrepreneure », recouvre des acceptions connexes mais distinctes. Dans son usage courant, il désigne un chef d'entreprise, tantôt porteur d'un projet d'entreprise en phase de démarrage, tantôt dirigeant d'une entreprise davantage établie.

Personnalité de l'entrepreneur En France, l'âge moyen de l'entrepreneur est de 41 ans. Parmi ce groupe, 2 % ont moins de 25 ans.. Une faible proportion d'individus estime avoir les compétences nécessaires au démarrage d'une activité entrepreneuriale : 38 % contre 43 % au Royaume-Uni et 56 % aux États-UnisInvitation - L'entrepreneuriat en France.. Pour la figure de l'entrepreneur propre à l'entreprise voir l'article : Entreprise.

L'identification de l'entrepreneur à son projet d'entreprise ou à une entreprise établie explique le degré fort de son implication. À la différence de l'homme d'affaires, il est très investi, matériellement et/ou moralement, dans le développement de son projet, pour lequel il doit réunir et mobiliser les ressources pertinentes, de manière pérenne, dans le cadre durable d'une organisation voire d'une institution.

De nombreux exemples (dont celui d'André Citroën) montrent que les qualités d'un « entrepreneur » ne coïncident pas toujours avec celles du « gestionnaire » : le premier est doté, en principe, du leadership et d'une vision adaptés aux enjeux et aux risques ; le second dispose normalement des vertus nécessaires à la gestion quotidienne des revenus et des charges.

La forte personnalité de l'entrepreneur, souvent inséparable de l'entreprise qu'il a fondée ou relancée, et pratiquant un leadership souvent sans partage, fait que sa disparition - lorsque la prise de relais n'est pas suffisamment préparée - peut entraîner une crise de succession aux effets parfois dévastateurs, surtout quand l'entreprise se sent « orpheline ». Il est donc utile de prendre en compte l'influence de la personnalité de l'entrepreneur sur son entrepriseMarchesnay M. (2008), Valeurs et responsabilités – l'entrepreneur français, entre compétitivité et légitimité, Sciences de Gestion, , p. 173-186. Saint-Pierre, J., Cadieux, L. (2011), La conception de la performance : Quels liens avec le profil entrepreneurial des propriétaires dirigeants de PME ?, Revue de l'Entrepreneuriat, vol.11, , pp.7-26.Bousquet F., (2014), "L'Influence du lien personnel entre l'entrepreneur et le territoire sur l'ancrage territorial des PME", thèse de doctorat en sciences de gestion, université de Bordeaux, p.20, https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01232234/document [archive]..

Selon une étude d'Ernst & Young, .. D'autres études soulignent que . Pour Saras Sarasvathy tout le monde peut devenir entrepreneur, pour cela elle propose la théorie de l'effectuation. qui qualifie la posture entrepreneuriale des individus. L'approche effectuelle. est opposée à l'approche causale. mais ces deux phénomènes se complètent dans la vision et pratique entrepreneuriales.

Au début des années 2000, des neuroscientifiques se sont intéressées aux processus cognitifs à l'œuvre chez les entrepreneurs., dont en explorant leur activité cérébrale face à l'incertitude et à la prise de décision. Selon le GIGA Consciousness Research Unit (une unité qui explore les corrélats neuronaux de la conscience). et le CHU de Liège (en Belgique) l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) laisse penser que certains individus (sur la base de 23 entrepreneurs habituels ayant lancé plusieurs entreprises et 17 managers de grandes organisations testés,) à partir de l'analyse de connectivité en état de repos (seed-based resting state fMRI) montre chez les entrepreneurs expérimenté une connectivité neuronale accrue entre l'insula et le cortex préfrontal dans l'hémisphère droit ; deux zones sont associées à la flexibilité cognitive et à la prise de décisions exploratoires. Ceci suggère une meilleure capacité à gérer l'incertitude et à identifier les opportunités... Le volume de substance grise semble également plus important dans l'insula gauche chez ces entrepreneurs, un trait que d'autres travaux associent à la pensée divergente (capacité à générer de multiples idées pour un problème). L'origine de ces différences reste questionnée : l'entrepreneuriat façonne-t-il le cerveau par la plasticité neuronale. et/ou les individus naissent-ils avec des caractéristiques neurobiologiques prédisposantes ? Ceci fait l'objet de recherches à l'Université de Liège, qui incluent des études longitudinales, visant à concevoir des formations spécifiques pour mieux développer l'esprit d'entreprise chez les étudiants qui le souhaitent.

Évolution de la vision de l'entrepreneur Les caractéristiques dominantes de la personnalité entrepreneuriale ont évolué..

Les précurseurs : pour Richard Cantillon (1723), l'entrepreneur achète des produits et services à un prix certain pour le revendre à un prix incertain sur le marché, après défraiement des frais de transportEssai sur la nature du commerce en général/Partie I/Chapitre 13.. Ce fut le premier qui a attribué à l'entrepreneur un rôle clé dans le processus économique. Dans son « Essai sur la nature du commerce en général », l'auteur a reconnu le rôle de l'entrepreneur comme étant un agent économique. L'entrepreneur pour Cantillon « is someone who engages in exchanges for profit, specifically, he is someone who exercises business judgment in the face of uncertainty ».. Jean-Baptiste Say (1767-1832) fonde véritablement le concept et lui confère une consistance significative. Il définit l'entrepreneur comme l'intermédiaire entre le savant (connaissance) et l'ouvrier (industrie).. Marcel Proust utilise l'image glorifiée de l'entrepreneur pour décrire avec emphase un des personnages du roman La Prisonnière (1923) : ;

Joseph Schumpeter redonne à l'entrepreneur. une place importante en le désignant comme étant « l'homme de l'innovation »Joseph Alois Schumpeter, Business cycle, 1939. : Parce qu'il incarne et porte le pari de l'innovation, son dynamisme assure la réussite de celle-ci : « L’entrepreneur est un homme dont les horizons économiques sont vastes et dont l’énergie est suffisante pour bousculer la propension à la routine et réaliser des innovations ». C'est un véritable aventurier qui n'hésite pas à sortir des sentiers battus pour innover et entraîner les autres hommes à faire autre chose que ce que la raison, la crainte ou l'habitude leur dictent de faire. Il doit vaincre les résistances qui s'opposent à toute nouveauté risquant de remettre en cause le conformisme ambiant. L'entrepreneur est beaucoup plus qu'un chef d'entreprise, simple administrateur gestionnaire. Beaucoup plus qu'un rentier-capitaliste, simple propriétaire des moyens de production.

Ainsi, on pourrait soutenir qu'Henry Ford lorsqu'il s'établit en 1906 comme chef d'entreprise n'est pas un entrepreneur. Mais qu'il le devient en 1909, lorsque ses usines commencent à fabriquer la fameuse Ford T et font évoluer l'automobile vers le statut d'objet de consommation courante et qu'il met en œuvre le système de la chaîne de montage qui permet à la fois de baisser les coûts de production et d'accroître le débit de la production, ce qui ouvre la porte à la production de masse. Autre exemple de véritable entrepreneur avec Alfred Krupp qui concentre verticalement ses entreprises et met en pratique le nouveau procédé de fabrication de l'acier imaginé par l'anglais Henry Bessemer (voir son histoire).

Pour Schumpeter, l'entrepreneur est certes motivé par la réalisation de bénéfices générés par les risques pris et la réussite. Mais, la conception du profit défendue est originale. L'entrepreneur crée de la valeur à l'aide d'un Business Model, comme le salarié et comme lui il est aussi motivé par un ensemble de mobiles irrationnels dont les principaux sont sans doute la volonté de puissance, le goût sportif de la victoire et de l'aventure, ou la joie simple de créer et de donner vie à des conceptions et des idées originales. Pour Schumpeter, le profit est la rémunération de l'initiative créatrice des risques pris par l'entrepreneur. Cette conception est contraire aux économistes classiques qui font du profit la contrepartie des efforts productifs (capital et travail) de l'entrepreneur, ce qui est plutôt celle du chef d'entreprise. Elle est également contraire à la conception marxiste, qui place l'origine du profit dans la confiscation de la plus-value, c'est-à-dire l'appropriation d'une partie du fruit du travail des salariés, là on trouve plutôt le rentier-capitaliste.

Dans une période plus récente, divers auteurs enrichissent le concept de diverses manières. Pour W. Sombart (1922), l'entrepreneur est celui qui réunit les facteurs de production, capital et travail, conduit la production et établit les relations entre la production et l'utilisation finale des produits réalisésW. Sombart, L'apogée du capitalisme, 1922. Traduction française Payot - Paris - 1934. Tome 1 - p. 30-34. Cité par Jacques Wolff, Capitalisme et croissance, textes et bibliographie, éditions cujas, p. 11-12.. Sans l'entrepreneur, la création et l'innovation sont impossibles dans le mode de production capitaliste. Il donne aux facteurs de production un rôle vital qu'aucune autre personne ne peut réaliser à sa place. Mais tous les entrepreneurs n'ont pas la même importance : quelques grands entrepreneurs qui décident et se responsabilisent sont des leaders dans l'économie capitaliste qui tracent le chemin aux autres qui les imitent, les suiveurs. Bien que l'entrepreneur puisse poursuivre plusieurs objectifs (croissance interne, externe et notoriété de l'entreprise, augmentation du montant des ventes…), la recherche des bénéfices reste son but principalW. Sombart, L'apogée du capitalisme, op. cit. p. 55-56. Cité par Jacques Wolff, ... p. 13.. David McClelland (1961) : l’entrepreneur est avant tout motivé par un besoin débordant de réalisations, par « la nécessité de construire ». Collins and Moore (1970) (étude du cas de 150 entrepreneurs) concluent qu’ils sont durs, pragmatiques et conduits par le besoin d’indépendance et de réalisation, et peu enclins à se plier à l’autorité. Peter Drucker dans son ouvrage Les Entrepreneurs (1985), insiste sur l'innovation et l'esprit d'entreprise (entrepreneuriat). Bird (1992) voit les entrepreneurs comme étant Mercuriels et imprévisibles, sujets à des intuitions, des activités cérébrales intenses, et des déceptions. Ce pourquoi ils sont ingénieux, plein de ressources, malins, opportunistes, créatifs, et sentimentaux. Busenitz et Barney (1997) défendent le fait que les entrepreneurs sont susceptibles d’être trop confiants ou de généraliser trop facilement. Cole (1959), définit quatre types d’entrepreneurs : l’innovateur, l’inventeur qui calcule, le promoteur trop optimiste et le constructeur d’organisations. Burton W. Folsom Jr. distingue quant à lui ce qu’il appelle « l’entrepreneur politique » qui cherche le profit pour son affaire en usant de son influence politique afin d’obtenir des faveurs et des accords avec le gouvernement, de « l’entrepreneur de marché » qui recherche le profit sans mettre en jeu son influence.

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