Le Parti national breton (abrégé en PNB) ( ; abrégé en SBB) est un parti politique nationaliste breton qui a existé de 1931 à 1944.

Historique

Fondation Il est créé après la scission du Parti autonomiste breton. Tandis que les fédéralistes se regroupent dans la ligue fédéraliste de Bretagne, (François Debauvais, Olier Mordrel, Célestin Lainé, Yann Bricler, les frères Delaporte, etc.) créent le Parti national breton, deuxième du nom, au congrès de Landerneau le Georges Cadiou, "L'Hermine et la Croix gammée", Mango Document, 2001, [].

Activisme vignette|287x287px|Le militant Célestin Lainé conduit au Parquet de Rennes dans L'Ouest-Éclair du 17 mai 1938. Faible numériquement, le parti n'a aucune influence sur la politique bretonne : . Ce n'est qu'avec le début des attentats du groupe armé Gwenn ha Du à Rennes en 1932 qu'il prend une certaine consistance. L'ensemble du mouvement étant inquiété après chaque attentat, le PNB constitue un Kuzul Meur (« Grand Conseil » en français) qui chapeaute à la fois le parti, Gwenn ha Du et le Bleun-Brug (« Fleur de Bruyère » en français). Le but aurait surtout été de contrôler Célestin Lainé. Les actions de ce dernier donnent cependant une certaine publicité au parti, même si la presse est unanime pour les condamner à l'exception de L'Humanité : .

Virage à l'extrême droite À partir de 1934, le parti participe au vaste mouvement de la droite et de l'extrême-droite françaises vers les idées autoritaires. Un noyau dur autour d'Olier Mordrel adopte l'idéologie nazie au même moment où il lance la revue SturLe meilleur jugement que l'on puisse porter sur Stur se trouve certainement consigné dans un des documents du Procès de Nuremberg. Daté du et vraisemblablement élaboré dans l'entourage d'Alfred Rosenberg, ce rapport concernant le mouvement nationaliste breton précise que Stur . Peut-on mieux dire ?…. .. Il propose au parti un programme copié sur celui du Parti nazi : Strollad Ar Gelted Adsavet (parti des Celtes relevés) ou Saga. Mordrel ne réussit pas à entraîner le reste du parti qui développe des thèmes d'extrême-droite mais sans se convertir à l'idéologie nazie.

En , la tuberculose contraint François Debauvais à accepter d'être en partie suppléé par Raymond Delaporte qui empêche l'extrémiste Mordrel de prendre le pouvoir au sein du PNB. Au congrès de Carhaix, en , le Parti national breton se transforme en un véritable parti fasciste breton et, en , les murs des villes bretonnes sont à nouveau couverts d'inscriptions comme , Georges Cadiou, L'Hermine et la Croix gammée, Mango Document, 2001..

Interdiction Alors que la montée du fascisme et la marche à la guerre deviennent inexorables, le décret-loi Daladier du cible les « séparatistes » en général ; il permet de poursuivre et condamner « quiconque aura entrepris, par quelque moyen que ce soit, de porter atteinte à l'intégrité du territoire »Pascal Ory, Les collaborateurs, 1940-1945, :Le gouvernement français, par une réaction tardive et brutale, donnera aux mouvements les plus notoirement séparatistes la palme du martyre dont ils auront besoin par la suite. Un décret-loi du 24 mai 1938, qui s'attaque à quiconque aura entrepris, par quelque moyen que ce soit, de porter atteinte à l'intégrité du territoire, lui permet de dissoudre en 1939 le PNB, les organisations de Spieler et de Bickler, l'Elsessischer Volkbildungsverein de Roos : « le gouvernement saisit l'occasion pour mettre en application le décret-loi du très jacobin Daladier, du 25 mai 1938, rétablissant le délit d'opinion en matière d'intégrité nationale »Benjamin Stora, Messali Hadj, 2000: Un décret loi du 24 mai 1938,théoriquement pris pour combattre l'autonomisme breton, rédige l'article 80, paragraphe premier du code pénal, de manière à pouvoir frapper tous ceux qui « portent atteinte à l'intégrité du territoire français » (cité dans « Autour de folies coloniales »).

À l'approche de la guerre, le PNB est pro-allemand et développe une propagande « pacifiste », c'est-à-dire qu'il ne compte absolument pas aider la France dans la guerre qui s'annonce contre l'Allemagne. À l'issue du congrès tenu le à Guingamp, le PNB publie un manifeste où il prétend qu'ils appartiennent à « un pays qui a l'habitude de fournir plus de troupes d'assaut que de tourneurs d'obus » et que « plus une goutte de sang breton ne doit être versé pour des causes étrangères ». Il fait coller des affiches proclamant « Pas de guerre pour les Tchèques » Cette affiche rappelait que, selon le PNB, « la France voulait maintenir dans la vassalité l'État tchécoslovaque centralisé, oppresseur des minorités nationales », et se terminait par cet appel : « Nous demandons que, nous Bretons, ne soyons pas engagés contre notre volonté dans une guerre au profit de l'impérialisme tchèque ». Il se dote d'une organisation paramilitaire forte d'une dizaine d'hommes, la Kadervenn ; Olier Mordrel effectue, par ailleurs, plusieurs voyages en Allemagne.

Le , Olier Mordrel est condamné, avec François Debeauvais, à un an de prison avec sursis pour « atteinte à l'unité de la nation ». Le , la cour d'appel confirme les condamnations à un an de prison de Mordrel et Debauvais. Le , un décret loi d'Édouard Daladier assimile la propagande nationaliste à l'espionnage et à la haute trahison. En , à la suite du débarquement d'armes de Plestin, l'entrée en clandestinité des éléments dirigeants du mouvement provoque des répercussions sur l'organisation du parti. Debauvais et Mordrel restent désormais sans liaisons directes avec leurs cadres les plus sûrs alors que planent sur eux la menace d'une très probable arrestation. Le , c'est la parution du dernier numéro de Breiz Atao, le suivant, son secrétaire Louis Maubré est arrêté.

Première Dissolution Debauvais et Mordrel se réfugient fin en Belgique puis en Allemagne tandis que les autres cadres du parti sont mobilisés. Le parti est dissous sous le gouvernement Daladier le en raison de ses positions très « amicales » avec l'Allemagne nazie.. Les biens du parti sont confisqués et les archives détruites. Debauvais et Mordrel sont condamnés à mort par contumace le par le tribunal militaire de Rennes. Des perquisitions sont organisées chez des militants du mouvement breton, parfois suivies d'arrestations (Yann BriclerYann Bricler fut assassiné le à Locmaria par deux résistants pour avoir dénoncé aux autorités allemandes de nombreux résistants., Kongar-Kervella, Marcel Guieysse, Édouard Gueguen, André Lajat, sœur d'Ange Péresse, abbé Perrot). Fin octobre, Célestin Lainé est arrêté sur le front du Nord de la France.

Seconde Guerre mondiale

Exil Debauvais se réfugie à Berlin (rejoint par Moyse, puis Mordrel) « pour tenter d'y jouer la carte de l'indépendance bretonne dans l'éventualité probable d'une défaite de la France ». En janvier 1940, les deux fondateurs adressent de l'étranger une « lettre de guerre » (Lizer Brezel) à leurs militants en rappelant qu'« un vrai breton n'a pas le droit de mourir pour la France ». Ils ajoutent : « Nos ennemis depuis toujours et ceux de maintenant sont les Français, ce sont eux qui n'ont cessé de causer du tort à la Bretagne ». En mars 1940, Mordrel et Debauvais éditent Ouest-Information qui est diffusé clandestinement.

Bretonische Regierung Olier Mordrel proclame le Bretonische Regierung à Berlin en , un « gouvernement breton en exil ».

Les pangermanistes préconisaient alors l'extension du Reich à toutes les populations germanophones et le démantèlement des grandes puissances européennes selon des critères linguistiques. Ainsi Adolf Hitler s'était-il prononcé en faveur de la création d'un État breton. Des pourparlers s'engagent en mai-juin 1940 entre Otto Abetz et Mordrel/Debauvais sur la constitution de cet état. On crée à la même époque en Allemagne, des camps de prisonniers spéciaux où sont réunis les Bretons. Des visites et conférences sont organisées par les dirigeants du parti aux camps de Luckenwalde, Sagan, etc.

Lors de la débâcle, des membres du Parti national breton n'hésitent pas à faciliter l'avance des troupes allemandes en Bretagne, par exemple en déminant la route aux alentours d'Hennebont ou en indiquant aux Allemands l'emplacement des nids de mitrailleuses défendant les abords du pont de Plougastel.

Retour en Bretagne et création du CNB Le , les premiers prisonniers bretons libérés arrivent, sous la conduite de Fred Moyse (les Allemands sont entrés à Rennes le ). Le PNB n'aura réussi qu'à faire libérer de 400 à 500 prisonniers jusqu'en . L'opinion publique demeura pourtant longtemps persuadée de sa capacité à faire rentrer chez eux les prisonniers bretons qui en feraient la demande, à condition d'adhérer au mouvement nationaliste. Le , François Debauvais revient d'exil à Rennes, jour de signature de l'armistice.

Revirement de l'Allemagne Le gouvernement nazi ayant adopté une politique de conciliation vis-à-vis du gouvernement de Vichy après des atermoiements et des revirements, les mesures envisagées précédemment en faveur d'un État breton autonome se doivent d'être révisées avec le maximum de diplomatie et si besoin par la force. Le , on peut lire dans le journal de l'Abwehr : « le ministre des Affaires étrangères a pris une décision en ce qui concerne la question bretonne. Il en résulte que les mouvements séparatistes en Bretagne ne doivent plus être encouragés. Des ordres ont été données en ce sens au bureau de l'Abwehr en France. La collaboration avec les Bretons doit se limiter désormais au recrutement d'agents compétents dans la lutte contre l'Angleterre et à l'action en Irlande. Tout mouvement insurrectionnel contre le gouvernement français devra être évité ». C'est un échec pour les leaders nationalistes bretons. Le baron von Stauffenberg et Kurt Haller leur signifient, en vertu de la convention d'armistice signé entre l'Allemagne et la France, qu'il leur est interdit d'envisager un rassemblement pour déclarer la libération de la Bretagne. Un meeting sera toléré à condition que celui-ci soit dans une enceinte privée, et que les termes « État breton », « nation bretonne », « autonomie », ou « indépendance », ou « séparatisme » ne soient pas prononcés. Ce qui ne sera pas entièrement le cas dans le château de Pontivy, où cette réunion eut lieu.

Réunion de Pontivy : création du CNB

Le , à la réunion de Pontivy, Debeauvais et Mordrel créent le Comité national breton, et établissent un manifeste de dix-huit points, dit Programme de Pontivy. Il décide aussi l’édition d’une nouvelle revue l'Heure bretonne. 201 numéros paraîtront entre et .

Le , une excommunication des nationalistes bretons est prononcée par , évêque de Quimper.

Le , le château de Pontivy, quartier général du Service Spécial de Célestin Lainé est assiégé par la population de Pontivy. Cette action conduit la troupe de Célestin Lainé à quitter Pontivy le pour le manoir de Kerriou à Gouézec (Finistère).

Relance en octobre 1940 par Olier Mordrel En , quelques nationalistes vendant L'Heure Bretonne sont arrêtés à Quimper (Alexandre Angeli, préfet du Finistère prononce à plusieurs reprises l'interdiction de vendre ce journal dans le Finistère, René Bousquet, sous-préfet à Lorient fait interdire l'impression de Dihunamb, la revue de Loeiz Herrieu). La presse quotidienne (La Dépêche de Brest et de l'Ouest, Le Phare de la Loire, L'Ouest-Éclair, Le Nouvelliste du Morbihan) est ralliée au gouvernement de Pétain et prend position en défendant la thèse de la restauration des provinces, qui rendra ainsi à la Bretagne une partie de ses libertés dans le cadre d'une France maternelle.