La faculté de médecine de Strasbourg est située dans le campus Médecine à Strasbourg, à proximité immédiate de l'hôpital civil, non loin du quartier historique de la Petite France. Avec ses , elle est l'une des principales composantes de l'université de Strasbourg. Elle est par ailleurs liée par convention au Centre hospitalier régional et universitaire de Strasbourg, regroupant les hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS). De nombreuses personnalités du monde médical sont passées par ses murs dont cinq prix Nobel de physiologie ou médecine : Alphonse Laveran, Albrecht Kossel, Paul Ehrlich, Otto Loewi et Otto Fritz Meyerhof.

Histoire

Les prémices La première démonstration d’anatomie humaine à Strasbourg est organisée en 1517Jacques Héran L’histoire de la médecine à Strasbourg, Strasbourg, La Nuée bleue, 1997. et entre 1530 et 1533, le premier enseignement médical est donné à titre privé par Otto Brunfels à Strasbourg.

Ce n'est cependant qu’en 1538 que le Magistrat de Strasbourg, Jacques Sturm fonde la Haute École de la ville libre impériale de Strasbourg. En , Jean Sturm prend ainsi la direction de la Schule qui deviendra le gymnase protestant dont il sera le premier recteur. On y enseigne les quatre sciences fondamentales que sont la théologie, la philosophie, le droit et la médecine. La nomination du tout premier professeur de médecine de Strasbourg, Sebald Hawenreuter, n'a cependant pas lieu avant 1540. En 1566, la Haute École de Strasbourg est promue académie (protestante) par la grâce de l'empereur Maximilien II du Saint-Empire et 1585 voit la création des chaires de médecine théorique et de médecine pratique à l’académie.

Entre 1611 et 1652, le professeur de médecine pratique Johann Rudolph Salzmann, organise de nombreuses dissections publiques dans divers lieux de Strasbourg.

L’université sous le Saint-Empire romain germanique

L'académie de Strasbourg reçoit, par l'empereur Ferdinand II du Saint-Empire, le statut d'université en 1621. Ce nouveau statut l'autorise à décerner le grade de docteur. Cette université se compose de quatre facultés qui reprennent les quatre sciences fondamentales (faculté de théologie, faculté de philosophie, faculté de droit, et faculté de médecine); chacune dirigée par un doyen. La faculté de médecine comporte alors trois chaires : anatomie et chirurgie, pathologie, et matière médicale et chimie.

En 1670, le titulaire de la chaire d’anatomie et de botanique, Johann Albrecht Sebiz, fait installer un « théâtre d’anatomie » dans la chapelle Saint-Erhard, une chapelle abandonnée à côté de l'hôpital.

L'université sous le Royaume de France

Le , Strasbourg devient ville libre royale. L'université protestante de Strasbourg est maintenue dans son autonomie par Louis XIV.

La faculté se développe en 1728 avec la création, par J. J. Fried, d'une école d'accouchement pour les élèves en médecine. Le premier catalogue d’anatomie à Strasbourg date de 1737, il renferme une liste manuscrite de 65 préparations anatomiques effectuées par Johann Ludwig Hommel et sert d’inventaire interne. Le un décret du Conseil des Treize institue des leçons pratiques à l'hôpital. Le professeur de pathologie Jean-Jacques Sachs obtient alors du magistrat des lits pour instruire ses étudiants à l'hôpital civil. La clinique trouve son entrée dans les modalités d'enseignement pratique de la médecine et 1756 verra ainsi la création d'une chaire de clinique.

Le la pratique de la médecine est rendue libre en France, il n'est plus obligatoire d'être docteur en médecine pour exercer, et le la Constituante supprime même universités, facultés, et corporations savantes.

L'École de santé de Strasbourg

Afin de fournir des médecins et chirurgiens, formés et non auto-proclamés, militaires aux armées, la Convention proclame par la loi du 14 frimaire de l'an III () l'ouverture de trois écoles de santé à Paris, Montpellier, et Strasbourg. Par décret, les biens et matériels d'enseignement des anciennes facultés passent aux écoles. Ainsi le a lieu l'ouverture solennelle de l'École de médecine de Strasbourg qui va essentiellement former des « officiers de santé » pour l'armée. L'administration rétablit les examens et les cours ont lieu dans le palais Rohan. Cependant, face au manque cruel de médecins civils, l'école de santé instruit de nouveau des médecins civils à partir du , et en 1798 il est à nouveau permis de passer sa thèse.

Le nombre de chaires (trois dans l'ancienne Faculté de Médecine) est porté à cinq dans l'école de santé: anatomie et physiologie, botanique et matière médicale, chimie médicale et pharmacie, clinique interne, chirurgie pathologie externe et accouchements. Plusieurs chaires s'ajoutent progressivement pour arriver à un total de dix en 1799.

Lors de la création de l'école de pharmacie de Strasbourg, en 1803, il y a douze chaires dont quatre concernant les sciences pharmaceutiques. Cette même année est mis en place un système double se composant d'officier de santé (formation de 3 ans), et de docteur en médecine (formation de 4 ans). L'officier de santé, qui ne passe pas de doctorat, est un apprenti qui accompagne un médecin dans ses actes quotidiens.

L’université Impériale vignette|« L'ancienne faculté de médecine de Strasbourg »[Impr. photomécanique, similigravure] montrant les Tourdes, Rameaux, Sédillot, Wieger, Fée, Schützenberger, Stoeber, Ehrmann, Bach, Rigaud, Forget, Cailliot, Stoltz, Hirtz, Coze Fils, Michel, Coze Père et Küss. Coll. de la Bibliothèque interuniversitaire de Santé.. vignette|gauche|upright|Planche anatomique de Jean Wittmaack, vers 1880 (Institut d'anatomie normale).

vignette|droite|Porte de l'ancienne faculté de médecine de Strasbourg.

Le décret impérial du rend le titre de faculté de médecine à l'école. Mais ce n'est qu'en 1808 que l’école de santé est effectivement transformée en faculté de médecine au sein de l'université impériale nouvellement créée. La faculté comporte alors douze chaires dont trois concernaient les sciences pharmaceutiques (chimie, botanique et histoire naturelle des médicaments, pharmacie).

En 1814 est créée la chaire de médecine légale, François-Emmanuel Fodéré en est le premier titulaire, et en 1819 la chaire d'anatomie pathologique dont le premier titulaire est Jean Lobstein.

Le développement de la faculté de médecine nécessite aussi une extension des locaux, ainsi en 1819 a lieu la fondation officielle du musée d’anatomie de Strasbourg. En 1823, les cours de la faculté de médecine ont lieu à l'hôtel de la Prévôté avant que la faculté s'installe dans l'asile des enfants trouvés en 1825. En 1829, le doyen Coze obtient la construction d'un bâtiment annexé à l'hôpital pour y enseigner les cours pratiques d'anatomie, de médecine, et de chirurgie, et pour y installer un musée d'anatomie normale et pathologique.

Après 1829, les médecins et les chirurgiens de l'hôpital sont choisis parmi les professeurs et agrégés (nouvellement nommés par concours) de la faculté.

Entre 1833 et 1836, la faculté intègre le grand bâtiment de l'hôpital, en se voyant octroyer deux salles de 36 lits pour l'enseignement clinique, ce qui entraine la création de la chaire de clinique externe et médecine opératoire en 1835.

Les années 1837 à 1855 voient un fort développement de la faculté avec la création de plusieurs chaires : 1837 : chaire des maladies syphilitiques et cutanées, enseignement propre de la dermatologie (maladies de la peau et vénériennes). 1838 : fondation de la clinique des maladies des yeux dont l'enseignement sera officialisé en 1854. 1844 : création de la chaire de médecine interne 1845 : création de la chaire des maladies infantiles et enseignement propre de la « pédiatrie ». 1847 : création de la chaire des maladies chroniques 1854 : création de la chaire d'ophtalmologieHistoire de la chaire d'ophtalmologie de la Faculté de médecine de Strasbourg par Paul Marx.. 1855 : création de la chaire des maladies mentales.

Le est créée l'école impériale du Service de santé militaire de StrasbourgHistoire de l'École de santé militaire.René Izac, « La création de l'École du Service de santé militaire de Strasbourg » (d'après des documents inédits)., elle est dès sa création associée à la faculté de médecine pour ce qui concerne l’enseignement. C'est à la tête de cette école qu'est nommé Charles-Emmanuel SédillotCharles Emmanuel Sédillot un médecin méconnu paru le 7 mars 2010, consulté sur le site http://www.lunion.presse.fr, le octobre 2010., précurseur de l'asepsie opératoire et inventeur du mot microbe. En 1864, elle devint l'École impériale du Service de santé militaire et forme jusqu'à la guerre de 1870, et 90 pharmaciens (formés à partir de 1864). En particulier Alphonse Laveran qui découvrit à Constantine l'hématozoaire du paludisme et reçoit, en 1907, le premier Prix Nobel de physiologie ou médecine français.

La faculté de médecine obtient enfin des locaux, situés place de l'Hôpital, construits à son usage propre en 1866. La Guerre franco-allemande de 1870 met fin à l'enseignement de l'École et plus globalement des facultés strasbourgeoises. De plus, lors du siège de Strasbourg, la faculté et l'hôpital sont atteitns par les bombardements, le secrétariat de la faculté et la chapelle Saint-Erhard sont totalement détruits dans un incendie.

À la suite de la guerre de 1870, Strasbourg devient allemande et la faculté de médecine est transférée à Nancy Le transfert de la faculté de médecine de Strasbourg à Nancy. où par décret présidentiel du La candidature et l'accueil de Nancy par Jean-Pierre GRILLIAT, elle prend la place de l'École préparatoire de médecine de Nancy.

La Kaiser-Wilhelms-Universität vignette|Sceau de la faculté de médecine de Strasbourg, Weber F. (Leipzig), 1872.

Après le transfert de la faculté de médecine à Nancy, son bâtiment est cédé à la ville de Strasbourg et une nouvelle faculté est fondée au sein de la .

Le médecin allemand Albrecht Kossel y étudia à partir de 1872, il obtient par la suite le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1910 pour ses recherches en biologie cellulaire, en particulier sur les protéines et les acides nucléiques.

En passant sous administration allemande, la faculté est sujette à de nouvelles lois, ainsi grâce à un édit allemand de 1812, les services cliniques de Strasbourg passent sous le contrôle de l'université.

En 1871, le professeur Charles Schützenberger et quelques autres professeurs créent une école libre ; cependant les autorités allemandes obligent à sa fermeture dès 1872. Le , une convention entre la et l’hôpital de Strasbourg place les professeurs de la faculté sous l’autorité de l’hôpital.

Afin d'affirmer le rayonnement intellectuel et scientifique allemand, les autorités allemandes recrutent et mettent en chantier un vaste ensemble de nouvelles constructions qui deviendront des « instituts » autonomes (anatomie, anatomie-pathologique et histologie ; physiologie ; pharmacologie ; biophysique ; chimie biologique, hygiène et bactériologie) et des « cliniques ». Une nouvelle convention, datée du , entre l’université et l’hôpital fixe les conditions matérielles et de maintenance des cliniques. Ainsi l’hôpital paye pour la maintenance (chauffage, éclairage, gaz, eau…) et l’université paye annuellement la partie qui lui revient. Entre 1881 et 1914, une dizaine de cliniques et services sont mis en place : 1881 : mise en service de la clinique chirurgicale A ; 1885 : mise en service de la clinique psychiatrique ; 1887 : mise en service de la clinique gynécologique et obstétricale ; 1891 : mise en service de la clinique ophtalmologique ; 1901 : mise en service de la clinique médicale A ; 1902 : création d’une clinique dentaire scolaireHistoire de la Faculté Dentaire de Strasbourg sur le site de la faculté de chirurgie dentaire de Strasbourg. ; 1910 : mise en service de la clinique infantile ; 1911 : mise en service de la maternité ;