Pieter Brueghel ou Bruegel ()Le nom possède différentes orthographes : Bruegel, comme Pieter l'Ancien signait son nom depuis 1559 ; Brueghel, qu'utiliseraient tous les autres membres de sa famille, y compris tous ses descendants et continuateurs ; Breughel; ou encore Brueghels (voir plus bas). Par souci d'homogénéité, la graphie la plus répandue (avec « h ») a été retenue comme titre de l'article. D'autres noms vernaculaires circulaient comme : Boeren-Bruegel, Vieze Bruegel et Piet ou Peer den Drol. dit l'Ancien, parfois francisé en Pierre Brueghel l'Ancien (en brabançon : Pieter Bruegel den Aauwe) est un peintre et graveur brabançon né vers 1525 et mort le à Bruxelles dans les Pays-Bas espagnols.
Avec Jan van Eyck, Jérôme Bosch et Pierre Paul Rubens, il est considéré comme l'une des grandes figures de l'École flamande, et l'une des principales de l'École d'Anvers. Biographie La biographie de Pieter Brueghel l'Ancien est extrêmement lacunaire et en l’absence de sources écrites, les historiens en sont souvent réduits aux hypothèses. Le lieu et la date de sa naissance se prêtent à beaucoup de conjectures, tout comme l'orthographe de son nom« C'est donc ainsi que cela se passe pour le projet « Breughel » et, à propos, Walter ne serait pas mécontent qu'on s'entende un peu sur l'orthographe, car messieurs les connaisseurs proposent Breugel ou Bruegel, ou encore Brueghel ou Breughel. Si déjà nous ne tombons pas d'accord là-dessus, messieurs, qu'est-ce que ça promet pour l'avenir de ce film, je vous le demande ! », dans Hugo Claus, Belladonna, éditions de Fallois, Paris, 1995.Dans la du Schilder-Boeck de Carel Van Mander, le nom de l'artiste est toujours orthographié Brueghel. Dans la de 1618, c'est l'orthographe Breughel qui est adoptée, sauf trois fois. En fait, jusque vers 1557-1558, le prétendu élève de Pieter Coecke van Aelst, signa ses dessins et estampes Brueghel, en caractères cursifs, et à partir de cette époque Bruegel en capitales romaines. Seuls ses fils ont adopté à côté d'autres, l'orthographe Breughel. Aussi bien convient-il de tenir la forme Bruegel pour celle que, pour des raisons ignorées jusqu'à présent, le peintre choisit finalement lui-même pour signer, entre autres, ses dessins et estampes. On ne peut invoquer l'irrégularité avec laquelle on orthographiait phonétiquement les noms dans les anciens documents, pour ne point tenir compte des deux façons dont Bruegel écrivit son nom, puisque jusqu'en 1557-1558, il écrivit lui-même d'une façon constante son nom Brueghel pour ne plus l'écrire que Bruegel par après (Lebeer, ibidem, 1991)..
Naissance La date de sa mort en 1569 (), soit entre 35 et 45 ans, et celle de son admission comme maître dans les liggeren (« registres ») de la guilde de Saint-Luc à Anvers (en 1551Louis Lebeer, Catalogue raisonné des estampes de Breughel l'Ancien, 1991.), soit habituellement entre 21 et 25 ansBedaux et Van Gool, 1974 ; Briels, 1980., permettent de situer la date de naissance de Brueghel entre 1525 et 1530, ce qui en fait un contemporain de Charles Quint et de son successeur Philippe II d'Espagne.
Selon Carel van Mander (1548-1606), Pieter serait né Karel van Mander, Schilder-boeck, Haarlem, 1604, .Mander affirme que Brueghel l'Ancien aurait fait sien le nom de son village d'origine pour le transmettre, ensuite, à ses descendants. Or, il est de fait que depuis le existaient déjà des noms de famille. Ensuite, il ne faut pas ignorer l'étude que consacra Alphonse Wauters à la famille Breughel (Société d'archéologie de Bruxelles, 1888, ) dans laquelle le savant archiviste prouva, documents à l'appui, qu'à l'époque du peintre, vivait à Bruxelles un professeur en médecine, nommé, lui aussi, maître Pierre (meester Peetren) Bruegelio ; qu'en outre un conseiller de la ville, nommé Guillaume Van Breughel, né à Oirschot, non loin de Bois-le-Duc, entra en fonction à Bruxelles en 1572 et y mourut le 9 juin 1609, âgé de . Le nom de famille Bruegel - Breughel, existait donc déjà. Max Friedländer (Max Friedländer XVI, ) a fait remarquer d'autre part que le génitif Peeter Brueghels adopté pour l'inscription, en 1551, de Brueghel aux Liggeren (Registres de la corporation des peintres d'Anvers) se rapporte à son ascendance plutôt qu'à son lieu d'origine. Comme c'est régulièrement le cas, il faudrait donc lire : « fils de Brueghel » et non « natif de Brueghel ». F. Grossman () écrit que cette question est d'un intérêt plus qu'académique car si l'on rejette l'assertion de Carel Van Mander selon laquelle Bruegel serait originaire du village du même nom, seuls resteraient les sujets de quelques tableaux pour entretenir ce qu'il y a lieu d'appeler la légende du Bruegel-le-paysan, du Boeren-Bruegel.. Dominique Lampson (1532-1599) évoque lui Pietro Brueghel di Breda vers 1564, nom que reprennent Lodovico Guicciardini en 1567Lodovico Guiccardini, Descrittioni di tutti i Paesi Bassi, Anvers, 1567, .« Lodovico Guicciardini », Grove Art Online, Oxford University Press. et Giorgio Vasari en 1568Lettre de Lampson à Vasari (1568) in Giorgio Vasari, Le vite de' più eccellenti architetti, pittori, et scultori italiani, da Cimabue insino a' tempi nostri..
Or, il y eut deux villages ayant porté le nom de Brueghel (ou Brogel) : l'un situé dans le Brabant du Nord, à environ de l'actuelle ville hollandaise de Bréda, l'autre situé dans l'actuel Limbourg belge et appartenait à l'époque à la principauté de LiègeChristoffel Plantijn, Belgii Inferioris descriptio emendata cum circumiacentium regionum confinijs, Anvers, 1582.. Divers biographes et historiens ont par la suite établi que Grote-Brogel était à environ de la ville de BréeClaude-Henri Rocquet, Bruegel, or the Workshop of Dreams, Chicago, University of Chicago Press, 1991, : « But van Mander may have confused Bree in Kampen, then called Breedes or Brida and in Latin Breda, with the Breda of Brabant. As for the Kampen village of Brueghel or Brogel, it was divided into Grote Brogel and Kleine Brogel. » (Brée s'écrivait à l'origine Breda avant de devenir Brea).
La question du lieu exact de naissance de Brueghel l'Ancien n'est donc pas résolue , même si la proximité entre Grote-Brogel et Bree a les faveurs de plusieurs historiensCf. René Van Bastelaer et G. Hulin de Loo I, , appuyé par le chanoine J. Coenen dans « Waar werd Pieter Bruegel geboren » (Het oude Land van Loon IX, 2, 1954, ) mais contredit par l'historien Charles Terlinden () et l'inscription entourant le portrait de Brueghel gravé en 1606 par Egidius Sadeler d'après Barthélemy Spranger indiquant : « Petrus Bruegel ex ambivaritis, Belga pictor aevi hujus inter principes ? », étant pris ici selon A. Wauters () pour « habitant du marquisat d'Anvers », dont Bréda et ses environs étaient considérés comme des dépendances. Ou Guicciardini qui parle de Pietro Brueghel di Breda dans son ouvrage Descrittione di tutti i Paesi Bassi paru à Anvers en 1567 chez Sylvius (), donc encore du vivant de Brueghel l'Ancien., que Brueghel soit un toponyme ou un patronyme à part entière.
Carrière thumb|Chasseurs dans la neige (1565). Toujours selon van ManderHet Schilder-Boeck, Harlem, 1604, traduction publiée par H. Hymans en 1884, ., il fut l'élève de Pieter Coecke van Aelst, artiste cultivé, doyen de la guilde des artistes, à la fois peintre et architecte. En 1552, il fait un voyage en Italie, résidant à Rome où il a pu travailler avec le miniaturiste Giulio Clovio. Le Port de Naples, le décor de La Chute d'Icare et du Suicide de Saül ainsi que quelques dessins témoignent de son périple. Il est vraisemblable que Brueghel ait prolongé son voyage plus au Sud. Un ensemble de constructions, figurant à l'arrière plan du Combat naval dans le détroit de Messine, a été identifié comme étant une représentation de Reggio de Calabre, localité située face à la Sicile.
Entre 1555 et 1563, il est établi à Anvers et travaille pour l'éditeur Jérôme Cock, réalisant des dessins préliminaires pour des séries d'estampes.
À Anvers, il fréquente un cercle d'artistes et d'érudits humanistes, notamment le mécène Niclaes Jonghelinck qui possédait seize de ses œuvres. Il fut aussi l'ami du cartographe Abraham Ortelius qui écrivit quelques lignes émouvantes à sa mémoire.. Mais sa vie sociale déborde largement de ce milieu intellectuel. Il fréquente volontiers les noces paysannes auxquelles il se fait inviter comme « parent ou compatriote » des époux. vignette|redresse|, rue Haute : maison où vécut le peintre, à Bruxelles. En 1562, à la demande de sa future belle-mère Carel Van Mander cité dans Schilder-Boeck., il s'installe à Bruxelles dans le quartier des Marolles au 132, rue Haute, dans une maison à pignons à gradins de style médiéval flamand typique du . C'est à l'église Notre-Dame de la Chapelle qu'il épouse en 1563 Mayken Coecke, fille de son maître Pieter Coecke van Aelst et de Mayken Verhulst.
Une étude de l'archiviste Jean Bastiaensens montre que le peintre résidait en réalité rue des Bogards en face du couvent éponyme. À l'époque de la Réforme, les Calvinistes se réunirent en 1579 en une maison appelée Schavershuyse, située en face de l'église des Bogards. Trois maisons classées de la rue de la Gouttière donnent une idée du bâti de l’époque. Un vestige de la chapelle construite en 1718 se trouve inséré dans les bâtiments de l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles. La rue des Bogards relevait de la paroisse de l'église Notre-Dame de la Chapelle.
En 1564 naît le premier de ses fils, Pieter Brueghel le Jeune, dit Bruegel d'Enfer. La situation politique et religieuse en Flandres se dégrade. En 1567 le duc d'Albe entreprend une campagne de répression sanglante contre les rebelles, et c'est l'année même de l'exécution des comtes d'Egmont et de Horn que naît en 1568 son second fils, Jan Brueghel l'Ancien, dit Brueghel de Velours. Il semble certain que Pieter Brueghel l'Ancien ait reçu la protection du gouverneur des Pays-Bas espagnols, Antoine Perrenot de Granvelle, collectionneur de ses œuvres. thumb|La Prédication de Saint Jean-Baptiste (1566). On ignore presque tout de la personnalité de Brueghel, en dehors de ces quelques lignes de Carel van Mander :
Van Mander narre quelques anecdotes, plutôt fantaisistes, comme ses intrusions dans les mariages avec son ami Hans Frankaert, joaillier à Anvers :
Brueghel meurt en 1569 et est enseveli dans l'église Notre-Dame de la Chapelle à Bruxelles.
On retrouve son effigie dans Les Effigies des peintres célèbres des Pays-Bas de Dominique Lampson. Ce portrait du peintre, attribué au graveur Johannes Wierix, est publié avec un poème de Lampsonius en 1572.
Descendance
L'art de Brueghel Les peintures
La peinture de Brueghel est généralement présentée en trois périodes : les premières compositions qui fourmillent de personnages pris sur le vif ; le cycle des Mois qui raconte la marche du monde selon les lois de la Nature ; les derniers tableaux où quelques grands personnages se détachent d'un paysage qui n'est plus qu'un fond.
Le peintre est en rupture avec ses prédécesseurs comme avec le goût italien de ce . En faisant la jonction entre le Moyen Âge et la Renaissance, il dépasse l'art des Primitifs flamands et s'affranchit de celui des Italiens ; l'unité de ses compositions, son talent narratif et son intérêt pour les « genres mineurs » en font un artiste inclassable dans l'histoire de l'art.
Certains historiens se sont attachés à établir un lien entre Jérôme Bosch et Bruegel, unis par une tradition figurative. Bosch représente la fin du Moyen Âge, il est le dernier « primitif » et Bruegel commence un nouveau siècle, une ère moderne qui s'ouvre à la découverte de l'homme et du monde.