Le château d'If est une forteresse française édifiée sur les ordres du roi François , entre 1529 et 1531 sur l'îlot d'If de l'archipel du Frioul, proche des îles Pomègues et Ratonneau au centre de la rade de Marseille.
C'est une construction de forme carrée de trois étages mesurant de côté, flanquée de trois tours d'angle casematées, percées de larges embrasures. Le reste de l'île, dont la dimension est de seulement trois hectares, est fortement défendu par une enceinte périphérique bastionnée, avec des plates-formes d'artillerie surmontant les falaises.
Fort de l'ère moderne, il est un chef-d'œuvre de l'architecture militaire alors que s'opère la transition entre la fortification médiévale et la fortification bastionnée conçue pour répondre aux impératifs de l'artillerie de marine. Il a essentiellement servi de prison pendant ses d'utilisation officielle. Alexandre Dumas rend l'édifice célèbre en y faisant séjourner ses personnages Edmond Dantès et l'abbé Faria, dont l'histoire est relatée dans Le Comte de Monte-Cristo. Il est l'un des sites les plus visités de la ville de Marseille et a été classé monument historique le .
Le Centre des monuments nationaux ouvre le site au public tout en l’entretenant.
L'île d'If est intégrée depuis 2012 au parc national des Calanques.
Site
vignette|gauche|Les îles du Frioul depuis le nord-est dans la rade de Marseille. vignette|Le seul accès à la rade de Marseille est la passe du FrioulAu nord, le mistral soufflant du nord-ouest est coupé par la chaîne de l'Estaque, ce qui contrarie l'entrée des navires à voile dans la baie. Au sud, les écueils urgoniens (de Planier, de Sourdaras, du Canoubier…) font figure de cimetières à bateaux. La passe du Frioul est le principal chenal navigable entre le cap de Croix de l'île Ratonneau et l'île d'If.. vignette|Panorama Nord-Est, vue sur la rade de Marseille. Au premier plan, la tour Saint-Jaume, au second plan la porte florentine, la carrièreLa porte florentine est surmontée par un petit corps de garde. Dans la carrière au pied des remparts, sont visibles des traces de déroctage et de tranchées de défermage (creusement d'une saignée dans le front de taille à l'aide d'une lance, barre de fer suspendue horizontalement à un châssis de charpente). et le phareLe premier feu a été allumé le . Détruit en 1944 par les allemands, il est reconstruit et rallumé en 1948..
Le château est implanté sur une des îles de l'archipel du Frioul, qui est constitué de quatre îles. L'ensemble atteint , situé environ à au large de Marseille.
L'îlot d'If se trouve à l'Est des deux îles principales, l'île de Pomègues et celle de Ratonneau. Il est le plus proche de la ville.
La quatrième est l’îlot de Tiboulen du Frioul (côte Ouest).
Ces îles, du fait de leur position stratégique en rade de Marseille, en ont constitué depuis longtemps les défenses avancées sur la mer. Sur chaque éminence était édifié un fort militaire, et batteries, tranchées, postes d'observations.
Dès Henri IV, un fort très important couronnait l'île Ratonneau, actuellement totalement enfoui sous les reconstructions successives. Puis ce fut l'île d'If qui fut fortifiée au .
Toponymie Le nom d’« If » ne vient pas de la présence d'ifs (Taxus baccata).
Dans son Trésor du Félibrige, Frédéric Mistral signale le Castèu d'I comme l'évolution en provençal du bas latin « Iphium », lui même dérivé du grec « Hypea » signifiant « île inférieure ».. L'étymologie reste toutefois obscure, la cartographie médiévale parlant de « Izeta » puis « Idea », « Id » ou « It ». C'est cette dernière forme qui est retenue dans la norme classique du provençal qui désignerait un rocher, un écueil..
La forme la plus ancienne est Izet en 1442 [ile che a nome Izet, Uzzano, Pratica della mercatura scitta da C. di Antonio de Uzzano nel 1442 (Della Decima e di varie altre gravezze importa dal comune de Firenze, t. IV, 1765, in-8°). Valbelle, Histoire journalière, II, 306, parle en 1536 de la fortalesso dIt.
Espace naturel
Sur le plan géologique, l'archipel est semblable aux calanques de Marseille et aux collines de la Nerthe (L'Estaque dans le massif homonyme) : il présente de petites falaises de calcaire blanc (urgonien) stratifié tombant dans la mer. Mais au Frioul, ce paysage a été profondément remanié par l'humain. Au point que sur l'îlot, le château et ses remparts occupent l'intégralité de sa surface.
L'îlot abrite près de 400 espèces végétales. La faune est particulièrement représentée par l'avifaune, surtout des oiseaux de mer (goéland leucophée en majorité) et d'autres, la plupart protégés (Martinet pâle, Aigle de Bonelli…). Deux petits reptiles, le lézard sicilien (espèce sans doute introduite depuis la fin du lors de l'occupation florentine de l'île) le phyllodactyle d'Europe (gecko nocturne exclusivement insulaire sur le littoral de Provence et qui niche dans les joints des murailles et remparts.) peuvent y être observés.
L'archipel est très sec, car il y pleut moins qu'à Marseille. Le faible relief de ces îles et leur étendue déchiquetée expliquent cette pluviométrie déficitaire. Combinée aux vents souvent violents qui peuvent y souffler, cette situation ne permet qu'une végétation rabougrie. Sur l'îlot d'If, il n'y a que quelques arbres (pins d'Alep, figuier sauvage) et une végétation arbustive (lentisques et plantes halophiles).
Un rhinocéros avant le château
C'est sur l'îlot d'If que fait escale, selon les historiens de Provence, le , la nef portugaise qui convoie de Lisbonne à Rome le célèbre rhinocéros indien que Manuel de Portugal offrait au pape Léon X.. Cet animal avait été envoyé comme cadeau diplomatique au roi du Portugal par Muzaffar Shah II, sultan du Cambay (Gujarat moderne). Cet animal était en effet le premier rhinocéros visible en Europe depuis l'an 248.
François , qui est en pèlerinage à Saint-Maximin-La-Sainte-Baume, fait le déplacement avec sa cour pour venir voir le mammifère exotique. Le , il débarque sur l'île inhabitée vouée au seul pacage des chèvres. Après quelques semaines d'escale, la bête reprend son voyage, mais le navire fait naufrage dans le golfe de Gênes. Le pape reçoit bien le rhinocéros, mais celui-ci a été empaillé, après la découverte de son cadavre à la suite du naufrage. C'est à l'occasion de ce voyage de François que le souverain se rend compte que la côte marseillaise est mal défendue.
Le château de défense côtière vignette|Dessin du château d'If en 1641, montrant le moulin à vent construit au sud-ouest et la chapelle construite en 1573 sur la pointe orientale. vignette|left|Plan-relief de 1681 du château d'If (musée des Plans-reliefs, Paris). vignette|La présence des embrasures à la française s'observe à chaque étage de la tour Saint-Christophe.
Construction
Le château d'If est la première forteresse royale de Marseille, édifiée après le siège de Marseille par les Espagnols en . La seconde est le fort Notre-Dame construit après 1536 toujours sur l'ordre de François . Cela deviendra le site constitutif de la basilique Notre-Dame-de-la-Garde.
La construction d'une forteresse est un acte politique. Il s'inscrit dans le cas du château d'If dans un projet plus vaste de contrôle des côtes provençales : Marseille est au « la plus belle fenêtre du royaume de France en Méditerranée du Nord ». Le principal atout de l'édifice est sa situation au centre de la rade Nord de Marseille sur des routes de navigation les plus fréquentées. Il permet de défendre la ville contre les flottes espagnoles, les navires turcs ou les incursions de pirates barbaresques, et protéger les galères royales qui mouillent dans le Vieux-Port
Le chantier du château d'If débute à la mi-, retardé à cause du mauvais temps. La date de fin de chantier n'est pas connue. La première garnison et son gouverneur sont en place dès 1531. En 1765, cette garnison est composée de trois compagnies de soixante soldats permanents chacune, dont dix détachés à Pomègues et dix à Ratonneau.
Depuis le , l'artillerie mécanique a poussé la fortification médiévale à se doter de murs élevés, de tours rondes et de fossés, mais depuis le milieu du , la diffusion de l’artillerie à poudre met à mal ce système de défense verticale. Cette période devient ainsi une phase expérimentale dans l'art de fortification : fortification encore médiévale au château d'If (château à tours rondes aux murs épaissis, courtine élevée au niveau du sommet des tours) qui voit cependant apparaître des éléments nouveaux (embrasures à la française, tours couvertes par des terrasses, quatrième tour manquante qui peut être vue comme l'esquisse d'un bastion), forme moderne du bastion au fort Notre-Dame-de-la-Garde.
Architecture vignette|La tour Saint-Christophe vue de la terrasse. La plate-forme sommitale est couronnée d'un parape au profil semi-circulaire conçu pour dévier les boulets par ricochet et ne pas gêner les tirs croisés à l'arquebuse et ensuite au mousquet. vignette|gauche|Plan du château d’If. vignette|L'unique accès au château se situe au centre de la façade est. Il est précédé d'un pont dormant (remplaçant le pont-levis) au-dessus d'un fossé sec, et défendu par une bretèche.
Le fort a lui-même le plan d'un carré avec des côtés d'une longueur de , flanqué de cylindriques constituées de casemates superposées avec des chambres de tir et des embrasures de bouches à feu. Ces tours massives sont détachées des courtines sur les trois quart de leur surface, ce qui les différencie des tours médiévales et préfigure l'idée du bastion. * Les casemates et les embrasures remplacent les archères et les créneaux. La tour Saint-Christophe (1) ou donjon dans le nord-ouest est la plus haute tour ( de hauteur) et permet de verrouiller le principal chenal de navigation.
Les tours Saint-Jaume (2) et Maugovert (3) sont à l'opposé au nord-est et au sud-est du fort. Encadrant la porte et reliées par une vaste plateforme d'artillerie, elles sont tournées vers la ville pour la protéger mais aussi la surveiller et contrôler le trafic maritime, ce qui suscite la méfiance des Marseillais, jaloux de leurs droits d'autonomie hérités du Moyen Âge. Ils y voient la première tentative militaire du pouvoir royal d'imposer sa présence en Provence et nomment la forteresse « la Malvoisine » par analogie avec le surnom donné par les Gênois à la tour que le roi de France avait fait édifier pour contrôler leur port. Les tours sont reliées entre elles par une terrasse spacieuse sur deux étages. Le salon et la cuisine sont au rez-de-chaussée, et des casemates se trouvent au premier étage. Les trois tours rassemblaient une puissance de feu considérable, dont l'efficacité réelle a été mise en doute (l'élévation des canons empêchant un tir efficace). Par son aspect imposant, le château d'If avait aussi une importante fonction symbolique et dissuasive.
Les matériaux de construction varient en fonction des ressources localesDossier thématique « Les matériaux de construction au château d'If », Centre des monuments nationaux, 2019, p.1 : calcaire de l'îlot, « pierre du Midi » (calcaire extrait de la carrière de La Couronne qui a servi aux façades de la cour, à ses dalles et à celles de sa terrasse), et pierres de Marseille détruites lors de son siège en 1524, ce qui fit écrire à l'historien Raoul Busquet que le château est un .