page=2|thumb|right|L’une des premières éditions, numérisée par la BnF. Les Grans et Merveilleux Faictz du seigneur Nemo, avec les privilleges qu’il a et la puissance qu’il peult avoir depuis le commencement du monde jusques à la fin est un monologue dramatique, datant du début du , attribué à Jean d'Abundance.

Présentation

Le texte est un poème se présentant sous la forme d'un discours prononcé devant un public composé de « gens de haultes sciences / Et de très bonnes consciences. »

L’auteur se propose de divertir son public en montrant, dans ce qui apparaît comme une parodie des excès de l’érudition littéraire et des discussions scolastiquesAnatole de Montaiglon, Recueil de poésies françoises des , tome XI, p. 313. : « […] L’excellence et le grant renom D’ung très grant Seigneur, dont le nom Est Nemo, qui tous autres passe […] »

L’auteur démontre dans la suite les qualités surnaturelles de Nemo par des citations de la Bible, en utilisant le mot latin nemo (personne) comme un nom.

Sources

Le sujet de cette œuvre est emprunté à une facétie médiévale sur la vie de saint Nemo (nemo, « personne » en latin), personnage de fiction qui aurait été inventé par un moine, RadulphusMartha Bayless, 2006., dans un Sermo de Nemine (Sermon sur Nemo), inspiré par l’épisode des Cyclopes de l’Odyssée. Ce sermon suscita une Reprobatio parodique, adressée en 1290 au futur pape Boniface VIII ; l’auteur y démontre l’inexistence de Nemo, avant de le critiquer comme s’il s’agissait d’une personne réelle.

Il existe plusieurs manuscrits des textes latins, plus ou moins étendus, datés du . Au , Nemo inspira deux poèmes à Ulrich von Hutten (1508-1512) ; l’une des éditions du texte de Jean d’Abundance signale ce dernier comme source d’inspiration.

Postérité

En Allemagne et en Angleterre, dès le Anatole de Montaiglon, Recueil de poésies françoises des , tome XI, p. 327., Nemo (Niemand, Nobody) perdit son caractère religieux originel et devint un personnage de pamphlets politiques. En France, il fut décliné sous la forme de On, Rien, et, par extension d’un jeu de mots courant au Moyen ÂgePar exemple, avec le mot latin invicem ; cf. Martha Bayless, 2006., Tout, Quelque chose, ChacunTelle que la farce Tout, chacun et rien, disponible sur Gallica.. Le personnage perdure jusqu’au .

Au , Anatole de Montaiglon, dans son Recueil de poésies françoises des , retrace l’histoire de Nemo, et propose une transcription de l’œuvre de Jean d’Abundance à partir de deux des premières éditions.

À la fin du et au début du , quelques-uns des historiens qui étudièrent les origines et les développements de la légende de Nemo ont considéré que Nemo fut au départ pris par un moine ignorant pour un mot désignant véritablement une personne. Cette interprétation littérale apparaît aujourd’hui inspirée surtout par une attitude anti-chrétienne.

Éditions Les grans et merueilleux faictz du ſeigneur Nemo / avec les priuilleges quil a / & la puiſſance quil peult auoir depuis de le cõmẽcement du monde iuſque à la fin, édition du siècle [1530?], exemplaire de la BnF (Rés. Ye-800, 2 ff. in-4), sur Wikisource Les grands et merveilleux Faits de Nemo, auec les Priuileges qu'il a et la puissance qu'il auoit depuis le commencement du monde jusques à la fin, Lyon, par Pierre de Saincte Lucie, s. d. [vers 1530] Les grands et merveilleux Faits de Nemo imités en partie des vers latins de Hutten, et augmentés par P. S. A., Lyon, Macé Bonhomme, s. d. [vers 1550]

Annexes

Bibliographie Martha Bayless, Parody in the Middle Ages: the Latin Tradition, University of Michigan Press, 1996

Notes et références

Catégorie:Poésie médiévale française Catégorie:Canular littéraire