L’Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie (en , Hayastani azatagrut’yan hay gaghtni banak), souvent abrégée en Asala, est un groupe armé issu de la diaspora arménienne surtout actif de 1975 à 1984. Au gré de leurs actions, les commandos de l’Asala ont parfois pris des noms spécifiques liés à une opération particulière, comme le « groupe d’Orly » ou le « groupe du 3-Octobre » ; ou alors le nom d’une personnalité héroïque arménienne, comme le « groupe Khrimian Haïrik »Du nom du prélat qui mène la délégation arménienne au Congrès de Berlin en 1878, Mkrtich Khrimian..

Ses objectifs principaux sont de forcer le gouvernement turc à reconnaître le génocide arménien et d’unifier les territoires peuplés (ou peuplés avant le génocide) d’Arméniens (en Turquie, en Iran et en ex-URSS) en une nation arménienne.

Création de l’Asala sur fond de guerre civile libanaise En effet, l’Asala est fondée en 1975 à Beyrouth, par de jeunes Arméniens de la diaspora installés au Liban et qui ont perdu patience devant l’échec de la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA) à faire reconnaître le génocide arménien par la Turquie. L’Asala est, initialement, une dissidence des CJGA instaurés par la FRA pour éliminer les personnalités considérées comme responsables du génocide ou de sa négation. Il semblerait selon G. Minassian que l'Asala a été créée, à partir d'une section des CJGA, par le FPLP de Georges Habache, qui comptait reprendre à son avantage le militantisme des jeunes Arméniens du Liban (et d'ailleurs) pour s'en servir comme relai et réseau international de la résistance palestinienne.. Cependant, les deux groupes vont très rapidement se lancer dans une féroce lutte d’influence, des règlements de comptes entre la FRA et l’Asala faisant même plusieurs morts (notamment à Beyrouth). Les deux principaux fondateurs de l’Asala sont Hagop Tarakchian et Hagop Hagopian (de son vrai nom Haroutioun Tachikian). Hagopian aurait été placé comme numéro 2 de l'Asala par Georges Habache, qui met à sa tête un certain Wadie Haddad, « inventeur » des détournements d'avion ..

Le passage vers la lutte armée plus radicale se fait avec en toile de fond de la guerre civile libanaise. Si les Arméniens du Liban n’ont pas été directement impliqués dans le conflit (auquel ils paieront pourtant un lourd tribut en vies humaines), ils ont été en contact par la force des choses avec les groupes terroristes palestiniens et la jeunesse voit des similarités entre les causes arménienne et palestinienne. Durant quatre ans, la FRA tente d’infiltrer et de contrôler cette aile qui tente de la dépasser par la gauche, mais en 1979, la rupture est consommée entre les deux groupes. Dans le même temps, la communauté arménienne du Liban fuit le pays en nombre, et on estime que, de 1975 à 1980, pas moins de Arméniens quittent le pays, apportant la douleur et la violence du Moyen-Orient dans les communautés diasporiques d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord où ils s’installent.

La ligne politique en dix points Le , dans une déclaration publique (fait très rare pour ce groupe qui cultive le secret et la clandestinité), l’Asala explique sa ligne politique et ses objectifs stratégiques, que l’historien Yves Ternon a synthétisé en dix points. : Le seul ennemi de l’Asala est le gouvernement turc. Les alliés de l’État turc sont les adversaires de l’Asala. Les mouvements révolutionnaires qui luttent contre la Turquie et l’impérialisme américain sont les amis de l’Asala. Les partis révolutionnaires du peuple turc et du peuple kurde, tous deux opprimés par l’État, sont les seuls alliés officiels de l’Asala. Les amis des Arméniens sont ceux qui ont reconnu le génocide ; leurs ennemis, ceux qui s’obstinent à le nier. Les chefs des partis politiques arméniens n’ont obtenu aucun résultat en soixante ans. Le temps de la FRA est passé. Tous les Arméniens regardent vers l’Asala car elle est exactement à l’image de leurs désirs. L’Église arménienne peut être récupérée et ramenée dans le droit chemin. Le combattant de l’Asala n’est pas un terroriste mais un pur révolutionnaire. L’Asala est solitaire, indépendante, orgueilleuse et fière. L’Arménie soviétique est la base unique et irremplaçable du Peuple arménien.

Conformément à ces principes de base, les activités de l’Asala sont en grande majorité des attentats à la bombe et des assassinats dirigés contre des cibles turques - ou considérées comme soutenant la Turquie (en général ou dans sa politique étatique de négation du génocide arménien), jusqu’à l’étranger. Pour diffuser ses idées, l’Asala édite un périodique intitulé Hayastan (« Arménie ») en plusieurs langues. Certaines conférences de presse sont aussi organisées, mais en général, le groupe se cantonne à la clandestinité.

Idéologie L'idéologie de l'ASALA était un nationalisme arménien fortement ancré à gauche.

L'ASALA était formellement hostile à l'alliance occidentale de l'OTAN, notamment car la Turquie en est membre. Elle soutenait les forces palestiniennes durant le conflit israélo-palestinien.

Les deux principaux objectifs politiques de l'ASALA étaient d'amener la Turquie à reconnaître sa culpabilité dans le génocide arménien de 1915 et d'établir une Arménie unie, qui unirait les régions voisines anciennement sous contrôle arménien ou comptant d'importantes populations arméniennes. De plus, l'ASALA a déclaré dans un journal chypriote en 1983 qu'elle soutenait l'Union soviétique et visait à obtenir le soutien d'autres républiques soviétiques pour la cause de l'élimination du .

Ces objectifs ont contribué à façonner les objectifs politiques suivants :

1-Forcer la fin du colonialisme turc en utilisant la violence révolutionnaire.

2-Attaquer les institutions et les représentants de la Turquie et des pays soutenant la Turquie.

3-Affirmer le socialisme scientifique comme principale idéologie de l’Arménie.

L'historienne Fatma Müge Göçek qualifie les objectifs déclarés de l'ASALA de « justes », mais les moyens utilisés pour atteindre ces objectifs, à savoir le « meurtre délibéré [de] personnes innocentes », ne sont pas justes, et affirme donc qu'il s'agissait d'une organisation terroriste.

Le Département d'État américain, sous la présidence de Ronald Reagan — ainsi que les militants eux-mêmes — ont attribué les actes de l'ASALA au déni ouvert de la Turquie du génocide arménien.

Les débuts de la violence Entre 1975 et 1984, l’organisation commet, selon le Memorial Institute for Prevention of Terrorism, quatre-vingt-quatre attentats et assassine quarante-six personnes. Le premier attentat à la bombe de l’Asala vise le bureau du Conseil œcuménique des Églises à Beyrouth, attaqué le parce que cette organisation encourageait à l’émigration, ce que l’Asala percevait comme une tentative de comploter pour éliminer la Question arménienne. Le premier assassinat connu a aussi lieu au Liban ; il coûte la vie au premier secrétaire de l’ambassade de Turquie, , le à Hamra. L’année suivante, l’Asala s’internationalise et commet un attentat à la bombe contre le domicile d’un couple d’historiens américains, Stanford Jay Shaw et Ezel Kural Shaw, auxquels elle reproche de défendre les thèses turques et de ramener le génocide arménien à de simples massacres et déportations justifiés dans le contexte de la Première Guerre mondiale.

Plus radicale que la FRA (neuf attentats arméniens sur dix sont revendiqués par l’Asala), l’Asala va recruter parmi ceux dont la patience est épuisée et qui sont séduits par l’extrémisme. Au moment de la fondation de l’Asala, en outre, la FRA traverse elle-même une crise d’identité qui l’affaiblit et l’empêche de tuer dans l’œuf les initiatives des fondateurs de l’Asala et de leurs premiers partisans. La politique libanaise vient se mêler aux luttes de pouvoir internes à la diaspora arménienne de Beyrouth, et l’attitude de neutralité (avec un penchant pour les phalangistes de Gemayel pro-israéliens) de la FRA va encore radicaliser la fracture dans une diaspora arménienne dont beaucoup sympathisent avec les palestiniens.

La collaboration avec des groupes étrangers L’un des grands défis que l’Asala doit régler est l’absence de toute base territoriale sur les terres historiques arméniennes, et même en diaspora avec la fuite de la diaspora arménienne de Beyrouth et du Liban durant la guerre civile. En Occident, la situation est un peu différente dès le départ, les communautés diasporiques n'ayant pas véritablement de quartier propre comme celui de Bourj-Hammoud à Beyrouth. Pour y remédier, l’Asala collabore avec les Kurdes dans leur effort de lutte de libération nationale, et tout particulièrement avec le PKK : les Kurdes disposent de l’assise territoriale dans le sud-est anatolien et les Arméniens disposent du savoir-faire révolutionnaire acquis au Liban. Il est en effet établi que les militants de l’Asala se sont entraînés avec les groupes palestiniens qui avaient aussi établi leur base arrière au pays du Cèdre : au début avec l’OLP puis, après que Yasser Arafat eut entamé des négociations avec Ankara, l’Asala se rapproche du FPLP et du FDPLP. L’idéologie de ces groupes déteint sur l’Asala, mais ils n’ont pas instrumentalisé les terroristes arméniens, contrairement à ce qui était parfois affirmé à l’époque devant la similitude des méthodes. Il s’agit d’alliés objectifs poursuivant chacun leur but propre mais en mettant leurs connaissances pratiques de la lutte armée en commun..

Hagop Tarakchian meurt du cancer en 1980.

L’arrestation de deux militants détourne l’Asala de son objectif premier Durant les quatre derniers mois de 1979, l’Asala commet pas moins de quinze attentats à travers l’Europe (Genève, Francfort, Madrid, Ankara, Copenhague, Milan, Rome, Paris) (dégâts matériels importants et trois blessés), puis Istanbul le , pour marquer le cinquième anniversaire de sa fondation. Les cibles sont alternativement des diplomates turcs ou des intérêts économiques turcs - et tout particulièrement la compagnie aérienne Turkish Airlines qui essuie le gros des explosions.

Le début de l’année 1980 voit les attentats se poursuivre - à un rythme moins soutenu cependant -, puis le choc en retour se produit le , lorsque deux membres de l’Asala sont arrêtés : il s’agit d’Alec Yenikomchian et Suzy Masseredjian, qui se sont blessés en manipulant des explosifs dans un hôtel de Genève. Cette arrestation fait suite à plusieurs attentats commis dans la ville suisse, mais également à travers toute l’Europe ; elle marquera un tournant dans l’histoire de l’Asala et illustre bien les dérives à venir.