Le Sundaland (également francisé sous le nom de Sondeland) est un ensemble biogéographique du sud de l'écozone indomalaise, comptant entre autres la péninsule Malaise et une partie des Grandes îles de la Sonde. Il est défini par Conservation International comme un point chaud de biodiversité. vignette|Sundaland pendant le dernier maximum glaciaire.|302x302px
Définition thumb|302x302px|right|Carte du Sundaland
Le Sundaland se compose de la péninsule Malaise (Provinces thaïlandaises de Narathiwat, de Pattani et de Yala, Malaisie péninsulaire, Singapour), Bornéo (incluant les États malais de Sabah et de Sarawak, ainsi que les provinces indonésiennes de Kalimantan et le sultanat de Brunei), Sumatra, Java dont Madura, Bali. Ainsi que plusieurs petits archipels et îles alentour : îles Riau (Malaisie), îles Bangka Belitung, îles Mentawai, Enggano et Nias (Indonésie), îles Nicobar (Inde)Debenham Frank, Gossot Henry. Grand Atlas Mondial. Sélection du Reader's Digest: Paris, 1983. . Cet ensemble biogéographique forme un territoire de incluant donc certaines des plus grandes îles du monde dont les plus grandes d'Insulinde : Bornéo ( - la grande île du monde, partagée entre Indonésie, Malaisie et Brunei) et Sumatra ( - du monde), ainsi que Java ( - du monde, en Indonésie).
Histoire thumb|left|273x273px|Carte représentant les deux masses continentales du Sunda et du Sahul. Le niveau de la mer étant de 100m. inférieur au niveau actuel entre 21 000 et 18 000 BP. (LGM)
Le Sundaland possède une histoire géologique complexe. En effet la région est incluse dans un espace beaucoup plus grand appelé Sunda (également appelé la Sonde), qui forme une masse continentale incluant l'Asie du sud-est continentale, Bornéo, Java, Sumatra et Bali. Ces îles ont constamment été tour à tour séparées puis reliées à l'Asie continentale suivant la montée ou la baisse du niveau de la mer imputée aux glaciations du Pléistocène. Raison pour laquelle la faune et - dans une moindre mesure - la flore sont très similaires à ce que l'on trouve en Asie du sud-est continentale : tigres, rhinocéros, primates, etc. Plus au sud, la ligne Wallace, nommée d'après le naturaliste Alfred Russel Wallace sépare l'écozone indomalaise de l'écozone australasienne, formant une zone tampon, biologiquement mixte, appelée Wallacea.
Il suffit d'une baisse du niveau de la mer de 50 mètres pour que les actuelles îles de Sumatra, Java et Kalimantan soient joignables par voie terrestre depuis le continent asiatique. La liaison entre Java, Sumatra et la péninsule Malaise semble avoir été constante de 85 000 ans à 11 000 ans avant le présent. Kalimantan s'est elle retrouvée isolée vers 70 000 ans avant le présent. La surface du Sundaland a augmenté il y a 30 000 ans, jusqu'a doubler au dernier maximum glaciaire, soit il y a 21 000 ans environ. Après le dernier maximum glaciaire, la fonte des glaces entraîne une remontée du niveau de la mer et par conséquent un remodelage géographique.
Peuplements
Cette insularisation progressive a eu également un rôle important pour les populations humaines. Deux théories s'affrontent.
La première théorie suppose qu'il y a environ 4 000 ans, des migrations de peuplades austronésiennes ont eu lieu de Taïwan vers les Philippines. De nouvelles migrations commencent bientôt des Philippines vers Sulawesi et Timor et de là, vers les autres îles de l'archipel indonésien.
Une autre étude menée par l'université de Leeds et publiée dans la revue Molecular Biology and Evolution suppose, à travers une étude du chromosome mitochondrial, qu'il y aurait un héritage paternel dans la majorité des habitants d'Indonésie et d'Océanie provenant de populations établies dans la région depuis le Pléistocène (c'est-à-dire il y a plus de 10 000 ans avant le présent, donc antérieurement aux migrations austronésiennes). Cette étude montre par ailleurs un apport génétique chez les Indonésiens en provenance du nord (Philippines et Taïwan) associé à des populations d'agriculteurs, donc datant du Néolithique.
Une étude suggère que la préférence pour le sang humain n’est apparue qu’une seule fois chez les moustique du groupe Anopheles leucosphyrus, et ce dans cette région il y a entre 2,9 et 1,6 millions d’années. Cela se serait passé autour de 1,8 million d’années, date d'arrivée la plus ancienne proposée pour Homo erectus, bien avant l’installation d’Homo sapiens (entre 76 000 et 63 000 ans).
Caractéristiques thumb|250px|Mont Bromo (2329 m - Java) en 2004
Située entre les nord et sud et traversé de part en part par l'équateur une grande partie de la région possède un climat équatorial, caractérisé par une température moyenne de 26,9 °C toute l'année et des précipitations abondantes et régulières (voire quotidiennes), ainsi que des zones au climat de mousson tropicale - à Java notamment - avec des saisons sèches et humides plus marquées. Les précipitations vont de 1665 mm/an à Jakarta à plus de 4290 mm/an à Padang (Sumatra - Indonésie), avec une moyenne sur l'ensemble de la zone de 2500 mm/an. Avec la combinaison de différents mouvements de moussons on observe des variations - plus ou moins importantes des précipitations - avec une baisse en fin d'hiver (janvier, février, mars) et en été (juin, juillet, août), qui reste très variable selon la localisation. De ce fait la végétation est composé majoritairement de forêts tropicales de plaines ou de montagnes, de mangroves, ainsi que de forêts tropicales de tourbières (à Sumatra et Bornéo surtout). Les zones de haute altitude comportent également des prairies alpines et des forêts de conifères.. Situé intégralement le long de la ceinture de feu du Pacifique ce point chaud est donc très actif avec des séismes fréquents (comme celui du 26 décembre 2004 qui tua pour la seule Indonésie près de 166 320 personnes ), mais également de très nombreux volcans parmi les plus actifs du monde. Les éruptions des volcans Toba, Krakatoa ou Tambora furent parmi les plus dévastatrices de l'Histoire de l'humanité, alors que le Merapi est entré en éruption en 2010, soit pour la depuis 1548. La plupart de ces volcans sont situés à Sumatra et Java car ces deux îles sont en bordure de la plaque de la Sonde, qui est une zone de subduction (donc une zone sismique) de la plaque australienne.. La péninsule Malaise et Bornéo étant situés au cœur de cette plaque tectonique, sont très peu touchés par les séismes et ne possèdent aucun volcan important. La zone est donc très montagneuse, avec de nombreux pics (principalement volcaniques) dépassant les 3000 m : le mont Kerinci à Sumatra (3800 m), une dizaine de volcans à Java de plus de 3000 m dont le mont Semeru (3676 m) ainsi que le mont Agung à Bali (3142 m). Paradoxalement le site le élevé de ce point chaud n'est pas un volcan mais un massif plutonique, le mont Kinabalu situé sur la chaîne Crocker à Sabah (Malaisie orientale) culmine en effet à 4095 m d'altitude, ce qui en fait la montagne la plus élevée de Malaisie et de Bornéo, ainsi que le point le plus haut sur un rayon de plus de 2500 km entre le Hkakabo Razi (5881 m - Birmanie) et le Puncak Jaya (4884 m - Papouasie occidentale, Indonésie).
thumb|center|1100px|Panorama de la végétation du Sundaland (Bornéo) : forêt tropicale de plaines, prairies alpines au mont Kinabalu, Mangroves, plage à Kota Kinabalu, forêts tropicales de montagnes, bosquets de bruyères et de rhododendrons au mont Kinabalu, forêt tropicale de plaines avec fougères Asplenium.
La liste des écoregions du Sundaland selon WWF :
Forêts tropicales et subtropicales humides Borneo lowland rain forests (Bornéo) Borneo montane rain forests (Bornéo) Borneo peat swamp forests (Bornéo) Eastern Java–Bali montane rain forests (Bali, Java) Eastern Java–Bali rain forests (Bali, Java) Mentawai Islands rain forests (îles Mentawai) Peninsular Malaysian montane rain forests (péninsule Malaise) Peninsular Malaysian peat swamp forests (péninsule Malaise) Peninsular Malaysian rain forests (îles Anambas, péninsule Malaise) Southwest Borneo freshwater swamp forests (Bornéo) Sumatran freshwater swamp forests (Sumatra) Sumatran lowland rain forests (Sumatra, Nias, île Bangka) Sumatran montane rain forests (Sumatra) Sumatran peat swamp forests (Sumatra) Sundaland heath forests (Indonésie) Western Java montane rain forests (Java) Western Java rain forests (Java)
Forêts tropicales et subtropicales de conifères Sumatran tropical pine forests (Sumatra)
Prairies et broussailles de montagnes Kinabalu montane alpine meadows (Bornéo)
Mangroves Sunda Shelf mangroves (Bornéo, Sumatra, îles Riau).
Biodiversité
En tant que point chaud de biodiversité, le Sundaland est extrêmement riche en espèces animales et végétales. Il est composé de deux pays mégadivers que sont la Malaisie et l'Indonésie et entouré en plus par trois autres points chauds de biodiversité : Philippines, Indo-Burma (Asie du sud-est continentale) et Wallacea (Sulawesi, Moluques, Petites îles de la Sonde)http://berkeley.edu/news/media/releases/2009/02/images/hotspot-map.gif. Il forme donc un carrefour biologique d'une très grande importance et d'une immense richesse.
thumb|center|1020px|Panorama de la Flore du Sundaland: Etlingera elatior, Rafflesia arnoldii, Paphiopedilum primulinum, Rhododendron rugosum, Nepenthes villosa, Durio zibethinus, Coelogyne papillosa.
La diversité végétale est l'une des plus élevées de la planète avec quelque de plantes dont près de sont présentes nulle part ailleurs soit 60 % d'endémisme. On retrouve entre autres une famille endémique (les Scyphostegiaceae avec une unique espèce Scyphostegia borneensis propre à Bornéo) et 117 genres endémiques : 59 à Bornéo, 17 à Sumatra et 41 en Péninsule malaise. Bornéo, plus que les autres espaces du Sundaland, possède une diversité énorme. On y trouve près de espèces d'arbres, incluant 265 espèces de Dipterocarpaceae (l'essence dominante dans les forêts tropicales asiatiques) dont 155 endémiques. Sumatra possède une douzaine d'espèces de Dipterocarpaceae endémiques sur une centaine d'espèces. On trouve également une abondance de palmiers: Cyrtostachys, Nypa, Myrialepis, Calamus, etc. C'est également dans le Sundaland que l'on trouve les deux plus grandes fleurs de la planète: la Rafflesia arnoldii qui est la plus grande fleur unique du monde et l'Amorphophallus titanum, qui est une fleur composée, présent respectivement sur Bornéo et Sumatra. On compte également plus de d'orchidées : Vanda, Phalaenopsis, Paphiopedilum, Dendrobium, Coelogyne, Bulbophyllum, etc. La forte variation d'altitude permet la naissance d'une végétation isolée du reste des forêts tropicales de plaines. C'est le cas des forêts de conifères avec comme essence dominante le Pin de Sumatra (Pinus merkusii). Autour du mont Kinabalu la végétation varie fortement via l'altitude avec des forêts de brouillards puis des forêts de bruyères d'altitude incluant une abondance de népenthes, d'ericaceae, de rhododendrons, de theaceae, de fougères, etc.
thumb|left|300px|Groupe de nasiques au Labuk Bay Proboscis Monkeys Sanctaury. Sabah, Malaisie
La diversité animale est également énorme. Oiseaux : on retrouve pas moins de 769 espèces d'oiseaux donc presque 20 % sont endémiques soit 142 espèces. Le Sundaland abrite six EBA (Endemic Birds Area) : Bornean Mountains, Sumatra and Peninsular Malaysia, Enggano, the Java and Bali Forests, and the Javan Coastal Zone.. L'avifaune de Sumatra et de la péninsule malaise sont très proches avec la plupart des espèces présentes dans les deux régions. C'est également le cas de Java et Bali. Bornéo plus isolé géographiquement possède 632 espèces et pas moins de 43 endémiques. dont une vingtaine sont propres aux zones montagneuses du centre de l'île. Parmi les groupes les plus emblématiques du Sundaland on peut citer les Faisans, Pigeons, Calaos, Pics, Brèves, Bulbuls, Souïmangas, etc. Mammifères : il existe 380 espèces de mammifères dont presque la moitié - 170 espèces - sont endémiques. On retrouve 17 genres endémiques sur 136.