Hatohobei est l'un des seize États qui forment les Palaos. D'une superficie de , il est peuplé de 25 habitants (en 2015), ce qui en fait la division administrative de premier niveau la moins peuplée au monde.
Géographie Géographie physique L'État de Hatohobei est constitué de l'île de Hatohobei (ou « Tobi ») et des récifs Hotsarihie (ou « Helen Reef ») et Pieraurou (ou « Transit Reef ») de la Constitution, tous situés dans l'océan Pacifique. Avec les îles de l'État de Sonsorol, elles forment les îles du sud-ouest des Palaos.
L'île de Hatohobei se trouve à au sud-ouest de Koror, l'État le plus peuplé des Palaos, à au sud-est de Mindanao aux Philippines et à au nord-est de Halmahera en Indonésie.
Géographie administrative L’État ne divise pas ses îles en municipalités. Les deux îles « au-dessus du niveau de la mer » sont habitées. Hatohobei est la plus peuplée et est le siège du gouvernement de l’État. Elle n'est toutefois pas élevée au rang de capitale. L'île Helen est une petite île située au nord du Helen Reef, simple dune occupée par une dense forêt, elle est habitée par trois résidents de la Marine Ranger Station.
Numéro Île Village Superficie (km) Population (2005) Coordonnées 1 Hatohobei Hatohobei 0,85 ~41 2 Helen Reef/Hotsarihie aucun (Marine Ranger Station) 0,03 3 3 Transit Reef/Pieraurou aucun (île fantôme) — —
Histoire Avant l'arrivée des Européens : le mythe de la fondation Des artéfacts ont été retrouvés sur l'île, dont des figurines en pierre, des gouges, et des herminettes. Ces artéfacts indiquent un peuplement ancien de l'île. Selon la tradition orale, la personne ayant découvert l'île et qui devint son premier chef était une femme venant de Fais (en Micronésie) nommée Ramoparuhe. Fuyant une guerre sur l'île de Fais, elle vint directement sur l'île de Tobi avec son mari Yongoihari et son père Tahabech. Les détails sur le voyage sont peu connus, seuls certains éléments sont indiqués : le voyage en prao leur aurait permis d'aborder Tobi par l'ouest et une fois à terre ils auraient enterré une coquille de palourde près de la plage ; à la nouvelle lune, Ramoparuhe mangeait sa nourriture sur un morceau de chaume ; leur dieu s'appelait Mabuwat. Il n'est pas mentionné d'équipage. La légende décrit l'île de Tobi d'alors, plus petite (selon Mohitsho, elle avait une taille équivalente à l'île Helen du Helen Reef) et avec un seul arbre, appelé Moh.
Les trois firent deux allers-retours entre Fais et Tobi. La deuxième fois, lorsqu'ils arrivèrent, Souhopit, le frère de Ramoparuhe, se trouvait sur l'île, qu'il revendiquait. Afin de déterminer l'auteur de la découverte, Rampoparuhe alla montrer sa coquille de palourde ; cependant, sous la coquille, ils trouvèrent un morceau de chaume que Souhopit revendiqua être sien. Estimant que son frère avait triché, elle le chassa de l'île. Peu après, son père retourna sur Fais et, revenant vers Tobi, s'arrêta sur l'île de Melieli où il vit Souhopit, qui l'avait découverte. Toujours en colère contre sa sœur, il menaça quelques années plus tard de la tuer si elle tentait d'aborder Melieli.
Mais Ramoparuhe resta sur Hatohobei avec son mari ; son père retourna définitivement sur Fais. Elle eut un premier fils, Yango, son héritier. Six autres enfants naquirent, et elle créa cinq clans pour sa progéniture. Peu de temps après, une femme appelée Roubah arriva sur Tobi depuis Woleai. Son fils devint le chef du sixième clan. Ramoparuhe et son fils Yango furent à l'origine du septième clan.
Un habitant de Fais, nommé Uwedog, âgé de 75-80 ans en 1973, donna une version similaire de la légende mais attribue à Ramoparuhe le nom de Lifarpaluï. La légende diffère également sur la raison de son arrivée à Tobi : en route pour Yap, elle aurait dérivé fortuitement vers Hatohobei. Uwedog affirmait descendre d'une sœur de Lifarpaluï, nommée Marechim. Connaissant sa généalogie depuis Marechim, Uwedog a permis déterminer le nombre de génération le séparant de la découvreuse supposée de Tobi. En supposant 25 ans pour chaque génération, l'anthropologue Donald H. Rubinstein estime les dates de naissances de Marechim et Lifarpaluï vers 1690-1700.
Découverte par les Européens : période anglaise (1710-1901) L'île de Hatohobei semble avoir été aperçue en 1710 par le capitaine britannique Woodes Rogers, lors d'un voyage de Ternate à Guam.
Le , le navire britannique Helen mené par le capitaine George Seton s'approcha suffisamment de Tobi pour y apercevoir des lumières et des habitations, selon le journal de bord. Le navire aperçut aussi un récif qu'ils nommèrent « Helen Reef ».
En 1832, un autre navire britannique, le Mentor dont le capitaine était Edward C. Barnard et à bord duquel se trouvaient Horace Holden et Benjamin Nute, s'échoue sur un récif : l'équipage est sauvé par des indigènes qu'ils identifient comme des Tobiens, du fait du nom de l'île dans leur langue, que Holden retranscrit Tobee. Ils restent de 1832 à 1834 sur l'île et consignèrent les premières traces écrites du tobien. Un Anglais de Manchester était déjà présent sur l'île au moment de leur échouage, nommé Charles Washington, parti de Grande-Bretagne en 1800.
Le , l' arrive à Hatohobei. Robert Lee-Wright Browning, lieutenant sur le navire, décrit dans son journal sa première rencontre avec les Tobiens, « vivant nus et portant les cheveux longs ». Ils rencontrèrent l'une des personnes présentes sur le Mentor en 1832 : un prince aracolonien nommé Habak, qui leur raconta alors l'évacuation d'Edward Barnard, « six lunes après son échouage sur Tobi », par le navire marchand Sabina, se rendant vers Macao, qui fit escale sur l'île le et emmena deux des survivants du Mentor, Edward Barnard et Bartlett Rollins. Le reste de l'équipage subsist au mieux, se nourrissant de noix de coco, de poisson et de fruits de mer, mais finit par tomber malade. Ce n'est qu'après « 40 lunes » qu'un nouveau bateau passa et emmena les « hommes blancs malades », laissant seulement Habak, dernière personne à être venue sur Tobi par le Mentor. Quelque temps plus tard, un nouveau navire, se rendant à Londres, passa, mais refusa de faire un détour pour déposer Habak sur Palaos.
Browning décrit l'île comme densément couverte de cocotiers, dont le fruit serait, avec le taro, l'une des rares sources terrestres de nourriture des Tobiens. La mer leur en fournissait davantage, notamment des poissons et rarement des tortues. Il décrit les huttes, dont l'entrée est petite, et à l'intérieur desquelles étaient rangés des paniers profonds pour pêcher les poissons, des noix d'eau potable et d'autres d'huile de coco ; recouvert de feuilles de cocotiers séchées, le plancher n'était pas à même le sol et comportait une petite plateforme recouverte d'herbes séchées pour dormir.
Le « village » central était alors formé d'un petit groupe de huttes au centre desquelles se trouvait un espace religieux sans parois, composé d'un toit et d'un parquet de grandes planches, et nommé vere yaris. À une extrémité se trouvait une sorte d'« autel » et neuf statues humaines en bois, dont sept étaient des femmes. Au centre du toit était suspendue une maquette de catamaran appelée le « bateau des esprits ».
Horation Hale en 1846 et Horace Holden apportèrent des précisions sur la divinité dont ils avaient observé le culte. Selon Holden, les Tobiens auraient adopté cette religion par l'intermédiaire d'un homme de « couleur cuivre comme eux », nommé Pita-Kät, qui serait venu longtemps auparavant depuis Ternate avec des images explicites représentant la divinité.
Il décrit également les armements des Tobiens : des lourdes lances en cocotier dont la pointe est incrustée de dents de requin de « de long ». Certaines maisons, bien que petites, semblaient avoir deux étages, dont la partie supérieure était accessible par un trou. Les ornements portés par les Tobiens allaient de feuilles pliées aux oreilles à un collier fait de coque de noix de coco et de petits coquillages blancs. Les morts étaient placés sur un prao et envoyés au large, à l'exception notable des très jeunes enfants. Hale explique cela par le souhait que la pirogue transporte le décédé vers la terre des esprits.
Période allemande (1901-1914) vignette|Groupe de personnes sur l'île de Tobi. Scène de pêche à pied et ronde d'enfants. Photo prise durant l'expédition Thilenius (1908-1910). vignette|Hommes dansant sur l'île de Tobi. Photo prise durant l'expédition Thilenius (1908-1910). La prise de possession allemande de l'île de Tobi et de Helen Reef est ordonnée le par le ministère des Affaires étrangères prussien au gouverneur Rudolf von Bennigsen pour sécuriser le passage des câbles sous-marins allemands. L'ordre demande ainsi « de lever le drapeau sur les îles spécifiées à bord du Stephan ». Le navire Stephan, de petite taille et ne pouvant donc transporter beaucoup de charbon, alla dans un premier temps prendre possession les îles Sonsorol puis revint sur Yap, indiquant que le bateau pourrait éventuellement se rendre jusqu'à Tobi mais devrait repartir immédiatement, et que la prise de possession de Helen Reef ne pouvait se faire que si une partie du récif émerge au-dessus du niveau de la mer.
Partant de Yap le , le Stephan, à bord duquel se trouvait l'administrateur du district Arno Senfft, parvint finalement sur l'île de Hatohobei le suivant. Ne pouvant jeter l'ancre, le gouverneur se rendit sur l'île dans un canot. L'un des chefs tobiens conduisit le gouverneur devant l'une de ses maisons, devant laquelle ce dernier leva le drapeau impérial allemand. Le gouverneur estime alors qu'il se trouve entre 500 et 600 Tobiens sur l'île. Le navire se rend ensuite vers Helen Reef pour en prendre possession. Il décrit à cette occasion quelques bancs, qui changent en taille et en nombre en fonction des mouvements du sable. Senfft suggéra lors de son voyage que la forte population de Tobi permettrait de repeupler les îles de Yap et de Palaos, alors en déclin démographique. Il emmena des Tobiens vers ces îles.
En 1904, un typhon passa au nord de l'île de Tobi. Georg Fritz, un officiel du district de Saipan, s'y rendit en 1906 afin de vérifier s'il y avait eu des dégâts. Il constata que la population s'élevait à près de 1000 habitants qui semblaient souffrir de malnutrition, peut-être à la suite de l'intrusion d'eau salée dans leurs plantations de taro, et conclut que la capacité d'accueil de l'île était dépassée. Il proposa aux habitants qui le souhaitaient une relocalisation sur les îles de Yap et de Palaos, afin de repeupler ces deux îles : 48 personnes acceptèrent, dont deux femmes.
Le , le navire Peiho arriva sur Tobi avec, à son bord, quatre ethnologues dont Augustin Kraemer et sa femme Elisabeth Krämer-Bannow. Ce séjour d'une semaine fut l'occasion pour Paul Hambruch de recenser les 968 habitants de l'île. Il décrivait à cette occasion le système politico-religieux de la population, concentré autour d'un chef principal portant le titre de tamor : à cette date, celui-ci était Makiroa, entouré de 13 chefs adjoints dont une femme. Le pouvoir religieux contrebalançait le pouvoir politique, en la personne du prêtre nommé Mantruior. La principale déité était Rugeiren et les rituels avaient lieu dans deux espaces dédiés, appelés fare kikak et galis. Le vere yaris également décrit par Hale au siècle précédent était l'endroit, au nord de l'île, où l'on rendait à la divinité Rugeiren un culte selon divers rituels.
Six mois après le départ du Peiho, un médecin du nom de Buse vint sur l'île dans le cadre d'une évaluation de la santé des habitants des Palaos. Il apprit alors qu'une maladie respiratoire qu'il pensait être la grippe avait tué près de 200 personnes. L'infection a pu provenir du séjour d', d'un nommé Krämer qui avait été malade durant cette période.
Durant la Première Guerre mondiale le Japon combattit avec les Alliés contre les Allemands qui perdirent dès l'automne 1914 Hatohobei, que la conférence de la paix de Paris attribua en 1919 au Japon.