Charles Pélissier, né le dans le de Paris, arrondissement où il est mort le , est un coureur cycliste français. Professionnel de 1923 à 1939, il est l'un des piliers de l'équipe de France sur le Tour au début des et l'un des coureurs les plus populaires de l'histoire de l'épreuve. En six participations à la Grande Boucle, il y remporte seize étapes. Il y obtient son meilleur classement final en 1930 en terminant au neuvième rang, l'année où il établit le record de victoires d'étapes sur un même Tour de France avec huit succès. Cette performance n'est égalée que par Eddy Merckx en 1970 et 1974 et Freddy Maertens en 1976.
Il compte également à son palmarès une victoire sur le Critérium des As en 1933 et un succès sur le Circuit de Paris l'année suivante. Il se distingue également dans d'autres disciplines, en remportant consécutivement trois titres de champion de France de cyclo-cross de 1926 à 1928, ou sur la piste en gagnant les Six Jours de Paris en 1930 avec Armand Blanchonnet et le Prix Goullet-Fogler à deux reprises, avec André Leducq en 1929 et Antonin Magne en 1935.
Coureur extrêmement populaire, il révolutionne l'image du coureur cycliste en apportant un soin particulier à son apparence. Apprécié pour sa distinction et son raffinement, il est considéré comme l'un des de son sport et s'élève au rang des principales vedettes du monde artistique de son époque. À la fin de sa carrière, il signe plusieurs chroniques dans le magazine Miroir Sprint pour le compte duquel il suit le Tour de France. Ses deux frères aînés, Henri, vainqueur du Tour de France en 1923, et Francis, plusieurs fois champion de France, ont également mené une brillante carrière cycliste.
Biographie Jeunes années Charles Pélissier naît le dans le arrondissement de ParisArchives de Paris 16e, acte de naissance , année 1903 (page 14/31). Il est le dernier d'une famille de cinq enfantsCharles Pélissier possède une sœur aînée, Augustine, née le et trois grands frères, Henri, né le , Jean, né le et Francis, né le , tous nés dans le de Paris. Voir .. Sa mère, Élisa-Augustine Cas, originaire de Revin dans les Ardennes est orpheline et travaille un temps comme serveuse dans un café de la rue Ramey à Paris, avant de rencontrer son mari.. Jean Pélissier, originaire de Polminhac dans le Cantal, arrive dans la région parisienne à l'âge de , où il travaille dans un premier temps comme vacher dans une ferme de Levallois, avant de s'installer à son compte, au de la rue Mesnil à Paris, à la « Vacherie de l'Espérance ».. La naissance de Charles apporte à sa mère, alors âgée de , un surcroît de travail et le jeune enfant est mis en nourrice au sein de la famille Puechjean, à Meymac en Corrèze, jusqu'à l'âge de .. Pendant son enfance, il retourne chaque été passer ses vacances chez ses parents nourriciers.
Charles Pélissier fréquente l'école maternelle de la rue Boissière, puis l'école communale de la rue Decamps avant d'être envoyé en pension à Saint-Nicolas-de-Buzenval en à cause de résultats scolaires décevants. C'est là qu'il obtient son certificat d'études primaires en 1916. Dans cette pension, Charles est un élève apprécié en raison de la popularité de son frère Henri qui remporte les premiers succès de sa carrière professionnelle. À la fin de l'année 1913, ce dernier, qui vient de remporter le Tour de Lombardie, lui offre en cadeau son premier vélo, de marque Thomann. Dès lors, Charles Pélissier occupe l'essentiel de son temps libre à s'entraîner sur son vélo..
Apprenti mécanicien et cycliste amateur Charles souhaite suivre la voie de ses frères Henri et Francis et devenir à son tour cycliste professionnel mais son père, qui a transformé sa laiterie en garage en 1912, souhaite qu'il prenne sa succession en tant que mécanicien. À sa sortie de la pension, il le place en apprentissage au garage Dupont de la rue Duret, à Paris, un établissement que Charles quitte de sa propre initiative pour rejoindre le garage Bondis, avenue de la Grande-Armée, où son salaire est sensiblement augmenté. En 1917, pendant ses vacances en Auvergne, il participe à quelques courses cyclistes de village et remporte ses premiers prix. Il repeint son vélo Thomann aux couleurs d'un constructeur d'Aurillac, Counor, qui le prend en charge et le conduit dans les différentes épreuves où il est engagé. En 1918, Charles Pélissier remporte notamment le championnat de fond du Cantal, une épreuve disputée sur derrière entraîneurs à véloLors des épreuves derrière entraîneurs, les coureurs reçoivent l'aide d'entraîneurs à vélo ou sur engins motorisés. Ces entraîneurs se relaient sur l'ensemble du parcours, permettant au coureur de bénéficier de leur aspiration.. Il est cependant déclassé car son frère Francis figure parmi ses entraîneurs, alors que le règlement interdit la présence de cyclistes professionnels. À Paris, avec certains de ses amis cyclistes, dont Gabriel Marcillac et Avanti Martinetti, il fonde une société, le Vélo Club de Passy, dont l'existence n'est que de courte durée, en proie à des difficultés financières..
Charles Pélissier signe une licence de coureur amateur au Club Sportif de la Seine en 1920. Parallèlement, il est engagé comme mécanicien à la Compagnie Générale des Taxis à Levallois. L'année suivante, il entre aux PTT et devient releveur de boîtes postales. Il effectue des tournées à vélo dans le mais il est rapidement renvoyé par la compagnie. Au début de l'année 1922, il entre au service du Bulletin des Halles, un journal parisien, en même temps qu'il signe une licence au Club Athlétique des Sports Généraux (CASG). Ses performances d'amateur sont plutôt modestes : il compte une victoire dans Versailles-Rambouillet et participe au succès de son frère Francis dans Bordeaux-Paris en assumant pour lui le rôle d'entraîneur., puis se distingue également dans le Grand Prix de Clôture dans lequel il est en tête de la course, avant de chuter et d'abandonner. Pour autant, il est contacté par René Maisonnas, directeur sportif de l'équipe J.B. Louvet, au sein de laquelle courent ses deux frères Henri et Francis, qui lui propose un contrat professionnel pour la ..
Carrière professionnelle Débuts difficiles et premiers succès (1923-1925) thumb|alt=Photographie en noir et blanc montrant un cycliste en course.|Charles Pélissier sur la Polymultipliée en 1923. Les trois frères Pélissier sont ainsi réunis sous le même maillot et Charles fait ses débuts dans Paris-Roubaix le , à seulement , en s'y classant dans le groupe de tête. En cours de saison, les frères Pélissier rejoignent la formation Automoto à la suite d'un conflit entre Francis, Henri et leur ancien directeur sportif.. Après un abandon sur Paris-Bruxelles, Charles Pélissier obtient son meilleur résultat de la saison sur la Polymultipliée en prenant la troisième place derrière Charles Lacquehay et Jean Brunier. Il enregistre ensuite une série d'abandons, comme sur le Circuit de Paris et s'attire les critiques de nombreux journalistes en raison de sa liaison avec une prostituée, ce qui le détourne selon eux de son métier de cycliste. Dans les colonnes de L'Auto, Charles Ravaud déclare : ..
thumb|left|upright|alt=Portrait en noir et blanc d'un homme en tenue militaire.|Charles Pélissier en 1924. Il effectue ensuite son service militaire en tant que mécanicien d'aviation au camp d'Avord. Un poste de cycliste est créé spécialement pour lui et il dispose de quelques facilités pour s'entraîner. Il participe pourtant au Grand Prix de la Dépêche du Berry sans en avoir la permission. Deuxième de la course derrière Marcel Gobillot, il est sanctionné à son retour à la caserne. Au bout de six mois, il est affecté à l'École militaire de Paris et nommé caporal cycliste après l'intervention de Marcel Delarbre. Libéré de ses obligations militaires à la fin du mois d', il est envoyé en Auvergne par ses frères pour se refaire une santé, sous la surveillance de leur soigneur personnel, Henri Manchon..
Au mois de , alors qu'il se trouve dans les Pyrénées pour reconnaître le parcours du Critérium du Midi en compagnie de plusieurs de ses coéquipiers, il se rend au col du Tourmalet pour assister au passage des coureurs du Tour de France, parmi lesquels son frère Francis Pélissier.. Alors que ce dernier est manifestement en difficulté quand il se présente devant lui, Charles Pélissier s'en prend aux officiels de la course et aux journalistes présents dans les voitures suiveuses, qu'il couvre d'insultes. Il provoque un nouveau scandale le soir même, pendant le repas que les coureurs prennent dans un hôtel de Luchon, en se rangeant aux côtés du leader de l'équipe Automoto, Ottavio Bottecchia, qui souhaite consommer une bouteille de champagne malgré la vive opposition de son directeur sportif Pierre Pierrard.. Ces évènements, qui s'ajoutent à l'abandon de Francis Pélissier le lendemain, attirent les sarcasmes du directeur de la course, Henri Desgrange, envers Charles, de même que son journaliste Henri Decoin qui déclare dans les colonnes de L'Auto :
Charles Pélissier s'applique alors à faire taire les critiques à son encontre et se donne l'objectif de gagner une course avant la fin de la saison. Ainsi dans le Critérium du Midi, il se montre à son avantage en terminant au cinquième rang du classement général, tout en ayant pris la deuxième place de la dernière étape derrière le Belge Julien Delbecque. Son premier succès professionnel intervient le , sur le Circuit de l'Allier. Il parvient à s'extraire du peloton dans les dix derniers kilomètres de la course et conserve finalement d'avance sur Joseph Normand, ainsi qu'une quinzaine de secondes sur le peloton.. La semaine suivante, Charles Pélissier remporte le Critérium cycliste du Cantal, puis s'impose le dans Paris-Arras. Dans cette course, il s'échappe dès les premiers kilomètres en compagnie d'Émile Mulon. Alors que ce dernier crève, Pélissier est rejoint par le Belge Vandenberghe dans la traversée de Breteuil. Il parvient à le devancer en plaçant une attaque dans les derniers kilomètres et franchit la ligne d'arrivée en tête, tandis que Vandenberghe est finalement déclassé pour avoir commis une erreur de parcours avant de rejoindre Pélissier..
L'affirmation (1926-1928) thumb|alt=Photographie en noir et blanc montrant deux hommes en civil entourant trois cyclistes.|Charles Pélissier, à gauche, pose avec ses frères Francis (au centre) et Henri sur le Critérium des As 1926. L'année suivante, les trois frères Pélissier s'engagent avec l'équipe Dilecta, qui leur propose un contrat de trois ans.. Suivant les conseils de Francis, Charles s'essaye au cyclo-cross, avec succès : il remporte d'abord le championnat de la Seine de la discipline, puis le championnat de France, à chaque fois devant Roger Lacolle. Après son abandon dans Paris-Roubaix, il se met au service de Francis en tant qu'entraîneur dans Bordeaux-Paris puis remporte une victoire éclatante devant ce dernier dans le Circuit du Centre, en franchissant la ligne d'arrivée avec près de d'avance. Cette épreuve revêt une importance particulière pour la firme Dilecta car elle se dispute sur ses terres, au cœur du Berry, sur le parcours de Châteauroux au Blanc et retour..
thumb|left|alt=Photographie en noir et blanc montrant des coureurs cyclistes encouragés par la foule.|Charles Pélissier, derrière Georges Ronsse sur Paris-Roubaix 1927. Charles Pélissier se montre en forme dès le début de la : il devance Paul Broccardo dans la course de côte du mont Faron puis remporte un second titre de champion de France de cyclo-cross. Il signe ensuite son meilleur résultat jusqu'alors dans une classique sur Paris-Roubaix. Un temps échappé avec le Belge Georges Ronsse, il se présente au sein du groupe de seize coureurs qui se dispute la victoire au sprint à l'arrivée à Roubaix et se classe finalement troisième derrière Ronsse et Joseph Curtel.