Le niçois (en occitan : niçard (norme classique et norme mistralienne), nissart (usage populaire) /ni'saʀt/) est l'expression locale, dans la ville de Nice et les communes environnantes, de la langue occitane (appelée autrefois provençale)Joseph Anglade, Grammaire de l'ancien provençal ou ancienne langue d'oc : phonétique et morphologie, "La Langue d'Oc, improprement appelée provençale, est la langue de la partie mériodionnale de la France." - la langue d'oc s'est souvent appelée par le nom des régions où elle était parlée, p.39, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k255748j/f39.item.texteImage.zoom Joseph Anglade, Grammaire de l'ancien provençal ou ancienne langue d'oc : phonétique et morphologie, "Les différents noms de la Langue d'Oc : La Langue d'Oc s'est appelée d'abord lenga romana - c'est d'abord celui de provençal qui lui a été donné au et qui s'est maintenu jusqu'à nos jours [1930 - date de l'ouvrage] - au onzième, douzième et trézième siècles, on comprenait sous le nom de Provence tout le territoire de l'ancienne Provincia romana et même l'Aquitaine. - Ce terme fût surtout utilisé en Italie. - Une autre dénomination usitée au Moyen Âge est celle de Lemosi [Limousin], … lenga limosina … - Ce terme était utilisé par les catalans. - … Le nom de catalan a été donné quelquefois au provençal classique [aux par les catalans et avant par les français]. - Le mot Langue d'Oc a été utilisé par Dante et celui d'Occitania (Pays de Langue d'Oc) par la chancellerie française [d'après F. Mistral, pour renommer le Comté de Toulouse après annexion), p.42-46, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k255748j/f42.item.texteImage.zoom , avec une influence de la langue ligure.
L'ensemble des auteurs et chercheurs de langue occitane classe le niçois au sein d'un ensemble dialectal appelé provençal, dont le nom provient de l'ancienne Provence et qu'il ne faut pas confondre avec la langue d'oc qui porta plusieurs appellations au fil des âges (roman, lemozi (limousin), proensal (provençal), catalan). Plusieurs classifications dialectales ont été proposées comme : la classification de Frédéric Mistral qui précise que le dialecte provençal est composé de l'alpin, du marseillais (ancien nom du maritime), du niçois et du rhodanienFrédéric Mistral, Lou Tresor dou Felibrige, 1878, voir le mot "dialèite": https://www.lexilogos.com/provencal/felibrige.php?q=dialeite. la classification de Jacques Allières qui définit un occitan oriental appelé aussi provençal car les limites de son domaine correspondent à la Provence ancienne. la classification de Pierre Bec qui définit un occitan méridional composé du languedocien et du provençal (ce dernier comprenant les sous-dialectes : maritime, niçois et rhodanien).
Sigismond Alberti, membre de l’Accademia degli Occupati de Sospel, écrivait en 1728 : « Che la lingua Nizzarda sia come la Provenzale, e la Provenzale, e Linguadociana come la Catalana, e l’Aragonese, ce ne fà testimonianza Onorato Boca e chiunque pratica questi Paesi. » (« Que la langue nissarde soit comme la provençale, et la provençale et la languedocienne comme la catalane et l’aragonaise, en témoignent Honoré Bouche et quiconque pratique ces pays. »)Rémy Gasiglia, Comment les auteurs nissarts ont représenté leur dialecte, p. 143-169, https://books.openedition.org/pup/6234. À l'époque, l'italien était imposé à l'écrit par la Savoie au comté de NiceAndré Compan, L'histoire de Nice et de son Comté, 01/01/2012, bien que l'on y parlât le niçois. L'écrivain niçois Jean-Baptiste Toselli disait d'ailleurs que c'est dans les montagnes niçoises que l'on trouve « les traces les plus évidentes du langage des troubadours » (parler alpin), contrairement au parler de Nice qui a connu une altération par « l'apport de termes exotiques et par une prononciation défectueuse », comme ceux de basse Provence.
Le professeur et écrivain Jean-Pierre Tennevin précise que le niçois est le parler de Provence qui a le moins évolué, comme le languedocien, et donne une idée de ce qu'était le provençal au Moyen ÂgeLes dialectes provençaux, Jean-Pierre Tennevin, André Aries, https://www.youtube.com/watch?v=AEJKG3zgW8M (contrairement au maritime et au rhodanien).
Le niçois tend aujourd’hui à s'étendre de par l'influence de la ville de Nice. Ainsi, on peut également le retrouver dans les communes de la rive gauche du Var et dans la vallée de la VésubieSelon le livre "Gramatica provençala", Guy Martin, Bernard Moulin, IEO Provença. Il est bordé à l'ouest par le maritime varois (comprenant l'arrondissement de Grasse), par l'alpin et le mentonasque au nord et à l'est, par le ligure à l'est (Monaco et la Ligurie) et par les dialectes occitano-ligures que sont le royasque et le brigasque dans les communes de Tende, La Brigue, Fontan, Saorge, Breil-sur-Roya.
vignette|275px|Les langues des Alpes-Maritimes, avec le niçois
Classification Pour Frédéric Mistral, la "langue provençale ou langue d'oc moderne" (renommée occitan) est divisée en plusieurs dialectes dont le provençal, lui-même subdivisé en 4 sous-dialectes que sont : l'alpin, le maritime (marseillais et varois dont arrondissement de Grasse), le niçois et le rhodanien.
Pour Jules Ronjat, le provençal, composé du provençal "général" (maritime et rhodanien) et du niçois, est associé avec le Vivaro-alpin au sein d'un ensemble dialectal de l'occitan appelé occitan oriental.
Pour Jacques Allières, on peut parler d'ensemble dialectal provençal dans l'espace regroupant l'intégralité de l'occitan oriental dont le niçois.
Enfin, Pierre Bec classe le provençal (ici, rhodanien, maritime, niçois, mais pas l'alpin) avec le languedocien au sein d'un dialecte occitan méridional (ou occitan/provençal moyen) de l'occitan.
Selon le consensus académique, la langue occitane forme une seule et unique langueJoseph Anglade, Grammaire de l'ancien provençal ou ancienne langue d'oc : phonétique et morphologie, "Pour mieux comprendre la formation de cette langue classique, il faut se souvenir d'ailleurs que, au début de la langue tout au moins, les dialectes méridionnaux ne présentaient pas entre eux des différences accusées que celles qui ont fini par les caractériser, après de longs siècles d'anarchie linguistique.", p.51 https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k255748j/f51.item.texteImage.zoom. Cette langue n'a pas connu de standardisation comme le français de France et est de fait parlée essentiellement par localités, micro-régions à travers ce que les linguistes, au temps de Mistral, nomment les sous-dialectes ou parlers. Il n'est pas rare de voir par exemple, dans le dictionnaire « Tresor dòu Felibrige » de Mistral, à côté des mots, des abréviations entre parenthèses permettant de préciser la localisation où l'on exprime ce mot. Ces abréviations peuvent parfois désigner un dialecte, un sous-dialecte ou même une commune.
D'autres langues n'ont pas d'écriture standardisée et connaissent des formes plus ou moins importantes de variations internes comme le corse ou encore l'arabe. Le français de France avec celui de Suisse, par exemple, comprend des variations réduites mais compréhensibles comme "quatre-vingt-dix" et "nonante". Par le passé, le français de France employait lui aussi le terme de "nonante" comme on le trouve dans de vieux états-civils ou dans les campagnes.
Ainsi, la langue du Midi de la France, est plus souvent aujourd'hui appelée occitan et ses frontières sont facilement délimitées. Avec le développement des recherches linguistiques autour de la langue, les chercheurs ont commencé à élaborer artificiellement en se basant sur des critères de similitudes linguistiques, les dialectes et les sous-dialectes afin de mieux les identifier. Les sous-dialectes locaux, représentant des communes, des micro-régions et sont relativement facile à localiser et à définir. Cependant, il est également possible de parler de langues d'Oc au pluriel, voire de langues romanes (le catalan ne relevant pas de la 'langue d'Oc').
En revanche, et c'est notamment le cas en occitan oriental, la classification dialectale est souvent variable. L'occitan oriental comprend l'ancien territoire de la Provence médiéval. Toutefois, le morcellement progressif de la Provence a conduit à un accroissement des différenciations dans les parlers locaux. Cette légère différenciation, par rapport aux autres dialectes occitans, combiné avec l'histoire politique du morcellement de la Provence a conduit certains à une vision sociolinguistique de ce que l'on appelle le dialecte provençal. De ce fait, le provençal correspond pour certains à l'occitan oriental car c'est le territoire de la Provence ancienne, pour d'autres c'est uniquement le territoire de l'ancien Comté de Provence avant son annexion par la France, sans le Comté de Nice, sans la moitié Sud du Dauphiné et le Vivarais.
Le niçois est généralement considéré comme une variété de la langue occitane. Cette appartenance est un fait établi par la communauté des linguistes et des universitaires et par plusieurs associations culturelles niçoisesL'Institut d'études occitanes des Alpes-Maritimes, le Centre culturel occitan-Pays Niçois, l'école Calandreta Niçarda, le Félibrige avec ses écoles locales, la Fédération des associations du Comté de Nice, l'éditeur Serre et la revue Lou Sourgentin. La démonstration scientifique de cette classification a été notamment établie dans la thèse de Jean-Philippe DalberaJean-Philippe Dalbera, Les parlers des Alpes Maritimes : étude comparative, essai de reconstruction, Toulouse, Université de Toulouse 2 (thèse de doctorat), 1984 [éd. 1994, Londres: Association Internationale d’Études Occitanes], aujourd'hui professeur de linguistique à l'université de Nice Sophia Antipolis et directeur du programme Thesaurus occitan.. Selon Dalbera, le comté de Nice se compose de trois grandes aires : le niçois, à Nice et ses environs immédiatsGuy Martin, Bernard Moulin, Gramatica Provençala, IEO Provença ; le gavot, s'étendant dans la zone alpine et jusqu'à Menton (voir mentonasque), se rattache au dialecte occitan vivaro-alpin (également appelé rhodano-alpin nord-provençal ou provençal alpin) ; le royasque, dans la vallée de la Roya, forme un parler de transition vers le ligure.
Dans les principaux travaux de référence en dialectologie occitaneVoir par exemple le Manuel pratique d'occitan moderne de Pierre Bec, qui offre une analyse détaillée de la structure dialectologique de l'occitan., ainsi que selon certains spécialistes du niçois comme André CompanAndré Compan, Anthologie de la littérature niçoise, Toulon, L'Astrado, coll. « Biblioutèco d’istòri literàri e de critico », 1971, le niçois n'est pas considéré comme un dialecte séparé du provençal.
Certains Niçois appellent leur dialecte « niçois ». Plusieurs d'entre eux ne font presque jamais référence aux autres dialectes de la langue occitane ou au dialecte provençal car ils ne reconnaissent pas la filiation du niçois à l'occitan. Certains comme Pierre IsnardConsidérations sur le dialecte niçois et le rattachement à la France acceptent l'occitanité du niçois mais refusent le rattachement au provençal.
La langue occitane a par le passé été appelée de différentes façons : roman, lemozin, proensal, langue d'oc, puis provençal. Au temps de Frédéric Mistral, la langue provençale ou langue d'oc moderne est considérée comme la langue du Midi de la France.