Antoine Marius Magne dit Antonin Magne, né le à Ytrac (Cantal) et mort le à Arcachon (Gironde), est un coureur cycliste français, professionnel de 1926 à 1939. Vainqueur du Tour de France en 1931 puis en 1934, il y gagne neuf étapes en dix participations, et s'y classe troisième en 1930 et deuxième en 1936. Coureur majeur des , il compte également à son palmarès un titre de champion du monde sur route en 1936 et trois succès consécutifs dans le Grand Prix des Nations entre 1934 et 1936. Il échoue en revanche dans sa quête du maillot de champion de France, se classant quatre fois à la deuxième place de l'épreuve.

Travailleur et méticuleux, celui qui est surnommé « Tonin le sage » ou encore « Tonin la méthode », est reconnu comme précurseur dans les domaines de l'entraînement sportif et de la diététique. Il fait preuve de rigueur dans sa préparation et incarne à la fois le style et le respect des règles au sein du peloton. Il tire son caractère plutôt secret de ses origines auvergnates et de son éducation dans l'esprit des traditions rurales et des valeurs du travail. À la fin de sa carrière de coureur, il devient laitier-nourrisseur en reprenant l'exploitation familiale de Livry-Gargan après le décès de son père pendant l'exode au début de la Seconde Guerre mondiale et l'emprisonnement en Allemagne de son frère, Pierre, ancien coureur professionnel comme lui.

En 1945, il devient directeur sportif de l'équipe Mercier, un poste qu'il occupe pendant vingt-cinq ans. Très vite, son équipe affirme sa domination sur le cyclisme français puis mondial et remporte plusieurs victoires de prestige. Antonin Magne dirige notamment des coureurs de renom comme Rik Van Steenbergen, Louison Bobet et Raymond Poulidor, et participe à l'éclosion de jeunes coureurs français de talent, à l'image de Bernard Gauthier. Figure emblématique du cyclisme français, reconnaissable à sa blouse blanche et son béret basque dont il ne se sépare jamais, il applique à ses coureurs la même discipline stricte qu'il s'est imposée tout au long de sa carrière sur la route.

Biographie Jeunes années Antonin Magne naît le dans la ferme de ses grands-parents à Ytrac, un village du Cantal. Ses parents, Pierre Magne et Elisa Lavigne, exercent la profession de vachers chez un fermier de Villemomble, en région parisienne. Antonin est alors confié à un couple d'amis à Ytrac, chez qui il reste jusqu'à l'âge de . Il rejoint ses parents, désormais installés à Livry-Gargan où ils louent une ferme, et son frère cadet Pierre, né entre-temps. Les deux jeunes frères assurent régulièrement les tournées de lait au retour de l'école et pendant les vacances scolaires.. En 1916, Antonin Magne obtient son certificat d'études primaires avec la mention « bien » et reçoit en cadeau son premier vélo. Il choisit de rester auprès de sa mère pour tenir la ferme familiale pendant l'absence de son père, mobilisé pour la Première Guerre mondiale.

Passionné par les trains depuis son plus jeune âge, Antonin Magne cherche à se faire embaucher comme cheminot à la Compagnie des chemins de fer de l'Est après l'armistice de 1918, sans succès. Il entre alors en apprentissage chez un marchand de cycles et de voitures des Pavillons-sous-Bois. Parallèlement, il adhère à un club sportif de cette ville et pratique la boxe, avant de se tourner vers le cyclisme... En , il dispute sa première course sans en parler à son père qui désapprouve l'intérêt de son fils pour ce sport.. L'année suivante, à la fin de son apprentissage, il est embauché comme mécanicien par la société Daunay, sur le boulevard Voltaire à Paris, et continue, toujours en cachette, de s'entraîner à vélo en compagnie de son frère Pierre. Licencié deux ans plus tard, il retrouve un emploi à mi-temps pour les Cycles Peugeot.. Ses nombreux succès dans les épreuves interclubs lui valent d'être repéré par Alphonse Baugé, directeur du consortium La Sportive. Antonin Magne intègre la Société sportive de Suresnes et dispute les principales épreuves du calendrier amateur sur des vélos de la marque Alléluia et sous la direction de Léopold Alibert. Il compte notamment des victoires sur le Circuit des Monts du Roannais et sur Paris-Amiens lors de la ...

Au début de l'année 1924, Antonin Magne gagne la course Paris-Bernay puis rejoint Kiel en Allemagne, où il doit effectuer son service militaire au sein du 170 régiment d'infanterie. Il y retrouve son ami Julien Moineau, également coureur cycliste. L'année suivante, il obtient son diplôme de moniteur d'éducation physique avec la spécialité de nageur-plongeur puis est affecté à Épinal où, parallèlement à ses obligations militaires, il remporte une épreuve locale, le Grand Prix d'Épinal. À la fin de son service militaire, il retrouve son entraîneur Léopold Alibert qui lui propose de passer professionnel au sein de l'équipe Alléluia pour la ..

Carrière cycliste Premiers succès (1926-1929) vignette|upright|alt=Portrait en noir et blanc d'un homme.|Antonin Magne en 1929. Antonin Magne remporte son premier succès professionnel dès sa première saison en 1926, sur la course Paris-Saint-Quentin. L'année suivante, il fait ses débuts dans le Tour de France en compagnie de Julien Moineau et de son frère Pierre qui l'a rejoint au sein de la formation Alléluia... Bien qu'inexpérimenté, il se distingue en remportant la quatorzième étape entre Marseille et Toulon. et termine sixième du classement général, soit deux rangs derrière le premier Français, André Leducq.. La même année, il gagne Paris-Limoges devant Marcel Colleu.., puis remporte le GP Wolber, disputé par équipes sur un parcours de de Paris à Rouen et retour..

En 1928, Antonin Magne dispute la classique Bordeaux-Paris pour la première fois. Pris de fringale, il doit se contenter de la quatrième place, loin du vainqueur belge, Hector Martin. Pour sa deuxième participation au Tour de France, il se classe à nouveau sixième, mais remporte cette fois deux étapes : il s'impose d'abord à Grenoble pour la treizième étape, puis remporte l'avant-dernière étape à Dieppe, à la veille de l'arrivée. Il joue également un rôle important dans la victoire de son coéquipier Marcel Bidot à Vannes dans la cinquième étape, tandis qu'il se classe deuxième.. En fin de saison, il manque de peu la victoire sur le Circuit de Champagne : après une longue échappée en solitaire, sur plus de , il est repris dans les derniers mètres par le coureur belge Aimé Dossche et doit se contenter de la deuxième place.. Il prend part également au Critérium des routiers, disputé à Genève sur le circuit du Bouchet et qui présente une série de au cours desquels des points sont attribués aux cinq premiers coureurs. Vainqueur de trois sprints en début de course, Antonin Magne se classe finalement cinquième, juste devant son frère..

L'année suivante, il gagne son deuxième Paris-Limoges et s'impose également sur le Circuit des villes d'eaux d'Auvergne avant de se classer septième du Tour de France..

Sur le podium du Tour (1930) vignette|upright|alt=Photographie en noir et blanc d'un cycliste se tenant debout à côté de son vélo.|Antonin Magne avec le maillot de l'équipe Alléluia. En 1930, Antonin Magne s'affirme comme l'un des meilleurs routiers français. Il réussit la meilleure performance de sa carrière sur Paris-Roubaix en prenant la troisième place : il règle au sprint le groupe des poursuivants, à près de sept minutes de Julien Vervaecke et Jean Maréchal, initialement vainqueur et déclassé.. À la fin du mois d'avril, il se classe deuxième de Paris-Caen derrière André Leducq..

Le Tour de France se dispute pour la première fois avec la formule des équipes nationalesHenri Desgrange, directeur du Tour de France, choisit les équipes nationales pour mettre fin à l'hégémonie des équipes de marques qu'il accuse de cadenasser la course au détriment du spectacle. Les vélos sont fournis par l'organisateur, qui prend également en charge la rémunération des cyclistes. Quarante coureurs sont regroupés en cinq équipes nationales de huit coureurs, auxquels s'ajoutent soixante touristes-routiers.. Antonin Magne, au vu de ses résultats sur la Grande Boucle les années précédentes, est logiquement sélectionné en équipe de France. Lors de la neuvième étape entre Pau et Luchon, il accompagne longtemps son frère Pierre, son coéquipier André Leducq et l'Italien Alfredo Binda, vainqueur de l'étape. Il remonte alors à la deuxième place du classement général tandis qu'André Leducq revêt le maillot jaune aux dépens de l'Italien Learco Guerra, qui a concédé sur l'étape.. Antonin Magne remporte la douzième étape entre Montpellier et Marseille, puis perd du temps lors de la quatorzième étape de Cannes à Nice. La seizième étape marque un tournant dans l'épreuve : André Leducq chute une première fois dans le col du Galibier, puis dans la descente du col du Télégraphe, s'entaillant le genou gauche.. Antonin Magne apporte alors de l'aide à son leader, découragé, accompagné des autres membres de l'équipe de France, Charles Pélissier, Marcel Bidot et Pierre Magne. Les Français rejoignent finalement l'homme de tête, Learco Guerra, après une chasse de deux heures, permettant même à André Leducq de s'imposer sur la ligne d'arrivée à Évian.. Antonin Magne réalise ainsi un excellent Tour : tout au long de l'épreuve, il apporte un soutien précieux à son leader André Leducq, finalement vainqueur à Paris, tandis qu'il se classe au troisième rang et monte ainsi pour la première fois sur le podium de la Grande Boucle.

En fin de saison, il obtient plusieurs résultats significatifs : il remporte Paris-Vichy devant son coéquipier Julien Moineau, avec qui il s'est échappé à la sortie de Nevers., puis gagne la première et la troisième étapes du Tour du Pays basque, dont il se classe finalement deuxième. Il est également deuxième du Grand Prix du Marthonnais à Angoulême derrière le Belge Jean Aerts..

Première victoire sur le Tour (1931) À la fin de la , la société Alléluia, en proie à des difficultés financières, annonce son retrait des compétitions cyclistes. La plupart des équipiers d'Antonin Magne sont alors recrutés par l'équipe France-Sport, une formation modeste qui dispute principalement des épreuves régionales dans le sud-ouest et qui ne peut prendre en charge un coureur de son envergure. Dans le même temps, Magne ne peut trouver de place au sein des principales équipes françaises, dont les effectifs sont déjà au complet, et n'a d'autre solution que de courir à titre individuel, sous sa marque.. Il confie la construction de ses cadres de compétition et d'entrainement à Marcel Masson, un artisan de Livry-Gargan.. Le coureur tombe malade, atteint de la grippe, une semaine avant le départ de Paris-Roubaix, ce qui compromet fortement son début de saison. Il effectue son retour au Tour d'Italie, où il a négocié son engagement avec l'organisateur afin de couvrir ses frais de course. Il est incorporé à la modeste équipe Ganna, dans laquelle il est entouré de jeunes coureurs italiens. Il perd toute chance de bien figurer au classement général après avoir subi de nombreux incidents mécaniques dans l'étape vers Naples et se classe de l'épreuve.. Rentré d'Italie, il s'installe pendant trois semaines dans les Pyrénées, à Nay, auprès de Victor Fontan, ancien coureur de l'équipe de France, qui lui prodigue de nombreux conseils en vue du Tour..

vignette|alt=Photographie en noir et blanc montrant des cyclistes à l'arrivée d'une épreuve posant aux côtés de personnes habillées en civil.|Antonin Magne, au centre, à l'arrivée du Tour de France.