, surnommé « le Prince savant » ou « le Prince navigateur », né le à Paris et mort le dans la même villeActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 1319, vue 27/31., est prince souverain de la principauté de Monaco du jusqu'à sa mort. Ce prince aux multiples facettes, au cœur des sociabilités de la Belle Époque, est une figure emblématique qui par son humanisme, son mécénat, son art de gouverner, sa curiosité scientifique et sa prise de conscience pionnière des enjeux environnementaux, a fortement contribué au rayonnement de son pays.

Situation personnelle vignette|gauche| par Eugène Pirou. gauche|vignette| or de 1895. Le , naît à ParisArchives en ligne de Paris, état civil reconstitué (XVIe-1859), naissances, cote V3E/N 1066, vue 17/51, au 90 rue de l'Université (dans l'actuel ), Albert Honoré Charles Grimaldi, fils du prince et d'Antoinette-Ghislaine de Monaco, née comtesse de Merode.

Le ou le , sa mère achète le château de Marchais, en Picardie, à proximité de la Belgique, son pays natal. Le lieu est très important pour le jeune prince : le domaine est le petit paradis de son enfance où il peut satisfaire son goût pour l’exercice physique et sa curiosité pour la nature.

Le , le jeune prince, âgé de , pose symboliquement la première pierre du casino des Spélugues, à l'occasion de l'inauguration de l'Élysée-Alberti.

Éducation et formation La formation du prince a d'abord été assurée par des précepteurs, notamment l'abbé Charles Theuret. Il étudie dans une institution à Auteuil puis au collège Stanislas de Paris. Après le décès de sa mère, la princesse Antoinette de Merode, il suit, de 1864 à 1865, les cours du petit séminaire de La Chapelle-Saint-Mesmin dirigé alors par Félix DupanloupÉmile Huet, Histoire du Petit Séminaire de La Chapelle Saint-Mesmin, éditeur : Paul Pigelet & Fils, Orléans, 1913.. En 1865, il commence sa formation d'officier de la Marine impériale française, à Lorient, puis il rentre dans la Marine royale espagnole, où il sert durant deux années à Cadix et aux Caraïbes ; il obtient le grade d'enseigne et de lieutenant de vaisseau. Deux ans plus tard, il prend part à la guerre franco-prussienne de 1870 comme lieutenant de vaisseau dans la marine de guerre française. Il est décoré de la Légion d'honneur.

Mariages Par l’entremise de l’impératrice Eugénie (épouse de ), il épouse en 1869, au château de Marchais, Lady Mary Victoria Douglas-Hamilton (des ducs d'Hamilton), petite-fille de la grande-duchesse de Bade Stéphanie de Beauharnais et cousine de l’empereur . Cependant le mariage est un échec. Bien qu'enceinte de plusieurs mois, la princesse quitte Monaco pour le grand-duché de Bade, pays de sa famille maternelle. Elle donne naissance à son fils à Baden-Baden.

Le futur prince Louis, né le , ne fait la connaissance de son père qu'en 1880. Le est prononcée l'annulation du mariage avec la princesse Mary Victoria par la Cour de Rome. Leur fils est reconnu comme légitime.

Le , le prince accède au trône au décès de son père, le jour même, au château de Marchais. Il prend le deuil pour six mois à compter du lendemain.

se remarie civilement le avec Alice Heine, duchesse douairière de Richelieu, à la légation de Monaco à Paris et à la mairie du . Le , le mariage religieux a lieu en la chapelle de la Nonciature. Le prince a rencontré Alice Heine dix ans auparavant, lors d'un séjour à Madère. Albert et Alice n'auront pas d'enfants.

Le , un jugement sépare officiellement les deux époux.

Le prince savant

Une vocation scientifique Le prince est contemporain de l’âge industriel marqué par l’essor des « sciences appliquées », et des « sciences pures ». Ces progrès suscitent l’espoir d’un monde plus juste. Dans ce contexte, le prince , qui fréquente de nombreux savants français et étrangers, participe de ce mouvement et développe une sociabilité favorisée par son condisciple du collège Stanislas, Paul Regnard, qui l’introduit auprès des savants du Muséum national d'histoire naturelle, de la Sorbonne et de la faculté de médecine. Il découvre les nouvelles théories de Charles Darwin ou Claude Bernard et y cherche la réponse aux questions fondamentales de l’origine de la vie. Cet idéal de mieux-être pour l’humanité ne l’empêche pas de conserver une distance et d’être conscient parfois des limites du progrès industriel, par ses atteintes possibles sur l’environnement et la biodiversité.

L’océanographie En , il visite la frégate cuirassée Normandie dans le port de Cherbourg. C'est l'éveil d'une vocation, il se passionne pour l'exploration océanographique dès les . En 1873, il achète en Angleterre une goélette, et change son nom de Pleiad en celui d'Hirondelle. Pendant dix ans, il entreprend à son bord des croisières en Méditerranée occidentale et dans l’Atlantique Nord, depuis les Canaries et les Açores, jusqu’en Irlande et à proximité de l’Islande. Il peut ainsi satisfaire son goût des voyages et devenir un navigateur toujours plus expérimenté, en attendant les futures campagnes scientifiques.

En 1884, il voit la présentation au Muséum d’histoire naturelle de Paris des résultats obtenus pendant les trois campagnes du Travailleur (1880-1882) et la campagne du Talisman (1883), lors desquelles des équipes scientifiques dirigées par Alphonse Milne-Edwards, professeur au Muséum de Paris, recueillent des organismes vivants et des données physico-chimiques et topographiques. La visite de cette exposition décide le prince Albert à entreprendre des recherches océanographiques. La vocation se réalise alors dans cette . Dès 1885, il organise de nombreuses campagnes scientifiques océanographiques et cartographiques, au cours desquelles il est accompagné par de nombreux spécialistes dans des navires construits et entièrement dédiés à cette recherche (l’Hirondelle et , la Princesse Alice et , équipés de laboratoires avec des tables anti-roulis). Il découvre à cette occasion de nouvelles espèces, dont le poisson de grande profondeur Grimuldichtys profondissimus, nommé ainsi en hommage aux Grimaldi.

alt=Plaque en hommage au travail océanographique du prince Albert Ier|vignette|Plaque en hommage au travail océanographique du prince . Propriétaire et commandant de son navire, le prince ne souhaite pas être réduit au rôle de mécène ainsi que sa position le lui permettrait. Il n’accepte pas davantage d’être un yachtman pratiquant une « océanographie de loisir », à l’instar de la pratique d’autres souverains européens. Pendant toutes ses campagnes, c’est lui qui décide du lieu et du programme de recherche, même s’il ne prétend pas être omniscient. Le prince est représentatif de l’apport scientifique des autodidactes avant la professionnalisation de la science après la Première Guerre mondiale.

Les navires et le personnel de bord Pour pratiquer cette science nouvelle qu’est l’océanographie, le navire est essentiel. Après l’Hirondelle, aménagée pour les travaux scientifiques, sur laquelle il accomplit ses premières campagnes de 1885 à 1889, il fait construire trois yachts, de plus en plus grands, puissants et rapides. En 1890-1891, les chantiers Green de Blackwall près de Londres construisent un trois-mâts goélette équipé d’une machine auxiliaire, long de , d’un déplacement de , que le prince baptise en hommage à sa seconde épouse, la princesse Alice. Ensuite, la seconde Princesse-Alice est lancée en 1897 aux chantiers Laird de Birkenhead près de Liverpool, pour lui permettre de naviguer dès l’année suivante vers les régions polaires. Long de , ce deux-mâts a un déplacement de ; sa machine permet d’atteindre une vitesse de . Enfin, une seconde Hirondelle est construite en 1910-1911 aux Forges et chantiers de la Méditerranée à La Seyne. Équipée de deux hélices, d’une longueur de et d’un déplacement de , elle peut naviguer à la vitesse de grâce à la puissance de ses deux machines de . Ce dernier bateau est plus équipé sur le plan technologique : éclairage électrique, chambres froides, distillateur d’eau de mer, tables à roulis et tables éclairantes, usage de la vapeur et de l’électricité pour les engins du bord, télégraphie sans fil.

À bord de chaque nouveau yacht, le personnel navigant contribue au succès des opérations. Sur l’Hirondelle, l’équipage comprend un maître d’équipage, Jean-Auguste Le Grené, et une quinzaine de matelots, bretons pour la plupart. À bord de la Princesse-Alice, le prince est assisté par un commandant en second britannique Henry Charlwood Carr et trois maîtres d’équipage. La machine rend nécessaire le recrutement de mécaniciens et de chauffeurs. Le personnel de service comprend maître d’hôtel, valets, lingères, cambusier, cuisiniers, pâtissier et boulanger. Sur la seconde Princesse-Alice, Carr est remplacé en 1907 par Georges d’Arodes. Charles Sauerwein puis Henri Bourée, officiers de marine français, sont respectivement embarqués en 1902 et 1906. Un opérateur radio est embauché pour la TSF installée sur la seconde Hirondelle.

L’élément permanent de l’état-major scientifique est le principal collaborateur du prince, Jules de Guerne puis Jules Richard. Des savants français et étrangers, de un à quatre selon les années, sont invités à bord, parfois à plusieurs reprises. Leur spécialité varie, depuis l’océanographie physique (Julien Thoulet), la physique et la chimie (l’Écossais John Young Buchanan), le plancton (l’Allemand Karl Brandt), la physiologie (Paul Portier et Charles Richet), la biochimie (Gabriel Bertrand), la zoologie (Louis-Eugène Bouvier) jusqu’à la météorologie (l’Allemand Hugo Hergesell). Un médecin est responsable de la santé du bord.

Dès 1888, un artiste est embarqué à bord pour noter dès leur sortie de l’eau, la forme et les nuances des animaux et des végétaux avant qu’elles se modifient. Cette tâche est confiée à Marius Borrel, Jeanne Le Roux, Charles Boutet de Monvel, au comte italien Witold Lovatelli Colombo, à l'Écossais William Smith, et enfin et surtout, à partir de 1904, à Louis Tinayre, remarquable par la qualité de son travail et les liens personnels qu’il tissera avec le prince. Les plaques autochromes, mises au point par Louis Lumière, sont également utilisée à des fins scientifiques.

Les campagnes scientifiques Les vingt-huit campagnes, organisées et dirigées par le prince Albert entre 1885 et 1915, se déroulent entre mai et octobre et durent de sept à quatorze semaines.

Elles sont organisées en stations, durant lesquelles se succèdent diverses opérations. La première consiste à déterminer la position géographique du navire ; les observations et les calculs pour connaître la latitude et la longitude sont effectués par le commandant en second. Ensuite un sondeur est descendu pour savoir à quelle profondeur se trouve le fond et déterminer la longueur de câble qui doit être filée pour la mise à l’eau des autres engins. Au total, ont été exécutées sous la direction du prince.

Ces manœuvres permettent d’obtenir deux catégories de résultats ; d’une part, la récolte des organismes animaux ou végétaux de toutes tailles, fixés sur le fond ou mobiles ; d’autre part, la connaissance des caractéristiques du milieu où vivent ces organismes : température, salinité, déplacement des masses d’eau.

Trois des quatre croisières de l’Hirondelle ont pour objectif l’étude du mouvement des masses d’eaux superficielles dans l’Atlantique Nord. Près de sont mis à l’eau, dans les parages des Açores, le golfe de Gascogne, près de Terre-Neuve et sur le trajet de cette île jusqu’à Lorient. Le lieu et la date auxquels les flotteurs sont récupérés fournissent les éléments pour déterminer le trajet suivi et la vitesse de déplacement. La carte tracée à partir de ces données est un des éléments majeurs présentés dans le pavillon de Monaco à l’Exposition universelle de Paris de 1889. Le prince y a aussi rassemblé les animaux récoltés, les appareils utilisés ainsi que des maquettes et des photographies.