Sigismond de Luxembourg (en ou Siegmund ; en ; en ), né le à Nuremberg et mort le à Znaïm, est le fils cadet de l'empereur de la maison de Luxembourg, roi de Bohême, et de sa quatrième épouse, Élisabeth de Poméranie.

Il devient margrave de Brandebourg en 1378, après la mort de son père, roi de Hongrie en 1387 par mariage avec la reine Marie ; il est élu roi des Romains en 1411 (mais couronné empereur seulement le ). Succédant à son frère aîné Venceslas, il devient roi de Bohême et duc de Luxembourg en 1419.

Son règne en Hongrie est marqué par la défaite de Nicopolis face aux Turcs ottomans (1396), par la rébellion des Croates et par l'opposition de la maison d'Anjou à son maintien sur le trône.

Son règne en Bohême est marqué par les croisades contre les hussites, durant les quinze dernières années de sa vie.

Dernier représentant en ligne masculine de la maison de Luxembourg, il est le dernier Luxembourg à occuper le trône impérial, après , et Venceslas. Son règne à la tête de l'Empire est marqué par la tenue du concile de Constance (1414–1418), qui met fin au grand schisme d'Occident commencé en 1378.

En 1415, il cède la marche de Brandebourg au burgrave Frédéric de Nuremberg, de la maison de Hohenzollern, lui vendant de surcroît la dignité de prince-électeur, première étape de l'ascension des Hohenzollern dans l'Empire.

En 1437, il a pour successeur en Bohême et en Hongrie son gendre, Albert d'Autriche, qui va aussi être élu roi des Romains. Il accroit ainsi le pouvoir de la maison de Habsbourg.

thumb|left|200px|Sigismond de Luxembourg, empereur des Romains, roi de Bohême et de Hongrie, représenté dans un tableau d'Albrecht Dürer (vers 1509-1516).

Biographie Origines familiales et formation Il est le fils cadet de l'empereur (1316-1378), fils du duc Jean de Luxembourg (1296-1346), aussi roi de Bohême, mort sur le champ de bataille de Crécy.

Sa mère, Élisabeth de Poméranie (1347-1393), est la fille du duc de Poméranie et d'une princesse polonaise, Élisabeth (?-1361), fille du roi (1310-1370). En 1348 (sous le règne de ), le duché de Poméranie est devenu un fief vassal immédiat de l'empereur au détriment du suzerain traditionnel, le margrave de Brandebourg.

Avant Sigismond, Charles de Luxembourg a eu un fils de sa troisième épouse Anne de Schweidnitz, Venceslas (1361-1419), héritier présomptif du duché de Luxembourg et du royaume de Bohême.

En ce qui concerne sa formation, Sigismond est connu comme ayant une éducation assez poussée : il connaît plusieurs langues, notamment l'allemand, le latin, l'italien et le français. Contrairement à son père, il aime les exercices des tournois.

Margrave de Brandebourg (1378-1388) Il devient margrave de Brandebourg en 1378, après la mort de son père et l'avènement de Venceslas, roi de Bohême et roi des RomainsIl a été élu roi des Romains du vivant de son père, empereur. Le roi des Romains élu est destiné à devenir empereur, officiellement après avoir été couronné par le pape à Rome, ce qui n'était pas toujours facile. Venceslas n'a pas été couronné empereur. depuis 1376.

En 1388, il mit en gage la marche de Brandebourg à son cousin le margrave Jobst de Moravie pour couvrir les coûts de la campagne en Hongrie. Jobst fut officiellement inféodé avec le Brandebourg en 1397 et Sigismond la recouvrit à la mort de Jobst en 1411, avant de la céder au burgrave de la maison de Hohenzollern en 1415.

Roi de Hongrie (1386-1437) Mariage avec Marie de Hongrie (1385) Dès les années 1370, le roi a promis à l'empereur de marier sa fille Marie (1371-1395) à Sigismond.

Le mariage a lieu en octobre 1385 à Buda (la ville haute de Budapest).

Mais il y a un prétendant au trône, (1345-1386). Ce n'est qu'après l'assassinat de celui-ci par Élisabeth de Bosnie que Sigismond peut devenir roi de Hongrie. Il est couronné à Székesfehérvár (Albe Royale) ()

La rébellion croate Mais il est confronté à des résistances et pour garantir sa mainmise sur le royaume de Hongrie.

Notamment, le ban Jean Horváti mène un soulèvement contre Sigismond, combattu par les troupes du palatin Garai, qui parvient à libérer la reine Marie faite prisonnière par le ban. À partir de 1390, l'armée de Miklós Garai continue de livrer bataille aux insurgés en Croatie ainsi qu'au troupes du roi .

La défaite de Nicopolis (1396) et ses suites En 1396, Sigismond sollicite du pape l’organisation d’une croisade afin de repousser de la péninsule Balkanique les forces ottomanes, qui ont remporté la victoire de Kosovo Polje sur la Serbie en 1389. Nombre de chevaliers français, notamment du duché de Bourgogne, prennent part à cette croisade, qui subit une défaite sévère à la bataille de Nicopolis (1396). .

Lors du « » en 1397, il fait massacrer, après son retour inopiné de croisade, plusieurs seigneurs croates hostiles afin de se venger de leur « trahison ». Les Croates avaient, en effet, élu Ladislas de Naples pour lui succéder sur le trône de Croatie (en principe conjoint au trône de Hongrie).

La rébellion de la noblesse hongroise (1400) Les contributions pour renforcer l'armée hongroise pesent sur la noblesse et le clergé.

En 1401, Sigismond conclut un pacte successoral avec son cousin Jobst de Moravie sans consulter les États du royaume. Une insurrection éclate et le roi est fait prisonnier par Miklós Garai au château de Siklós.

Jobst de Moravie réagit immédiatement en s'alliant avec le duc . Leur armée s'avance le long de la rivière Váh et du Danube, occupant les villes (aujourd'hui slovaques) de Nagyszombat (Trnava), Bát (Bátovce) et Pozsony (Bratislava). Les désaccords au sein de la noblesse hongroise aboutissent au rétablissement du roi, le comte convainquant son gendre Miklós Garai de relâcher Sigismond.

Conflit avec Venceslas L'année suivante, Sigismond, accompagné par de Celje, se présente au château de Prague pour arrêter son frère Venceslas, déposé en tant que roi des Romains par les princes-électeurs en 1400. Emmené par le duc d'Autriche au château de Schaunberg, il réussit à s'échapper et à revenir à Prague.

Sigismond pousse alors son frère à en faveur de Robert du Palatinat et conclut un pacte successoral avec son beau-frère, le duc de la maison de Habsbourg.

L'offensive de Ladislas de Naples (1403) Le , le roi arriva sur la côte de Zadar et, soutenu par le pape , fit valoir les droits de la en se faisant couronner roi de Hongrie par l'archevêque János Kanizsai. En coopération avec la noblesse, Sigismond parvint à repousser l'invasion et Ladislas dut se retirer en Dalmatie. Toutefois, il se trouva de nouveau dans une situation difficile lorsque d'Autriche mourut en 1404 et que la tutelle de son fils mineur passa à son oncle le duc Guillaume d'Autriche, l'époux de , sœur du roi Ladislas.

Sigismond, à son tour, épouse en 1405 Barbe de Cilley, fille du comte , afin de demander l'assistance de la puissante famille Garai. Il mena campagne au royaume de Bosnie, sur la frontière sud de son royaume, et reversa certaines parties des territoires conquis à Herman de Celje et au prince serbe Stefan Lazarević. Néanmoins, la Dalmatie demeura perdue et revint ensuite à la république de Venise.

En 1408, Sigismond crée l'ordre du Dragon.

Il encourage la colonisation germanique.

À la tête du Saint-Empire (1411-1437) À la mort de , le , Sigismond est en compétition pour l'élection comme roi des Romains avec son demi-frère , qui n'a jamais accepté sa déposition par les princes-électeurs, dix ans auparavant, et avec son cousin Jobst de Moravie. Le et le , Sigismond et son cousin Jobst de Moravie concoururent à l'élection royale. Jobst en ressortit vainqueur, par quatre voix contre trois ; toutefois, il mourut peu de temps après dans des circonstances inexpliquées. Finalement, Sigismond fut élu roi le . Le , à Rome, le roi de Bohême et des Romains reçoit la dignité impériale des mains du pape . Il lui manquait les moyens d'une politique fructueuse en matière d'une réforme impériale effective ; il décida alors de s'orienter vers la restauration de l'unité de l'Église catholique.vignette|Sigismond, son épouse Barbe de Cilley, et sa fille Élisabeth lors de l'entrée dans la cathédrale de Constance (sur parchemin, vers 1440).

Pour faire mettre fin au grand schisme d'Occident, l'un des problèmes les plus graves à cette époque, Sigismond obtient du souverain pontife , successeur contesté de l'élu du concile de Pise, l'antipape , la convocation du concile de Constance le .

Sigismond se rend en Roussillon à la mi- pour la conférence de Perpignan. Il y rencontre et . Il en repart le sans avoir réussi à convaincre d'abdiquer.

Les réunions de l'assemblée se poursuivirent jusqu'au et réunifièrent l'Église catholique romaine, dotée de trois papes. Les pères conciliaires adoptèrent le le décret Hæc sancta rédigé par le cardinal Guillaume Fillastre, affirmant la supériorité du concile sur le pape. Dans la nuit du 20 au déjà, s'était évadé de la ville en recourant à l'aide du duc (ce qui lui valut la mise au ban de l'Empire) ; peu tard, il fut arrêté par les forces de et renvoyé de ses fonctions par le concile. , après avoir officiellement reconvoqué un nouveau concile par la voix de son légat le cardinal Giovanni Dominici, démissionne par procuration le . Sigismond fit avancer ses troupes et négocia avec la couronne d'Aragon, écrasant les partisans de qui refusa de se soumettre et se réfugia à Peníscola sur le Levant espagnol. Il fut destitué le ; néanmoins, il prolongea le Grand Schisme par l'élection de deux successeurs fictifs, car élus chacun par un seul cardinal. Finalement, le conclave procède au vote : le , l'assemblée élargie porte au Saint-Siège le cardinal romain Oddone Colonna sous le nom de (1417-1431).

Le concile de Constance est aussi à l'origine de graves difficultés pour les Luxembourg en Bohême. Les pères conciliaires condamnent en effet comme hérétique le théologien Jan Hus, ancien recteur de l'université de Prague, qui ne reconnaissait comme source de la croyance que la seule écriture sainte de l'Ancien Testament et des Évangiles. Jan Hus fut invité à se présenter personnellement au concile et Sigismond lui accorda un sauf-conduit. Il arriva à Constance le et, en dépit de l'engagement du roi, fut arrêté quelques semaines plus tard. À son arrivée le , Sigismond se montra furieux de la violation de son engagement ; toutefois, il ne se soucia pas de sauver le détenu. La perspective de s'asseoir sur le trône de Bohême lui sembla plus importante. Hus fut condamné par les clercs pour hérésie et brûlé sur un bûcher le .

Le à Constance, Sigismond mit en gage la marche de Brandebourg au burgrave pour un montant de florins, un pas capital dans la direction de l'ascension de la maison de Hohenzollern et de la création de l'État de Brandebourg-Prusse. C'est également lors de ce concile qu'un cardinal, corrigeant le latin de l'empereur, se vit répondre : (en latin : Ego sum rex Romanorum et super grammaticam).

Roi de Bohême et duc de Luxembourg (1419-1437) Roi de Bohême à partir de 1419, à la suite du décès de son demi-frère Venceslas, ce qui constitue pour Sigismond le plus grand défi de sa vie puisque, à la suite de la mort sur le bûcher de Jan Hus, les Tchèques se révoltent et commencent les guerres hussites qui durent près de . Ce n'est qu'en 1437, l'année de sa mort, que Sigismond est accepté par la plupart des factions tchèques. Duc de Luxembourg à partir de 1419, en héritage de Venceslas.

Les guerres hussites