droite|vignette|200px|Le drapeau à cinq couleurs est utilisé comme drapeau national de la république de Chine dès sa création en 1912 jusqu'à 1928. droite|vignette|200px|Le drapeau de la république de Chine à partir de 1928. droite|vignette|300px|Carte américaine d'Asie en 1914. L’histoire de la république de Chine débute avec la chute de la dynastie Qing et la formation d'une république en 1912. Dans ses premières décennies, la république de Chine connait une histoire mouvementée, marquée par la perte de territoires situés aux confins de l'ancien empire, les conflits internes, la domination des seigneurs de guerre, la guerre civile et l'occupation japonaise. À la suite de la capitulation japonaise et de la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, la république de Chine devient un membre fondateur de l'Organisation des Nations unies et l'un des cinq membres permanent de son Conseil de sécurité.

Après la reprise de la guerre civile en 1945 et la défaite face à la république populaire de Chine nouvellement proclamée, la république de Chine se replie sur l'île de Taïwan en 1949 et perd le contrôle de la Chine continentale. En 1971 après la perte de son siège aux Nations unies au profit de la république populaire de Chine, la république de Chine revendiquait toujours la souveraineté sur l'ensemble du territoire chinois.

Une réforme agraire réussie puis un développement économique rapide et soutenu pendant la deuxième moitié du ont transformé Taïwan, l'un des en un pays industrialisé développé jouissant d'un niveau de vie élevé. Le processus de réformes politiques engagé dans les années 1980 transforma le système politique auparavant dominé par un parti unique (le Kuomintang) en une démocratie multipartiste.

Naissance

Pendant les siècles qui précédèrent 1800, la Chine était une puissance clef, en tête du monde. Mais au , l'Empire chinois se voit dramatiquement dépassé par les puissances occidentales et leur dynamisme capitaliste, colonial et militaire. La dynastie Qing (1644-1911) n'arrive plus à faire face et ne parvient plus à garantir l'intégrité du territoire de l'Empire.

Les Européens prennent une avance technique considérable grâce à la mécanisation, à l'artillerie, à l'organisation de leurs banques et à l'idéologie capitaliste d'initiative commerciale. , et les Britanniques entendent exporter vers la Chine leur production indienne d'opium tandis que la Chine stagne dans sa situation féodale pré-industrielle. Les guerres de l'opium sont des victoires complètes des Occidentaux, même si les nobles mandchous se voilent la face en prétendant avoir « géré » la menace barbare. L'Occident, bientôt rejoint par le Japon modernisé sous l'ère Meiji, impose ses choix à la Chine, qui doit s'ouvrir davantage à l'extérieur et payer des indemnités de guerre. L'opposition modernisatrice chinoise met ses espoirs dans la Réforme des cent jours de 1898 ; le brillant mais utopiste Kang Youwei la séduit. Mais la réforme est finalement abattue dans le sang par les conservateurs. L'opposition se radicalise alors : elle devient anti-monarchique et prône une « république de Chine » selon le modèle occidental. Les réformes qu'entreprend tardivement et trop lentement Cixi vers 1905 ne sont pas suffisantes et sa mort est l'occasion d'une dernière contraction des conservateurs. En 1911, la révolte du Double 10 sonne le départ de l'insurrection républicaine. La république de Chine est rapidement proclamée à Nankin. Elle contrôle tout le sud de la Chine.

Révolution chinoise et période des seigneurs de la guerre Révolution de 1911

Alors que la Chine est en effervescence politique, tant dans les hautes sphères que dans les regroupements de partisans libéraux et républicains, des groupes armés, secrets, s'organisent un peu partout. À Wuchang, et alors que ce n'était pas encore l'heure d'une révolte organisée, des explosions ont accidentellement lieu dans une cache d'armes républicaine de la ville. Les révolutionnaires doivent prendre précipitamment les armes et l'emportent finalement dans cette ville : c'est le soulèvement de Wuchang (武昌起義 wǔchāng qǐyì) du . La nouvelle traversant la Chine, la révolution chinoise de 1911 est lancée. Un peu partout, les groupes secrets prennent les armes et appellent à leur tête Sun Yat-sen, qui revient en Chine en Le souvenir de Sun Yat-sen et la République populaire de Chine (1886-1960) page 497, persee.fr, 1960.

Régime de Yuan Shikai

L'Empire s'effondre rapidement et Puyi, l'enfant empereur couronné en 1908, abdique. Le Kuomintang, parti nationaliste républicain fondé par Sun Yat-sen, accède au pouvoir. Mais Yuan Shikai, maître des principales forces armées de la dynastie, parvient à s'imposer comme arbitre. En échange de son ralliement, il succède à Sun Yat-sen à la présidence de la République. Mais lorsque Yuan Shikai ruine les espérances démocratiques et libérales en congédiant le parlement nouvellement établi, il provoque l'opposition des républicains. S'ensuit une période d'instabilité, de soulèvements républicains, de sécessions et de répressions visant notamment le Kuomintang. Au début de 1915, l'empire du Japon présente à Yuan Shikai ses Vingt et une demandes, qui visent à faire de la Chine un protectorat japonais de faitJohn King Fairbank, La Grande révolution chinoise 1800-1989, Flammarion, 1989, page 250. Yuan Shikai tente de se faire proclamer Empereur de Chine : la cérémonie officielle ne peut avoir lieu, et il meurt peu de temps après.

Les Seigneurs de la guerre (1916 - 1928)

vignette|Sun Yat-sen. À sa mort commence une nouvelle période d'instabilité : c'est la période dite des « Seigneurs de la guerre ». Les principaux généraux et chefs de guerre chinois se battent pour se tailler leur propre domaine de souveraineté. Ces Seigneurs de la guerre se partagent et disputent le nord de la Chine tandis que le gouvernement républicain contrôle le sud, et tente de reprendre le contrôle de l'ensemble. Le parti du Kuomintang est recréé et bénéficie notamment de l'aide matérielle de l'Union soviétique, qui envoie des conseillers politiques du Komintern. Sun Yat-sen dirige différents gouvernements, basés dans le sud de la Chine, qui visent à réunifier le pays. En 1919, le Japon fait accepter à la conférence de paix de Paris ses visées sur l'ancienne concession allemande du Shandong, après avoir conclu un traité secret en ce sens avec le gouvernement chinois, alors dominé par la faction de Duan Qirui. Cette nouvelle provoque en Chine une réaction nationaliste de grande ampleur, connue sous le nom de Mouvement du 4 mai : en juin, le gouvernement de la république de Chine finit par refuser de signer le traité de VersaillesTraité de Versailles de 1919, site de l'université de Perpignan. Le Parti communiste chinois (PCC), créé en 1921, est allié au Kuomintang et, sur les conseils des soviétiques, ses membres pratiquent souvent la double appartenance au PCC et au KMT.

À la mort de Sun Yat-sen en 1925, le Kuomintang doit affronter une incertitude quant à sa succession : le général Tchang Kaï-chek fait partie des chefs émergents du parti. Il s'affirme notamment grâce à la création de l'Armée nationale révolutionnaire, une puissante force armée mise sur pied avec l'aide des soviétiques. En 1926, il lance l'opération dite de l'expédition du nord, pour reprendre le contrôle du nord du pays aux seigneurs de la guerre.

La décennie de Nankin (1927 - 1937)

Durant cette période, Tchang Kaï-chek affirme son autorité sur le parti : en 1927, inquiet de voir les communistes gagner en influence, il rompt l'alliance et déclenche la purge du parti, dont le début est marqué par le massacre de Shanghai en avril. Le chef de l'aile gauche du Kuomintang, Wang Jingwei, déplace en janvier le gouvernement à Wuhan pour lutter contre les tendances autocratiques de Tchang. Mais ce dernier, dès avril, crée son propre gouvernement à Nankin. Pendant quelques mois, trois gouvernements se disputent la légitimité : celui de la faction de Tchang à Nankin, celui de Wang Jingwei à Wuhan, et celui de Zhang Zuolin à Pékin, soutenu par les Japonais. Mais Wang doit bientôt abandonner la partie et, au début 1928, Pékin est atteinte par les troupes du Kuomintang. Zhang Zuolin prend la fuite et est tué peu après dans un attentat organisé par ses anciens alliés japonais. Nankin devient la capitale du pays et Tchang Kaï-chek devient Chef de l'État avec le titre de Président du gouvernement central de la république de Chine. Conquêtes japonaises en Asie, de 1932 (Mandchourie) à 1945 (armistice)|droite|vignette|270px

L'opposition interne au Kuomintang ne désarme cependant pas : en 1930, la faction de Li Zongren, alliée à Wang Jingwei et aux seigneurs de la guerre Feng Yuxiang et Yan Xishan, affronte militairement les troupes de Tchang Kaï-chek, lequel remporte cependant la victoire. Les communistes n'ont pas abandonné les armes et continuent d'affronter le Kuomintang. En 1931, ils créent dans le Jiangxi l'enclave de la République soviétique chinoise. vignette|Tchang Kaï-chek en 1940. Tchang Kaï-chek suscite de nouvelles oppositions au sein du Kuomintang en faisant arrêter Hu Hanmin, le chef du comité central, au début 1931. Le pays semble au bord d'un nouveau conflit. Mais, en , l'empire du Japon profite des derniers restes de chaos dans le nord de la Chine pour stopper la réunification chinoise qui se faisait au profit du gouvernement de Nankin. Les Japonais prennent le contrôle de la Mandchourie : l'État-client du Mandchoukouo est créé sur son territoire. Puyi y est à nouveau proclamé Empereur, tout en restant sous le contrôle du pouvoir japonais. Tchang Kaï-chek, devant cet échec, démissionne de son poste de président de la République. Il demeure cependant chef de l'armée et la politique expansionniste du Japon le fait bientôt apparaître comme un chef militaire indispensable. Dès 1935, il prend la tête du gouvernement.

Considérant que ses troupes sont encore trop faibles pour affronter les Japonais, Tchang concentre ses efforts contre les communistes : en 1934, son armée réussit enfin à briser la place-forte de la République soviétique chinoise au Jiangxi. Les communistes doivent fuir à travers le pays, dans l'épisode dit de la Longue Marche, au cours de laquelle Mao Zedong émerge comme chef incontesté du parti.

Le Japon continue sa politique expansionniste et multiplie les opérations pour étendre son influence, soutenant notamment les indépendantistes de Mongolie-Intérieure. À la fin 1936, Zhang Xueliang séquestre Tchang Kaï-chek pour le contraindre à conclure avec les communistes une trêve, aboutissant à un front commun contre les Japonais : c'est l'Accord de Xi'an, qui donne naissance au deuxième front uni chinois.

Guerre contre le Japon (1937-1945)