Moisés Ville (en ) est une petite ville (comuna) de la province de Santa Fe en Argentine fondée le par des Juifs de Russie et de l'Europe de l'Est, fuyant les pogroms et les persécutions. Le nom initial choisi était Kiryat Moshe (« Ville de Moïse » en hébreu) afin d'honorer le baron Maurice Moshe de Hirsch, mais lors de l'enregistrement du nom, celui-ci fut traduit en français en Moïsesville, qui fut plus tard hispanisé en Moisés Ville. La ville est située à environ de la capitale provinciale, dans le département de San Cristóbal et à de Buenos Aires. La ville compte selon le recensement de .

Historique Les débuts de la colonisation Moisés Ville est fondée par un groupe de colons juifs russes, arrivés en en Argentine à bord du paquebot le Weser, en provenance de Kamianets-Podilskyï (actuellement en Ukraine): Moises Ville: The Home of the Jewish Gauchos. Mosés Ville est considérée comme la première colonie agricole juive en Amérique du Sud, devançant de quelques mois un plus petit groupe venant de Bessarabie qui s'installe dans un village voisin appelé Monigotes. Les 130 familles de Colonos de Moisés Ville (soit au total 815 personnes), sont considérées pour les Juifs argentins comme l'équivalent des passagers du Mayflower, et leurs descendants peuvent se réclamer faire partie de l'aristocratie pionnière agricole.

En 1887, les responsables des communautés juives de Podolie et de Bessarabie se rencontrent à Katowice (Silésie, Pologne) pour tenter de résoudre leurs nombreux problèmes sécuritaires. Ils décident que l'émigration vers la Palestine est la solution, et nomment donc un délégué, Eliezer Hauffmann, afin qu'il se rende à Paris pour rencontrer le philanthrope juif réputé, le baron Edmond de Rothschild et lui demander de l'aide.

Deux théories existent concernant ce qui s'est passé à Paris. Pour les uns, les négociations avec le baron Rothschild échouent, pour les autres, Kauffman ne réussit pas à le rencontrer. Effrayé à l'idée de retourner les mains vides, et apprenant qu'il existe un bureau d'informations officiel sur la république argentine, Kauffman décide de rencontrer J.B. Frank, l'officier responsable, qui l'informe qu'un propriétaire terrien, du nom de Rafael Hernández, cherche à vendre des terres à des immigrants européens. Les terres se situent à Nueva Plata dans la province de Buenos Aires, près de la ville de La Plata. Un contrat est signé, et les 130 familles représentées par Kauffman embarquent à bord du Weser. Ils représentent à eux seuls, plus de la moitié de la population juive vivant à l'époque en Argentine.

Arrivés à Buenos Aires le , ils apprennent alors que les terres qu'ils ont acquises ne sont pas disponibles. Depuis la signature de l'accord, leur prix a plus que doublé, et le peu scrupuleux Hernandez a résilié le contrat. Le rabbin Henry Joseph, le responsable de la communauté juive en Argentine, tente une médiation qui s'avère infructueuse, et les met en relation avec Pedro Palacios, l'avocat de la communauté juive. Celui-ci, propriétaire d'un vaste territoire dans la province de Santa Fe, où vient d'être construite la nouvelle voie ferrée vers Tucumán, accepte de vendre quelques terres aux passagers du Weser. Fin août le contrat est signé et les immigrants décident de rejoindre leurs terres. Le voyage est éprouvant et l'endroit où ils arrivent est déplorable. Ils sont logés dans des wagons de marchandise parqués dans un hangar, près des voies de chemin de fer. Ils espéraient être transférés vers leurs champs, obtenir des animaux de ferme, des outils et du matériel agricole tel qu'il était mentionné dans le contrat, mais ils n'obtiennent rien. Les employés du chemin de fer distribuent de la nourriture aux enfants affamés, mais 64 d'entre eux vont mourir du typhus, une épidémie qui se développe en raison des mauvaises conditions hygiéniques. Deux cimetières sont construits rapidement, l'un à Palacios et l'autre à Monigotes. Ces cimetières, situés dans les environs de Moisés Ville, établissent la base de la communauté juive et attachent les immigrants juifs à la terre où reposent leurs défunts.

Entre-temps, les autorités nationales ont pris connaissance des conditions déplorables des immigrants, et ordonnent une enquête par le commissaire général de l'immigration. Wilhelm (Guillermo) Loewenthal, un médecin roumain de l'Université Humboldt de Berlin, spécialiste en bactériologie, est recruté par le gouvernement argentin à Paris pour une mission scientifique. Il se voit confier par l'Alliance israélite universelle le soin de s'informer des conditions de vie des immigrants du Weser. Il se rend alors à la gare de Palacios où il est affligé par les conditions de vie misérables des immigrants. Malgré leurs épreuves et les difficultés, la très grande majorité désire toujours devenir fermiers. Loewenthal avertit le ministre des affaires étrangères Estanislao Zeballos et simultanément rencontre Palacios lui demandant de respecter ses obligations. De retour à Paris, Loewenthal soumet un projet écrit au grand-rabbin de France, Zadoc Kahn concernant la colonisation des familles juives en Argentine, afin d'établir une association, la JCA (Jewish Colonization Association), et d'allouer à chaque famille une ferme de 50 à 100 hectares au prix de dollars américains par famille. La JCA est créée à Londres en 1891 par le baron Maurice de Hirsch et va se consacrer à soutenir l'émigration de Juifs de Russie persécutés à la suite des pogroms. Elle est financée par le baron de Hirsch, qui ayant perdu son fils unique Lucien, va y consacrer une grande partie de sa fortune.

Il est très probable que sans le malheur des immigrants abandonnés à la gare de Palacios, le baron de Hirsch n'aurait pas eu l'idée d'organiser l'immigration juive en Argentine, ni de créer la JCA.

La colonisation avec l'aide de la JCA

Dans le cadre de la JCA, un nouveau groupe de 42 familles arrive à Moisés Ville, en provenance du gouvernement de Grodno (actuellement en Biélorussie) entre 1894 et 1895. Les colons s'établissent aux alentours de Moisés Ville dans des villages nommés d'après le nombre de maisons dont ils se composent: Les Quatre Maisons; Les Six Maisons; Les Douze Maisons et Les Vingt-Quatre Maisons. En 1900, les colons demandent à la JCA d'agrandir la colonie en faisant venir d'autres familles de Grodno. La demande est transmise par le colon Noe Cociovich, qui en 1900, 1901 et 1902 effectue plusieurs voyages en Russie et rassemble trois groupes totalisant 104 familles, qui répondent aux critères de la JCA : ils ont déjà de la famille dans la colonie et ils paient eux-mêmes leur voyage. Ces groupes s'installent dans les villages de Wavelberg, au nord de Moisés Ville, de Virginia à l'est et de Juanita à l'ouest. En 1901, un autre groupe de 31 familles venant de Bialystok (actuellement en Pologne), guidé par l'écrivain yiddish et responsable juif Gedaliah Bublick (1875–1948) s'installe dans le village de Zadok Kahn, nommé en l'honneur du grand-rabbin de France, situé à l'ouest de Moisés Ville. La plupart des colons de ce groupe seront transférés par la suite à Las Palmeras.

Le docteur Guillermo Loewenthal apprend qu'il est envisagé de déplacer la colonie vers deux nouveaux sites dans la province d'Entre Ríos, mais les habitants de Moisés Ville s'y opposent fermement: ils ne veulent pas quitter la région où ils viennent juste de construire un nouveau cimetière pour enterrer la première victime d'une attaque par les gauchos. Pour marquer fermement leur intention, ils décident lors d'une réunion à la synagogue de transférer les restes des enfants morts du typhus, des cimetières de Palacios et de Monigotes au cimetière de Moisés Ville. .

En 1903, juste après le premier pogrom de Kichinev, un nouveau groupe arrive de Bessarabie. Il s'installe dans le village de Mutchnik au nord-ouest de Moisés Ville, sur la ligne Ortiz et en 1905, un groupe provenant de la province de Kherson (actuellement en Ukraine) s'établit à Monigotes. Plusieurs années plus tard, le secteur de Capivara, au nord-est de Moisés Ville est colonisé dans les années 1930 et jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale, par des Juifs allemands fuyant les persécutions nazies. Après la fin de la guerre, plusieurs familles de réfugiés allemands et hollandais s'installent, la plupart envoyés par la JCA.

Organisation et insertion puis déclin de la colonisation Le premier groupe de colons et certains du second groupe s'installent dans les alentours d'un centre urbain naissant, formé en 1894, selon Noe Cociovich, de seulement trois bâtiments hâtivement construits: la synagogue, la maison de la JCA et les bains publics. Les maisons des colons sont disposées autour d'eux le long de trois rues. Les terrains ont de large sur de profondeur. Moisés Ville devient la ville emblématique des Gauchos juifs, qui travaillèrent la terre en Argentine à la fin du et au début du .

Avant même que les autorités nationales interviennent pour désigner une administration compétente, les colons ont déjà créé leur propre organisation politique et sociale interne en urgence. Dès le début, les colons expriment une ambition culturelle et intellectuelle pour l'éducation de leurs enfants malgré les années difficiles, dues à une météo capricieuse, la sécheresse et les inondations, les criquets ainsi qu'à leur inexpérience. Tous ces déboires n'ont fait que retarder les paiements de leurs créances.

Compte tenu de leur désir de protection mutuelle et d'avancement pour les membres de la colonie, les colons créent la première coopérative agricole de consommation de la province de Santa Fe: la Mutua Agrícola (Mutuelle agricole) qui en collaboration avec la société Kadima, l'institution mère, assurent une gestion solidaire de la vie culturelle, sanitaire et sociale de la communauté et des colons des localités voisines.

Dans les années 1940, le nombre de Juifs à Moisés Ville et dans les villages avoisinants atteint et représente 90 pour cent de la population totale. Mais la ville à partir des années 1950 va perdre de façon constante sa population juive. À partir de 1947, de nombreuses familles émigrent en Israël, et le statut social de la population augmentant, la jeune génération migre vers les grandes villes de Rosario et de Buenos Aires, pour des études supérieures et de meilleures opportunités d'emplois. Lors du recensement de 2001, la population totale de Moisés Ville était de dont environ 300 Juifs, soit 12 pour cent de la population.

En 2005, le maire de Moisés Ville, Omar Delio Delbino, du parti socialiste argentin est le premier maire non-juif de la ville. En 2011, le maire est Osvaldo Angeletti du PJ (Parti justicialiste), le parti fondé par Juan Perón.

Moisés Ville est déclaré le , par décret du pouvoir exécutif national /99,: Poblado Histórico Nacional (Village historique national). Le Secrétariat national du tourisme crée Shalom Argentina, un circuit culturel nommé dans les Huellas de la colonización judía (dans les pas de la colonisation juive) avec Moisés Ville considérée comme le centre de ce programme.

Bâtiments de la colonie juive La communauté juive (Kehila) doit gérer, malgré son nombre réduit de fidèles, plusieurs bâtiments importants, témoins de son riche passé.

L'école juive Iahaduth La société Iahaduth est créée en 1927 pour recueillir des fonds pour la création d'une école juive. Celle-ci s'ouvre trois ans plus tard avec des classes élémentaires, puis par la suite avec un jardin d'enfants. Avant, l'éducation des enfants était donnée par des enseignants juifs en différents lieux temporaires.

Un séminaire de formation des enseignants juifs s'ouvre en 1943, Ce lycée spécialisé va attirer toute la jeunesse juive du pays et change ainsi complètement le caractère de la ville.

L'institution dispose d'un globe terrestre avec les noms géographiques écrits en yiddish et de nombreux livres écrits en hébreu, en yiddish, en araméen et aussi en espagnol.