Michael Deane Harris, né le à Toronto, est le vingt-deuxième premier ministre de l'Ontario, poste qu'il occupe du au . Il est surtout connu pour avoir lancé la Révolution du bon sens (Common Sense Revolution) qui était constituée de réductions budgétaires pour les programmes sociaux et de réductions d'impôts.
Éducation Harris naît à Toronto et vit son enfance à North Bay, où son père détient des actions sur une colline de ski. Harris fait d'abord ses études à l'Université luthérienne de Waterloo (aujourd'hui l'Université Wilfrid Laurier) mais les interrompt après un an. Il travaille alors à la colline de ski de son père avant d'entreprendre des études à l'Université Laurentienne et au collège des enseignants de North Bay, maintenant l'Université de Nipissing. Il devient ensuite enseignant à l'école primaire, puis devient golfeur professionnel et gère un terrain local.
Début de carrière politique Il brigue son premier poste électif en tant que membre du conseil scolaire en 1975. Il se lance en politique provinciale sous la bannière du Parti progressiste-conservateur de l'Ontario lors de l'élection de 1981 et défait le député libéral sortant dans Nipissing. Harris déclare plus tard qu'il fut motivé par un désir de s'opposer aux politiques du premier ministre du Canada Pierre Elliott Trudeau. .
Harris siège comme député d'arrière-banc dans le gouvernement progressiste-conservateur ontarien de Bill Davis de 1981 à 1985. Il appuie le candidat Frank Miller à la succession de Davis en 1985 et joue le rôle du candidat adverse Dennis Timbrell afin de préparer Miller pour les débats des candidats. Miller est assermenté premier ministre de l'Ontario le et nomme Harris ministre des Ressources naturelles.
Les torys se trouvent réduits à un gouvernement minoritaire après l'élection de 1985, bien que Harris soit réélu sans difficulté. Il garde le portefeuille des Ressources naturelles après l'élection, et est également nommé ministre de l'Énergie le . Il est toutefois incapable d'accomplir grand-chose dans ces ministères : le gouvernement Miller est vite défait à la suite d'un vote de censure par les libéraux de David Peterson et les néo-démocrates de Bob Rae.
Un accord entre les libéraux et le NPD permet un gouvernement minoritaire libéral de gouverner pendant deux ans en échange de l'instauration de certains politiques néo-démocrates. Cette décision confine les Tories à l'opposition pour la première fois en 42 ans. Miller démissionne et est remplacé par Larry Grossman, qui mène le parti à un résultat désastreux aux élections de 1987 et annonce sa démission peu après. Harris est encore réélu dans Nipissing sans difficulté.
Chef de parti Le parti n'est pas prêt à tenir un congrès d'investiture en 1987. Grossman, qui a perdu son siège à la législature, demeure le chef officiel du parti jusqu'en 1990 tandis que le député de Sarnia Andy Brandt sert à titre de « leader intérimaire » à la législature. Harris est élu leader du parti en chambre, et devient la voix dominante du parti à la législature en 1989. Il se lance dans la course à la direction en 1990, et défait Dianne Cunningham lors d'un vote à la grandeur de la province pour remplacer Grossman.
La victoire de Harris était un bouleversement ; on l'attribue parfois à des comparaisons entre Cunningham et l'impopulaire gouvernement fédéral de Brian Mulroney. Alors que Cunningham était vue comme une Red Tory et le choix de l'establishment du parti et du Big Blue Machine, Harris représentait l'aile droite du parti et n'était pas associé au gouvernement Mulroney dans l'esprit de la plupart des électeurs.
Les différences philosophiques entre les partisans de Harris et les dirigeants traditionnels du parti était significatifs. Les anciens chefs progressistes-conservateurs en Ontario (tel que Bill Davis) croyaient au consensus, étaient politiquement centristes, et avaient largement contribué à l'élaboration de l'état-providence en Ontario. À l'encontre, Harris avait plutôt un style d'affrontement, promouvant des baisses d'impôt et un déplacement vers un modèle plus libéral de marché libre.
Vers le pouvoir Les élections générales ontariennes de 1990 sont déclenchées peu après l'élection de Harris à la tête de son parti. Il est mal préparé à la campagne, mais réussit néanmoins à rallier la base électorale du parti avec des promesses de réductions d'impôts et de dépenses. Ironiquement, à la lumière d'évènements subséquents, Harris est personnellement appuyé par plusieurs membres locaux de la Fédération des enseignantes-enseignants des écoles secondaires de l'Ontario (FEESO). Le parti parvient à augmenter son total de sièges, de 17 à 20 sur 130. Malgré des craintes précoces, Harris est de nouveau réélu dans sa circonscription.
Le , Harris dévoile sa plateforme agressive, la "Révolution du bon sens". Il promettait des coupures radicales dans les dépenses de l'état et des grandes réductions d'impôts.
La victoire (Premier ministre de l'Ontario) En 1995, le Nouveau Parti démocratique au pouvoir et le premier ministre sortant Bob Rae étaient devenus extrêmement impopulaires auprès de l'électorat, en grande partie à cause de l'état de l'économie de l'Ontario et de l'Amérique du Nord en général. Les libéraux mènent dans les sondages pré-électoraux, mais après une campagne ennuyante et sans inspiration, ils commencent à perdre du terrain. Harris est élu avec un gouvernement majoritaire solide en 1995. Environ la moitié des sièges de son parti proviennent des communautés affluentes environnantes de Toronto, surtout dans la ceinture de banlieues entourant le Toronto Métropolitain, souvent appelé le 905 en raison de son code téléphonique régional.
La victoire de Harris tient en partie de la façon dont il s'est présenté comme populiste, affirmant représenter les "Ontariens ordinaires" plutôt que les "groupes d'intérêts". C'est surtout de cette manière qu'il fut capable de chercher l'appui des électeurs des classes ouvrières. Le gouvernement Rae avait précédemment perdu la plus grande part de sa base parmi les syndicats ouvriers, en partie à cause de l'impopularité de son "Contrat social" de 1993 (contre lequel Harris avait voté, après quelques tergiversations). Bien qu'il y ait eu certaines variations régionales, beaucoup de votes ouvriers se déplacèrent du NPD directement vers les conservateurs en 1995.
En plus de leurs sièges du 905, les torys parviennent à remporter un grand nombre de circonscriptions ouvrières, tels que Cambridge et Oshawa, qui avait précédemment élu des néo-démocrates. Certains ont spéculé que l'opposition des Tories aux initiatives d'équité de l'emploi du gouvernement Rae avait été un facteur important dans ce déplacement. thumb|left|Harris entre à l'Assemblée législative de l'Ontario en 1995 en tant que premier ministre de l’Ontario.
Le référendum de 1995 sur la séparation du Québec Mike Harris, avec Stephen Harper, sera nommé négociateur par Jean Chrétien pour faire face aux négociateurs québécois désignés par les séparatistes du Québec : Lucien Bouchard et Mario Dumont.. .
Au moment de la campagne référendaire, Mike Harris prendra la parole pour affirmer : «Qu'un Québec séparé serait un pays étranger. Point à la ligne»..
La Révolution du bon sens Dès son élection, le gouvernement Harris attire la controverse. Ses politiques comprennent des coupures importantes en éducation, en assistance sociale et en soins de santé, ainsi que la fusion forcée des municipalités. Les taux d'assistance sociale sont coupés de 22 %, et les impôts provinciaux sont également réduits de 30 %. Les responsables municipaux se plaignent que la plupart des coupures déversent le coût des services que la province payait auparavant vers les gouvernements municipaux. C'est également ce gouvernement qui a annoncé la réforme de l'école secondaire qui a éliminé la treizième année (ou plutôt l'année du Crédit pré-universitaire de l'Ontario, CPO), ce qui crée une double cohorte de finissants.
Une controverse séparée arrive peu après la prise de pouvoir du gouvernement Harris lors des évènements du Parc provincial d'Ipperwash, où un manifestant autochtone est tué par la police (voir plus bas pour la section "Affaire Ipperwash").
En 1997, les enseignants ontariens organisent la plus grande grève de leur histoire, mais sont incapables d'obtenir des modifications importantes aux politiques gouvernementales. À Queen's Park, le site de la législature ontarienne, il y a plusieurs manifestations massives et des quasi-émeutes. En 1998, le sentiment négatif envers Harris est exprimé par les enseignants du primaire et leurs étudiants durant l'évènement "Mandela and the Children" au SkyDome, où il est copieusement hué. Dans le contexte de la croissance générale de l'économie nord-américaine, l'économie de l'Ontario s'améliora de façon importante, et bien que le budget provincial était encore déficitaire à la fin du premier mandat de Harris, il réussit à projeter l'image de responsabilité fiscale.
Deuxième mandat turbulent En 1999, le gouvernement Harris est réélu surtout sur sa base politique dans la région du 905. Des controverses additionnelles éclatent en 2000 lorsque l'eau de la ville de Walkerton est infectée par le E. coli. Sept personnes meurent et des centaines tombent malades. Il est établi plus tard que l'homme responsable de la qualité de l'eau, Stan Koebel, avait menti, falsifié les rapports, omis de tester la qualité de l'eau de façon régulière, et lorsque l'épidémie s'est déclarée avait omis d'avertir l'officier médical de la santé. En 2004, Koebel plaide coupable et est condamné à un an de prison.
La tragédie de Walkerton comporte de sérieuses conséquences pour le gouvernement de Harris. David Peterson avoue plus tard que ça aurait pu arriver durant le mandat de n'importe quel premier ministre, et il fut souvent noté que les mensonges et falsifications de Koebel n'avaient pas été détectés par des politiciens de toutes les couleurs. Les opposants de Harris, toutefois, affirmèrent que les coupures aux services d'inspection avaient créé une situation dans laquelle la sécurité future de l'eau ne pouvait être garantie. La réponse de Harris à la tragédie fut également critiquée : il avait originellement tenté de mettre le blâme sur les précédents gouvernements libéral et néo-démocrate.
Le rapport d'une enquête publique nota plus tard qu'en plus de la négligence de Stan Koebels, la déréglementation des tests de qualité d'eau et des coupures au ministère de l'Environnement avaient été des facteurs contribuantes.
Le gouvernement de Harris arrive temporairement équilibrer le budget de la province, quoique ses critiques soutiennent que les coupures d'impôts ont causé une baisse de revenus, qui à leur tour ont mené à la renaissance des déficits budgétaires après la démission de Harris. Le gouvernement de Harris a aminci les listes de bénéficiaires de l'aide sociale de ; les critiques accusent ces mesures d'avoir augmenté le taux d'itinérance et de pauvreté. Bien que les taux d'emploi aient augmenté à la fin des années 1990, plusieurs nouveaux emplois étaient à temps partiel plutôt qu'à temps plein, et offrent peu de bénéfices aux employés.
Le gouvernement réécrit également les lois du travail pour rendre plus difficile la syndicalisation et faciliter l'embauche des "travailleurs remplaçants" durant les grèves. Ils ont rendu plus facile pour les employeurs d'exiger que leurs employés travaillent des heures supplémentaires sans en recevoir la rémunération.