Le Betar (en hébreu : ) est un mouvement de jeunesse juif sioniste, fondé en 1923 à Riga (Lettonie) sous l’impulsion de Vladimir Ze'ev Jabotinsky.
Son nom renvoie à la fois à l’acronyme de (Brit Yosef Trumpeldor, « Alliance de la jeunesse hébraïque au nom de Joseph Trumpeldor ») et à Betar, dernière forteresse juive tombée lors de la révolte de Bar Kokhba ().
Avant 1948, le Betar constitue le mouvement de jeunesse du courant sioniste révisionniste ; après la création de l’État d’Israël, il est généralement présenté comme le mouvement de jeunesse associé au Hérout (puis à la mouvance du Likoud).
Aujourd'hui, le Betar est un mouvement de jeunesse sioniste orienté idéologiquement vers la droite, mais sans être rattaché à un parti politique comme par le passé.
Le mouvement met l’accent sur la fierté juive (Hadar), la discipline (Mishmat), la bravoure (Gvoura) et la préparation à l’Alyah et à l’autodéfense, ainsi que sur la langue et la culture hébraïques.
Certaines pratiques symboliques du mouvement (uniformes, drapeau, cérémonial) visent à renforcer la cohésion, la discipline et le Hadar (fierté, dignité, tenue). Elles s’inscrivent aussi dans une culture de mouvement de jeunesse à tonalité quasi militaire (exercices, entraînement, marches), dans un registre qui recoupe par ailleurs des formes alors répandues de scoutisme et d’éducation physique.
L'idéologie de ce mouvement reprend les idées de Vladimir Ze'ev Jabotinsky et Joseph Trumpeldor ; celles-ci mettent l'accent sur la langue hébraïque, la culture juive et l'. À l'origine, le but de ce mouvement était la création d'un État juif (conformément à la déclaration Balfour de 1917) sur les deux rives du Jourdain, à une époque où l'État d'Israël n'existait pas.
Naissance du mouvement thumb|right|Vladimir Ze'ev Jabotinsky.
Durant l'hiver 1923, Vladimir Ze'ev Jabotinsky visite Riga pendant une étape de sa tournée de conférences. Fondateur du groupe d'autodéfense juif dans la Russie tsariste, organisateur de la légion juive pendant la Première Guerre mondiale et ancien détenu de la , Ze'ev Vladimir Jabotinsky recommande l'adoption par les sionistes d'un programme plus activiste. Il appelle à l'émigration vers la Palestine mandataire et encourage la jeunesse juive à s'organiser au sein d'un mouvement de formation et d'autodéfense.
Peu après que Jabotinsky a quitté Riga, plusieurs étudiants juifs, inspirés par ses propos, créent l'« alliance Trumpeldor », dont le nom rend hommage à Joseph Trumpeldor, un activiste sioniste, symbole de l'autodéfense juive, tué au combat en 1920 en défendant Tel Haï.
Un jeune homme local appelé Aaron Propes est élu président de l'organisation, qui prend le nom de Betar. Ses principes sont simples : tout doit être consacré à la réalisation de l'idéal sioniste, à savoir un État juif dans ses frontières historiques. Ces militants sont persuadés que seule la lutte armée permettra de fonder l'État juif sur des bases territoriales solides.
Pendant que le Betar étend son influence à travers la Lettonie, Jabotinsky se rend à Paris et y établit en 1924 l'Union mondiale des sionistes révisionnistes, parti d'opposition à l'Organisation sioniste mondiale. Pendant ce temps, à Riga, à la troisième conférence territoriale de l'Association Trumpeldor, les délégués décident de proposer au parti révisionniste la création d'un mouvement de jeunesse mondial et officiel appelé Brit Trumpeldor. La proposition est acceptée. Cette même année, pendant la deuxième conférence mondiale des sionistes révisionnistes à Paris, Aaron Propes présente la résolution du Betar.
Pendant les trois années qui suivirent, le Betar s'installe en Autriche, en Pologne, en Roumanie, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, en Lituanie, en Allemagne, en France et en Palestine mandataire.
La défense de Jérusalem
Autodéfense juive et « Haganat Yerushalayim » (1920) Lors des violences d' à Jérusalem (émeutes de Nabi Moussa), le Vaad HaTzirim (Conseil des délégués) charge Ze'ev Jabotinsky d'organiser l'autodéfense juive. Agissant sous l'égide de ce conseil, il met sur pied une organisation de défense à Jérusalem, la "Haganat Yeroushalayim" (Défense de Jérusalem), destinée à repousser les attaques contre les quartiers juifs.
À la suite de ces événements, Jabotinsky est arrêté et condamné pour possession illégale d'armes ; cette peine fut par la suite levée après un soutien conséquent du Yichouv, le Rav Kook ayant notamment participé aux efforts de libération.
Dans les années 1920, la Haganah se développe progressivement comme principale organisation de défense du Yishouv (communauté juive), en intégrant et coordonnant des dispositifs locaux de sécurité dont la branche hiérosolymitaine.
Les sonneurs de Shofar du Mur (1930–1948) Après les pogroms de 1929 et le durcissement du contrôle britannique autour du Mur occidental, la sonnerie du Shofar sur place est interdite. Dans les années suivantes, une opération clandestine se met en place : chaque année, à l’issue de Yom Kippour, des jeunes du Betar (Tzierei Beitar) introduisent un Shofar près du Mur pour y faire retentir la tekiah gedolah, au mépris de l’interdiction, malgré les fouilles et au risque d’arrestations et de peines de prison.
Selon la présentation du musée Beit Plugat HaKotel (quartier juif de la Vieille Ville), ces actions visent à maintenir publiquement le lien juif au Mur et se répètent sans interruption de 1930 à 1948 ; les participants interpellés sont emprisonnés pendant plusieurs mois dans des conditions difficiles. La presse israélienne décrit également cette campagne sur la longue durée et indique que les personnes arrêtées pour la sonnerie provenaient principalement des milieux révisionnistes, notamment du Betar (ainsi que d'organisations proches, puis de l'Irgoun).
L’existence de la pratique et des arrestations est attestée par des dépêches contemporaines : en , la Jewish Telegraphic Agency rapporte qu’un shofar est soufflé au Mur à la fin de Yom Kippour malgré un dispositif policier renforcé, et qu’un jeune est arrêté.
La Plougat HaKotel (1937–1938) : « brigade du Mur » Dans le contexte des violences de 1936–1939, et après de nouveaux troubles à Jérusalem en 1937, une unité du Betar — la Plougat HaKotel (« brigade du Mur ») — est constituée pour maintenir une présence régulière dans la Vieille Ville.
Elle a notamment pour rôle de renforcer la sécurité du quartier juif et d'accompagner des fidèles se rendant au Mur des Lamentations - ces derniers étant régulièrement attaqués ou bloqués par les Arabes, ainsi que d'assurer des rondes et des gardes.
Le , un pèlerin juif est tué et d'autres sont blessés alors qu'un groupe revient de prières au Mur, épisode rapporté par la presse de l'époque. Ainsi, l’unité est confrontée à la fois à l’hostilité arabe et à la répression britannique, qui finit par fermer son quartier général à l’été 1938.
Musée Beit Plugat HaKotel thumb|Façade du Beit Plugat HaKotel, dans le quartier juif de la Vieille Ville de Jérusalem.
Le musée Beit Plugat HaKotel (« Maison de la Brigade du Mur »), situé dans le quartier juif de la Vieille Ville (rue HaYehudim, angle Plugat HaKotel), est présenté comme installé dans le bâtiment ayant servi de siège/résidence à l’unité pendant la période du mandat britannique.
Le musée retrace à la fois la campagne clandestine de sonnerie du shofar au Mur occidental et l’histoire de la Plugat HaKotel (1937–1938).
Des photographies officielles de la cérémonie d’inauguration montrent notamment le président Reuven Rivlin lors de l’ouverture du musée ().
La scission de 1931 et l’Irgoun : le rôle d’Avraham Tehomi Les massacres de 1929 nourrissent des débats internes sur la doctrine et l’organisation de la Haganah. À Jérusalem, Avraham Tehomi est nommé commandant de district après 1929.
En 1931, un groupe d’officiers et de nombreux combattants quittent la Haganah, et fondent une organisation dissidente (d’abord connue comme Haganah Bet / Haganah Le'umit), qui prend ensuite le nom d’Irgoun Zvaï Leoumi (Organisation Militaire Nationale). Les effectifs de l’Irgoun sont renforcés par des recrues issues du Betar.
Le ŻZW - Union Militaire Juive
vignette|redresse|alt=Insigne incluant notamment un insurgé et une étoile à six branches.|Fanion commémoratif du ŻZW.
Le ŻZW (Żydowski Związek Wojskowy, « Union militaire juive ») est une organisation clandestine armée active dans le ghetto de Varsovie formée par la section locale du Betar.
Les membres de la ŻZW ont été entraînés au maniement des armes avant le début de la guerre par des officiers de l’armée polonaise, dans l’intention de rejoindre la lutte pour la souveraineté juive en Eretz Israel. Ils se sont organisés en cellules dans le but de mener des opérations de sabotage contre les Allemands. Il existe encore quelques liens entre le ŻZW et la résistance polonaise de droite et lorsque la révolte éclate, cette dernière viendra combattre aux côtés des Juifs.
Le quartier général du ŻZW est mitoyen de la frontière nord-est du ghetto, au 7/9 rue Muranowska. Les membres de l’organisation ont creusé sous les fondations de l’immeuble un tunnel menant à l’extérieur du ghettoVoir Dariusz Libionka, Laurence Weinbaum (2011), Bohaterowie, hochsztaplerzy, opisywacze. Varsovie: Stowarzyszenie Centrum Badań nad Zagładą Żydów. ; Jean-Charles Szurek, « Note de lecture », Revue de la Shoah, no 200..
Sur le plan historiographique et mémoriel, le rôle du ŻZW a longtemps été moins visible que celui du ŻOB : l'Institut historique juif de Varsovie souligne qu'il a fait l'objet d'omissions et de controverses. Des ressources institutionnelles (USHMM, Yad Vashem) le présentent aujourd'hui comme l'une des deux principales organisations armées du ghetto, aux côtés du ŻOB (dirigé par Mordechai Anielewicz, lui-même formé au Betar durant sa jeunesse avant de rejoindre l'Hashomer Hatzair).
Des réseaux clandestins ont également été organisés dans d'autres ghettos, notamment à Kovno, où l'un des responsables locaux du Betar David Biderman a organisé la clandestinité armée dans le ghetto.
Personnalités liées au Betar Outre Jabotinsky, le Betar a compté dans ses rangs : Abba Ahiméir Menahem Begin Shlomo Ben-Yosef Meyer Habib Gideon Gadot Ilan Goldman« Ilan Goldman : le goût du risque », Le Monde, 9 mars 2010. Francis KalifatFrance: Francis Kalifat, nouveau président du Crif, RFI, 29 mai 2016. Eitan Livni (le père de Tzipi Livni) Yaakov Meridor Aharon Zvi Propes Iziq Ramba David Raziel Yitzhak Shamir Denis Silagi Dov Tamari David Biderman
Le Betar dans le monde Aux États-Unis Le Betar US a été fondé en 1929 aux États-Unis.
Royaume-Uni Il y a environ 100 membres du Betar au Royaume-Uni.
France thumb|right|Affiche du Betar. En France, le Betar est une organisation de jeunesse juive qui, comme dans les autres pays où il est présent, organise des activités de loisirs. Dans les années 1960-1970, le mouvement participait avec des organisations d'extrême droite pro-israéliennes à des contre-manifestations pour s'opposer à des groupuscules d'extrême gauchePage 66, Dictionnaire de la mouvance droitiste et nationale, de 1945 à nos jours de Jacques Leclercq, éditions L’Harmattan.. Lors de la deuxième intifada, le groupe s'est donné pour mission de combattre l'antisionisme et l'antisémitisme ainsi que de sécuriser les lieux de cultes et les écoles juives« Les alliances douteuses des inconditionnels d'Israël - Au nom du combat contre l'antisémitisme », Dominique Vidal, Le Monde diplomatique, décembre 2002.. En 1988, des membres du Betar (dont Meyer Habib faisait partie.) agressent des militants d'extrême droite antisémites lors de la manifestation annuelle du devant la statue de Jeanne d'Arc.