Henri Fernand LapébieActe d’état-civil de Bayonne pour l’année 1911. dit Roger Lapébie, né le à Bayonne et mort le à PessacÉtat civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970, est un coureur cycliste français.

Vainqueur du Tour de France 1937, le premier disputé avec dérailleur, il est également monté sur le podium de l'épreuve en 1934, à la troisième place. Il remporte au total neuf victoires d'étapes lors de ses différentes participations à la Grande Boucle, dont la première en 1932, dès sa première saison professionnelle. Il compte également à son palmarès un titre de champion de France en 1933, deux succès sur le Critérium national et le classement général de Paris-Nice en 1937. En 1934, il franchit la ligne d'arrivée de Paris-Roubaix en première position, avant d'être disqualifié pour un changement de vélo non autorisé. Grièvement blessé au genou lors d'une chute à l'arrivée de la classique Bordeaux-Paris en 1939, il met un terme à sa carrière professionnelle.

Surnommé « le Pétardier » ou « le Placide », il est un coureur complet, rouleur efficace, excellent descendeur et doté d'une bonne pointe de vitesse. Sa victoire sur le Tour en 1937 est marquée par deux coups de théâtre : l'abandon sur chute du maillot jaune italien Gino Bartali dans les Alpes, et le retrait de l'ensemble de l'équipe belge à Bordeaux, après la pénalité de infligée à son leader Sylvère Maes et principal concurrent du Français pour la victoire finale.

Roger Lapébie est le frère aîné de Guy Lapébie, du Tour de France 1938. Son fils Christian et son neveu Serge, le fils de Guy, ont également effectué une carrière professionnelle.

Biographie Jeunes années Roger Lapébie naît le à Bayonne, où vivent ses parents Lucien Lapébie, cheminot à la Compagnie du Midi, et Marie Larretgère. Roger Lapébie est le deuxième d'une famille de trois enfants : Clovis, de cinq ans son aîné, effectuera une carrière militaire au de zouaves à Tunis, tandis que Guy, de cinq ans son cadet, deviendra cycliste professionnel comme lui. En 1917, son père obtient une mutation dans la banlieue bordelaise et la famille s'installe à Talence. Quelques années plus tard, Roger Lapébie entre en apprentissage dans une miroiterie. Passionné de sport, il pratique la course à pied et intègre l'AS Patronage du Midi, puis l'Union athlétique bordelaise où il côtoie notamment Jules Ladoumègue..

En 1925, sur les conseils de son ami René Galley, apprenti comme lui dans la même entreprise et amateur de cyclisme, Roger Lapébie prend le départ d'une course de vitesse sur piste organisée par la Pédale Talençaise, qu'il remporte. L'année suivante, il décide de se consacrer entièrement au cyclisme et remporte La Médaille, sa première compétition régionale, toujours sur piste, avant d'être disqualifié : l'âge requis pour participer à la course est de et Roger Lapébie a menti sur son état-civil en se vieillissant d'une année pour y prendre part. Il signe ensuite une licence à l'Union vélocipédique de France et se classe du championnat de vitesse de la Gironde. En 1927, il commence à s'entraîner sur route et gagne le championnat de fond de la Gironde, une épreuve de . Il obtient également des succès sur la piste, dont un titre de champion du sud-ouest de la vitesse..

Le champion olympique Lucien Michard et le champion de France de vitesse Lucien Faucheux le recommandent auprès de Paul Ruinart, directeur du Vélo Club de Levallois, le meilleur club amateur français de l'époque. Roger Lapébie intègre ses rangs au début de l'année 1931. Il connaît plusieurs abandons lors de ses premières courses avant de remporter en solitaire le championnat de Paris, disputé sur le circuit de Montlhéry..

Carrière professionnelle Premiers succès (1932) thumb|alt=Photographie en noir et blanc d'une équipe cycliste au départ d'une course, les coureurs se tenant debout à côté de leur vélo.|Roger Lapébie, premier coureur à droite, au sein de l'équipe de France sur le Tour 1932. Roger Lapébie passe professionnel en 1932 au sein de l'équipe La Française. Il fait ses débuts au GP Wolber qui se déroule cette année-là en six étapes. L'épreuve, réservée aux jeunes coureurs français, rassemble . Échappé avec André Vanderdonckt et Jean Driancourt sur la première étape entre Paris-Nemours et retour, il chute à l'entrée du vélodrome Buffalo où est jugée l'arrivée et doit se contenter de la place. Grâce à ses victoires dans la cinquième puis dans la sixième étape, Roger Lapébie se classe finalement de l'épreuve remportée par Maurice Archambaud.. Cette performance lui vaut d'être sélectionné au sein de l'équipe de France, dont le leader est André Leducq, pour disputer le Tour de France. Il joue parfaitement son rôle d'équipier pour Leducq, en tête du classement général à partir de la troisième étape, et se distingue dans la douzième étape entre Gap et Grenoble. Après la descente de la rampe de Laffrey, seize coureurs se regroupent pour se disputer la victoire au sprint. Roger Lapébie se montre le plus rapide et remporte sa première victoire d'étape dans le Tour de France, devant son coéquipier Georges Speicher et le Belge Frans Bonduel. Lors des dernières étapes, il prend part à plusieurs échappées et travaille pour assurer la victoire finale d'André Leducq. Il achève sa première Grande Boucle à la place du classement général..

Champion de France (1933) Roger Lapébie, qui rejoint la formation Alcyon, se montre en forme dès le début de la : il s'impose sur le Grand Prix de l'Écho d'Alger devant André Godinat, en remportant les deux étapes. Il connaît ensuite quelques mésaventures. Malade dès le premier jour sur Paris-Nice, dont c'est la première édition, il ne peut jouer un rôle majeur et achève l'épreuve au . Au Critérium national de la route, il abandonne après une chute sur une route gravillonnée, puis subit deux nouvelles chutes sur Paris-Roubaix en voulant franchir des trottoirs, se classant finalement . Toutefois, sa sur Paris-Tours lui permet d'obtenir sa qualification pour le championnat de France. Il renoue avec le succès au mois de mai en gagnant le Circuit du Morbihan, après avoir largement distancé ses adversaires dans la première étape à Quimper. Quelques jours plus tard, il gagne Paris-Angers en battant au sprint ses compagnons d'échappée Raymond Louviot et Pierre Pastorelli. En forme ascendante, il remporte les deux premières étapes du GP Wolber, mais perd sa tunique de leader après une crevaison dans la troisième étape..

Roger Lapébie enchaîne les succès et remporte même le titre de champion de France sur le circuit de Montlhéry. Dans le deuxième tour, il s'échappe en compagnie d'Antonin Magne et Charles Pélissier. Les crevaisons et le rythme effréné mené par les coureurs provoquent tour à tour l'élimination de nombreux concurrents, si bien que la physionomie de la course se résume à une poursuite : à l'avant, Lapébie et Magne, désormais seuls, tentent de résister au retour d'un groupe de trois coureurs composé de Georges Speicher, André Leducq et René Bernard. Alors qu'ils sont en passe d'être rejoints, Roger Lapébie se détache et franchit la ligne d'arrivée en solitaire. Au terme d'une course éprouvante, seulement huit coureurs sont classés.. Dans les jours suivants, il remporte le classement général de Paris-Saint-Étienne, bien que devancé au sprint dans la première étape par le Belge Romain Gijssels, puis par un autre Belge dans la seconde, Alfons Schepers. Il est logiquement sélectionné au sein de l'équipe de France, grande favorite du Tour 1933. Il se distingue en prenant la de l'étape Belfort-Évian, mais se montre plutôt discret tout au long de l'épreuve, remplissant le rôle d'équipier d'abord pour Maurice Archambaud, maillot jaune dès le premier jour, puis pour Georges Speicher, vainqueur final..

Victoires d'étapes sur le Tour (1934) thumb|upright|alt=Portrait en noir et blanc d'un jeune homme.|Gaston Rebry profite de la disqualification de Lapébie pour remporter Paris-Roubaix. Paris-Nice constitue le premier objectif de la saison pour Roger Lapébie. Dans la première étape, il se glisse dans un groupe d'échappés qui arrive avec d'avance sur le peloton. La victoire d'étape à Nevers revient à Jules Merviel, tandis que Lapébie est . Dans la deuxième étape, en direction de Lyon, il est à l'initiative d'une échappée qui prend forme entre Roanne et Tarare. Il gagne au sprint au vélodrome de la Tête d'or et prend la tête du classement général. Dans la quatrième étape entre Avignon et Marseille, le Belge Gaston Rebry, pourtant équipier de Lapébie, lance une attaque à plus de de l'arrivée, en compagnie de trois autres coureurs. Deuxième à l'arrivée, il prend la tête de l'épreuve avec d'avance sur Lapébie. Dans la dernière étape, le coureur français, soutenu par Maurice Archambaud, met en difficulté son rival belge dans la montée de La Turbie, mais celui-ci parvient à limiter l'écart et concède moins de à l'arrivée à Nice. Roger Lapébie remporte cette dernière étape et prend la du classement général final.. Il s'impose ensuite sur le Critérium national, en réglant au sprint un groupe de treize coureurs qui s'étaient détachés dans la dernière côte du parcours. Cette nouvelle victoire, à seulement , renforce sa popularité. Raymond Huttier, journaliste au Miroir des sports, le considère alors comme le meilleur routier français.

Présenté comme l'un des favoris de Paris-Roubaix, Roger Lapébie fait honneur à son statut en étant l'un des principaux animateurs d'une édition frappée par un vent violent, le plus souvent de face, qui gêne la progression des coureurs. Alors qu'il est en tête en compagnie de Gaston Rebry et Jean Wauters à de l'arrivée, il est victime d'une crevaison du pneu arrière. La voiture de son directeur Ludovic Feuillet étant immobilisée à la suite d'un accident, il n'a d'autre choix que d'emprunter le vélo d'un spectateur, sans dérailleur. Quelques mètres plus loin, il change à nouveau de vélo, empruntant cette fois une machine munie d'un dérailleur. Au prix d'un gros effort, il rejoint les deux hommes de tête dans les deux derniers kilomètres et les devance au sprint à l'arrivée sur le vélodrome de Roubaix. Pour autant, le règlement de l'Union vélocipédique de France stipule qu'il est strictement interdit aux coureurs de changer de vélo en cours de route : Roger Lapébie est ainsi disqualifié pour changement de vélo non autorisé et sa victoire lui est retirée au profit de Gaston Rebry...

Cette déception n'entame pas sa motivation : tenant du titre de Paris-Saint-Étienne, il s'assure une nouvelle fois le gain de la course grâce à sa victoire dans la première étape, au sprint devant ses compagnons d'échappée Charles Pélissier et Antonin Magne. Sa pointe de vitesse lui permet également de remporter Paris-Vichy en prenant le dessus sur Raymond Louviot dans la dernière ligne droite. À l'inverse, il se montre incapable de suivre le rythme lors du championnat de France à Montlhéry et ne parvient pas à suivre les différentes attaques. Irrémédiablement distancé, il abandonne et perd son maillot tricolore..

Roger Lapébie se montre optimiste avant le départ du Tour de France, pour lequel il est encore sélectionné en équipe de France : . Retardé par un problème mécanique dans la première étape, il doit se contenter de la . De même, dans la deuxième étape, il règle le peloton pour prendre la , à des échappés. Il se replace pourtant au classement général en gagnant les deux étapes suivantes, à Metz et à Belfort, avant les premières étapes alpestres. Il fait bonne figure dans la huitième étape qui arrive à Grenoble, en prenant la à moins de dix minutes des premiers, ce qui lui permet de remonter au troisième rang du classement général, loin cependant du leader Antonin Magne et de son dauphin Giuseppe Martano. Il perd néanmoins deux rangs, largement distancé dans l'étape entre Gap et Digne, seulement à plus de de son jeune coéquipier René Vietto..