La Flèche brisée () est un western américain réalisé par Delmer Daves, sorti en 1950 aux États-Unis et 1951 en France, qui relate l'histoire vraie de la rencontre entre le chef apache Cochise et l'américain Tom Jeffords. Le film s’inspire d’un roman écrit par le journaliste Elliott Arnold qui, grâce à une documentation d’historien et d’anthropologue, écrivit en 1947, un roman historique autour de la vie du chef apache Cochise.

Synopsis Arizona, en 1870 ; sur ce territoire la guerre fait rage entre les Blancs et les Apaches. Ex-éclaireur pour l'armée de l'Union, désormais chercheur d'or, Tom Jeffords se rend à Tucson, appelé par le colonel Bernall. En chemin, il soigne un jeune Apache qui a été blessé par des soldats. Le garçon lui donne un talisman pour le remercier, quand quelques Apaches conduits par Goklia surgissent mais laissent la vie sauve à Jeffords. Un moment immobilisé, celui-ci assiste impuissant à l'embuscade improvisée que les Apaches tendent à des Blancs qui sont massacrés ou torturés. Les Apaches le laissent partir sans lui faire de mal.

À l'auberge de Tucson, Jeffords trouve Duffield le postier, le rancher Ben Slade et son fils, le commerçant Lowry et le seul rescapé de l'embuscade. De plus en plus écœuré par l'interminable inimitié qui sévit entre les deux peuples, Jeffords décide d'apprendre la langue, les mœurs, l'histoire et les coutumes des Apaches. Le colonel Bernall voudrait que Jeffords soit son éclaireur dans la guerre contre les Apaches de Cochise. Mais Jeffords préfère aller rencontrer Cochise. Un mois s’écoule et il se rend seul dans les montagnes pour rencontrer le chef de la tribu, Cochise ; il lui demande, dans un premier temps, sans cesser les combats, de ne plus s'en prendre aux transporteurs du courrier. Il obtient gain de cause et est invité quelque temps à séjourner au village apache ; il tombe alors amoureux d’une jeune et jolie Indienne, Sonseeahray.

De retour à Tucson, il annonce les promesses de Cochise à une population méfiante ; pourtant, les courriers réussissent leurs passages sans rencontrer d’obstacle. Mais que les courriers passent sans encombre ne signifie pas la fin de la guerre : un convoi militaire est taillé en pièces par Cochise, Bernall est tué, mais le général Howard est indemne et l'on commence à penser que Jeffords est un espion au service de Cochise. À Tucson, sur le point d'être lynché, Jeffords est sauvé par le général Howard qui souhaite rencontrer le chef apache pour lui proposer un plan de paix souhaité par le président des États-Unis en personne. Peu après, Jeffords emmène avec lui le vieux général au camp indien et persuade Cochise que Howard est sincère et loyal. Jeffords s'engage aussi à épouser Sonseeahray, pourtant promise au guerrier Nahilzay qui tente de le tuer avant d'être abattu par Cochise.

Après des journées de palabres, Cochise accepte de briser une flèche, geste censé symboliser un armistice avant un éventuel début de paix avec les hommes blancs. La paix est finalement négociée entre Cochise et Howard, après délibérations entre Apaches et le bannissement de Goklia (qui devient Geronimo) et ses partisans. Quant à Tom, il épouse Sonseeahray selon les rites de sa tribu. Mais chacun des deux camps possède ses irréductibles qui ne veulent entendre parler que de guerre. Les hommes de Cochise démantèlent une embuscade menée par Geronimo contre une diligence. Ben Slade et quelques complices tendent aussi une embuscade à Cochise et à Jeffords. Sonseeahray est tuée dans l'attaque. Ivre de douleur, Jeffords veut la venger. Il faudra toute la persuasion de Cochise et de Howard pour l'empêcher de céder à la vengeance et compromettre ainsi la paix.

Fiche technique Titre : La Flèche brisée Titre original : Réalisation : Delmer Daves Scénario : Michael Blankfort, prête nom d'Albert Maltz (l'un des Dix d'Hollywood alors sous le coup de la « Liste noire »), d'après un roman d' Musique : Hugo Friedhofer Directeur de la photographie : Ernest Palmer Décors : Lyle R. Wheeler, Albert Hogsett Costumes : René Hubert et Charles Le Maire Production : Julian Blaustein Société de distribution : 20th Century Fox Pays de production : Langue : anglais Genre : Western Format : Couleurs (Technicolor) Durée : 88 minutes Dates de sortie : États-Unis France : Affiches : Boris Grinsson, Roger Soubie (France)

Distribution James Stewart (VF : Roger Tréville) : Tom Jeffords Jeff Chandler (VF : Jacques Beauchey) : Cochise Debra Paget (VF : Béatrice Brunel) : Sonseeahray (Morningstar en anglais / Matin clair en français) Basil Ruysdael (VF : Jean Toulout) : le général Oliver Otis Howard (the Christian General en anglais / le général chrétien en français) Will Geer (VF : Georges Hubert) : Ben Slade Joyce MacKenzie : Terry Arthur Hunnicutt : Milt Duffied Jay Silverheels : Goklia / Geronimo Robert Adler : Lonengan Trevor Bardette : un passager de la diligence Chris Willow Bird (VF : Stéphane Audel) : Nochato Raymond Bradley (VF : Paul Villé) : le colonel Bernall Iron Eyes Cody : Teese Acteurs non crédités : Nacho Galindo : le coiffeur Mickey Kuhn : Bob Slade Argentina Brunetti : Nalikadeya, la femme de Cochise John Doucette : le conducteur de mule (survivant de l'embuscade)

Production

Le scénariste Le scénariste, Albert Maltz, s'est inspiré du roman Blood Brother (« Frère de sang », traduit en francais sous le titre La Flèche Brisée - Le roman de Cochise) pour le scénario du film. Blacklisté lors de la chasse aux sorcières, il est remplacé par Michael Blankfort. Albert Maltz obtiendra quand même un Oscar en 1991 pour son scénario, décerné par la Writers Guild of America. Le réalisateur Premier film présentant la population amérindienne avec une base ethnologique sérieuse, La Flèche brisée marque un tournant dans l'histoire du western. Avec ce film, Delmer Daves acquiert le statut de cinéaste hollywoodien anti-raciste, qu'il confirme avec L'Aigle solitaire ou La Dernière Caravane. Il se rend plusieurs fois lui-même dans les réserves Navajos et Hopis.

Le titre Le titre La Flèche brisée fait référence à la scène où Cochise accepte l'armistice, en brisant une flèche symbolisant, là, la guerre.

Complexité des personnages Delmer Daves, en s'inspirant du roman Blood Brother, ne désigne ni les Blancs ni les Amérindiens comme « méchants de service » contrairement à la majorité des westerns de l'époque. Dans le film, les deux camps comportent différentes personnalités et donc différentes approches par rapport au conflit qui les oppose. Certains préfèrent l’armistice (Cochise, Jeffords, Howard) tandis que d'autres refusent de faire confiance à leurs ennemis et optent pour la violence (Geronimo et Ben Slade)

Comme le résume le réalisateur à Bertrand Tavernier dans Amis américains :

Avec le rôle de Jeffords, le chercheur d'or, James Stewart joue dans un de ses premiers westerns. Il incarnera également le personnage principal de Winchester '73 sorti la même année que La Flèche brisée.

Jeff Chandler, dans le rôle de Cochise, fut nommé, en 1951, à l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle. Il sera d'ailleurs sollicité encore deux fois pour jouer le rôle de Cochise dans deux autres films : Au mépris des lois (1952) et dans Taza, fils de Cochise (1954).

Sortie du film Le film, réalisé en 1949, sort en 1950 en Amérique, puis en 1951 en France, durant l'âge d'or du genre western.

Analyse La Flèche brisée est l'un des premiers westerns ne manifestant pas de préjugé racial à l'encontre des Amérindiens.

La communication entre les peuples Cette dernière est notable dans un premier temps avec cette nécessité de faire circuler le courrier, cela nécessitant un échange entre Cochise et Jeffords (représentant un autre mode de communication). Cette production cinématographique permettrait ainsi d’effectuer un test : serait-il possible pour les deux communautés de cohabiter de manière civilisée et dans le respect ? La réponse à cette question réside tout bonnement dans le succès de la communication.                                               

D’autant plus qu’il y aurait un autre mode de communication : celui entre le réalisateur et le spectateur. En effet, que cherche Delmer Daves à faire comprendre ? Philippe Sabot répond à cette question :

« Mais il y a aussi plus largement, englobant ces deux formes de communication interindividuelle, la communication entre des peuples que leurs cultures semblent a priori opposer ou vouer à l’incompréhension mais que leur humanité partagée doit permettre de rassembler. Tel est du moins le « message » humaniste que Delmer Daves s’est attaché à faire passer dans son film. »

Ce film étant représentatif de l’ouverture entre les différents peuples et leurs coutumes respectives, l’on pourrait se demander si la visée de ce film n’était pas également d’éduquer le spectateur ou la spectatrice à la différence. Car, comme précédemment mentionnée, l’image de l’Indien que se faisait le monde était celle de l’homme dangereux et cruel. Néanmoins, dans cette production de Delmer Daves, il n’est nullement question de reprendre cette idée, mais bien de la démanteler et lui permettre de faire peau neuve, c’est-à-dire de la changer complètement afin de permettre au spectateur de changer son propre point de vue vis-à-vis de ce qu’il aurait pu caractériser de « sauvage ».

C’est ainsi que Daves, quelques années après la sortie de son film, tiendra ces propos :

« Nous avons essayé de présenter les Apaches non comme des Apaches, mais comme des êtres humains. » Une approche humaniste Selon Philippe Sabot, cette production de Delmer Daves permet de mettre en exergue une nouvelle image de l’Indien, différente de celle véhiculée par d’autres précédents westerns. Tant et si bien que cette image de l’Indien aux bonnes mœurs fait écho à ce mythe du « bon sauvage », soulevé par Montaigne :

La communauté indienne ne serait plus un obstacle, ni même cette « bête noire » à l’origine de nombreuses peurs et clichés transmis de génération en génération. Cette communauté ferait corps avec l’Amérique et ses citoyens afin de se diriger vers un avenir plus prometteur permettant une cohabitation civile entre tous.

Au cours de ce film, force est de constater que plus la communauté indienne agit avec civisme et se rapproche de la réalité dans ses agissements, plus l’homme blanc se barbarise en acte. En effet, la jeune Sonseeahray, éprise de Jeffords et dont Jeffords est profondément épris en retour, sera tuée par des fermiers de la ville de Tuscon, ville dans laquelle résidait Jeffords avant son départ en mission. Lorsque Jeffords voudra prendre sa revanche, Cochise l’en empêchera, car cela ne ramènerait nullement sa femme à la vie et ne ferait que déclencher de nouvelles hostilités (tout en sachant que la signature du traité de paix était encore fraîche). Cela justifie bien d’une élévation dans les mœurs et les coutumes indiennes. L’Indien, dans ce film, apparaît comme l’être faisant des concessions, des remises en questions. L’Indien est humanisé, et nettement plus proche de la réalité.

La représentation des Amérindiens dans le film La Flèche brisée est considéré comme l'un des premiers westerns ayant véhiculé une image positive des Indiens. En effet, ces derniers étaient traditionnellement représentés comme des êtres cruels et sauvages. Dans un entretien avec le réalisateur Bertrand Tavernier, Delmer Daves explique que la Flèche brisée fait apparaître l'Indien comme « un homme d'honneur et de principes, comme un être humain et non comme une brute sanguinaire. »