thumb|350px|Essor du machinisme avec la révolution agricole : une batteuse en 1881.|alt=Gravure d'une batteuse. La révolution agricole désigne, dans une première acception, l'ensemble des innovations agricoles survenues aux et s (parfois aussi appelé première révolution agricole). La première révolution agricole est parfois divisée en deux révolutions : la révolution fourragère, au , puis la révolution de la mécanisation, à la suite de la révolution industrielle au . La première révolution agricole concorde le plus souvent avec l'apparition du capitalisme agricole qui entraîne une recherche nouvelle de la productivité. Le processus de la Révolution agricole entretient par ailleurs des liens de causes à effet, réciproques et étroits, avec la révolution industrielle et la transition démographique Marc Bloch. Toutefois, quelques auteurs en font un processus encore inachevé Daniel Fauche.

Au sens large, par analogie avec cette dernière, une révolution agricole désigne toute modification importante des systèmes agraires et son incidence sur la production agricole (comme une augmentation de la productivité du travail ou des rendements). Elle associe modification des pratiques agricoles et modifications sociales, juridiques, foncières, politiques et environnementales. On parle ainsi de révolution néolithique (avec l'agriculture sur brûlis), de révolution agricole antique, de révolution agricole médiévale (en Europe entre le ), de révolution agricole arabe (entre le ), mais aussi de première révolution agricole des temps modernes, de deuxième révolution agricole des temps modernes (ou de révolution agricole contemporaine) en Europe et Amérique du Nord à partir de 1945, et de révolution verte (dans les pays du Sud dans la deuxième moitié du ).

Définitions Une révolution agricole ne se réduit pas à une révolution technologique ou à l'adoption de techniques, savoirs ou outils nouveaux ou venus d'ailleurs. Ces éléments sont en effet souvent connus ou disponibles lors des périodes précédant la révolution mais cette dernière réunit des conditions de différents ordres qui permettent le changement car le .

Michel Griffon distingue six révolutions agricoles historiques, sans compter une éventuelle septième révolution, que nous vivrions actuellement.

Dans son livre La Deuxième Révolution agricole, Claude Laberge qualifie la révolution agricole néolithique de . Et pour lui, on n'a encore vu que les prémices de la . Il fait référence à Pierre Chaunu : Le terme de troisième révolution agricole est parfois utilisé pour désigner les innovations actuelles liées aux biotechnologies (OGM, mutagenèse dirigée) et aux techniques culturales simplifiées.

Pratiques avant la Révolution agricole

À l'aube du , l'agriculture a assez peu évolué depuis le Moyen Âge. Les disettes sont fréquentes et les gouvernements ne se préoccupent que peu de la question agricole. Seules les Provinces-Unies possèdent une agriculture vraiment soucieuse des rendements du fait du manque de terre et du coût de la création des polders.

À l'exception de la Hollande et des Flandres, les paysans d'Europe pratiquent l'assolement triennal (Nord et Est) ou biennal (monde méditerranéen). En assolement triennal, les paysans semaient la première année des céréales d'hiver (blé et seigle), la seconde année des céréales de printemps (orge, avoine) ou des pois ; en troisième année, la terre était laissée en jachère, c’est-à-dire sans culture, au repos, afin de permettre le renouvellement de sa fertilité. En assolement biennal, une année de culture alternait avec une année de jachère. Par ailleurs, les parcelles étant de faible superficie, et celles en jachères étant consacrées au pâturage, les champs étaient nécessairement ouverts (openfield) afin de permettre le mouvement des bêtes. La pratique de l'open field impliquait un travail collectif et de nombreuses servitudes.

Début de la Révolution agricole Voir aussi Histoire de l'agriculture#Europe : les révolutions agricoles de 1650 à 1850

Évolution des mentalités

thumb|300px|La diffusion de la réforme agraire ne survient pas uniformément en Europe : ainsi, l'Espagne conserve ses pratiques agricoles traditionnelles très tardivement (cette photo fut prise en 1955) par rapport à ses voisins qui avaient mené une révolution agricole ; de surcroît, en Andalousie, le système des latifundiums a maintenu un atavisme pour ce secteur.

Au cours de la première moitié du , les landlords anglais s'intéressent aux profits que pourraient leur procurer l'agriculture dans un contexte de hausse de la population. La noblesse anglaise s'informe des techniques employées aux Pays-Bas et des recherches effectuées en France (pour la cour de Versailles au potager du roi). La France connaît un retard : par exemple, en 1750, la production moyenne agricole est d'un actif produisant assez pour 1,3 actif dont lui-même. L'Anglais Jethro Tull publie dès 1731 un ouvrage référençant l'ensemble des techniques modernes de culture. Les nobles, manifestant à la fois un intérêt pour le progrès et pour l'enrichissement, entreprennent de moderniser leurs domaines. Afin de mieux mettre en valeur leur terre, les landlords revendiquent le droit de s'en réserver l'usage et de les enclore, ce qu'accorde le Parlement en 1727 (Enclosure act).

Selon l'historien Patrick Verley, Patrick Verley, La Révolution industrielle, Paris, Gallimard, 1997, page 430 .

On s'intéresse davantage aux techniques d'élevage, et on commence à sélectionner les bêtes de sorte que seules les races les plus productives soient conservées. Robert Bakewell croise différentes races afin d'obtenir de nouveaux spécimens d'ovins et de bovins. En Angleterre, le poids moyen du bœuf de boucherie atteint 800 livres en 1800, alors qu'il n'était que de 370 livres un siècle plus tôt. On travaille aussi sur la sélection des semences.

Cette amélioration des performances de l'élevage est rendue possible par les nouveaux assolements et rotations, notamment la rotation de Norfolk (navets, orge, trèfle, blé) qui permettent de remplacer la jachère par des cultures fourragères, et donc de supporter un plus grand nombre d'animaux par unité de surface. Il se met en place ainsi du au milieu du la première révolution agricole de l'ère moderne, la qui est avant tout une réorganisation des modes de production.

Révolution fourragère L'assolement triennal est abandonné au profit d'un assolement quadriennal, où les cultures de plantes fourragères, notamment celles du trèfle et du sainfoin qui enrichissent le sol en azote et celles des raves susceptibles d'améliorer la structure du sol, alternent avec celles de plantes céréalières. Le développement du cheptel, permis par l'augmentation de la production de fourrage, fournit en retour des quantités importantes de fumier, une des conditions à la suppression des jachères. Les bêtes fournissent aussi aux exploitants la force de traction. D'autres techniques visant à accroître la fertilité des terres ou à améliorer les techniques de labour se généralisent. Les rendements anglais, de moins de 30 quintaux à l'hectare au début du , s'élèvent à environ 50 quintaux en 1800. La France, bien que disposant de nombreux agronomes (de La Rochefoucauld-Liancourt, Parmentier…) est limitée par les exigences du système agricole d'Ancien Régime et ne connaîtra une telle généralisation qu'au ; cependant le bocage progresse et une part croissante de la superficie agricole échappe aux contraintes d'ancien régime, c'est notamment le cas des grands fermages et des grandes métairies ; les techniques flamandes et anglaises y sont connues et parfois essayées.

Par ailleurs, plus qu'une véritable mutation des techniques, il s'agit d'une selon l'expression de T. Ashton. Le drainage

Par le Land Drainage Act de 1847 qui ne sera que le premier, l’Angleterre s'engage dans des travaux de drainage des terres de grande envergure, suivie aussitôt par la France. À l’occasion, un métier apparaît celui de « draineur ». Les mots « drainer » « drain » « draineur » « drainage » passent en force dans la langue française, dans une traduction de l'ouvrage de Henry Stephens, A manual on practical drainingA Manual of practical Draining. (dans lequel les vues de drainage complet, d'abord popularisées par James Smith de Deanston, sont longuement expliquées, et d'autres systèmes, y compris celui d'Elkington, sont discutéswikisource.), par un certain Auguste Faure (1807-1863)Traduction de Auguste Faure. Henry Stephens. Guide du draineur, ou traité pratique sur l'assèchement des terres. Mathias, 1850. Lire en ligne. Une première mention du terme drainage dans le dictionnaire de la langue française (Littré) (tome 2, 1873) donne cette définition pour drainage: L'« Art d'assainir les terres trop humides au moyen de rigoles souterraines que l'on garnit intérieurement de pierres ou de fascines, de briques ou de tuiles ; on remplace le plus souvent ces rigoles par des tuyaux en terre cuite, dits drains. » Le « drain » nous dit le même dictionnaire est un « tuyau de terre cuite servant à recevoir l'eau dans l'opération du drainage ; les tuyaux, de 30 centimètres de longueur environ, sont placés bout à bout ; et les interstices des jointures suffisent pour laisser filtrer l'eau. » Le drainage, seconde moitié du , devient une science, dispensée et appliquée à grande échelle, et de manière systématique.

Révolution agricole et révolution industrielle

On considère souvent que la Révolution agricole a permis la révolution industrielle, grâce aux profits nouveaux de l'agriculture, aux commandes de matériel et à l'exode rural (qualifié de déversement inter-sectoriel de la main d'œuvre). Elle est considérée par W. W. Rostow et de nombreux autres historiens de l'économie comme l'étape préalable au développement de l'industrie. Toutefois l'influence des deux phénomènes a été réciproque.

L'augmentation du produit brut agricole augmente la rentabilité et la valeur des terres, et permet de dégager des possibilités financières pour l'investissement. Ceux-ci vont vers des moyens de mécanisation qui stimulent l'industrie, et dans une moindre mesure les services. L'élément capital est qu'un travailleur agricole peut produire la subsistance d'un nombre de plus en plus grand d'habitants, qui se consacrent donc à d'autres secteurs de l'économie.

Par ailleurs l'essor de la production agricole se répercute généralement sur l'industrie agroalimentaire (les matières premières agricoles étant moins chères se prêtent plus facilement à une transformation en produits plus élaborés). La baisse des prix alimentaires permet aux industriels de conserver des salaires bas (car les salaires sont encore très liés au coût de l'alimentation) et donc de maîtriser leurs coûts de production.

La seconde révolution agricole de l'ère moderne qui se produit à la fin du en Europe et se diffuse dans le monde entier à partir de la seconde Guerre mondiale, marque une rupture plus forte avec des innovations techniques et chimiques importantes. Son extension dans les pays en développement dans les années 1960 est connue sous la dénomination de Révolution verte. La troisième révolution agricole en cours, associée à la troisième révolution industrielle, est caractérisée par le développement des techniques culturales simplifiées, l'utilisation des possibilités du génie génétique, la recherche systématique de la précision et de l'économie dans les interventions (agriculture de précision) et paradoxalement par l'émergence de l'agriculture biologique. Les organismes génétiquement modifiés ont notamment été développés par la firme Monsanto, laquelle a depuis été rachetée par la firme Bayer, acteur historique de la seconde révolution agricole.

Progrès mécaniques