Danielle Mitterrand, née Gouze le à Verdun (Meuse) et morte le dans le , est une résistante et une personnalité engagée du monde associatif.
Mariée avec François Mitterrand, elle est donc l'épouse du président de la République française durant sa présidence, de 1981 à 1995. Profitant de cette position pour soutenir et accompagner les peuples en lutte, elle devient une figure importante de la solidarité internationale, et crée en 1986 France-Libertés-Fondation Danielle Mitterrand, qu'elle préside jusqu'à sa mort.
Biographie Jeunesse Enfance Danielle Émilienne Isabelle Gouze naît le à Verdun, dans la Meuse« Danielle Mitterrand, les combats d'une militante », Le Monde, 22 novembre 2011.. Son père, Antoine Gouze (1885-1958), est principal de collège, et sa mère, Renée Flachot (1890-1971), est institutrice.
Après avoir étudié ensemble à l'École normale primaire, le couple se marie le à Chalon-sur-Saône et s'y installe.. C'est là que naît son frère aîné, Roger Gouze, avant que la famille ne parte dans le Jura, à Mouchard, où naît sa sœur aînée, Madeleine dite Christine Gouze (en 1914). À la naissance de Danielle, la famille vit à Verdun, où son père occupe le poste de directeur du collège de garçons de Buvignier.
En 1930, la famille emménage à Dinan en Bretagne, à la suite de la mutation d'Antoine Gouze. À cette époque, le grand-père maternel, Louis Flachot, ancien cheminot, les rejoint après la mort de sa femme. Fervents défenseurs de la laïcité scolaire et républicains convaincus, l'arrivée de la famille Gouze en Bretagne ne passe pas inaperçue dans cette région encore chamboulée par la loi de 1905. Danielle est scolarisée dans le collège pour filles de Broussais à Dinan., où elle essuie les humiliations de la directrice de l'école, qui lui fait payer les idées politiques de ses parents.
Pour mettre fin à cette situation, Danielle Gouze, alors âgée de 6 ans, est changée d'école pour rejoindre le collège de garçons Roger-Vercel, dont son père est directeur. Loin de s'éteindre, les tensions s'enflamment, lorsque le dimanche , un incendie criminel est déclenché dans un des dortoirs du collège où habitait la famille, alors même que les parents et des convives étaient présents pour un dîner. S'ensuit alors une période où les rumeurs accusant son père d'avoir mis le feu vont bon train. Deux ans plus tard, la demande de mutation d'Antoine Gouze est acceptée, la famille quitte la Bretagne pour Villefranche-sur-Saône, non sans essuyer une nouvelle tentative d'intimidation : leur camion de déménagement sera à nouveau incendié. Cette confrontation précoce à l'injustice a marqué la personnalité de Danielle Gouze, qui est scolarisée au collège Claude-Bernard pour son année de troisième.
L'entrée dans la Résistance En 1940, alors que la Seconde Guerre mondiale s'intensifie, Antoine Gouze refuse l'ordre de sa hiérarchie de recenser les élèves et les professeurs juifs de son collège de Villefranche-sur-Saône.. Il est révoqué par le gouvernement de Vichy. La famille part alors s'installer dans sa ville natale à Cluny, alors que Danielle est en seconde. Son père y donne des cours particuliers tandis que la jeune fille termine son année de seconde au collège de filles de Mâcon.
À ce titre, et bien des années plus tard, dans un entretien pour Le Monde, en , elle se souvient : « J'avais 16 ans. J'ai dû sortir de l'insouciance et mesurer ma capacité de révolte devant l'injustice, celle que subissaient ces enfants, celle que subissait mon père »..
C’est à cette période que la famille entre dans les réseaux de Résistance de Bourgogne. Entre 1940 et 1942, la maison familiale hébergea régulièrement dans la clandestinité des membres du mouvement Combat, dont les dirigeants Henri Frenay et Bertie Albrecht, « le couple Moulin ».
Le , la Gestapo exécute une descente chez la famille. Alors que les agents s'apprêtent à entrer, Danielle est, selon ses souvenirs, envoyée prévenir les voisins « afin qu'ils mettent en place un dispositif pour assurer les arrières et alertent nos "locataires" du danger qui les attend s'ils revenaient à leur appartement ». Lors de ce contrôle, Danielle apprend l'arrestation de Bertie Albrecht, avec laquelle elle s'était liée d'amitié.. Malgré la triste nouvelle, la chance sourit à la famille, les soldats repartent faute d'éléments à charge.
La chance est à nouveau du côté de Danielle Gouze, le de l’année suivante, en 1944. Alors qu’un bal est organisé par les jeunes conscrits dans la ferme de Cras, une colline entourant Cluny ; les deux sœurs Gouze rentrent chez elles le soir venu après la fête. Au petit matin, les jeunes gens ayant festoyé plus tard sont interpellés par la Gestapo. S’ensuivit une vague d’arrestation à travers toute la ville, à l’issue de laquelle 65 Clunysois et Clunysoises sont déportés vers les camps de la mort.. Cet épisode marqua profondément Danielle Gouze, taraudée par « cette question récurrente au soir du : « Pourquoi lui ou elle ? Pourquoi pas moi ? ». De ce tragique événement, le destin fit basculer le cours de ma vie ».
Engagée elle aussi au sein de la Résistance, sa sœur Christine occupe le rôle de « boîte aux lettres » pour le Mouvement national des prisonniers de guerre et déportés. C’est là qu’elle fait la rencontre avec « François Morland » (nom de code de François Mitterrand) qu’elle présentera, en , à sa cadette lors d’une de ces visites à Paris. Alors qu’il anime un réseau de résistance parisien, François Mitterrand doit fuir vers la Bourgogne. Sous couverture, Danielle l’aide à tromper la vigilance de la Gestapo lors du voyage en train qui doit le mener, pour un temps, à la maison familiale. Alors que les deux jeunes gens se font passer pour un couple, un contrôle de papiers inopportun manque de les démasquer. Il s’en est fallu de peu et de l’intervention inattendue d’un officier allemand pour qu’ils poursuivent sans entraves leur chemin jusqu’à Cluny..
Interrogée sur son passé et sa rencontre avec François Mitterrand, Danielle Gouze, dira à plusieurs occasions que « la résistance nous a mis sur un même chemin ».
Après avoir passé certaines épreuves du baccalauréat à Annecy, Danielle rejoint le maquis à 17 ans, en tant qu’agent de liaison. et aide-infirmière sous le commandement du chef de maquis Jean Louis Delorme., aux côtés du docteur Mazuet.
La poursuite du baccalauréat de la jeune fille, son deuxième « bachot », se voit perturbé par ses liens avec la Résistance : alors qu’une photo d’elle est tombée entre les mains des nazis après que François Mitterrand eut perdu son portefeuille., elle est mise en sécurité un temps
Après le débarquement du , les affrontements font rage entre les maquisards et les troupes nazies, les bombardements deviennent quotidiens dans le Clunysois et Danielle Gouze se voit évacuée de la région par Jean et Ginette Munier, proches amis de François Mitterrand.
Au sortir de la guerre, elle reçoit la médaille de la Résistance française pour l’ensemble de ses actions durant ces annéesDanielle MITTERRAND, sur le site de l'ordre de la Libération.
Vie familiale vignette|Danielle Mitterrand aux côtés de son époux à Toulouse lors de l'élection présidentielle de 1965. Fiancés durant la guerre, Danielle et François se marient après la Libération, le d’abord à la mairie du 6 arrondissement de Paris, place Saint-Sulpice, puis à l’église Saint-Séverin de Paris. La journée de leur mariage se finit sur une image cocasse : Danielle Mitterrand, en robe de mariée, accompagnant son mari à une réunion du MNPDG, abandonnant leurs invités pour assister à cette réunion politique..
De leur union naîtront trois enfants. Pascal, né le , mort à deux mois ; Jean-Christophe Mitterrand, né le et enfin Gilbert Mitterrand, né le .
La famille Gouze reste très liée et se retrouve chaque année, notamment à l’occasion de la promenade à la Solutré. Roger Gouze devient écrivain tandis que Christine Gouze devient productrice de cinéma, et épousera en 1959 l’acteur Roger Hanin.
En parallèle de sa vie parisienne, la famille acquiert une maison à Latche, où elle passe la majorité de ses vacances et où sont régulièrement accueillis des amis du couple ou des invités de marque à l’image de Mikhaïl Gorbatchev en 1991..
De la Nièvre à la rue de Bièvre En 1946, Danielle Mitterrand vit dans la Nièvre avec son époux, devenu député avant d’être nommé conseiller général. Le couple s’installe ensuite à Paris, lorsque François Mitterrand accède au poste de ministre des Anciens Combattants. Comme le veut la tradition, elle s’occupe à ce moment-là de la Commission pour la répartition des subventions aux orphelins. Une expérience que Danielle Mitterrand reconnaît volontiers avoir mal vécue : « Je trouvais que c’était quelque chose d’incompréhensible, ce n’est pas avec une subvention que l’on rendra un père à un enfant ».
Habitant d’abord le 25 avenue du Maréchal-Lyautey dans le quartier d'Auteuil, puis rue Guynemer jusqu’en 1972En toutes libertés, Danielle Mitterrand, éd. Ramsey, ., le couple finit par s’installer au 22 rue de Bièvre. Danielle Mitterrand soutient son époux lors de la campagne présidentielle de 1965 et participe à nouveau à la campagne de l’élection présidentielle de 1981 en acceptant de poser pour Paris Match. Elle apparaît alors comme une femme simple en opposition avec l’allure aristocratique d’Anne-Aymone Giscard d'Estaing.
Au cours de ces années de construction de la carrière politique de François Mitterrand, elle refuse de rester inactive. Après le refus de son mari qu’elle devienne sa collaboratrice, elle fait le choix de s’occuper de sa famille. Découvrant au cours d’une promenade dans le Quartier latin le métier de relieur d’art, elle s’adonne avec passion à cette activité pendant 35 ans.
« C’était devenu une passion. J’aimais beaucoup le milieu, le milieu du livre mais vu par l’habillage. C’était un petit groupe, il y avait très peu de relieurs d’art. C’était une profession circonscrite à quelques-uns et tout le monde se connaissait. J’y passais des semaines entières ».
Le , alors que François Mitterrand est élu président de la République, Danielle Mitterrand devient « Première dame ». Une dénomination qu’elle récusa tout au long de sa vie, soulignant que « la femme du président de la République n’a pas de rôle. Elle a celui qu’elle veut bien se donner ».. Femme de conviction et d’engagement, au tempérament de militante, elle annonce rapidement qu’elle « ne sera pas une potiche ».« Premières dames : à chacune son style - Danielle Mitterrand », Linternaute.com, 2007. et veut être indépendante.
Passage à l’Élysée (1981-1995) thumb|Danielle Mitterrand en 1991. En 1981, après l’élection à la présidence de la République de François Mitterrand, le couple s’installe au palais de l'Élysée, et Danielle Mitterrand y a son bureau personnel où elle assume ses obligations (réceptions, visites officielles et représentations).
Celle qui préfère se faire appeler « épouse du président de la République » que « Première dame de France » fait redécorer le palais, notamment par Jean-Michel Wilmotte, Philippe Starck et Gérard Garouste (ce dernier déclare alors que Danielle Mitterrand se plaint de son travail : ). Elle-même s'occupe personnellement des jardins.
Lors de son travail, elle reçoit et traite les nombreux courriers reçus. Elle souligne ainsi que « au fur et à mesure qu’afflue le courrier, je me rends compte que les thèmes se répètent : pas de travail, pas de logement, difficultés de dialogue, conditions de vie ou situations des familles de prisonniers, mais aussi violations des Droits de l’homme, problèmes d’émigrés ou de réfugiés politiques ».