thumb|Un des châteaux de Bougie.L'histoire de Béjaïa est liée à la conjonction de plusieurs facteurs géographiques et politiques.
Son tissu urbain est caractérisé par une continuité ininterrompue d’occupation depuis l’Antiquité.
Origine des bougies Béjaïa a donné son nom aux petites chandelles Bougia, bijaia, Bigaia, bougie et pas Béja en Tunisie; (les bougies)« Bougie », d'après TLFi (Trésor de la Langue Française sur Internet)..
Développement des chiffres arabes C'est à partir de cette ville que les chiffres arabes sont popularisés en Europe.
Préhistoire L’occupation préhistorique de la région de Béjaïa est visible par la présence de sites et gisements ibéromaurusiens (de -200 000 à ) que l’on rencontre, notamment dans les Babors septentrionaux. Sous forme de semis d’industries de plein air ou d’habitats d’abris sous roche, ces gisements ont livré de nombreux restes humains se rapportant à la première nappe d’Homo sapiens d’Afrique du Nord, l’Homme de Mechta-Afalou, des industries, des structures d’habitats et surtout, des manifestations artistiques.
Antiquité La position géographique privilégiée de la région se prêtait à l’installation d’un comptoir phénicien ou punique. De fait, un habitat phénicien serait attesté par une sépulture dont la chronologie demeure cependant à contrôler. Un culte à Saturne, fortement marqué par la tradition autochtone y est connu. C’est en 27/ que le Romain Octave y fonda la colonie Julia Augusta Saldensium Septimana Immunis, pour les vétérans de la legio VIII Augusta. Au moment de la constitution de la colonie, cette région n’aurait pas encore appartenu à l’empire, mais elle se serait trouvée à la frontière du royaume de Juba II. Ce n’est qu’en 42 que fut créée la province de Maurétanie césarienne. À la suite de la réforme de Dioclétien, le territoire de la ville devint partie intégrante de la Maurétanie sitifienne. La ville fut siège épiscopal, comme l’atteste la mention d’un évêque Salditanus dans la Notitia episcoporum de 484.
Le ravitaillement en eau de la ville était assuré par un aqueduc qui captait la source de Toudja, sur la flanc du massif d Aghbalou, à à l’ouest de Saldae. Une célèbre inscription de Lambèse nous renseigne sur les péripéties liées au creusement du canal pour le passage de l’aqueduc. Selon les thèses traditionnelles, l’aqueduc aurait constitué un exemple d’ouvrage de génie civil, réalisé par la main-d’œuvre militaire. D’après les nouvelles conclusions de J.-P. Laporte (1994), la première intervention, vers 137, se serait limitée à une étude de faisabilité. Les travaux auraient duré de 4 à 6 ans et le rôle de l’armée se serait cantonné à la mise à disposition du chantier d’un technicien de haut niveau (un géomètre spécialisé), en la personne de Nonius Datus. À Tiahmaïne, en bordure de route, au milieu de maisons construites depuis l'indépendance, on peut voir huit piliers dont l'un porte une marque romaine (de la légion ?)Le Pont de Bereq'Mouch ou le Bond de Mille Ans d'Augustin Ibazizen, pages 116 à 131 ; La Table ronde, mars 1979..
Époque médiévale vignette|Le palais hammadide de Bougie au .|220x220px Vers le milieu du , la carte politique du Maghreb est bouleversée. Le royaume berbère des Hammadides, en conflit avec les Almoravides à l’Ouest et avec les Zirides à l’Est, mais c'est surtout l'invasion hilalienne menaçant directement leur capitale El-Kalâa fondée par en-Naçir qui pousse le sultan el-Mansour à la transférer vers l'actuelle BéjaïaCharles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord. Des origines à 1830, éd. Payot, Paris, 1966, . L’antique Saldae inaugure ainsi son rôle historique et deviendra l’une des villes les plus prospères du Maghreb.
En 1136, elle repoussa une expédition de la flotte génoise, mais fut prise par les Almohades en 1152. « Les vaisseaux, écrivait Al Idrissi à l'époque du triomphe almohade, y abordent, les caravanes y viennent et c'est un entrepôt de marchandises. Les habitants sont riches et plus habiles dans divers arts et métiers qu'on ne l'est généralement ailleurs, en sorte que le commerce y est florissant. Les marchands de cette ville sont en relation avec ceux de l'Afrique occidentale ainsi qu'avec ceux du Sahara et de l'Orient ; on y entrepose beaucoup de marchandises de toute espèce. Autour de la ville sont des plaines cultivées, où l'on recueille du blé, de l'orge et des fruits en abondance. On y construit de gros bâtiments, des navires et des galères, car les montagnes environnantes sont très boisées et produisent de la résine et du goudron d'excellente qualité... Les habitants se livrent à l'exploitation des mines de fer qui donnent de très bon minerai. En un mot la ville est très industrieuse. » (trad. de Goeje et Dozy.)Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord. Des origines à 1830, éd. Payot, Paris, 1966, .
Elle redevint une place commerciale, scientifique et culturelle prospère sous les Hafsides du au siècle. Cette période médiévale représente l’âge d’or de la ville, notamment grâce à l’impulsion du prince Hammadide al-Nasir. Tour à tour capitale d’un État indépendant, puis chef-lieu de province d’un empire, la configuration de sa population (qui selon le voyageur Léon l'Africain s’éleva à plusieurs dizaines de milliers d’habitants) était très significative. Cette population était constituée en majorité de lettrés et commerçants kabyles et d’habiles artisans andalous organisés en communauté dite (al-Jama`a al-Andalusiya) cohérente, habile et dirigée par un cheikh appelé également (Amezwar Ayt-Wandlus). Enfin il y avait une minorité juive autochtone ou réfugiée d'Espagne, ainsi qu’une colonie chrétienne. La présence de cette dernière est attestée par la fameuse lettre du pape Grégoire VII au souverain al-Nasir en 1076. Selon Mas Latrie qui a publié ce document d’archive, « jamais pontife romain n’a aussi affectueusement marqué sa sympathie à un prince musulman ». Par la suite, les relations officielles et commerciales avec les républiques chrétiennes de Gênes, Pise, Venise, Marseille, Catalogne et enfin Majorque sont caractérisées par la signature de traités de commerce, de paix, traités sur les biens des naufragés… L’importance de ce commerce est illustrée par la présence dans la ville de fondouks et de consulats de ces républiques chrétiennes :
Achat de marchandises maghrébines et sahariennes, de produits de l’artisanat local, notamment les « petites chandelles » de Bougie. En effet, selon le géographe Al Idrissi : « Les marchands de cette ville sont en relation avec ceux de l’Afrique occidentale ainsi qu’avec ceux du Sahara et de l’Orient ». « Les vaisseaux qui naviguent vers elle » passaient par l’arceau de Bab El-Bahr (la porte de la mer) et faisaient réparer leurs avaries sur les chantiers de Dar Senaa (Arsenal).
Le rôle joué par Bougie dans la transmission du savoir au Moyen Âge est confirmé par les séjours plus ou moins longs de personnalités scientifiques et littéraires prestigieuses, versées dans tous les domaines de la connaissance : le métaphysicien andalou Ibn Arabi, le mathématicien italien Leonardo Fibonacci, le philosophe catalan Raymond Lulle, l’historien Ibn Khaldun, le poète sicilien Ibn Hamdis… Il en est de même pour les personnalités religieuses (Abou Madyane, Sidi Bou Saïd, Thaâlibi...) et les voyageurs (Al Idrissi, Ibn Battuta, Léon l'Africain…). Rappelons enfin que le Mahdi Almohade Ibn Toumert y déploya son activité réformatrice, notamment par sa prédication en langue berbère. C'est durant son exil à Mellala, un petit village près de la ville qu’il rencontra le célèbre Abd al-Mumin (qui lui succédera à la tête de l’empire almohade) et lui enseigna sa doctrine unitaire.
Plus qu'un lieu de passage, Béjaïa apparait comme un lieu de rencontre, une ville où l'on se fixe volontiers. Néanmoins, la ville reste essentiellement un point incontournable pour les savants sur la route menant vers l'Orient. L'œuvre d'al-Ghubrini, 'Unwan al-diraya, dresse le portrait d'une élite intellectuelle musulmane établit ou de passage à Béjaïa. Ce recueil de biographie permet ainsi de mettre en lumière la diversité culturelle de la région puisque le deux tiers des savants mentionnés sont étrangers à la ville de Béjaïa, pour la plupart, originaire d'al-Andalus ou de l'Ifriqiya.
Coexistence religieuse
vignette|La Grande mosquée de Béjaïa de l'époque Hammadide au .|220x220px En 1067 sous les Hammadides, la ville romaine de Saldae renaît et attire très vite nombre de familles musulmanes, chrétiennes et juives. Les Juifs de Bougie importaient de l'argent européen destiné à l'artisanat local : ils pratiquaient également le négoce du sel, du cuir, des textiles, de la cire et des esclaves. À la suite des persécutions almohades, la communauté juive disparaît en 1147.. Cependant en 1250 alors sous les Hafsides, les Juifs de Béjaïa connaissent un véritable essor économique notamment dans le commerce qu'ils font avec les juifs de Majorque et Marseille, attestés par plusieurs documents, dont ceux de la famille Ferrusol. La ville est alors à son apogée culturel.
À la suite des persécutions contre les Juifs, des bateaux de Valence et Cadiz prennent voile vers Bejaïa. La communauté de Bougie est alors l'une des plus prospères du pays et est dirigée par un rabbin du nom de Duran, originaire de Denia, installé à la période Almohade et fut par la suite aidée de rabbins lettrés venus de Valence tels que Rabbi Benjamin Amar ou Rabbi Amran Amar.. À Bougie, les Juifs locaux supportent mal la concurrence des expulsés (mégorachim). Outre les connaissances techniques professionnelles, ils arrivent avec des capitaux importants, visiblement beaucoup plus que ceux dont disposaient les Juifs locaux et exerçaient de ce fait une concurrence jugée déloyale. Cette concurrence semble d'autant plus importante lorsqu'une anecdote cite un rabbin devant intervenir pour atténuer la démarche de certains juifs auprès des autorités musulmanes visant à empêcher le débarquement de quarante cinq familles juives andalouses attendant au port pour débarquer. Ils sont suivis par l'arrivée de musulmans fuyant l'Inquisition espagnole, formant une communauté qualifiée de al-Jama`a al-Andalusiya par Léon l'Africain.
Il a été attesté par plusieurs écrivains et historiens de l’époque que les juifs de Bougie étaient, au , en majorité des artisans bijoutiers et cordonniers. À son apogée au , la cité des Beni Abbès est une véritable ville forteresse de , dont et une synagoguehttps://www.gehimab.org/depliants/depliants/depliant18.pdf. Elle rivalise alors avec Tunis. Il a été établi par certains historiens que les Juifs andalous y introduisent un nouvel art importé de leur ancien pays, l'orfèvrerie émaillée, une technique permettant la création de bijoux et ciselures d'armes sophistiqués.. Lorsqu'il mentionne les communautés juives de l'intérieur du même siècle, Hischberg cite la Kalaa au côté de Médéa et Miliana. Les localités du royaume des Abbasides accueillent nombre de réfugiés de Bougie. Il y avait, parmi ces réfugiés, des constructeurs, des orfèvres, des ébénistes qui allaient mettre leur savoir-faire au service des populations locales.. Au , la plupart des bijoutiers et orfèvres de la vallée de la Soummam sont encore tous juifs.. En 1850 à la suite de la révolte des Mokrani, les Juifs quittent la compagne pour les colonies françaises de Sétif, Bejaïa et Alger. On mentionne une petite population juive installée à Dellys.
Période moderne
Occupation espagnole et ottomane
upright=1.2|thumb|alt=Vue sur la casbah de Béjaïa|Citadelle () au-dessus du port de Béjaïa, d'époque hammadide. Elle fut disputée par les Espagnols et les Ottomans.