vignette|redresse|Les Classiques sur pierre de Kaicheng, gravés en 837 , photographiés par Édouard Chavannes en 1907 à Xi'an. Jing (), Classique ou Canon, désigne en Chine les ouvrages dont le contenu est considéré comme « permanent » (littéralement jing signifie « constant ») et orthodoxe du point de vue du confucianisme. Jing a aussi désigné par la suite les sutras bouddhiquesPimpaneau 1989, p. 76..
L'étude des Quatre Livres (à partir du ) et des Cinq Classiques (à partir du ) (四書五經, 四书五经, Sìshūwǔjīng) était obligatoire pour les étudiants qui souhaitaient devenir fonctionnaires. La rédaction, la compilation ou le commentaire des Cinq classiques étaient attribués à Confucius. Toute discussion politique était émaillée de références à cette base commune et il n'était pas possible de devenir lettré, ou même officier militaire, sans les connaître à la perfection.
Origine des Classiques Les plus anciens textes sont issus de la cour royale des Zhou et des différentes cours princières de cette période, et sont l'œuvre des devins, annalistes et scribes attachés à ces différentes cours. Le Classique des documents (Shu jing) contient des pièces d'archives et des scénarios de danses rituelles provenant surtout de la cour royale des Zhou, mais aussi de celle des Jin. Seule une moitié de ce classique est tenue pour authentique. De la cour des Zhou proviennent aussi des chansons rituelles, auxquelles on a adjoint aux des chansons populaires, réunies dans le Classique des vers (Shi jing). Le milieu des différentes cours royales a aussi produit des annales notant les événements de façon très précise. Les seules à avoir subsisté sont celles du royaume de Lu, connues sous le nom de Annales des Printemps et Automnes (Chun qiu), ou Annales du royaume de Lu. Elles relatent, dans les parties conservées, des événements allant de 722 à 481. La divination au moyen de tiges d'achillée, ou achilléomancie, est à l'origine du manuel de divination en usage à la cour des Zhou, connu sous le nom de Classique des mutations (Yi jing). À ces quatre ouvrages contenant les plus anciennes traditions de l'Antiquité, les lettrés de Lu ont ajouté le Classique des rites (Li jing) et un traité de musique, le Classique de la musique (Yue jing)Gernet 1972, p. 118-121..
Entre le et le un certain nombre de textes viennent compléter les œuvres les plus anciennes. S'ils s'inscrivent dans leur continuité, ils portent aussi la marque des théories nouvelles apparues durant cette période. Le aux Annales du royaume de Lu par exemple est influencé par les théories du yin, du yang et des Cinq éléments. Ce commentaire date sans doute du , comme le . Le Livre des rites des Zhou, ainsi que d'autres rituels, le , le Liji, le Da dai liji, et le Commentaire de Zuo sont composés durant la même période. Tous ces textes ont été reconstitués et parfois altérés sous les Han et jusqu'au de notre èreGernet 1972, p. 121-122..
Confucius et les Classiques Confucius se réclamait de la tradition remontant à la dynastie Zhou. L'étude des textes anciens, qui faisait partie de son enseignement, est pour lui une voie menant au ren, la vertu d'humanité.
Les Entretiens de Confucius font de nombreuses références au Classique des documents (Shu jing) et au Classique des vers (Shi jing). Il fait aussi de nombreuses références aux rites et à la musique, mais il est impossible de savoir dans ce cas s'il s'agit des « rites » (li) et de la « musique » (yue) ou du Classique des rites (Li jing) et du Classique de la musique (Yue jing). Une seule référence est faite au Classique des mutations (Yi jing), mais son authenticité n'est pas assurée, et aucune aux Annales du royaume de Lu, pays d'origine de Confucius. Mencius est le premier, au , à attribuer ce dernier ouvrage à Confucius et à y voir un enseignement caché..
Autodafé de 213 Alors que les disciples de Confucius font l'éloge du système féodal antérieur, et contestent la vertu des lois, Qin Shi Huangdi, premier empereur de Chine, décide de mesures radicales pour imposer le légisme, doctrine officielle de son régime : toutes les écoles du passé (les Cent Écoles) autres que le légisme sont interdites. Un édit est promulgué en 213 , ordonnant la destruction de tous les livres, à l'exception du Yi jing, considéré comme un ouvrage technique, et des Mémoires du Qin, ouvrage historique. Tout détenteur d'ouvrages interdits encourt la peine de mort, ainsi que sa famille. C'est la politique résumée dans la formule Fenshu kengru (chinois 焚书坑儒), « brûler les livres et enterrer vivants les lettrés ». Environ quatre cent soixante lettrés sont mis à mort, d'autres rejoignent les condamnés travaillant à la Grande Muraille. Certains lettrés prennent le risque de cacher des livres. Seuls les « lettrés au vaste savoir » (boshi), un groupe de fonctionnaires nommés par le pouvoir, au nombre de soixante-dix, ont accès aux ouvrages interdits. L'édit est révoqué en 191 , sous la dynastie HanFlora Blanchon (dir.), Arts et histoire de la Chine, vol. 2, Presses de l'université de Paris-Sorbonne, 1999, p. 28-30..
Cinq, six, sept, neuf et treize Classiques Sous la dynastie Han, il existe Cinq Classiques, ou wujing (sinogrammes simpl. 五经, trad. 五經, pinyin : Wǔjīng) : Le Classique des vers (Shi) Le Classique des documents (Shu) Le Classique des rites (Li) Le Classique des mutations (Yi) Les Annales des Printemps et Automnes (Chungqiu) Ou bien Six Classiques (liujing) avec le Classique de la musique, ce dernier ouvrage ayant été perdu.
Sous les Han postérieurs et les Wei et les Jin, on compte Sept Classiques avec les ajouts du Livre de la piété filiale et des Entretiens de Confucius.
Sous les Tang, les Classiques sont neuf (九經, jiujing) et ne recouvrent pas exactement les Classiques antérieurs : Le Classique des vers (Shi) Le Classique des documents (Shu) Le Classique des mutations (Yi) Le Classique des rites (Li) Le Zhouli (ou Livre des rites des Zhou) Le Yili (ou ) Le Liji (ou Livre des rites) Les Annales des Printemps et Automnes (Chungqiu) Le Commentaire de Zuo (Zuozhuan) Le (Gongyangzhuan) Le (Guliangzhuan)
À partir des Song, les Classiques sont treize () : aux Neuf Classiques des Tang s'ajoutent les Entretiens de Confucius, le Livre de la piété filiale, le Mengzi et l'''Er ya.
Classiques sous les Han Si les textes servant à l'enseignement de Confucius commencent à être considérés comme canoniques dès la période des Royaumes combattants, ce n'est que sous la dynastie Han qu'ils acquièrent un statut orthodoxe, officiellement fixé.
En 213 , l'empereur Qin Shi Huang ordonne un autodafé de tous les livres. Grâce à ceux qui connaissaient ces ouvrages par cœur, ils ont pu être reconstitués de mémoire sous les Han antérieurs. La version de ces livres a été appelée jin wen (« en langue contemporaine »). La reconnaissance des Classiques comme fondement de l'idéologie officielle conduit sous l'empereur Wu en 136 à la création d'un groupe de « lettrés au vaste savoir spécialistes des Cinq Classiques » (wujing boshi), au nombre de cinquante (puis cent sous Zhaodi, deux cents sous Xuandi)Pimpaneau 1989, p. 77.Gernet 1972, p. 203, 205-206.. Ces boshi sont l'équivalent de « docteurs d'État » : bien que la constitution de ce corps date des Qin, le fait qu'ils se consacrent exclusivement aux Classiques confucéens à partir de 136 marque la victoire sous cette dynastie du confucianisme sur les autres écoles de pensée. L'interprétation qui est faite des Classiques sous les Han antérieurs est de nature ésotérique, sous l'influence de la théorie des Cinq Éléments : on cherche dans les Classiques un savoir secret qui ne peut être compris que des spécialistes, au travers de commentaires appelés chenwei. Le principal exégète de cette école d'interprétation est Dong Zhongshu (175-105 environ).
Des éditions anciennes ont ensuite été retrouvées. La première de ces découvertes est celle faite dans un mur de la maison de Confucius (sous l'empereur Jingdi (156-140), mais seulement en 93 de notre ère selon certaines sources) et comprend les ouvrages suivants : le Classique des documents (Shangshu), le Liji, les Entretiens de Confucius, le Classique de la piété filiale. Cette version des ouvrages a été appelée gu wen (« en langue ancienne »). Les deux versions, gu wen et jin wen, présentaient de nombreuses variantes. Les querelles entre lettrés au sujet des deux versions des Classiques s'accompagnaient d'une divergence d'opinion au sujet de leurs auteurs. Ceux qui soutenaient la version en langue contemporaine pensaient que Confucius était le principal auteur des Classiques. Pour eux, les Annales du royaume de Lu, avec le commentaire de Gongyang, étaient le principal ouvrage exprimant la pensée de Confucius. En revanche, pour les défenseurs de la version en langue ancienne, les Classiques étaient plus anciens, certains avaient pour auteur le duc de Zhou, et les textes les plus importants étaient le Rituel des Zhou et le Commentaire de Zuo. Les partisans de la version gu wen étaient aussi des « rationalistes », opposés aux interprétations ésotériques et prophétiques des Classiques. La version jin wen était reconnue comme la bonne version sous les Han antérieurs, en particulier à la suite d'un débat entre les deux écoles ayant eu lieu en 51 , mais sous les Han postérieurs, ce fut au tour de la version gu wen de l'emporter. Si (32 ? - 23 ) fait figure de précurseur sous les Han antérieurs, les commentateurs qui s'appuient sur la version en langue ancienne, tels (30-101), (79-166) ou (127-200), sont ensuite majoritaires. Les commentaires sur les versions jin wen sont peu à peu oubliés sous les dynasties postérieures aux Han. Les études sur les Classiques sont à leur apogée sous les Han postérieurs et les Sept Classiques sont gravés sur pierre à l'Université nationale (Taixue) de Luoyang, la capitale, en 175, durant l'ère XipingGernet 1972, p. 208-211. vignette|redresse|Hui Dong, considéré comme le véritable fondateur au des « études Han », en opposition aux « études Song ».
Classiques des Tang aux Qing Durant les premiers siècles de notre ère, les lettrés se sont attachés à déterminer le sens des mots ou des phrases, y cherchant parfois un sens caché, conduisant par exemple à interpréter les poèmes d'amour comme des poèmes politiques. Une démarche plus rationnelle se produit sous les Tang, surtout avec Kong Yingda (574-648), permettant de fixer définitivement le texte des Classiques. L'ensemble de cette période est appelée le Han xue (car ayant débuté sous les Han)Pimpaneau 1989, p. 78-79..
Le texte étant désormais fixé, et en réaction contre cette lecture des Classiques mot à mot, les lettrés des tentent d'en dégager le sens général. C'est ce qu'on appelle le li xue, ou « étude de la raison ». Des philosophes forment des systèmes. Ce courant est connu sous le nom de néoconfucianisme, qui est l'idéologie officielle à partir de la dynastie Song. Le plus important de ces penseurs est Zhu Xi (1130-1200). C'est aussi lui qui sélectionne les Quatre Livres (四書, 四书, Sìshū) devant servir de base à l'enseignement : les Entretiens de Confucius, le Meng zi, la Grande Étude (大學, 大学, Dàxué) et le Juste Milieu (中庸 Zhōngyōng), ces deux derniers étant des chapitres du Livre des rites. En 1313, un décret de l'empereur Rensong des Yuan impose les Quatre Livres et les Classiques aux examens impériaux. Ils y resteront jusqu'à la suppression de ces examens en 1905.