Les Moso, Mosuo ou Musuo (), autrefois retranscrit en Mossos, forment une ethnie habitant le Sud-Ouest de la Chine, à la frontière des provinces du Yunnan et du Sichuan, sur les contreforts de l'Himalaya. Elle compte de . Officiellement ainsi que linguistiquement, les Moso constituent un sous-ensemble de la nationalité Naxi.
Leur endonyme (terme par lequel ils se désignent eux-mêmes) est : les Na.
Les Moso (Na) présentent dans leurs structures familiales certaines particularités qui leur ont valu l'intérêt de nombreux ethnologues : le mariage constitue une pratique marginale et les amants ne résident pas ensemble.. Les Na forment une société matrilinéaire (les enfants sont rattachés au groupe parental maternel, qui les élève, leur transmet le nom et l'héritage), matrilocale (les femmes sont au centre de leur famille et ne la quittent pas pour rejoindre leur conjoint après une union) et avunculaire (la figure masculine adulte de référence pour les enfants, celle qui remplit les fonctions « paternelles », est leur oncle maternel)...
Ces spécificités ont été mises à mal sous la révolution culturelle (1966-1976) par une propagande active en faveur du mariage selon le modèle chinoisprésentation éditoriale du livre Adieu au lac mère de Yang Erche Namu.. Le succès de cette politique fut tout de même limité, de nombreux Moso étant restés fidèles à leur modèle traditionnel ou y retournant par la suite.. Depuis la fin des années 1990, le développement rapide d'un tourisme de masse introduit de nouvelles dynamiques économiques. Les transformations induites fournissent l'occasion d'observer certains ressorts de la société na (au travers de la façon dont familles et communautés villageoises gèrent le boom touristique), mais elles aboutissent à de tels bouleversements que cette société en est profondément modifiée.
Premières descriptions et origine du nom vignette|Femme moso pratiquant le tissage de tissu folklorique. vignette|Des habits de cérémonies religieuses des Moso, photo prise au musée folklorique des Moso.
Le terme « Moso » désignait anciennement (avant 1954) tous les Naxi ; ainsi, les ouvrages anciens (Henri d'Orléans, l'abbé Desgodins (page ?), Francis Garnier, Jean-Gabriel Devéria) utilisent la dénomination Mosso pour les Naxi. Le terme « Moso » (en chinois : 摩梭) est maintenant repris par un sous-groupe, essentiellement les habitants de l'ancien tusi de Yongning (1381 à 1951) et des bords du lac Lugu, qui souhaitent souligner les différences entre eux et les Naxi de la ville de Lijiang et des environs. Les ethnologues préfèrent l'appellation « Na » pour les populations qui utilisent pour autonyme (endonyme) la syllabe « Na ». Ainsi, un livre (en français) consacré aux coutumes des Moso est intitulé « Une société sans père ni mari : les Na de Chine ».
Études sur les Moso La société matrilinéaire des Moso a été étudiée et révélée en Occident par l'explorateur austro-américain Joseph Rock en 1924. Par la suite, des recherches sur le terrain ont été entreprises par l'anthropologue Wang Shuwu en 1954 et l'ethnologue Yan Ruxian en 1980. Enfin, une expédition au pays des Moso a été organisée en 1993 par l'ethnologue allemande Heide Göttner-Abendroth, de l'International Academy for Modern Matriarchal Studies and Matriarchal Spirituality..
Origines des Moso Certains chefs Moso aiment à rapporter qu'ils seraient des descendants des Mongols. L'élite Moso du Sichuan aurait pareillement rapporté à Joseph Rock que leurs ancêtres descendraient d'un général de Khubilai Khan qui se serait installé dans la région, lors de sa conquête au , pour gouverner Yongning(Rock 1947; Li 1983; Shih 2001). Pour Shih, il est probable que les chefs Moso trouvent une fierté à s'attribuer une ascendance de personnages de grand renom, mais il existe des traces des Moso dans la région bien avant cette période. La présence d'une communauté mongole sur le xian de Tonghai, au Yunnan, pourrait rendre cette hypothèse plausible d'un point de vue historique, mais les Moso ne partagent pas de traits culturels particuliers avec la population d'ascendance (partiellement) mongole de Tonghai. D'autre part, la généalogie des chefs moso, recensée depuis 1381, ne comporte aucun nom de tradition mongole.
Les écrits chinois depuis plusieurs milliers d'années associent les Moso et les Naxi par leurs traitements laissant penser une origine et culture commune, bien qu'elles soient aujourd'hui distinctes. Quoi qu'il en soit, les façons de vivre, de penser et de mourir des Moso sont absents chez les Naxi (et totalement inconnus chez les MongolsShih, 2009, ).
Langue vignette|Traductions de quelques caractères moso en chinois. La langue moso, aussi appelée « na » et « narua », appartient au groupe naïque au sein des langues na-qianguiques (famille sino-tibétaine).
Les Moso utilisent l'écriture daba, proche de l'écriture dongba, des Naxi non-Moso.
Organisation familiale Les Moso sont organisés à la fois en yidu, le groupe domestique dans lequel ils organisent et partagent leur vie quotidienne, et en sizi, le groupe de descendance des Moso, une organisation de parenté, dans lesquels les gens effectuent leurs devoirs d'attention envers leurs ancêtres défunts. Le sizi est le seul type d'organisation de parenté parmi les Moso, mais son étendue peut varier en fonction du contexte. Les yidu sont une division des sizi.
Les familles sont constituées de fratries, frères et sœurs de plusieurs générations vivent ensemble et forment une famille. Les amoureux ne vivent pas en couple mais chacun dans sa fratrie d'origine. Les enfants sont rattachés à la fratrie de la mère pour y être élevés par les hommes et les femmes qui la composent (la mère et ses frères et sœurs : oncles et tantes ; la grand-mère et ses frères et sœurs : grands-oncles et grand-tantes).
L'homme élève donc les enfants de sa sœur, avec qui il partage foyer, nom, héritage et ancêtres communs, mais n'élève pas ses enfants biologiques. L'organisation familiale fait qu'un enfant sera proche de son oncle maternel et éprouvera à son égard le même type d'affection qu'il aurait envers son père dans d'autres types de sociétésAu royaume des femmes, documentaire, Arte, 42 min..
La naissance d'une fille est cruciale car elle permet la continuité de la lignée. Si une famille n'a que des descendants de sexe masculin, les enfants de ces derniers habiteront la maison de leur mère et la lignée s'éteindra. La naissance d'un garçon est aussi importante car il exercera plus tard la paternité des enfants de sa sœur. Le bon fonctionnement d'une famille passe donc par la présence des deux sexes. Le statut de minorité ethnique des Moso permet à chaque femme d'avoir autant d'enfants qu'elle souhaite, indépendamment de la politique de contrôle de la population du gouvernement chinoisTouentou, fille du feu. Documentaire de réalisé par Patrick Profit, produit par Atmosphère Production, 2007..
Si malgré tout, une famille n'a pas de descendance d'un sexe, elle peut avoir recours à l'adoption. L'enfant ou l'adulte adopté sera alors considéré comme un membre à part entière de sa nouvelle famille, avec l'ensemble des droits et devoirs qui en découlent.. Selon Cai Hua, chargé de recherche à l'académie des sciences sociales du Yunnan, puis chercheur associé au CNRS à Paris, une société matriarcale aurait subsisté jusqu'à nos jours dans des vallées reculées du Yunnan, en Chine, chez les Na.
Les Na sont connus pour être une société matriarcale, matrilinéaire et matrilocale, c'est-à-dire que la filiation se fait par la mère et que tous les enfants — hommes et femmes — vivent dans la maison de la mère, de leur naissance jusqu'à leur mort.
La reconnaissance d'une union d'individus par une institution n'existe pas. La pratique de la vie sexuelle est libre entre adultes non consanguins : la nuit, l'homme se rend chez la femme avec laquelle il voudrait avoir une relation sexuelle, la femme étant libre d'accepter ou non. Les partenaires peuvent être multiples, que ce soit pour les hommes ou pour les femmes. Par ce fait, les enfants ne connaissent pas toujours leur géniteur (au sens strictement biologique). Les enfants sont donc élevés par les habitants de la maison, les oncles maternels endossant le rôle du « père » comme nous l'envisageons en Occident. Cette conception découle en partie d'une de leurs croyances présentant l'homme comme la pluie sur l'herbe : elle sert à faire pousser ce qui est déjà là. « Dans la culture des Na, un dicton affirme que l’action de l'homme dans la reproduction est analogue à celle de la pluie sur l'herbe des prairies : elle fait pousser, rien de plus ». Le rôle reproducteur de l'homme est donc « d'arroser » le fœtus déjà présent chez la femme. Pour les Na, les caractères héréditaires sont contenus dans les os et transmis par les femmes. Toutefois, avec l'ouverture au tourisme et l'exil de certains habitants, les mœurs tendent à changer, certains Na se conformant au couple monogame...
Matrice de la socialité na, l’entraide se révèle être un système de coopération structurant et réactualisant sans cesse les rapports entre maisons par le biais de réciprocités organisées en tenant compte de l’idéal matrilinéaire.
Les Na seraient parvenus à résister à la bureaucratie céleste des dynasties impériales et au confucianisme ainsi qu'aux injonctions puritaines de la période maoïste. À partir des années 1990, le commerce et le tourisme de masse auraient en quelques années altéré les fondements de leur société et généralisé le modèle de la famille nucléaire et du couple monogamique..
Les structures familiales des Na intéressent non seulement les ethnologues et anthropologues, mais également les psychologues et psychanalystes. Une étude d'orientation lacanienne relève les implications, en termes de structuration des relations au sein de la famille, du point de vue na selon lequel c'est la déesse Abaogdu qui a déposé les graines dans le ventre des femmes avant même leur naissance. Le champ d'observation des théories psychologiques gagnerait à être étendu à des sociétés telles que celle des Na afin de parvenir à des généralisations valables pour les sociétés humaines dans leur ensemble (typologie et modélisation).
Organisation sexuée du travail vignette|Paysans Moso durant la récolte de riz. Chez les Moso, les hommes et femmes sont considérés comme différents et doivent donc avoir un rôle spécifique dans la société. Le partage des tâches est sexué et réglé avec précision. Les femmes s'occupent des travaux domestiques (cuisine, ménage), de la collecte de bois pour les feux et du tissage. Les hommes sont chargés des travaux plus physiques (labour, charpente, pêche, soins du bétail) et de la politique Kingdom of Women: The Matriarchal Mosuo of China, Films for the Humanities and Societies, 54 min.. Seuls les travaux d'agriculture (principale source d'alimentation des Moso) sont effectués conjointement.
Au sein d'une famille, l'ensemble du travail est planifié par deux chefs, un homme et une femme choisis en fonction de leurs compétences. La dabou (chef féminin) administre les affaires internes et l'économie domestique : gestion des récoltes, des finances, accueil des hôtes. Un de ses frères, choisi pour être le chef masculin, administre les affaires extérieures, ce qui implique les communications avec les familles et peuples voisins, ainsi que la planification du travail des hommes.
Rapports amoureux libres et pudiques vignette|Reconstitution d'une visite furtive, un homme escaladant pour rejoindre la chambre d'une amante, au musée du village touristique de Luoshui.