Charles de Basse-Lotharingie Généalogie de Charles, duc de Basse-Lotharingie sur le site Foundation for Medieval Genealogy., né à Laon durant l'été 953 et mort le à Orléans, est un prince carolingien, fils du roi et de Gerberge de Saxe. Il fut duc de Basse-Lotharingie de 977 à 991 et prétendant au royaume des Francs de 987 à 991. On le nomme également Charles de Lorraine, bien que la Lorraine corresponde à la Haute-Lotharingie alors qu'il était duc de Basse-Lotharingie. Plutôt que « de Lorraine », il serait donc plus juste de l'appeler « de Lothier » mais les ducs de Lorraine descendants des Carolingiens par son intermédiaire le considèrent comme duc de Lorraine à part entière afin d'apparaître comme les continuateurs des Carolingiens. D'ailleurs, les ducs prénommés Charles par la suite se numérotent à partir de lui.

Biographie

Il a un frère jumeau nommé Henri mort peu de temps après son baptêmeChristian Settipani, La Préhistoire des Capétiens, éd. Patrick Van Kerrebrouck, 1993, 331..

Charles écarté de la royauté à la mort de En 954, à la mort du roi et bien que ce dernier ait peut-être envisagé de conférer à Charles la royautéCarlrichard Brülh, Naissance de deux peuples, Français et Allemands (), Fayard, 1996, 157., pour la première fois lors d'une dévolution dans laquelle l'hérédité joue le premier rôle, la tradition de partage du royaume des Francs entre les fils ne prévaut pas. Lothaire, frère aîné de Charles, succède à . C'est une nouveauté dans la succession royale héréditaire depuis la fondation du royaume des Francs à l'époque mérovingienne.. Charles n'est donc pas roi à la mort de son père. Les historiens expliquent parfois la dévolution du titre royal au seul Lothaire par la faiblesse de l'institution royale mais cet argument ne peut expliquer que prévale également la solution unitaire dans le royaume de Francie orientale où la puissance et le prestige de la royauté sont forts.

De fait, l'affaiblissement du principe héréditaire au profit du bénéfice électif a consacré le principe unitaire, le choix répété de rois en dehors de la dynastie carolingienne excluant nécessairement cette pratique des partages née de la seule hérédité. Le renforcement de l'idéologie unitaire dont Jonas d'Orléans et Agobard de Lyon s'étaient fait les porte-parole a pu jouer également un rôle.

Les accidents généalogiques, en ne laissant après les morts des pères que des fils uniques, ont également renforcé la structure verticale patrilinéaire., aussi bien chez les Robertiens que chez les Carolingiens.

Charles chassé du royaume des Francs En 976, l'empereur ayant exclu de leur héritage paternel les comtes et , Charles rejoint avec une armée celle qu'Hugues Capet et Otton de Vermandois avaient fait marcher au secours des comtes. Une grande bataille, qui reste indécise, est livrée devant MonsJean Le Mayeur, La gloire belgique : poème national en dix chants…, Valinthout et Vandenzande, 1830, 304...

Or, Charles escompte profiter de l'opération pour établir sa situation en Lotharingie.. Son intérêt est alors que soit rompue la bonne entente entre le roi son frère et la maison d'Ardenne, très puissante en Lotharingie et à laquelle appartiennent l'archichancelier Adalbéron de Reims et son homonyme Adalbéron de Laon. La maison d'Ardenne est dévouée à l'empereur et roi de Germanie .

En 977, il accuse l'épouse de Lothaire, la reine Emma d'Italie, d'infidélité avec l'évêque de Laon Adalbéron. Le concile de Sainte-Macre réuni à Fismes absout les accusés faute de preuves, mais Charles, qui entretient les rumeurs, est chassé du royaume par son frère. La famille d'Ardenne et le parti Lotharingien, favorables à l'entente avec , semble toute puissante à la cour du roi Lothaire.

Charles duc de Basse-Lotharingie commet alors une maladresse en restituant le comté de Hainaut aux fils de et nommant Charles duc de Basse-Lotharingie, région correspondant à la moitié nord de la Lotharingie, distincte de la Haute-Lotharingie depuis la fin des années 950. En effet, par ces honneurs, il offense le roi des Francs.. Il lui aurait également promis son aide contre Lothaire.

Au mois d'août 978, Lothaire, accompagné de Hugues Capet et son frère Henri de Bourgogne mène une expédition contre . Il prend Aix-la-Chapelle, mais ne peut s'emparer ni d'Otton, ni de Charles. Après avoir laissé ses guerriers piller le palais et ses environs pendant trois jours, Lothaire bat en retraite après avoir fait replacer l'aigle de bronze qui décorait le sommet du palais dans sa direction originelle, face à l'est, contre le pays saxon, alors qu', lui-même d'origine saxonne, avait retourné vers l'ouest et le royaume des Francs occidentaux..

En représailles, , accompagné de Charles, envahit la France en octobre 978, ravage les régions de Reims, Soissons et Laon. Lothaire doit s'enfuir, et Charles est proclamé roi des FrancsThérèse Charmasson, Anne-Marie Lelorrain, Martine Sonnet, Chronologie de l'histoire de France, 1994, 90. à Laon par l'évêque , cousin germain le l'empereur . Otton poursuit Lothaire jusqu'à Paris, où il se retrouve face à l'armée d'Hugues Capet. Le , Otton et Charles, incapables de prendre Paris, lèvent le siège de la ville et font demi-tour. L'ost royal les poursuit, reprend Laon, et oblige Charles et à s'enfuir et à se réfugier à Aix-la-Chapelle.

La conduite de Charles pourrait avoir nui à son image et ainsi contribué à l'échec de sa tentative de s'emparer du trône franc à la mort de son neveu . Sa participation aux entreprises d'Otton, le fait qu'il se soit reconnu son vassal sur des terres revendiquées par son frère, ont pu le faire apparaître comme un traître à sa lignée et indigne du royaume, même si les changements de camp n'étaient pas rares.

Un soutien des entreprises lotharingiennes du roi Lothaire En 983, l'empereur meurt laissant le trône de Francie orientale à son fils . Se présentant comme le tuteur de ce dernier, le duc de Bavière Henri le Querelleur, cherche à imposer son pouvoir. Adalbéron de Reims, soucieux d'appuyer et sa mère l'impératrice Théophano Skleraina, cherche à convaincre Lothaire de le soutenir. Il lui laisse entendre que Lothaire pourrait récupérer la Lotharingie. Le roi des Francs revendique la tutelle de son neveu et la garde (avouerie) de la Lotharingie. Grâce à Adalbéron de Reims, Lothaire obtient l'hommage de plusieurs grands de Lotharingie dont Godefroy de Verdun de la maison d'Ardenne. À cette occasion, il réconcilie Charles et Lothaire, son frère. Charles espère alors obtenir également la Haute-Lotharingie, gouvernée par une régente, Béatrice, épouse du défunt duc Ferry de Haute-Lotharingie et sœur d'Hugues Capet. Lothaire espère alors passer de la garde de la Lotharingie à la souveraineté sur cette terre en s'appuyant sur Charles qui en deviendrait le duc. Néanmoins, l'échec rapide d'Henri le Querelleur fit échouer le projet.

En 985, le roi Lothaire décide de s'emparer de la Lotharingie. Il envahit le duché, assiège Verdun au mois de mars, s'empare de la ville et y fait plusieurs prisonniers : le comte (frère d'Adalbéron de Reims), Frédéric (fils de ), Sigefroid de Luxembourg (oncle de Godefroy) et Thierry, duc de Haute-Lotharingie (neveu d'Hugues Capet).. Désireux d'affaiblir la maison d'Ardenne acquise au roi de Germanie et à l'Empire, il décide de mettre en accusation Adalbéron de Reims. Une lettre de Gerbert d'Aurillac fait état d'un conventus Francorum, une assemblée des grands du royaume franc réunis à Compiègne le . Charles participe à cette assemblée avec les comtes de Hainaut et Herbert le jeune de Troyes. Hugues Capet intervient avec une armée et disperse la réunion, peut-être moins pour venir en aide à Adalbéron de Reims que pour dissuader Lothaire et Charles d'entreprendre une action contre la haute Lotharingie affaiblie par la capture de son jeune duc Thierry..

Après la mort imprévue du roi Lothaire en 986, Charles aurait cherché à dissuader son neveu d'engager une politique trop agressive à l'égard de la maison d'Ardenne. Charles aurait été motivé par la volonté de ne pas heurter la cour de Germanie pour conserver son duché de Basse-Lotharingie..

Charles évincé du trône franc Élection d'Hugues Capet À la mort de , Charles se rapproche vainement d'Adalbéron de Reims pour obtenir son soutien avant la réunion de l'assemblée des grands du royaume franc et l'élection du nouveau roi.. En tant que duc des Francs, Hugues Capet préside cette assemblée qui se réunit à Senlis. Selon Richer, Adalbéron exprime dans un discours son soutien à Hugues Capet, s'en prenant à Charles qui s'était . Le fait qu'Adalbéron de Reims ait été lui-même dévoué à la cour de Germanie permet de contester qu'un tel discours ait jamais été prononcé., d'autant qu'Adalbéron, en favorisant Hugues Capet, travaille objectivement à détacher la Lotharingie du royaume franc pour assurer la suprématie de l'empire. Cependant, si Charles s'était rapproché de son frère le roi Lothaire dans les dernières années de son règne, le souvenir qu'il avait cherché à le renverser en s'alliant avec et qu'il avait été chassé du royaume à l'issue de cette tentative grâce à la coalition des grands du royaume franc, a contribué à donner de lui l'image d'un traître. L'argument cité par Richer est cependant révélateur de la naissance d'un sentiment national. De plus, les rumeurs qu'il colporta contre sa belle-sœur et son mariage avec une femme issue de la classe des vassaux ont pu être des obstacles à son élection. Quoi qu'il en soit, Adalbéron de Reims était avant tout dévoué à la dynastie ottonienne.

L'éviction des Carolingiens garantirait l'abandon des prétentions sur la Lotharingie, royaume objet des ambitions de la lignée des rois carolingiens de l'Ouest, descendants de . Adalbéron de Reims imagine sans doute que la venue d'une dynastie non impériale et sans droit sur la Lotharingie est censée favoriser la toute-puissance de l'empire d'.. De fait, les Capétiens ne développent pas de politique expansionniste active vers l'Est avant plusieurs siècles.Une des premières décisions d'Hugues Capet sera de rendre Verdun, prise à la maison d'Ardenne par Lothaire lors de sa dernière offensive pour s'emparer de la Lotharingie.. Par la suite, Hugues et ses successeurs ne se comportent pas en créatures de l'Empire, ils doivent leur accession au trône franc à l'enracinement et au prestige de leur lignée.En effet, en 987, c'est la troisième fois que les Robertiens accèdent au trône ; l'ancienneté de leur lignée qui remonte à la fin de l'époque mérovingienne et leurs alliances, y compris avec les Carolingiens confèrent à leur dynastie une légitimité historique qui est peu contestée par la suite..

Réaction de Charles Des grands du royaume franc comme l'archevêque de Sens, Séguin, ou le comte n'approuvent pas l'élection d'Hugues Capet. En , Charles engage la lutte et s'empare de Laon, la capitale royale des derniers Carolingiens. Par la même occasion, il fait arrêter deux de ses plus farouches adversaires, la reine Emma et l'évêque Adalbéron de Laon. Il fait renforcer les fortifications et fait venir des vivres du Vermandois, dont le comte semble le soutenir.

Hugues Capet réunit alors un synode d'évêques pour excommunier Charles, puis une armée pour assiéger Laon. Charles, assiégé dans la ville à l'été 988, réalise une sortie victorieuse, forçant l'armée royale à fuir en désordre.. Un deuxième siège, mené en octobre 988, échoue très rapidement. Une lettre d'Hugues Capet à l'impératrice Théophano laisse entendre que le Capétien a envisagé une négociation avec le Carolingien. Charles refuse cette proposition qui prévoit la libération de ses prisonniers et la remise d'otages en échange de l'abandon de Laon. Charles n'est pas prêt à se contenter de Laon ; il aspire à la royauté de ses ancêtres. À cette fin il cherche à se rapprocher d'Adalbéron de Reims.