Jacques Willemont, né en Picardie en 1941, est un réalisateur français de films documentaires d’anthropologie, d’archéologie et d’histoire. Informaticien, il conçoit et programme des œuvres multimédias interactives. Il est à l'origine de deux festivals de films L'homme regarde l'Homme (1975), devenu Cinéma du réel à la suite de ce que Willemont désigne du titre d'"Affaire Rouch" (voir Jean Rouch sur Wikipedia) et Cris du monde (2013). Il intervient comme chef opérateur, réalisateur ou producteur sur plus de 35 films de long, moyen et court métrage entre 1968 et 1976, dont La reprise du travail aux usines Wonder en . Il a suspendu ses activités cinématographiques de 1977 à 2000, pour se consacrer au jeu vidéo et à la vidéo-interactive naissante. Il réalise à nouveaux des films depuis 2001. Il a enseigné La communication et les sciences sociales à l’Université de Strasbourg de 1970 à 2005 dont le département de Sciences humaines dirigé par Julien Freund lui accorde un D.E.A. en 1973.

Biographie Son père et son grand-père étaient marchands ambulants. Le cinéma prend une place prédominante dans sa vie lorsqu'à 18 ans, il anime un ciné-club au foyer des orphelins de la Poste à Cachan. Cette expérience le conduit à écrire :

Vient le temps du service militaire à l'école de cavalerie, de Saumur, avant d'être affecté dans un régiment de spahis.

Sa vie professionnelle commence lorsqu'en 1966, il entre à l'Institut des hautes études cinématographiques (IDHEC) pour devenir directeur de la lumière. Il mène un long travail d'expérimentation solitaire pour maitriser les relations entre nature de la peau, maquillage et lumière. Deux épais carnets de note en conservaient les résultats. Il remercie l'IDHEC de lui avoir donné cette opportunité parce que, pour le reste, il partage l'assurance du manque d'un encadrement de qualité avec Patrice Leconte (« L’IDHEC, c’était un vieux truc… j’ai rien appris à l’IDHEC. Rien du tout, mais vraiment rien. » dans Paroles de cinéaste, INA) et Richard Copans (« En 1968, l’IDHEC était une école figée, déconnectée du cinéma vivant, et la révolte étudiante a été la seule manière de transformer réellement la pédagogie. » histoire-culturelle-du-cinema.com/seance-15-mars-2018).

Willemont, un brin provocateur affirme avec deux exemples : "En deux ans, je n'ai bénéficié que de deux cours qui méritaient qu'on se lève un jour de pluie sur Paris. 1 - la lecture du Cuirassé Potemkine d'Eisenstein par Jean Mitry (le lorgnon, le signifiant et le signifié, tout le monde connait ?); 2 - le point de vue de Jean-Pierre Melville sur la qualité d'acteur de Delon : Jean‑Pierre Melville a rappelé que, dans Le Samouraï, il fut le seul capable de faire entrer d’un seul mouvement la voiture volée dans le garage de banlieue où il vient changer les plaques. Les étudiants qui reprochaient à Melville d’employer un acteur “commercial” se retrouvèrent ainsi pris par qui ils croyaient prendre.

Début 1968, Yvan Croce, un jeune cinéaste, lui confie l'image du film Soto (Jesús Rafael Soto était un plasticien, sculpteur et peintre vénézuélien - 1923-2005).

En avril, la direction de l'IDHEC organise un concours de scénario sans considération de disciple. Il propose avec L'araignée d'eau une adaptation d'un texte de Marcelo Béalu, dont il traduit "l’incongruité rêveuse, l’inconvenance ingénue, la cruauté souriante et la fange mouvante de l’inavouable", selon l'éditeur. Son scénario est choisi. Le tournage doit commencer le . Le 10 mai 1968, les étudiants de l'IDHEC se mettent grève. Il a trouvé par la suite le soutien de Jean-Claude Carrière, Jacques Rouffio et François Truffaut pour Plumes, Plumes (un film d'aventure entre King Kong et Robinson Crusoé) et 1989, le cinéma dans les jupes de la Tour Eiffel : on peut dire que le cinéma est né dans le tumulte de l’Exposition universelle de 1889, où se rassemblèrent presque tous ceux qui allaient jouer un rôle décisif dans son histoire. C’est alors qu’il découvre qu’il existe un plafond de verre socio‑économique dans le cinéma, dont il fournit une preuve par l’exemple avec Maudit film - dont il écrit actuellement le scénario sous forme d’une BD portant le même nom - consacré à l’une des plus grandes figures (1934‑…) de l’anthropologie mondiale et en cours de réalisation depuis le 6 juillet 2005, et empêché par tous ceux directement concernés : CNRS, Musée du quai Branly, EHESS dont Maurice Godelier - il s'agit bien de lui - fut l'une des personnes les tu fas ? Tu coupes sans arrête. Laisse tourner ..." plus marquantes.

La Reprise du travail aux usines Wonder Quelques jours plus tard, vers le 20 mais, Richard Copans, également étudiant à l'IDHEC lui demande former au "cinéma direct", les étudiants de 1er année en prise de vues. Cette action s'inscrit dans la démarche que ce réformateur a entreprise pour la révision du concours d'entrée dans l'école et de la future formation que l'IDHEC devrait dispenser à partir de 1969-1970. Willemont juge que des exercices pratique seraient trop scolaires et il décide de réaliser un film documentaire de long métrage sur l'OCI, organisation trotskiste internationaliste, trotskiste pour comprendre ce qui les distingues des JRC, jeunesse communiste révolutionnaire, majoritaire à l'IDHEC. Il importe de préciser que Willemont, très indépendant, ne milite dans aucun des deux mouvements.

Ce film documentaire de long métrage aurait dû s'intituler Sauve qui peut Trotski : tournages dans les locaux de l'OCI, entretien avec Charles Berg (secrétaire général de l’organisation), tournage d'AG à Nanterre, entretien avec "Martin" le délégué OCI à la SIDI (imprimerie à Levallois-Perret), séquence au meeting de Charlety le … Le 9 mai, Willemont rencontre la délégué syndicale OCI de Wonder. Un rendez-vous est pris pour le lendemain matin. Ce jour-là, Pierre Bonneau - étudiant en première année - rejoint l'équipe de tournage pour la première fois. Liane Estiez poursuit le travail d'ingénieure du son qu'elle assure depuis le premier jour du tournage. Lorsqu'ils arrivent, un vote a eu lieu tôt le matin : les ouvriers ont décidé de reprendre le travail. Bonneau enregistre un plan de la banderole "Nous ne cédons pas. Nous ne rentrons pas.". Puis un plan de la foule et d'un camion qui passe lentement. Un troisième plan court que Willemont interrompt. "Qu'est-ce que tu fais. Tu coupes sans arrêt. Laisse tourner." Ce dialogue figure sur la bande son 6.35mm que Liane Estiez a enregistrée alors que la caméra ne tourne plus. Lorsque Bonneau lance à nouveau la caméra, on entend l'ouvrière crier "Vous gagnez votre vie mais nous, on ne la gagne pas." et le plan va durer 9 minutes - 4 secondes à 25 images/seconde). (documents en ligne). Voilà comment est né ce plan-séquence historique.

La séquence dite "séquence Wonder" devait constituer l'une des quelque 20 séquences du futur long métrage de Willemont qu'il aurait intituler Sauve qui peut Trotski. Mais il a été décidé le soir du 10 juin, en raison de la présence de cinéastes des Etats Généraux du cinéma venus au nouvelles. Ils ont été enthousiasmés par ce Liane Estiez leur a fait entendre. Seulement entendre puisque le film est tourné en 16mm argentique. La pellicule originale - un inversible - était en route pour Bruxelles pour y être développée et copiée. Il est décidé d'éditer cette seule séquence dès le retour de la copie de travail. Il en résulte un film de 10 minutes 12 secondes en 24 image/seconde, composée de deux plans et d'un plan-séquence. Ce film est baptisé Wonder par Daniel Édinger, président de l'association des étudiants de l'IDHEC en grève qui désigne comme son unique auteur alors qu'il n'avait rien à voir avec ce film. Il sera plutôt connu sous le titre La Reprise du travail aux usines Wonder comme en témoignent deux documents réunissent les noms des trois auteurs authentiques (Pierre Bonneau, Liane Estiez et Jacques Willemont) enregistrés sur le RCA (registre du cinéma et de l'audiovisuel) au CNC (documents en ligne). Le titre Wonder Mai 68 sera même déposé par Jacques Willemont pour préserver ses droits. Les droits patrimoniaux du court-métrage sont cédés en 1970 par Daniel Edinger et Richard Copans à MK2 productions - sans en avertir les trois auteurs - pour sa diffusion en salle, en première partie du film Camarades de Marin Karmitz. Celui-ci, attribuant sans réserve la réalisation du film à Jacques Willemont, lui rétrocède ces droits en 1972. Donc, Jacques Willemont a été l'ayant droit patrimonial exclusif - le "producteur" - de Wonder pendant 53 ans, jusqu'à la date du 1er janvier 2025 où il les a cédés à la société 7 production pour que le film soit restauré avec le soutien du CNC.

Pour l'histoire, en avril 1978, alors que Willemont a pris l'initiative de rassembler plusieurs films de 68 pour les diffuser en salles au moment du 10ème anniversaire de l'événement, il a publié un numéro spécial de la revue Impact dont il est le directeur de publication. Son titre : Cinéma 68. Page 73, on peut lire : réalisation, Pierre Bonneau, Liane Estiez, Jacques Willemont..

Wonder est considéré comme le film phare sur les événements de mai 1968Sébastien Layerle, Caméras en lutte en Mai 68 - Par ailleurs le cinéma est une arme…, Nouveau monde éditions, 2008, , p. 51-53, 67-69, 258, 264-265, 419-422.Voir le film..

En , Jacques Rivette dira du film :

Le film Sauve qui peut Trotsky, n'a pu être terminé, les éléments de montage étant enlevés de la salle de montage dans la nuit du 14 au 15 juillet 68. Question : ce film a-t-il été empêché par l'OCI ? Pierre-William Glenn, membre de l'OCI, avait signalé quelques jours avant que l'organisation trotskiste ne voulait pas que le film soit diffusé. Pour quelle raison ? Était-il considéré par l'OCI comme "réactionnaire" ou comme plus "progressiste" ? Comment fait-on pour qualifier de telle manière simpliste un film ethnographique ? Parce que Sauve qui peut Trotski n'était finalement qu'un film ethnographique sans commentaire, comme Wonder en témoigne.

En 2005, Sébastien Layerle retrouve les négatifs aux Archives Royales de Belgique. Depuis, ils ont été rapatriés aux Archives Nationales françaises de Bois d'Arcy où ils sont conservésSébastien Layerle en a retrouvé des éléments en 2005 alors qu'il préparait une thèse sur le cinéma militant..

En , cinquante huit ans plus tard, un universitaire américain demande à Jacques Willemont de lui fournir des informations sur l'affaire Wonder dont l'empêchement de Sauve qui peut Trotski constitue une autodafé équivalente à celles pratiquées par tous les gouvernements totalitaires depuis plus deux siècles.

Postérité du film En 1971, le film est diffusé dans les salles en première partie du film Camarades de Marin Karmitz. A cette occasion, -ren 1996, le film Wonder servira de base au film Reprise d'Hervé Le Roux.

Quarante ans plus tard, Jacques Willemont réalise pour France 3, un documentaire intitulé L'autre mai, Nantes mai 68 destiné à montrer que

En 2018, un extrait de la fameuse scène est rejouée par des lycéens de l'option cinéma du lycée Romain-Rolland d'Ivry-sur-Seine dans le documentaire Nos défaites réalisé par Jean-Gabriel Périot, et sorti en 2019.

Carrière À partir de 1968, il mène des études en ethnologie à l'Université de Nanterre puis de Strasbourg. Un DEA (diplôme en études avancées) parachève ses recherches dans le domaine du cinéma ethnographique.

En 1972, il crée avec Liane Willemont, sa femme, une société de production garante de leur liberté.

En 1973, à Chicago, lors du Congrès international des sciences anthropologiques et ethnologiques tenu à Chicago, Jean Rouch lui « déclare la guerre » parce qu'il a affirmé à la tribune que