La Loi des suspects est votée le pendant la Terreur de la Révolution française. Elle marque un net affaiblissement du respect des libertés individuelles, voire une « paranoïa révolutionnaire » qui s'appuie sur une hantise des conspirations et des complots réels ou imaginaires..
Histoire
Contexte Par le décret du , les prêtres réfractaires étaient présumés suspects. Ceux-ci, ainsi que les parents d'émigrés, furent chassés, emprisonnés et parfois massacrés par les sans-culottes à partir de la journée du 10 août 1792, qui marque l'effondrement du pouvoir royal alors que le roi est suspendu par l'Assemblée législative. Après les capitulations de Mayence () et de Valenciennes (), la Convention renforce son régime d'exception, ainsi tous les étrangers sont déclarés en état d'arrestation. Le Tribunal criminel extraordinaire est doté de pouvoirs et de compétences accrus. Toulon se livre aux Anglais le . Lyon est en insurrection. Merlin de Douai propose un doublement du Tribunal révolutionnaire.
Dès le , après les décrets de Danton contre les ennemis du peuple, Billaud-Varenne propose à la Convention que l'on . C'est à cette occasion qu'est définie juridiquement la catégorie des suspects qui inclut non seulement les aristocrates et leurs familles, les prêtres réfractaires mais également les .
Législation vignette|An Incident in the French Revolution, huile sur toile de Walter William Ouless, vers 1870.
Cette « loi » est en fait un décret voté par la Convention nationale sur la proposition de Merlin de Douai et de Jean-Jacques-Régis de CambacérèsMerlin fit adopter la loi au nom du Comité de législation, présidé par Cambacérès. Voir la « chronologie de la vie de Merlin de Douai (1754-1838)», document de l'université Lille III, et les Souvenirs de la Marquise de Créquy, tome VIII, chapitre V..
Sont désignés suspects ceux .
Cette loi ordonnait l'arrestation de tous les ennemis avoués ou susceptibles de l'être de la Révolution (nobles, parents d'émigrés, fonctionnaires destitués, officiers suspects de trahison, et accapareurs). L'exécution de cette loi, dont le contenu fut encore durci en 1794, et les arrestations furent confiées aux comités de surveillance et non aux autorités légales. Les textes sur les suspects atteignent les émigrés et les prêtres insermentésEncyclopédie Larousse du , article « Terreur »..
Le , la Commune de Paris, en la personne de Chaumette, décrit les caractères permettant de distinguer les suspects dont la fameuse disposition : , souvent attribué à tort à la loi des suspectsCliotexte, recueil de textes sur la Révolution française dont la décision du 11 octobre 1793..
Le nombre de suspects sous la Terreur a été évalué par Donald Greer à , à partir d'études locales. C'est également lui qui évalue de 35 à le nombre de victimes, dont exécutés suivant les formes légales, les autres exécutions correspondant aux zones de guerre civile . Selon l'estimation d'Albert Mathiez, qui part du nombre de suspects à Paris — plus de à la veille de Thermidor, dont d'origine parisienne, il s'élève à . Jean-Clément Martin quant à lui estime que cette loi « va envoyer au bas mot 400 000 personnes en prison ». Pour Louis Jacob, les déclarations postérieures au 9-Thermidor, notamment les discussions à la Convention, permettent d'établir un total de suspects. Selon Jean Tulard, il y eut prisonniers et assignées en résidence surveilléeJean Tulard, Histoire et Dictionnaire de la Révolution française.. Jean-Louis Matharan, de son côté, considère que , d'autant que, d' à thermidor an II, , même si elles ont été bien moins nombreuses que les arrestations, et que les réclamations ont souvent abouti à une libération rapide ou à une durée de détention moindreJean-Louis Matharan, « Suspects », dans Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, PUF, 1989 (rééd. Quadrige, 2005, p. 1004-1008)..
La loi tombe en désuétude avec l'élargissement — entamé avant Thermidor — de nombreux suspects durant l'été 1794, et avec le remplacement des comités révolutionnaires des sections, chargés de l'exercice pratique de la répression, sous la direction du Comité de sûreté générale, par des comités de surveillance, au nombre d'un par district, le 7 fructidor ()Claude Mazauric, « Terreur », dans Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, PUF, 1989 (rééd. Quadrige, 2005, p. 1020-1025).. Elle est supprimée en , lors de l'installation du Directoire.
Extrait D’après l’article 8 : Les frais de garde seront à la charge des détenus, et seront répartis entre eux également : cette garde sera confiée de préférence aux pères de famille et aux parents des citoyens qui sont ou marcheront aux frontières. Le salaire en est fixé, par chaque homme de garde, à la valeur d'une journée et demie de travail.
Homonymie Il ne faut pas la confondre avec la loi de sûreté générale ou loi des suspects, adoptée sous Napoléon III en 1858 et qui permit de punir de prison toute tentative d'opposition et autorisa, entre autres, l'arrestation et la transportation (déportation sans jugement) d'un individu condamné pour délit politique depuis 1848.
Références
Bibliographie . . . . . . , .
Articles connexes Terreur (Révolution française) Tribunal révolutionnaire Loi sur la trahison de la patrie Loi de sûreté générale du Second Empire Loi des otages
Lien externe
Cliotexte, recueil de textes sur la Révolution française dont la décision du 11 octobre 1793
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