Les livres de Samuel forment une partie de la Bible. Ils racontent les événements survenus pendant une période de l'histoire de l'Israël antique allant de la naissance du prophète Samuel jusqu'à peu avant la mort du roi David, ce que la tradition situe au

En réalité, sur bases des faits évoqués, les deux livres de Samuel furent rédigés par plusieurs auteurs ou rédacteurs anonymes entre approximativement 1030 avant notre ère et le avant notre ère, couvrant donc les règnes de plusieurs générations de souverains.

À l'origine, il n'existe qu'un seul livre de Samuel, mais la traduction grecque de la Septante le divise en deux (Premier et Deuxième livre de Samuel) et le rattache au livre des Rois qui est également divisé en deux. Ces quatre livres deviennent un ensemble intitulé Règnes qui se retrouve encore dans les Bibles du christianisme orthodoxe. Ils retrouvent leur indépendance dans la version de la Vulgate, mais le livre de Samuel reste divisé en deux. Dans la tradition juive, les livres de Samuel appartiennent au groupe des Prophètes et viennent alors après le livre des Juges. Dans la tradition chrétienne, ils sont compris dans les livres historiques de l'Ancien Testament et suivent le livre de RuthLe livre de Ruth dans les Bibles chrétiennes s'intercale entre le livre des Juges et les livres de Samuel alors qu'il est classé dans les Ketouvim dans les Bibles juives..

Jusqu'au , la réalité des faits racontés n'est pas contestée : Samuel aurait raconté les événements survenus à partir de sa naissance ; puis, à sa mort, les prophètes Gad et Nathan auraient achevé ce récit historique. Mais à partir du , la recherche biblique interroge peu à peu les évidences théologiques jusqu'à ce que l'on aboutisse à une remise en cause complète de l'auteur, de la date d'écriture et de l'historicité du récit. Selon la théorie la plus couramment adoptée, il s'agit d'une compilation de plusieurs récits anciens repris par un ou des rédacteurs appelés « deutéronomistes ». Elle servirait à montrer que pour être agréée par Dieu, la monarchie doit suivre les lois édictées par celui-ci et inscrites dans le Deutéronome.

Comme ils posent la question du rapport entre le pouvoir de Dieu et celui du roi, les livres de Samuel ont été l'objet de nombreux travaux exégétiques — d'autant que dans ces livres apparaît le roi David qui, dans la théologie chrétienne, est un ancêtre de Jésus Christ. Ils ont été aussi l'objet d'adaptations musicales et théâtrales, surtout sous forme de mystères.

Titre En hébreu, les livres de Samuel sont appelés Shemouel (). À l'origine, les deux livres n'en forment qu'un. C'est lors de la traduction de la Septante que ce livre est rattaché au livre des Rois sous le titre générique de Règnes. Cet ensemble est divisé en quatre parties qui correspondent donc à Samuel 1 (Règnes 1), Samuel 2 (Règnes 2), Premier livre des Rois (Règnes 3) et Second livre des Rois (Règnes 4). Par la suite, dans le texte de la Vulgate, le livre de Samuel et le livre des Rois sont de nouveau séparés et reprennent leur titre original. Cependant, la division en deux livres persiste à cause de la longueur des rouleaux. En effet, comme le grec requiert davantage de place pour traduire un texte hébreu, la disposition sur deux rouleaux facilite la manutention du texte. Dans les Bibles juives, le livre de Samuel n'est pas divisé avant le sous l'influence des Bibles chrétiennes ; un siècle plus tard est imprimée la première Bible juive comportant deux livres de Samuel. L'Église orthodoxe, cependant, garde toujours comme texte de référence la version de la Septante et le regroupement en quatre livres Règnes continue à être utilisé.

Texte thumb|alt=miniature en couleur|Lucien d'Antioche dans le Ménologe de Basile II daté du (bibliothèque Vaticane). Le texte du livre de Samuel est connu dans deux versions principales, celle de la Septante, traduction grecque de la Bible datée du , et celle du texte massorétique écrite en hébreu au , qui présentent des différences notables. La découverte des manuscrits de la mer Morte a montré que ces deux versions étaient les héritières de deux traditions différentes et que la Septante n'était pas une traduction fautive du texte hébreu. Au contraire, le texte massorétique est difficile et comprend des erreurs qui ont été souvent corrigées grâce au texte de la Septante. Ainsi, en 1842, est édité l'ouvrage Die Bücher Samuelis, d'Otto Thenius, qui propose un texte inspiré du massorétique, mais qui l'adapte à chaque difficulté en utilisant la Septante. Il est le premier d'une longue lignée qui se poursuit jusqu'à la découverte des manuscrits de la mer Morte. En effet, plusieurs de ces manuscrits, qui datent du , présentent un texte proche de celui de la Septante, bien qu'ils soient incomplets. Dès lors, des chercheurs comme Frank Moore Cross supposent que le texte biblique n'était pas aussi fixe qu'il est maintenant, mais que des traditions différentes s'étaient imposées dans différentes parties de l'Empire romain. Après avoir été très critiqué, le texte massorétique retrouve des défenseurs qui cherchent à résoudre les difficultés du texte en partant de la linguistique.

La version même de la Septante n'est pas univoque et il en existe plusieurs éditions antiques. Ainsi, à la version kaigéLe terme de kaigé désigne une version grecque révisée de la Septante, produite entre le . Elle est ainsi nommée parce qu'elle traduit la conjonction gam ( = « aussi ») en hébreu par le mot kaigé ( = « au moins ») en grec. . s'oppose la version attribuée à Lucien d'Antioche, écrite aux alentours de l'an 300. Cette dernière prolonge le livre de Samuel en y ajoutant le premier et le deuxième chapitre (jusqu'au verset 11) du livre des Rois qui décrit la mort du roi David. Il semble que cette version, écrite pour une lecture publique lors du culte, reprenne une tradition bien plus ancienne, proche de celle trouvée dans les manuscrits de la mer Morte.

Récit thumb|alt=tableau représentant Samuel, Saül et David|Samuel entre Saül et David. École andalouse, vers 1500-1520. Bien que le Premier livre couvre à peu près la durée de la vie de Samuel, il s'intéresse également à l'histoire de Saül, et plus encore à celle de David ; leurs trois parcours s'entrecroisent à travers l'ensemble du Premier livre, qui montre la mise en place d'un système monarchique. Le Deuxième livre, en revanche, ne retient plus que l'histoire de David et évoque les gloires comme les vicissitudes de son règne. Grâce à l'usage d'un art narratif remarquable qui se retrouve à travers de nombreux genres littéraires différents, la complexité de figures comme celles de Saül et de David reflète la richesse des traditions bibliques sur ces deux grands rois fondateurs.

Premier livre de Samuel

Après avoir présenté Samuel, le dernier « juge » d'Israël, dans les chapitres 1 à 7, le texte s'intéresse à Saül et aux relations qu'il entretient avec Samuel, au cours des chapitres 8 à 15. C'est à ce moment du récit qu'est décrit le choix de Saül comme roi, malgré le désaveu de cette fonction par Yahvé, qui y voit un rejet de sa majesté divine au profit d'une royauté humaine. Les derniers chapitres montrent le déclin de Saül opposé à l'essor de David, et la mort héroïque du roi dont le récit achève le livre.

Deuxième livre de Samuel

Ce livre est consacré à David, qui est proclamé roi de Juda alors qu'au nord règne Abner, commandant des armées de Saül au nom d'Ishboshet, fils de Saül. Lorsque Ishboshet meurt, David devient roi de la totalité du pays, fait de Jérusalem sa capitale, vainc les Philistins et soumet la Transjordanie et la Syrie (chapitres 5 à 8). Les chapitres 9 à 20 font état des luttes que doit mener David, en particulier contre son fils Absalom ; sa succession par Salomon, l'un de ses autres fils, est annoncée. Les quatre derniers chapitres relatent divers épisodes de la vie du roi.

Plan Place dans les canons Dans la Bible juive, le livre de Samuel appartient au groupe des « Prophètes antérieurs » (Neviim Rishonim []), qui comprend aussi le livre de Josué, le livre des Juges et le livre des Rois. Dans la tradition chrétienne, les livres de Samuel appartiennent aux livres historiques (qui intercalent le livre de Ruth entre les Juges et Samuel) et sont suivis des livres des Rois.

Une partie de la critique bibliqueL'idée d'un Ennéateuque originel est notamment défendue par Hölscher, mais il s'agit d'une selon Römer. suppose que le livre de Samuel faisait, à l'origine, partie d'un vaste ensemble dénommé Ennéateuque, qui aurait compris les cinq livres du Pentateuque et les quatre livres des Prophètes antérieurs. Cependant, même si des indices montrent que des liens existent entre les neuf premiers livres de la Bible (récit unique partant de la création du monde à la prise de Jérusalem et quelques éléments qui se répondent d'un livre à l'autre), cette hypothèse tient difficilement. En effet, il n'a jamais été retrouvé de recueils de rouleaux comprenant tout cet ensemble, et trop de différences stylistiques existent pour laisser supposer une écriture unique.

Structure Le livre de Samuel est organisé autour d'une opposition forte entre deux parties disproportionnées. La première, qui va du début du Premier livre jusqu'au chapitre 15, présente Samuel, Saül et le début de la monarchie ; la seconde s'intéresse à David, de ses débuts à la cour de Saül jusqu'aux événements marquants de la fin de son règne, et se développe du chapitre 16 jusqu'à la fin du second livre (chapitre 24). Le Premier livre s'arrête à la mort de Saül et le Deuxième est consacré uniquement à David.

David Toshio Tsumura fait remarquer que des poèmes servent à structurer le récit. En effet à la chanson de Hannah, mère de Samuel, en répond celle de David ainsi que ses dernières paroles en et et entre les deux parties (règne de Saül dans le livre 1 et règne de David au livre 2) s'insère l'élégie de David pour Saül et Jonathan, qui par ailleurs répond aussi à la chanson de Hannah puisque dans les deux cas se retrouvent une narration suivie d'un poème.

À l'intérieur de ces grands ensembles, de plus petits regroupements sont visibles comme celui du récit de l'arche (qui pourrait être très ancien et même précéder les récits davidiques), ou encore celui de l'ascension de David (de à ). Nihan et Nocquet distinguent ainsi cinq qui ont subi un ou plusieurs travaux d'édition pour devenir un tout cohérent. Le récit se structure alors comme suit : L'histoire de Samuel puis celle de Saül issue de traditions sur Samuel et Saül dont les sources sont multiples, mais pour lesquelles il est certain que la représentation de Samuel comme seul prophète accrédité de Yahvé et comme dernier juge-sauveur est Cette partie plus particulièrement présente les débuts de Samuel, la fin du culte à Silo, le choix des Hébreux pour un roi qui s'avère être Saül et enfin le rejet de Saül par Yahvé. À l'intérieur de cet ensemble s'insère celui du capturée par les Philistins puis retournée en Israël pour être transférée à Jérusalem. Cette histoire a été divisée et sa fin est reportée en . Après cette partie arrive le De à qui légitime le roi et sa dynastie, et fut très certainement composé à la cour de Jérusalem à partir de traditions plus anciennes, au plus tôt à la fin du et probablement sous le règne de Josias. Dans cette partie David fait son apparition, tue le géant philistin Goliath et vit à la cour de Saül à . Pris en haine par Saül, David est obligé de fuir à . David forme une troupe de guerriers poursuivie par l'armée de Saül. David et ses hommes se réfugient chez les Philistins avant que ceux-ci s'arment contre les Hébreux. Saül meurt lors du combat à . David devient roi d'Israël et de Juda à .