Les ruines gallo-romaines de Champlieu sont situées sur le territoire de la commune d'Orrouy, dans le département de l'Oise et la région Hauts-de-France, France, à environ au sud de Compiègne. Elles ont été classées monument historique par liste de 1846 et sont la propriété du Conseil général de l'Oise depuis 2007.. Le site est traversé par l'une des chaussées Brunehaut.
Localisation
Le site archéologique de Champlieu est implanté non dans la vallée de l'Automne, mais sur le plateau à au nord du village actuel, en pleins champs, à une altitude de plus de . Il est situé à au sud de Compiègne, au nord de Crépy-en-Valois et à au nord-est de Senlis (distances orthodromiques)..
Le nom est emprunté à un hameau, localisé à au sud-ouest ; un peu plus près se trouve par ailleurs la ruine de la chapelle romane du prieuré de Champlieu, remontant au et classée également monument historique.. La lisière de la forêt de Compiègne s'approche de quelque des ruines gallo-romaines, au nord-est.
vignette|centre|400px|Plan de situation.
vignette|Vue générale du site depuis l'ouest.Le temple est à gauche de la chaussée, le théâtre est au centre, les termes (peu visibles sous les arbres) à droite. Les ruines correspondent à trois établissements bien distincts, mais très proches les uns des autres : un édifice de spectacle, des thermes et un temple, la chaussée Brunehaut de Senlis à Soissons, d'origine antique mais indatable., passe entre le temple au nord et les arènes au sud ; les thermes sont encore situés plus au sud.
Le terrain propriété du département est juste suffisamment grand pour laisser place à quelques arbres autour des vestiges. Une bonne protection nécessiterait l'acquisition d'une partie des terres agricoles autour, et serait également indispensable pour élargir le périmètre des fouilles. En effet, les fondations des habitations de la cité gallo-romaine sont enfouies sous les champs et sous les parcelles les plus proches de la forêt..
Historique des découvertes archéologiques Ancien Régime Le site longtemps connu sous l'appellation des TournellesCe toponyme s'applique aujourd'hui à un endroit dans la forêt de Compiègne, le carrefour des Tournelles, emplacement d'un sacellum du même nom ; cf. . est célèbre pour ses ruines antiques depuis une époque fort reculée, soit depuis au moins la fin du , comme en témoigne par exemple lHistoire de la maison royale de Valois de Nicolas Bergeron, parue en 1583. et d'autres récits de la même époque. Les auteurs se contentent encore de relater leurs constats, ne donnent pas de descriptions précises et ne se rendent pas compte du caractère et de la finalité des bâtiments dont ils contemplent les restes. Ils évoquent le plus souvent un bâtiment considérable ou une habitation en ruine, mais les plus avertis font déjà le rapprochement avec la Rome antique et perçoivent des arènes. L'abbé Claude Carlier, historien du Valois du , est le premier à entreprendre de sommaires recherches archéologiques, et il dégage quelques chapiteaux romains en 1748.. Dans son Histoire du duché de Valois, il consacre cinq pages à Champlieu et déplore que depuis le milieu du règne de Louis XIV, l'on aurait démoli et enlevé beaucoup de débris et défriché aux trois quarts le site pour le rendre à l'agriculture.. En l'occurrence, les ruines des habitations subsistaient encore ensevelies sous la végétation jusqu'en 1680 environ, et ont été réduites à des vestiges archéologiques du sous-sol depuis.
Environ quatre-vingts ans après l'abbé Carlier, entre 1820 et 1826, M. Georgette du Buisson, ancien employé de l'administration forestière, entreprend des fouilles superficielles à titre privé. Depuis le tertre recouvert d'un épais gazon au nord de la chaussée Brunehaut (en fait le temple), il met au jour de nombreux objets éloquents, comme des chapiteaux doriques, des fûts cannelés, des meules de grès, une tombe à couvercle ornée de feuilles sculptées, contenant de petits lacrymatoires et des médailles en bronze de Dioclétien. Dans les environs, il découvre des armures en fer et des poteries en terre rouge d'une grande finesse d'exécution. Les arènes semblent moins attirer la curiosité, car leur physionomie en fer à cheval apparaît clairement et indique la finalité de l'édifice aux savants de la première moitié du . Sans grande connaissance des lieux., le site archéologique est classé monument historique par liste de 1846. C'est vraisemblablement le vicomte Louis-Étienne Héricart de Thury qui attire l'attention sur lui, ayant identifié un camp militaire romain d'une grande envergure dans les abords et situé ses limites. Ce lieu était connu comme le champ des ouies.. De nouvelles fouilles sont entreprises pendant le mois de mars de 1850 à l'initiative du propriétaire terrien Edmond de Seroux, qui veut ainsi donner du travail aux ouvriers pauvres du hameau de Champlieu et convertir à l'usage agricole un terrain sans utilité pour lui. Une nouvelle fois, des objets intéressants sont exhumés, dont un grand nombre de bas-reliefs, des chapiteaux et des fûts de colonnes. Le baron de Seroux informe l'État de ses découvertes. Pendant le mois suivant, la première campagne de fouilles sérieuse est organisée et se concentre une nouvelle fois sur le temple. Les premières conclusions sur sa structure sont tirées, et il apparaît que les pierres en calcaire dur proviennent des carrières de SenlisLes produits de ces fouilles sont déposés depuis au château de la Motte, propriété de M. de Seroux, sur la commune voisine de Béthisy-Saint-Martin ; cf. ..
Les publications de Caillette de L'Hervilliers dans la revue archéologique font connaître davantage le site et son intérêt, et l'État procède à des expropriations entre 1857 et 1859 afin de permettre son exploration complète. Le Ministère d'État et la maison de l'empereur Napoléon III ordonnent des fouilles plus exhaustives et en chargent la commission des Monuments historiques. Cette dernière confie la direction à Eugène Viollet-le-Duc, qui s'occupe en même temps du chantier de reconstruction du château de Pierrefonds tout proche. Le temple et le « fer à cheval » du théâtre sont entièrement dégagés. Des plans assez fidèles sont dressés, mais ne seront pas publiés. Les thermes restent encore à l'ombre et ne sont pas identifiés comme tels. Viollet-le-Duc date le théâtre du et suppose une destruction deux siècles plus tard, mais développe aussi l'hypothèse d'une restauration ultérieure par les Mérovingiens, sous le roi Chilpéric. Malgré l'autorité que Viollet-le-Duc a sur la recherche archéologique dans le domaine de l'architecture, un vif débat s'engage entre savants, et Achille Péigné-Delacourt notamment défend l'idée d'un monument purement romain. Il fait imprimer successivement trois brochures pour exposer ses points de vue, entre 1858 et 1860, mais les résultats complets des fouilles ne seront publiés que cinquante ans plus tard. En 1862, Albert de Roucy explore le petit sacellum près du carrefour des Tournelles dans la forêt de Compiègne, et les thermes sont finalement dégagés et fouillés sous sa direction jusqu'en 1868, également sans publication des résultatsPour un aperçu de ce débat, cf. ; pour les brochures de Péigné-Delacourt, voir la bibliographie...
En 1912, l'ancien inspecteur du château de Compiègne en retraite, Victor Cauchemé, publie le quatrième volume d'une série de quatre brochures consacrées aux découvertes archéologiques dans la forêt de Compiègne, éditées par la Société historique de Compiègne. Ce quatrième volume est en grande partie consacré à Champlieu et aux Tournelles, et contient un nombre important d'illustrations de qualité, reproduisant les objets les plus représentatifs parmi le mobilier des fouilles.. C'est dans son ensemble la publication la plus exhaustive sur Champlieu, sauf pour les sculptures, traitées par E. Esperandieu dans le tome V de son Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine paru en 1913. Suivent ensuite des publications très espacées par de différents auteurs, traitant d'aspects particuliers ou reprenant en partie les ouvrages antérieurs. Plus aucune découverte archéologique d'envergure ne sera réalisée jusqu'en 1977, ni par ailleurs de campagne de fouilles dans le périmètre du temple, du théâtre et des thermes. Seule exception, une fouille par tranchées successives de la palestre du théâtre menée par l'architecte H. Bernard en 1920, n'ayant pas donné le moindre résultat tangible. De petites découvertes sont par contre faites dans les environs, portant par exemple sur quatre bornes milliaires.
De 1977 à 1981 enfin, une grande campagne de fouilles selon les règles de l'archéologie moderne est enfin mise en œuvre grâce à la participation de nombreux fouilleurs, tous bénévoles. Les motivations sont multiples : Les explorations du se limitaient à l'observation des structures appareillées et à l'analyse du mobilier, et beaucoup d'autres sanctuaires gallo-romains venaient d'être examinés dans la région, ce qui donnait tout son intérêt à une analyse d'ensemble ; or, les incohérences dans les observations anciennes l'empêchaient. Elles sont particulièrement frappantes en ce qui concerne le temple, dont les structures avaient été mal interprétées, ayant comme résultat des dimensions atypiques des différents éléments. Les fouilles de 1977-1981 se limitent donc au temple, et de simples sondages de stratigraphie sont effectués au théâtre et dans les thermes, ne posant pas d'énigmes particulières. La direction est assurée d'abord par Jean-Louis Cadoux, directeur des Antiquités historiques de Picardie, et est confiée ensuite à Georges-Pierre Woimant, conservateur départemental du patrimoine archéologique. Marc Durand participe comme conseiller scientifique. Il s'avère par la suite que le temple du est déjà le troisième sanctuaire au même emplacement, ayant succédé à un premier temple romain plus petit, ayant lui-même remplacé un temple pré-romain construit avec l'aide de poteaux en bois, et indiqué par des objets rituels en usage à l'époque pré-romaine..
Le gardiennage du site financé par la Caisse nationale des monuments historiques est abandonné en 1981. Avec la commercialisation banalisée des détecteurs de métaux, Champlieu devient l'un des sites archéologiques les plus pillés en France. Le seul remède que l'on ait trouvé est une surveillance active par la Gendarmerie nationale, depuis le milieu des années 1980..
Interprétation des découvertes Un camp militaire romain Au , la datation de Champlieu du , puis du ne s'appuie pas encore sur des analyses réellement scientifiques, mais davantage sur l'impression que donnent les vestiges aux savants essayant de tenir des conclusions provisoires des rares éléments tangibles dont ils disposent à l'époque.
L'interprétation est en même temps influencée par la toponymie des lieux, incitant à faire le rapprochement avec un camp militaire (champ étant déduit de camp), interprétation remontant par ailleurs à l'abbé Carlier et recopiée depuis. Quant aux tours suggérées par le nom du lieu-dit Les Tournelles, le fond de vérité derrière une tradition locale orale évoquant l'existence de cinq tours autour ce camp, rapportée par Carlier, est assez tôt mis en doute. Carlier lui-même, en étudiant des chartes anciennes, tombe sur un Robert des Tournelles ayant possédé un fief à Bonneuil-en-Valois (commune voisine d'Orrouy) en 1218. Le temple est identifié comme tel uniquement sur la base du podium entourée d'une assise entourée par un caniveau, et précédée par un escalier à l'est. Les trois édifices réunis sur le site sont considérés comme datant de la même époque historique du fait qu'ils sont reliés par des murs d'enceinte..
Un vicus