Martin Dumollard, né le à Tramoyes dans l'Ain et mort guillotiné le à Montluel également dans l'Ain, est un journalier français connu pour avoir agressé et assassiné des domestiques lyonnaises.
Les futures victimes sont abordées à Lyon par Dumollard qui leur propose une place attrayante en Côtière de l'Ain. Convaincues, elles finissent par le suivre et, durant leurs pérégrinations à pied, Dumollard les agresse. La totalité des douze agressions ou tentatives d'agression connues se produisent à la fin des années 1850 et au début des années 1860 jusqu'à celle de Marie Pichon le . Il est alors rapidement arrêté, ainsi que sa femme et complice Marie-Anne Martinet, qui fait recel des effets personnels des domestiques pour son utilisation propre ou pour la revente. Leur procès se déroule du au : Martin Dumollard est condamné à mort et son épouse à vingt ans de travaux forcés. Cette affaire, qui précède d'une trentaine d'années celle de Joseph Vacher, a eu un grand retentissement en France, où elle sera considérée comme étant la première affaire de tueur en série dans ce pays. Dumollard est notamment évoqué dans Les Misérables de Victor Hugo.
Biographie Enfance et jeunesse
Martin Dumollard est le fils de Marie-Josephte Rey et de Pierre Dumollard. Ce dernier, originaire de la ville de Pest en Hongrie, arrive en France à Salins où il rencontre Marie-Josephte Rey, qui est originaire de la région. Le couple s'installe entre Dagneux et Tramoyes, où Martin Dumollard naît en 1810. Il est baptisé à Mionnay car Tramoyes ne constitue pas encore une paroisse à cette époque.. En 1813, les Dumollard ont un second enfant prénommé Raymond, qui meurt en bas âge.. Martin Dumollard est surnommé par la suite « Raymond » par les villageois de Dagneux..
Selon certains auteurs, le nom de famille « Dumollard » serait une francisation du nom hongrois du père de Martin Dumollard : « Demola ».. À ce propos, certaines sources relient parfois à tort le nom de « Dumollard » au lieu-dit de Dagneux nommé « Le Molard ».. Lors de son procès, Martin Dumollard raconte ainsi le supposé funeste destin de son père : il aurait fui la Hongrie à cause d'un passé criminel là-bas. Quand les armées austro-hongroises arrivèrent dans l'Ain en 1814, Pierre Dumollard craignit d'être reconnu et s'enfuit vers Padoue. Des troupes austro-hongroises étant également présentes à Padoue, il fut reconnu par des soldats hongrois comme étant un criminel recherché, arrêté puis exécuté par écartèlement. Martin Dumollard, âgé de quatre ans, et sa mère Marie-Josephte y auraient assisté.
Marie-Josephte Rey meurt le à Dagneux dans la pauvreté, alors que son fils s'est réfugié à Lyon à la suite de larcins.. Martin Dumollard commence à travailler comme berger dès l'âge de huit ans. Il est domestique au service de Guichard, propriétaire du château de Sure à Saint-André-de-Corcy., où il rencontre Marie-Anne Martinet, avec laquelle il se marie bien plus tard, le .. Après leur mariage, les jeunes époux s'établissent dans le village du Montellier, dans la région de la Côtière, puis à Dagneux.
Parcours criminel connu
Son mode opératoire consiste à aborder des jeunes filles, en particulier à Lyon, et à se faire passer pour un employé de maître à la recherche d'une nouvelle domestique. Dumollard offre des émoluments importants pour ce type de poste et entraîne alors la jeune fille, qui a rassemblé prestement quelques affaires, dans la région rurale de la Côtière de l'Ain. Quelques-unes de ces jeunes filles comptent parmi ses victimes entre 1855 et 1861. L'enquête conduite par le juge Genod de Trévoux ne retiendra finalement que douze agressions (dont trois assassinats), projets d'agressions et vols avec ruse. Les agressions sont extrêmement violentes, comme en témoigne celle de Marie-Eulalie Bussod, le ., qui après avoir été dépouillée de ses vêtements, est blessée à la tête et violée avant d'être enterrée vivante..
Les douze victimes d'agressions, de projets d'agression ou de vols par ruse retenues sont : Marie Baday (assassinat), fin ; Olympe Alubert, ; Josephte Charletty, ; Jeanne-Marie Bourgeois, ; Victorine Perrin, ; l'inconnue du bois de Montmain (assassinat), novembre ou ; Julie Fargeat, ; l'inconnue du moulin de Sainte-Croix, ; la fille de l'auberge Laborde (assassinat probable), ; Louise Michel, ; Marie-Eulalie Bussod (assassinat), 25 ou ; Marie Pichon (tentative d'assassinat), .
L'absence de faits démontrés de 1855 à 1859 est par ailleurs examinée. Dumollard cite notamment une jeune fille accompagnée du côté de Vénissieux en 1856 ou 1857, avant de se rétracter. Le corps d'une jeune fille est effectivement retrouvé dans ce voisinage, qui devient le lieu-dit de « La femme morte »Un virage du boulevard périphérique de Lyon situé à proximité se nomme le « virage de la femme morte ».. Certaines affabulations de Dumollard mettent en scène des complices qui auraient tué du côté de Neyron. Enfin, seule une minorité des retrouvés chez Dumollard sont liés aux douze affaires précitées.
Marie Baday vignette|gauche|Photographie du corps de Marie Baday par Bernabé en 1855, exposé sur le parvis de l'église de Tramoyes.|alt=Photographie du corps de Marie Baday par Bernabé en 1855, exposé sur le parvis de l'église de Tramoyes.
Le premier crime à l'origine de ce que l'opinion publique identifie comme les agressions et les assassinats de jeunes filles en Côtière a lieu fin février 1855.. Il s'agit de l'assassinat de Marie Baday, dont le corps est découvert par des chasseurs, en forêt de Montaverne, à Tramoyes.. Son identification va prendre plusieurs mois. Pour la faciliter, le juge d'instruction Genod demande au photographe lyonnais de renom, Camille Bernabé, de venir prendre des clichés de la victime.. Après l'avoir d'abord identifié à tort comme étant Marceline Ganelli., le corps est associé au nom de Marie Baday, notamment grâce aux vérifications effectuées auprès de sa famille.. Sa dernière patronne, Madeleine Aussandon, précise que le jour de sa disparition, elle a quitté la place qu'elle occupait auprès d'elle, en arguant une offre pour une nouvelle place payée à plus de 200 francs annuellement.
Un premier suspect dénommé Jacques Verger est arrêté. : il reste trois mois en prison avant d'être disculpé. Un second suspect du nom de Martin Mauriat est inquiété, mais il était en prison lors de l'assassinat de Marie Baday.
Olympe Alubert vignette|redresse|Martin Dumollard.|alt=Photographie de Martin Dumollard.
Le juge Genod a reçu le signalement du cas d'une jeune fille qui semble avoir été agressée en avant de trouver refuge chez la famille Barbet, à la ferme des Ragesses à Mionnay.. Par la suite, l'enquête permet d'identifier puis de recueillir le témoignage de la jeune fille agressée, nommée Olympe Alubert. Genod obtient ainsi des précisions sur le modus operandi de l'agresseur. Dumollard a abordé Olympe le place de la Guillotière à Lyon et lui a proposé une place de bonne très bien rémunérée . Le dimanche suivant, il est venu la chercher avant de la conduire dans la région de Mionnay et de l'agresser ; elle est parvenue à s'échapper. Dans son témoignage, Olympe Alubert donne plusieurs éléments relatifs à celui qui n'est pas encore identifié comme étant Dumollard :
Josephte Charletty
Josephte Charletty, originaire de Saint-Félix et domestique à Vernaison, témoigne qu'en un homme, qui n'est autre que Dumollard, l'aborde à Lyon et lui propose une place intéressante en Côtière. Rendez-vous est alors pris le pour se rendre chez ce nouveau patron. Ils quittent Lyon, se rendent à pied sur le plateau de La Croix-Rousse puis continuent leur chemin par le fort de Montessuy. Les questions répétées que Dumollard adresse à la femme au sujet de l'éventuel pécule qu'elle aurait emporté avec elle la rendent méfiante. En chemin, elle prend l'initiative de demander le gîte pour la nuit dans une ferme, puis se met d'accord avec Dumollard pour un rendez-vous le lendemain, rendez-vous qu'il n'honore pas. Elle retourne à Lyon., où elle ne dépose pas plainte.
Jeanne-Marie Bourgeois vignette|Domaine de Polletins (en 2013) où Jeanne-Marie Bourgeois trouva secours le 31 octobre 1855 au soir.|alt=Photographie du domaine de Polletins en 2013.
Dumollard utilise à nouveau le même mode opératoire le .. Il aborde à Lyon Jeanne-Marie Bourgeois alors âgée de et originaire de La Chapelle-Thècle. Il lui propose une place grassement payée aux environs de Trévoux. La jeune femme se laisse convaincre et ils prennent la route à pied dès le lendemain . De plus en plus méfiante et inquiète au cours du trajet, elle quitte la compagnie de Dumollard en courant vers la première ferme aperçue. Elle se retrouve au domaine de Polletins, situé à proximité immédiate de l'ancienne chartreuse de Poleteins à Mionnay. Le fermier qui la recueille, Benoît Berthelier, fait immédiatement le lien avec le meurtre de Marie Baday, découverte dans la forêt de Montaverne en février de la même année. En , Bourgeois est interrogée par le juge Genod dans le cadre de l'« affaire Marie Baday ». À cette époque, Jacques Verger est incarcéré ; Genod organise donc une confrontation. Le témoignage de la femme contribue à le disculper car elle ne reconnaît absolument pas l'individu.
Victorine Perrin
En , Dumollard parvient à persuader Victorine Perrin (22 ans, originaire de Lons-le-Saunier) de le suivre en Côtière, à nouveau avec la promesse d'une bonne place. Il parvient également à la convaincre d'emporter ses affaires les plus précieuses dans une petite malle qu'il lui propose de porter.. Ils partent en direction de Montluel en passant par La Croix-Rousse puis Rillieux. Aux environs de Neyron, Dumollard s'enfuit en lui volant ses affaires. Victorine Perrin est alors recueillie par des habitants de Neyron.
L'inconnue du bois de Montmain
L'affaire de l'inconnue du bois de MontmainLe bois de Montmain s'étendait sur , à 3 kilomètres au nord de Dagneux. (un lieu-dit de Dagneux) n'est connue qu'après l'arrestation de Dumollard et de son épouse.. Le , le juge Genod demande à entendre Marie-Anne Martinet. Au cours de l'interrogatoire, elle raconte que son mari a tué une jeune fille quatre ans auparavant, au bois de Montmain. Un soir, il revient avec quelques effets de la victime, dont des boucles d'oreilles en or. Il ressort aussitôt pour aller l'enterrer. Le lendemain, il va à la gare de Montluel pour prendre la malle de la victime qui y est entreposée. Le , Genod, Guillot (le greffier), messieurs de Piellard (procureur impérial) et Raspail (commandant de gendarmerie de l'arrondissement) accompagnent les époux menottés au bois de Montmain. Après quelques recherches, le corps de la jeune fille est découvert. Dumollard, impassible, nie les faits, malgré les injonctions de son épouse.
Julie Fargeat
Dumollard aborde Julie Fargeat le , rue de la Charité à Lyon.. Celle-ci, originaire de Thizy, vient de perdre sa place de bonne pour cause de grossesse. Elle se laisse convaincre d'accepter l'emploi dans les environs de Saint-André-de-Corcy que Dumollard lui fait miroiter et le suit dès le lendemain en direction de Saint-André-de-Corcy. À la nuit tombée, Dumollard l'agresse, lui arrachant son tablier contenant ses économies. Elle crie alors si fort que Dumollard prend la fuite ; ses cris attirent deux villageois de Saint-André-de-Corcy, Simon Mallet et son fils Louis. Le , elle dépose une déclaration auprès des gendarmes de Saint-André-de-Corcy. N'ayant aucun document pour justifier de son identité (ils se trouvaient dans le tablier volé), elle ne rencontre que le scepticisme et est inculpée de vagabondage.
L'inconnue du moulin de Sainte-Croix