L'Aigle ravisseur (Aquila rapax) est une espèce de rapaces diurnes de la famille des Accipitridae. Ses pattes largement garnies de plumes le désignent comme membre de la sous-famille des Aquilinae ou « aigles bottés » Helbig, A. J., Kocum, A., Seibold, I., & Braun, M. J. (2005). A multi-gene phylogeny of aquiline eagles (Aves: Accipitriformes) reveals extensive paraphyly at the genus level. Molecular phylogenetics and evolution, 35(1), 147-164.. L'aigle ravisseur a une distribution géographique large mais discontinue ; il se reproduit en Afrique et en Asie tropicale où il privilégie les habitats ouverts et secs tels que : désert, semi-désert, steppes et savane. Malgré cette préférence pour les zones arides, l'espèce se retrouve rarement dans les territoires entièrement dépourvus d'arbres Hustler, K., & Howells, W. W. (1989). Habitat preference, breeding success and the effect of primary productivity on Tawny Eagles Aquila rapax in the tropics. Ibis, 131(1), 33-40.. L'aigle ravisseur est sédentaire et pond de un à trois œufs dans un nid de brindilles situé généralement à la cime d'un arbre. C'est probablement le plus opportuniste de tout son groupe taxonomique, ayant souvent recours à la consommation de charognes ou au cleptoparasitisme d'autres espèces carnivores (d'où son nom de « ravisseur »), mais c'est aussi un prédateur très actif qui choisit souvent des proies relativement grandes et diverses.. On estime que cet aigle peut vivre jusqu'à ; cependant, on observe un déclin rapide de l'espèce à de nombreux endroits de sa zone de distribution. Les raisons sont nombreuses, particulièrement la perte de son habitat due à l'abattage d'arbres, au réchauffement climatique, ainsi que les persécutions humaines, notamment par empoisonnement, et plus généralement la présence humaine, notamment les collisions avec des structures artificielles ; pour toutes ces raisons, l'aigle ravisseur est peut-être en danger d'extinction Ogada, D. L. (2014). The power of poison: pesticide poisoning of Africa’s wildlife. Annals of the New York Academy of Sciences, 1322(1), 1-20..
Taxonomie vignette|gauche|Aigle ravisseur au nord du Bénin. L'aigle ravisseur est de taille moyenne, avec un cou assez long, des pattes bien garnies de plumes et un large bec. Le naturaliste hollandais Coenraad Jacob Temminck a décrit l'aigle ravisseur en 1828 d'après un spécimen-type indien Temminck, C. J. (1828). Blik op de dierlijke bewoners van de Sunda-eilanden en van de overige Nederlandsche bezittingen in Indië. Bijdr. nat. Wetensch, 3, 64-78.. Le nom vernaculaire de l'espèce est « aigle ravisseur » en français, et « » (aigle fauve) en anglais ; le nom latin, , désigne l'aigle, et signifie « attraper » et est également à l'origine du mot « rapace ». L'aigle ravisseur appartient à la sous-famille des Aquilinae ou « aigles bottés » ; cette sous-famille est monophylétique, et l'étude de leurs caryotypes indique qu'ils ont peu de liens avec le reste de la famille des Accipitridae Li, Q., Lin, J., Li, S., Wang, Y., Li, W., & Zeng, Y. (2000). Studies on the evolution of mitochondrial DNA in 11 species of Accipitridae. Dong wu xue bao.[Acta zoologica Sinica], 46(2), 209-220. De Boer, L. E. M., & Sinoo, R. P. (1984). A karyological study of Accipitridae (Aves: Falconiformes), with karyotypic descriptions of 16 species new to cytology. Genetica, 65(1), 89-107.. La sous-famille des Aquilinae se distingue par des plumes couvrant leurs pattes, et elle se retrouve sur tous les continents où les Accipitridae existent.
Le genre Aquila est traditionnellement défini comme celui des aigles au plumage sombre, de taille moyenne à grande, aux longues ailes et vivant dans des zones ouvertes Väli, Ü. (2002). Mitochondrial pseudo‐control region in old world eagles (genus Aquila). Molecular Ecology, 11(10), 2189-2194. ; cependant, des études génétiques ont conduit à des reclassifications. Des aigles plus petits, plus pâles et vivant dans des milieux forestiers ont été reclassés dans le genre Aquila, le genre Clanga a été séparé et certains petits aigles ont été reclassés dans le genre Hieraaetus. Ces études ont également révélé un écart entre des aigles apparemment similaires : d'un côté l'aigle ravisseur et ses espèces proches, de l'autre le complexe d'espèces de l'aigle royal (Aquila chrysateos). De nos jours, le complexe d'espèces de l'aigle ravisseur et celui de l'aigle royal sont encore classés dans le même genre, bien qu'il ne semble pas y avoir de lien proche entre eux Lerner, H. R., & Mindell, D. P. (2005). Phylogeny of eagles, Old World vultures, and other Accipitridae based on nuclear and mitochondrial DNA. Molecular phylogenetics and evolution, 37(2), 327-346..
On a d'abord considéré que l'aigle ravisseur et l'aigle des steppes (Aquila nipalensis) étaient la même espèce Stresemann, E., & Amadon, D. (1979). Order Falconiformes. Check-list of birds of the world, 1, 271-425., jusqu'en 1991 Howard, R., & Moore, A. (1991). A complete checklist of the birds of the world (No. Ed. 2). Academic Press Ltd... Les deux espèces ont ensuite été séparées sur la base de différences notables dans leur anatomie et leur morphologie. L'aigle des steppes est plus grand, l'intérieur de son bec est plus visible, et son apparence diffère par une charpente plus trapue, de plus grandes ailes et des différences de coloration à tous les stades du développement, même si certaines variantes des deux espèces présentent des ressemblances Amadon, D., & Short, L. L. (1976). Treatment of subspecies approaching species status. Systematic Zoology, 25(2), 161-167. Brooke, R. K., Grobler, J. H, Irwin, M. P. S., & Steyn, P. (1972). A study of the migratory eagles Aquila nipalensis and A. pomarina (Aves:Accipitridae) in Southern Africa, with comparative notes on other large raptors. Occ. Papers of the Nat. Mus. of Rhodesia B5(2): 61–114.. De plus, les deux espèces diffèrent du point de vue écologique, n'ayant pas le même régime alimentaire ni les mêmes habitudes de nidification, et sont allopatriques dans leurs aires de répartition. Deux études moléculaires basées sur un petit nombre de gènes indiquent que les deux espèces sont différentes, mais ne sont pas d'accord sur leur proximité génétique Global Raptors White, C. M., Olson, P. D., & Kiff, L. F. (1994). Family Falconidae (hawks and eagles). Handbook of the birds of the world, 2: 52-214.. Génétiquement, l'aigle ravisseur pourrait être plus proche du complexe d'espèces de l'aigle impérial, même si l'aigle des steppes est sympatrique avec ces derniers.
Sous-espèces vignette|La sous-espèce A. r. vindhiana plus sombre se retrouve en Inde et en Asie du Sud. D'après la classification de référence (version 14.1, 2024) de l'Union internationale des ornithologues, l'Aigle ravisseur possède 3 sous-espèces.
Le classement de ces sous-espèces est compliqué par l'existence de variations et de formes différentes, et il a été d'abord considéré comme provisoire. Cependant, chaque sous-espèce est largement allopatrique par rapport aux autres, les seules ambiguïtés se trouvant au nord-est de l'Afrique, où deux sous-espèces peuvent cohabiter Kemp, A.C. and G. M. Kirwan (2020). Tawny Eagle (Aquila rapax), version 1.0. In Birds of the World (J. del Hoyo, A. Elliott, J. Sargatal, D. A. Christie, and E. de Juana, Editors). Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, NY, USA.. Aquila rapax rapax (Temminck, 1828) : du sud du Kenya à l'Afrique du Sud en passant par le Congo. Cependant, cette sous-espèce peut se trouver jusqu'en Éthiopie (et interagir avec la sous-espèce A. r. belisarius qui habite aussi l'Afrique du Nord) Ash, C. P., & Atkins, J. D. (2009). Birds of Ethiopia and Eritrea: an atlas of distribution. A&C Black.. Les adultes de cette sous-espèce sont plus roux et ont parfois des striures sombres sur le ventre. Les juvéniles sont d'un roux plus clair. La mesure de l'aile pliée de cette sous-espèce est de à pour les mâles, et entre et pour les femelles. Dans deux échantillons de cette sous-espèce, les mesures moyennes de l'aile pliée étaient de et pour les mâles, de et pour les femelles Musindo, P. T. (2012). Morphological variation in bills and claws in relation to Prey type in Southern African Birds of Prey (Orders Falconiformes and Strigiformes).. Pour les deux sexes, la longueur de la queue varie entre et , et la longueur des tarses entre et . Dans un échantillon de 36 aigles, la masse était comprise entre et . Aquila rapax belisarius (Levaillant, J, 1850) : du Maroc, l'Algérie et le sud de la Mauritanie à l'Éthiopie et le sud-ouest de la péninsule Arabique à la RDC, l'Ouganda et le Kenya Clouet, M., Barrau, C., & Goar, J. L. (2000). The diurnal Afro-alpine raptor community of the Ethiopian Balé Highlands. Ostrich, 71(3-4), 380-384.. Cette sous-espèce est décrite comme ayant l'air plus « nette » que la sous-espèce principale, probablement parce qu'à cause de son habitat plus désertique, elle a un plumage plus compact Cook, W. E. (2012). Avian desert predators. Springer Science & Business Media.. Comparée à la sous-espèce principale, cette sous-espèce est souvent plus brune et plus terne, avec des nuances moins rousses. Les formes pâles d'A. r. belisarius sont souvent un peu plus sombres que les formes pâles de la sous-espèce principale, mais pas toujours. Bien qu'on la dise un peu plus grande, les mesures montrent que cette sous-espèce a des mensurations comparables à celles de la sous-espèce principale. Pour les mâles, la mesure de l'aile pliée varie entre et , et pour les femelles entre et . La mesure moyenne de l'aile pliée est de pour les mâles et de pour les femelles, ce qui montre que le dimorphisme sexuel n'est pas très prononcé chez cette sous-espèce. Un mâle a été pesé à , trois femelles entre et . Aquila rapax vindhiana (Franklin, 1831) : Asie à l'exclusion de la péninsule arabique, particulièrement l'Iran et le sous-continent indien. Il y a cependant des ambiguïtés sur la distribution de cette sous-espèce et de A. r. belisarius, notamment au Moyen-Orient Al-Sheikhly, O. F., & Al-Azawi, A. J. (2019). The Diurnal Birds of Prey (Raptors) in the Mesopotamian Marshes of Southern Iraq with notes on their Conservation Status. Bulletin of the Iraq Natural History Museum , 15(4), 381-402. Crochet, P. A., Raty, L., De Smet, G., Anderson, B., Barthel, P. H., Collinson, J. M., Dubois P.J., Helbig, A.J., Jiguet, F., Jirle, E., Knox, A.G., Le Maréchal, P., Parkin, D.T., Pons, J.-M., Roselaar C.S.,Svensson, L., van Loon, A.J., & Yésou P. (2010). AERC TAC’s taxonomic recommendations. July 2010. Disponible sur: http://www. aerc. eu/tac. html.. Il est parfois suggéré que cette sous-espèce pourrait être une espèce à part entière. Cette sous-espèce est plus sombre que les deux autres et généralement moins rousse ; sa coloration est très similaire à celle de l'aigle des steppes. Les iris d'A. r. vindhiana sont parfois bruns, ce qui est également le cas chez l'aigle des steppes. La forme pâle de cette sous-espèce est plus grise et moins rousse que les formes pâles des sous-espèces africaines, mais les juvéniles et les immatures sont souvent roux. Cela pourrait être la plus petite des trois sous-espèces, mais il y a peu de différences au sein de l'espèce. La mesure de l'aile pliée varie entre et chez les mâles, et entre et chez les femelles. Chez les mâles, la mesure moyenne de l'aile pliée est de , et de chez les femelles. La longueur de la queue des mâles vraie entre et , et celle des femelles entre et . La longueur des tarses des mâles varie entre et , celle des femelles entre et . Des adultes au sexe non déterminé ont été pesés entre et en Inde.
Description thumb|left|upright=0.9|Aigle ravisseur dans le Parc national du Serengeti, Tanzanie.