Singet dem Herrn ein neues Lied (Chantez au Seigneur un chant nouveau, BWV 225) est un grand motet d'anniversaire de Jean-Sébastien Bach. Il a été créé à Leipzig le , et se fonde sur le psaume 149:1–3 pour son premier mouvement, un hymne de Johann Gramann (1548) pour le second mouvement et le psaume 150:2 et 6 pour le troisième mouvement. Le texte détermine la structure de l'œuvre.

Ce motet, le plus célèbre des Motets de Jean-Sébastien Bach, est une des œuvres pour chœur les plus complexes et techniquement difficiles, composées par le musicienChap 12. . John Eliot Gardiner estime qu'il .

Wolfgang Amadeus Mozart, lors de son passage à Leipzig en fut très fortement impressionné à l'écoute de ce motet. Friedrich Rochlitz relateFriedrich Rochlitz, Allgemeine musikalische Zeitung 1799, Vol. 1, col. 117; BD III, NBR, . : . Mozart ne voulut pas partir avant d'avoir pu examiner les partitions à la bibliothèque (dont il conserve copie), à genoux, étalant les différentes parties à terre et sur les chaises autour de lui, et ne se releva pas avant d'avoir pu tout étudier complètementChap 12. .

La première édition est parue au sein de l'intégrale en deux volumes des motets, chez Breitkopf & Härtel en 1802 et 1803.

Origine et composition

La date et les raisons de la composition de ce motet ne sont pas connues avec certitude. On estime qu'il a dû être composé entre 1726 et 1727, et qu'il pourrait être un motet funèbre, composé en hommage à la reine Eberhardine de Brandebourg-Bayreuth, décédée le , ou à la suite des dispositions testamentaires de Sabine Nathan, veuve fortunée décédée en 1612, qui avait exigé que des motets funèbres soient chantés en sa mémoire, le de chaque année (jour de sa fête), en l'église Saint-Nicolas ou Saint-Thomas de Leipzig.

Il pourrait s'agir également d'un motet de louanges, composé pour l'anniversaire du prince-électeur Frédéric-Auguste (l'époux de la reine Eberhardine), le . En effet, les composantes à la fois joyeuses et éclatantes, presque dansantes, de ce motet, qui appelle à , et à (Psaume 150), peuvent être interprétées aussi bien comme des louanges que comme action de grâce des croyants envers Dieu, implorant son secours au terme d'une vie longue et difficile.

De plus, le thème de la mort se rencontre explicitement dans l'hymne constituant la seconde partie du motet : , , ainsi que qui revient comme un leitmotiv, font davantage pencher la balance vers le motet funèbre.

L’œuvre

Le motet est écrit pour huit voix en double chœur à quatre voix (soprano, alto, ténor et basse). La partie vocale peut être doublée colla parte avec des instruments.

L’œuvre est structurée de manière symétrique en trois parties principales. Les première et dernière parties sont elles-mêmes structurées selon un schéma prélude et fugue, tandis que la seconde partie alterne choral et aria, chaque type vocal étant affecté à un chœur.

Selon John Eliot Gardiner, ce motet renoue avec les racines du christianisme ancien, où la danse était non seulement autorisée mais aussi encouragée pour prier et adorer le Christ. Clément d'Alexandrie invoquait la nécessité, à la fin de la prière, d'<ref>E. Louis Backman, 'Religious Dances in the Christian Church, 1952, , cité par J.E. Gardiner.</ref>. Cela rejoint également la notion d'effervescence collective d'Émile Durkheim, un des fondements sociaux de la religion, fondée sur la passion et l'extaseChap 12. .

En effet, ce motet est une des œuvres vocales les plus dansantes et euphorisantes de Bach. Par l'écriture, la complexité du contrepoint, des oppositions, Bach arrive à donner véritablement l'impression que tous les instruments sont invoqués pour louer le Seigneur, mais aussi les percussions, par un usage judicieux des consonnes de l'allemandChap 12. . La fugue finale du motet, quant à elle, figure une sorte de transe spirituelle, qui réunit en un seul les deux chœurs jusqu'ici séparés.

Première partie : Chœur

Ce double chœur est constitué d'un prélude et d'une fugue et le texte provient des trois premiers versets du Psaume 149. Il est un appel au chant et à la danse, avec le mot Singet répété au total près de cinquante foisBWV 225 sur Bach.org.

Prélude

Chaque phrase du psaume reçoit un traitement musical séparé. La première phrase Singet dem Herrn est un véritable appel au chant, où un chœur appelle tandis que l'autre vocalise de manière jubilatoire, les rôles de chaque chœur s'inversant régulièrement. Le membre de phrase ein neues Lied est chanté en homophonie par les deux chœurs. Pour la deuxième phrase Die Gemeine der Heiligen, les deux chœurs chantent alternativement, à la manière des chœurs baroques vénitiens, tandis que les deux chœurs se rejoignent pour la troisième phrase Israel freue sich.

Fugue

Cette fugue illustre la joie des enfants de Sion, c'est-à-dire de toute l'église chrétienne. Le premier chœur expose la fugue, dans l'ordre d'entrée Soprano, Alto, Ténor, Basse, tandis que le deuxième chœur scande de manière inlassable Singet dem Herrn ein neues Lied. Après l'exposition de la fugue, les deux chœurs se mêlent en une construction contrapuntique à huit voix complexe, ou le Singet dem Herrn et le texte de la fugue circule et se répondent sans arrêt entre les deux chœurs.

Gilles Cantagrel remarque la parenté musicale de ce chœur avec la fugue Cum Sancto Spirito du Gloria de la Messe en si mineur de Bach. Le texte allemand, et spécialement les consonnes, est exploité pour donner un maximum d'effets de dynamisme, de percussion et de rythme dansant; John Eliot Gardiner souligne que même si les voyelles, et même la musique, étaient supprimés, le chœur ferait toujours grand effet, de par même l'exploitation des syncopes, collisions et réponses des consonnes fricatives et implosivesChap 12. .

Deuxième partie : Aria et Choral

Le second mouvement alterne les paroles du cantique du poète allemand Johann Gramann (connu également sous le nom de Poliander) et un air chanté par l'autre chœur, dont les paroles sont peut-être de Bach lui-même. Cet entrelacement entre deux textes, l'un chanté par un chœur sous forme de choral harmonisé de manière homophone, l'autre harmonisé de manière beaucoup plus libre et lyrique, presque rhapsodique, est sans précédentChap 12. .

Poliander, contemporain de Martin Luther, a été recteur à l'école Saint-Thomas de Leipzig, où Bach officiait. Le poème Nun lob, mein' Seel', den Herren, fondé sur le Psaume 103 (102), qu'il rend en rimes de manière fidèle, a une importance historique : il est le premier chant de louanges de l'église luthérienne.

La partition originelle prévoit de chanter deux versets de ce poème, le troisième et le second. À la fin de la seconde partie, Bach note : . Cependant, le second verset est rarement chanté, en concert ou à l'enregistrement.

Chœur 2 : Verset(Choral)Chœur 1 : VersetChœur 2 : Verset(Aria)Chœur 1 : Verset(Choral) Wie sich ein Vater erbarmet Er hat uns wissen lassen Gott, nimm dich ferner unser an,Über seine junge Kinderlein, Sein hei'lges Recht und sein Gericht, Gott, nimm dich ferner unser an,So tut der Herr uns allen, Dazu sein Gütt ohn Massen ; Gott, nimm dich ferner unser an,So wir ihn kindlich fürchten rein. Es mang'lt an sein Erbarmung nicht. Gott, nimm dich ferner unser an,Er kennt das arm Gemächte, Sein' Zorn lässt er whol fahren, Gott, nimm dich ferner unser an,Gott weiß, wir sind nur Staub, Straft nicht nach unsrer Schuld ;Denn ohne dich ist nichts getanMit allen unsern Sachen.Gleichwie das Gras vom Rechen, Die Gnad tut er nicht sparen;Gott, nimm dich ferner unser an,Ein Blum und fallend Laub. Den Blöden ist er hold.Denn ohne dich ist nichts getanMit allen unsern Sachen.Der Wind nur drüber wehet, Sein Güt ist hoch erhabenGott, nimm dich ferner unser an,So ist es nicht mehr da, Ob den', die fürchten ihn ;Drum sei du unser Schirm und Licht,Und trügt uns unsre Hoffnung nicht,So wirst du's ferner machen.Also der Mensch vergehet,Sein End, das ist ihm nah. So fern der Ost vom Abend,Ist unsre Sünd dahin.Wohl dem, der sich nur steif und festAuf dich und deine Huld verlässt.

Troisième partie : Chœur thumb|Alles, was Odem hat (enregistrement 1928). Le texte de la troisième partie est issu du Psaume 150 (versets 2 et 6).

La construction rappelle celle du premier chœur, les deux premières phrases constituant une sorte de prélude, et la dernière la fugue. Le prélude reprend une structure en répons entre les deux chœurs, déjà observée pour la deuxième phrase de la première partie, où l'accent est donné sur les mots Lobet den Herrn qui sont martelés en alternance par les deux chœurs.

Selon John Eliot Gardiner, cette structure en répons entre les deux chœurs a pu être inspiré par les commentaire de la Bible d'Abraham Calov d'un passage de L'Exode'' () qui décrit comment Myriam célèbre, danse et chante en chœur avec des femmes israélites la défaite des armées du pharaon, noyées dans la mer Rouge. Calov imagine alors combien . Bach annote ce commentaire de Calov : Chap 12. .

Puis, les deux chœurs se réunissent et chantent la fugue finale à l'unisson. Cette fugue est exposée en sens inverse de celle de la première partie : Basse, Ténor, Alto, Soprano, dans un rythme ternaire toujours dansant, proche d'un passepiedChap 12. . Gilles Cantagrel le décrit comme une sorte de transe spirituelle, unissant les deux chœurs dans une même harmonie.

Notes et références

Bibliographie

, édition électronique :

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Liens externes Informations sur l’œuvre sur www.bach-cantatas.com Texte complet allemand de l'hymne de Johann Gramann Nun lob, mein' Seel', den Herren

Catégorie:Motet de Jean-Sébastien Bach Catégorie:Œuvre musicale composée en 1727