Aida (Aïda en français) est un opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi, sur un livret d'Antonio Ghislanzoni d'après une intrigue d'Auguste Mariette, créé le à l'opéra khédival du Caire.

Genèse

Pour les fêtes d'inauguration du canal de Suez, le khédive égyptien, Ismaïl Pacha, veut faire représenter une création lyrique au nouvel opéra du Caire, construit pour l'occasion, et inauguré quelques mois plus tôt, le , par une représentation de Rigoletto. Il pense alors aux trois compositeurs les plus estimés de l'époque, Richard Wagner, Charles Gounod et Giuseppe Verdi. Ce dernier accepte. Prévue pour , la création d'Aïda fut retardée jusqu'au en raison du siège de Paris, où Mariette se trouvait bloqué avec les décors et les costumes.. L'archéologue Mariette avait fourni l'idée et suivi de près le travail de mise en scène, afin que le spectacle fût conforme à ce qu'on savait de l'ancienne ÉgypteRobert Solé, L'Égypte, passion française, réédition poche Points (5 août 2009). .. Craignant un échec, il retira son nom avant la première.

« Mais, si ce malheureux opéra devait quand même voir le jour, pour l'amour du ciel, pas de réclames, pas ces chichis qui sont pour moi une humiliation suprêmement humiliante. Oh, tout ce que j'ai vu à Bologne et ce que j'entends maintenant à Florence me soulève le cœur ! Non, non… je ne veux pas de Lohengrinades. Plutôt le feu !! »

Si Verdi fait ici référence, pour s'en moquer, au Lohengrin de Richard Wagner, c'est qu'il a assisté aux premières représentations de l'oeuvre en Italie, en , au Teatro Communale de Bologne. Mais Verdi, conquis par l'opéra du compositeur allemand, s'en inspirera dans son Aida, où, par exemple, les premières mesure du Preludio se feront aussi légères et transparentes que celles du Vorspiel de Lohengrin.

Il n'y participe pas et se consacre à la représentation dAida à Milan deux mois plus tard, qu'il considérait comme "la" véritable première de l'oeuvre.

Création

Verdi ne désirait pas, à l'origine, écrire d'ouverture pour son opéra, mais un simple prélude orchestral ; Il composa tout de même une ouverture de type « pot-pourri » qu'il décida finalement de ne pas faire exécuter à cause de sa « prétentieuse insipidité ».Aida eut énormément de succès lors de sa première au Caire le . Les costumes, les accessoires et la mise en scène avaient été assurés par Auguste Mariette. N'ayant pas assisté à cette première, Verdi ne fut pas satisfait par ce succès parce que la salle n'était composée que de dignitaires invités, d'hommes politiques et de critiques, mais d'aucun membre du grand public. Il a donc considéré la première européenne, à la Scala de Milan, le , comme la véritable création de son œuvre.

Le rôle d'Aïda avait été écrit pour Teresa Stolz, qui l'interpréta à Milan.

Interprètes de la création thumb|Costume de la grande prêtresse à l'Opéra Bastille. Amneris, fille du roi d'Égypte (mezzo-soprano) : Eleonora Grossi. Aïda, esclave éthiopienne au service d'Amneris (soprano) : Antonietta Pozzoni Anastasi. Amonasro, roi d'Éthiopie, père d'Aïda (baryton) : Francesco Steller. Radamès, capitaine égyptien (ténor) : Pietro Mongini. Ramphis, grand prêtre égyptien (basse) : Paolo Medini. Le roi d'Égypte (basse) : Tommaso Costa. La grande prêtresse (soprano) : Marietta Allievi. Un messager (ténor) : Luigi Stecchi-Bottardi. Prêtres et prêtresses, ministres, capitaines, soldats, fonctionnaires, esclaves et prisonniers éthiopiens, peuple égyptien (chœur). Orchestre et chœurs de l'Opéra du Caire. Directeur d’orchestre : Giovanni Bottesini. Chef de chœur : G Devasini. Directeur de scène : Carlo d'Ormeville. Décors : Philippe Chaperon, Edouard Despléchin, Jean-Baptiste Lavastre et Auguste Rubé. Costumes : Dessins d'Auguste Mariette. Delphine Baron est la couturière responsable des costumes dans les ateliers à Paris.

Réception

thumb|Verdi dirigeant en 1880 la première à l'Opéra de Paris Les premières au Argentine : 4 octobre 1873, Teatro Colón Buenos Aires. États-Unis : , Academy of Music New York, avec Ostava Torriani rôle-titre, Annie Louise Cary Amneris, Italo Campanini Radamès, Victor Maurel Amonasro et Evasio Scolara roi d'Égypte. Allemagne : , Opéra d'État de Berlin, avec Mathilde Mallinger Aida, Albert Niemann Radamès, Franz Betz Amonasro. Espagne : 12 décembre 1874, Madrid Teatro Real. Autriche : , Vienne, Opéra d'État de Vienne, avec Amalie Materna Amneris. Hongrie : , Opéra d'État hongrois, Budapest. Pologne : , Varsovie, Grand Théâtre de Varsovie (l'œuvre avec le livret en polonais fut jouée pour la première fois le ). Russie : , Théâtre Mariinsky, Saint-Pétersbourg. Tchéquie : , Nouveau Théâtre, Prague. France : , Paris Théâtre-Lyrique Italien, Salle Ventadour, avec la même distribution que la première de Milan en 1872 mais avec Édouard de Reszke faisant ses débuts (roi d'Égypte)Phillips-Matz 1993, .. Royaume-Uni : , Royal Opera House, Covent Garden, avec Adelina Patti Aida, Ernesto Nicolini Radamès, Francesco Graziani AmonasroDavid Kimbell, in Holden, p. 983 et Sofia Scalchi.. Puis en français le au Palais Garnier, avec Gabrielle Krauss Aida, Rosine Bloch Amnéris, Henri Sellier Radamès, Victor Maurel Amonasro, Georges-François Menu roi d'Égypte, Auguste Boudouresque RamphisWolff 1962, p. 27; Phillips-Matz 1993, pp. 652–653.. Costumes : Eugène Lacoste. Géorgie : Tbilissi (Tiflis), 1876–77. Monaco : , Théâtre national de Monte Carlo.

Représentations successives vignette|Représentation dAïda au Théâtre du Capitole de Toulouse en 1973.

La création en Italie eut lieu le au Teatro alla Scala de Milan.

En 1901, l'opéra est joué à Venise;

Le , une représentation « pharaonique » s'est déroulée au Stade de France à Paris.

En 2025, Aïda est chanté au Metropolitan Opera de New York dans une mise en scène signée Michael Mayer. La direction musicale est assurée par Yannick Nézet-Séguin, directeur musical du Met depuis 2018. Le , une captation est réalisée pour la série The Met: Live in HD. Les principaux rôles sont Aida (Angel Blue), Radamès (Piotr Beczała), Amneris (Judit Kutasi), Amonasro : Quinn Kelsey) et Ramfis (Morris Robinson).

Interprètes de la production de Milan Amneris, fille du roi d'Égypte (mezzo-soprano) : Maria Waldmann Aïda, esclave éthiopienne au service d'Amneris (soprano) : Teresa Stolz Amonasro, roi d'Éthiopie, père d'Aïda (baryton) : Francesco Pandolfini Radamès, capitaine égyptien (ténor) : Giuseppe Fancelli Ramphis, grand prêtre égyptien (basse) : Ormondo Maini Le roi d'Égypte (basse) : Paride Pavoleri La grande prêtresse (soprano) : Marietta Allievi Un messager (ténor) : Luigi Vistarini Prêtres et prêtresses, ministres, capitaines, soldats, fonctionnaires, esclaves et prisonniers éthiopiens, peuple égyptien (chœur) Orchestre et chœurs du Teatro alla Scala de Milan Directeur d’orchestre : Franco Faccio Chef de chœur : Emanuele Zarini Directeur de scène : G P Bianchi Décors : Girolamo Magnani Costumes : Girolamo Magnani

Argument

L'action est située à Memphis et à Thèbes au temps des pharaons et met en scène l'intrigue amoureuse entre Aïda, une esclave éthiopienne, et Radamès, un officier égyptien, contrariée par le conflit armé opposant leurs deux peuples et la jalousie d'Amnéris, fille du Pharaon, amoureuse de Radamès.

Acte

Bref prélude : dans un tempo lent, des violons divisés jouent pianissimo le thème d'Aïda, thème doux et léger. Est ensuite exposé, aux violoncelles d'abord, puis à tout l'orchestre, le thème des prêtres qui seront une des clés de voûte de l'intrigue, notamment le grand-prêtre Ramphis : une longue et sombre phrase descendante qui apparaît de nombreuses fois durant l’œuvre. Les deux thèmes très contrastés s'opposent jusqu'au climax : un fortissimo général où se mêlent les deux thèmes : Aïda se révolte contre son sinistre destin où les prêtres et la fatalité la précipiteront. Cependant l'orchestre déjà diminue d'intensité et le prélude se termine dans le calme. D'après la brochure « L'Avant-Scène Opéra » consacrée à Aïda, il semble que Verdi ait, un instant, voulu remplacer son prélude par une ouverture. En fait, cette ouverture, d'une durée plus longue, fut utilisée lors de la première italienne, qui eut lieu le à La Scala ; mais, par la suite, Verdi décida d'en revenir au prélude qu'il avait composé pour la première du Caire.

Premier tableau - Une salle du palais royal

Le grand-prêtre Ramphis confie au jeune capitaine Radamès que l'armée éthiopienne s'apprête à envahir la vallée du Nil, ce qui représente une menace pour Thèbes. Il lui apprend aussi que la déesse Isis a déjà désigné celui qui commandera l'armée égyptienne pour arrêter l'ennemi. Resté seul, Radamès rêve d'être ce chef et de vaincre l'agresseur. Avec la victoire, il pourra ainsi demander, en récompense, Aïda, l'esclave éthiopienne d'Amneris, la fille du pharaon (« Celeste Aida »). Radamès aime Aïda, et réciproquement, mais il ignore que celle-ci est la fille du roi d'Éthiopie, Amonasro, ennemi juré de l'Egypte. Survient Amneris, suivie d'Aïda. Devant le trouble de cette dernière à la vue de Radamès, elle devine le sentiment qui existe entre les deux jeunes gens. En proie à la jalousie, car elle aussi aime Radamès, elle questionne son esclave pour connaître la vérité, puis la menace. Entrent ensuite le roi d’Égypte ainsi que les prêtres et soldats alors qu'un messager apporte une terrible nouvelle : la ville sacrée de Thèbes est encerclée par l'armée éthiopienne, commandée par le redoutable Amonasro. « Mio Padre ! » s'écrie Aïda, mais personne ne l'entend dans l'émotion générale. Conformément au choix de la déesse Isis, le pharaon désigne Radamès pour diriger l'armée égyptienne dans un rythme de marche martial. Amneris clame à Radamès qu'il doit revenir vainqueur, cri repris par toute l'assistance, y compris Aïda. Restée seule, cette dernière se reproche d'avoir souhaité une victoire, synonyme de défaite pour son père et pour sa patrie (« Ritorna vincitor »).

Second tableau - Le temple de Vulcain, à Memphis

Dans le temple alternent les invocations de la grande prêtresse et de ses acolytes (depuis les coulisses) et les prières des prêtres (sur scène), puis des prêtresses se livrent à une danse rituelle, à la suite de quoi Ramphis invoque le dieu Ptah et remet solennellement à Radamès l'armure et le glaive sacrés, emblèmes de son commandement sur les armées égyptiennes.

Acte

Premier tableau

Dans ses appartements, Amneris attend avec impatience le retour de Radamès qui a vaincu les Éthiopiens. Même la danse des petits esclaves maures ne parvient pas à la distraire de ses pensées. Sa jalousie est ravivée par l'arrivée d'Aïda. Voulant savoir si son esclave aime Radamès, elle lui annonce brutalement la mort de ce dernier. Le désespoir d'Aïda est éloquent. Amneris révèle alors à Aïda que Radamès est vivant, puis laisse éclater sa fureur devant la joie de son esclave. L'écho lointain d'une sonnerie de trompettes, annonçant le retour de l'armée égyptienne, met fin à l'affrontement entre les deux femmes.

Second tableau