Ignace Bourget, né à Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévy (aujourd'hui la ville de Lévis) le et mort le à Montréal, est un ecclésiastique québécois.

Devenu évêque de Montréal en 1840, il démissionne en 1876. Durant son long épiscopat de trente-six ans, il donne à l'Église de Montréal et à l'Église québécoise en général une armature et un élan qui lui survivront longtemps et feront de l'Église catholique, pendant cent ans, l' «institution dominante du peuple dominé» qu'étaient alors les Canadiens français. L'évêque fait aussi la promotion active d'une pratique catholique très publique, démonstrative, faite de processions, de dévotions et de participation à des associations pieuses ou sociales de toutes sortes. Par là, il donne à la culture des Canadiens français une couleur festive et communautaire qui distingue manifestement ceux-ci des Anglo-protestants canadiens, et fortifie leur sentiment de leur appartenance à une nation différente.

Par sa détermination à assurer la présence de l'Église catholique dans l'éducation, la santé, les services sociaux et l'aménagement du territoire à une époque où l'État du Canada-Uni se désintéresse tout à fait de ces questions, il a contribué à faire en sorte qu'au moment de la Confédération, en 1867, la juridiction sur ces matières relève des États provinciaux, notamment le Québec. Son influence profonde et durable à la fois sur la conformation de l'Église catholique et celle de l'État québécois font d'Ignace Bourget un des personnages les plus importants de l'histoire du Québec.

Biographie Enfance gauche|vignette|Maison natale de Bourget, telle qu'elle était en 1910 Ignace naît le à St-Joseph-de-la-Pointe-Lévy, dans une maison sise sur une terre située entre l'actuelle route Monseigneur-Bourget et le chemin Sainte-Hélène. Un calvaire indique l'emplacement de cette maison aujourd'hui détruiteLe bois de la résidence aurait été récupéré pour construire une maison de la rue Jolliet qui est située dans le Vieux-Lauzon.Calvaire de Harlaka, emplacement de la maison natale de Ignace Bourget - wikimapia.org. ().

Selon le Dictionnaire biographique du Canada (DBC), l’ancêtre, Claude Bourget, originaire de la région beauceronne de Chartres, en France, avait épousé à Québec, le , Marie, fille de Guillaume Couture, ancien donné des jésuites et compagnon de captivité du père Isaac Jogues. Ignace est donc issu de deux parmi les plus anciennes familles de la Nouvelle-France.

Il est le onzième enfant d'une famille qui allait en compter treize. Son père, Pierre Bourget, était cultivateur. Sa mère, Thérèse Paradis, allait vendre les produits de la ferme au marché de Québec. Contrairement à d’autres personnages de son temps, comme Louis-Joseph Papineau ou Élzéar-Alexandre Taschereau, entre autres, Bourget n’est pas issu de l’élite seigneuriale, intellectuelle ni professionnelle. Au contraire de ces derniers, il ne pourra donc jamais compter sur des réseaux familiaux et de classe tissés serrés. Et c’est certainement ce qui explique qu’il n’aura pas avec les pouvoirs l’attitude familière, faite d’assurance et de complaisance, qui est si typique des élites. C’est d’abord aux classes populaires, qu’elles soient rurales ou urbaines, que sa solidarité le liera toujours.

Ignace a une constitution chétive et déjà sujette à la maladie, qui sera son lot toute sa vie. Durant son enfance, il fréquente une école dans la paroisse de Beaumont, voisine de Lévis. Il s'agit certainement d'une école d'une seule classe et d'un seul maître. De telles écoles n'existent d'ailleurs pas dans toutes les paroisses à l'époque, et encore rares sont les parents de milieu rural à y envoyer leurs garçons apprendre à lire et à écrire.

On ne sait presque rien d'autre de l'enfance d'Ignace, sinon que son frère aîné Pierre (1786-1833) fut prêtre lui aussi. Ce fait est à souligner si l'on considère qu'entre la Conquête de 1760 et les années 1830 au moins, les vocations à la prêtrise furent très rares au Canada. Il faut en conclure que les parents d'Ignace étaient particulièrement pieux. Ordonné en 1814, Pierre Bourget fut curé de Sorel, Châteauguay, Île-Verte et L’Islet entre 1816 et 1833.

"Les années de préparation" (1811-1840) Études et ordination sacerdotale En 1811, Ignace entre à son tour, après Pierre, au séminaire de Québec.Selon tous ses biographes, c'est un élève sérieux, mais pas le plus brillant. Très tôt, selon le DBC, il est admis dans la congrégation de la Sainte-Vierge, à qui il voue déjà une grande dévotion, qu'il gardera jusqu'à sa mort. Il y fait ses études classiques puis deux ans de grand séminaire. Comme le rappelle Adrien Leblond de Brumath, à l'époque, à cause du manque de ressources et du petit nombre des prêtres actifs en paroisse, on ne peut étudier très longtemps ni de manière très approfondie les sciences ecclésiastiques. La formation est axée presque seulement sur la morale et sur la pastorale, car toutes deux sont indispensables à la pratique du ministère.

À l'été de 1818, Bourget est tonsuré dans la cathédrale de Québec, puis aussitôt envoyé au séminaire de Nicolet pour y enseigner. Comme tous les autres jeunes ecclésiastiques de son temps, il est contraint de continuer ses études de théologie par lui-même, en soirée, tout en enseignant le latin, le jour, aux élèves de douze et treize ans inscrits dans les premières classes du petit séminaire. Après trois ans de ce régime, l'évêque de Québec, Joseph-Octave Plessis, lui confère les ordres mineurs en , puis le sous-diaconat le . Nommé secrétaire de Jean-Jacques Lartigue dès le lendemain, il se rend aussitôt auprès de celui-ci, qui vient tout juste d'être nommé évêque auxiliaire de Plessis à Montréal. À noter que secrétaire de l'évêque est alors un poste important, confié habituellement à un ecclésiastique prometteur pour lui permettre de se familiariser avec l'administration d'un diocèse. C'est à Montréal que le jeune Bourget est ordonné prêtre, le . De tous ceux ordonnés entre 1800 et 1830, décennies durant lesquelles une grave pénurie de prêtres se fait sentir, Bourget et Charles-Félix Cazeau, à Québec, seront les seuls à n'occuper que des fonctions administratives durant toute leur vie.

Secrétaire puis vicaire général de Jean-Jacques Lartigue

Bourget reste seize ans secrétaire de Lartigue, de 1821 à 1836. Comme secrétaire, il est chargé de rédiger la correspondance de l'évêque, sous sa dictée ou au moins selon ses lignes directrices. Or, Lartigue est en contact avec une foule d’acteurs :  l’évêque de Québec ; les prêtres du district ; les sulpiciens, qui sont les seigneurs de Montréal et aussi les curés de la paroisse Notre-Dame, alors la seule de la ville. Lartigue est aussi en contact avec les notables ; et avec les autorités politiques. Bourget acquiert donc dans ce poste une formation de premier plan.

Mais les tâches du jeune clerc sont bien plus nombreuses que le laisse supposer ce titre de secrétaire. Par exemple, dans les premières années, il supervise la construction de l'église Saint-Jacques et celle de l'évêché, sis tous deux à l'angle des rues Saint-Denis et Sainte-Catherine, dans le quartier Saint-Jacques, qu'habite alors la notabilité canadienne-française. Il est entre autres responsable d'organiser des collectes de fonds pour mener à bien ce double projet. Puis, lorsque l'église est ouverte en 1825, il en devient le premier chapelain, c'est-à-dire qu'il doit organiser le culte et répartir les tâches entre les desservants. Vers la fin de la décennie, Bourget enseigne aux séminaristes qui étudient à l'école de théologie implantée par Lartigue à l'évêché: c'est l'occasion pour lui de parfaire ses études théologiques. Parallèlement, il surveille les comptes de la mission de la Rivière-Rouge, dans le futur Manitoba, qui relève alors de la responsabilité de Lartigue comme auxiliaire de l'archevêque de Québec. Dans les années 1830, Bourget est exposé encore à d'autres tâches, telles que celles requises pour obtenir des lettres patentes pour le nouveau collège classique de Saint-Hyacinthe.

Tout cela se fait dans un contexte de plus en plus difficile. D'une part, le pouvoir protestant pèse de tout son poids pour bloquer le développement de l'Église catholique dans l'Amérique du Nord britannique. Depuis la Conquête, alors que les vocations au pays sont rares, Londres et le gouverneur refusent à l’Église de recruter des prêtres à l’étranger et de se doter des structures administratives qu’il lui faudrait pour être plus présente à la population de l’immense territoire du diocèse de Québec. Le pouvoir protestant s’oppose entre autres vigoureusement à la création d’un diocèse à Montréal. De plus, comme l’Église catholique ne jouit d’aucune reconnaissance civile, le gouvernement peut à tout moment lui confisquer ses biens. C’est d’ailleurs ce qu’il a fait avec ceux des jésuites, et qu’il menace constamment de faire avec ceux des sulpiciens. L’Église est donc une institution fragile, à peine tolérée, et qui doit montrer patte blanche devant le pouvoir. Cela déplaît profondément à Lartigue mais surtout à Bourget, qui, pour l’instant, observe tout cela en silence.

Les sulpiciens non plus ne veulent pas de la création d'un diocèse à Montréal. Seigneurs de l'île depuis 1663 et curés de la seule paroisse de la ville, ils tiennent aux privilèges qu'une Rome pragmatique leur a consentis à l'époque de la Nouvelle-France, quand les communications avec Québec étaient très difficiles : ils avaient alors obtenu une certaine indépendance dans leur gestion ecclésiastique. Mais maintenant, en ce début de , ils ne veulent pas y renoncer. En fait, ces Français à l'esprit encore très colonial désirent si peu se soumettre à l'autorité de Lartigue, un Canadien, qu'ils sont prêts à quitter Montréal et à céder au gouvernement colonial anglo-protestant tous leurs biens, considérables, en échange d'une rente. L'affaire, qui scandalise la population et se rend jusqu'à Rome, prend des années à se régler dans un sens favorable aux intérêts des fidèles, à qui les sulpiciens doivent une grande part de leurs avoirs et qui finissent par rester. Mais tout cela retarde la création du diocèse, et ce n'est qu'en 1836 que Lartigue passera du statut d'évêque à Montréal à celui d'évêque de Montréal.

Par ailleurs, la grande famine des années 1830 pousse les Irlandais à l’exil : plus de 51 000 d’entre eux arrivent au Bas-Canada dans la seule année 1832, soit l’équivalent de 10% de toute la population canadienne-française de la colonie. Puis, pour chacune des années après 1832, entre 12 000 et 30 000 Irlandais continuent d’arriver. Leur présence transforme Montréal en ville majoritairement anglophone. En plus, le choléra débarque avec eux, il fait des centaines de morts en 1832 puis 1834. Pour recueillir les orphelins, aider les veuves, prendre soin des malades, les femmes de la bonne société canadienne-française de Montréal, dont plusieurs sont les épouses d’hommes politiques patriotes, fondent une association dite des Dames de la Charité. Ces Dames financent une veuve, madame Émilie Tavernier Gamelin, pour ouvrir un refuge qui est à la fois un orphelinat et un asile pour les femmes âgées et pauvres.