vignette|redresse=1.2|La Chute de l'homme, 1510-1520, huile sur bois, Lucas Cranach l'Ancien.
En religion, un péché est une offense faite à Dieu et une transgression délibérée ou non de la loi divine.
Le péché matérialise le manque d'amour soit envers Dieu, soit envers l'autre (le prochain), soit envers soi-même. C’est une action, ou une abstention, ou une intention, effectuée en toute liberté pour commettre le mal, tel qu'il est défini par les principes religieux.
Étymologie Le mot « péché » vient du latin , « faute, erreur »Le Petit Robert (édition 2003)., lui-même dérivé du verbe , qui signifie au sens premier « broncher, faire un faux pas ». Selon les linguistes Alfred Ernout et Antoine Meillet, . L'origine de peccare semble donc inconnueMichel Bénaben, Dictionnaire étymologique de l'espagnol, Ellipse, Paris, 2000, ..
L'adjectif correspondant est peccamineux et a aussi donné impeccableBénaben, 2000, .. Cette étymologie se retrouve dans le mot peccadille, qui désigne une faute légère. Le mot italien qui désigne le péché est peccato.
Le latin peccatum traduit généralement l'hébreu ḥattath (חַטָּאת) du Tanakh, qui signifie manque, manquement ; c'est l'image de manquer la cible, qui apparaît en . Dans la Septante, les Juifs hellénisés d’Alexandrie l’ont traduit par hamartia (), terme repris dans le Nouveau Testament. Il signifie « égarement, erreur, faute », puis dans une interprétation théologique, « détournement, éloignement de Dieu »Alliance biblique universelle, La Nouvelle Bible Segond, édition d'étude, Bibli’O, 2002, .. L'étude du péché dans une perspective théologique se nomme l'hamartiologieVoir par exemple Glaude Makensonn, « Entre honte et espoir: étude d'Adam d'un point de vue hamartiologique selon Romains 5:14 »..
Christianisme
vignette|redresse=1.2|Allégorie du Péché, enluminure d'un manuscrit de Dirc van Delf v. 1400.
Péché originel et péché effectif Le christianisme distingue deux notions : le péché originel et le péché effectif.
Le péché originel est celui que tous les hommes héritent d’Adam. Il s’étend à tous les hommes sans qu'ils aient dû faire quoi que ce soit de mal. Dans cette vision, l'homme est originellement pécheur, à partir du moment de sa conception. Cette vision repose notamment sur le psaume 51:7
Le péché effectif est celui que commet matériellement un individu. L'apôtre Paul estime que les gens commettent des péchés effectifs parce que la nature originellement pécheresse, corrompue, est a priori en eux (Romains 7:14-23).
Nouveau Testament Selon Jésus, la racine des péchés se trouve dans le cœur des hommes d'où (Évangile selon Matthieu 15, 19-20).
Paul de Tarse, dans sa première lettre, stigmatise ceux qui sont , rappelant que (Romains 1, 28-32). Dans une autre épître, Paul, opposant les œuvres de la chair à celle de l'Esprit-Saint, écrit à propos des premières : (Galates 5, 19-21).
Pères de l'Église La pensée chrétienne des premiers siècles sur les péchés s'est développée autour de la catéchèse baptismale pour les catéchumènes, la rémission pénitentielle des péchés commis après le baptême, la polémique contre les gnostiques puis les manichéens et la vie monastique. La Didachè et l’Épître de Barnabé opposent les deux voies : d'une part, celle de la vie et du salut, de l'autre, celle du péché et de la perdition. Se posa rapidement la question de l'attitude chrétienne à prendre concernant la remise des péchés de ceux qui retombaient après le pardon reçu lors du baptême. Cela conduisit à hiérarchiser l'importance des différentes formes de péchés, en distinguant ceux qui conduisent à la mort spirituelle à cause de leur gravité, de ceux quotidiens qui sont plus légers. Les Pères de l’Église, particulièrement ceux d'Orient comme Clément d'Alexandrie (150-215) et Origène (185-253), soulignèrent le rôle de la liberté comme cause volontaire des péchés. Ils combattirent à ce sujet les gnostiques qui distinguaient dans l'humanité, à côté de la classe psychique où la libre volonté intervenait, deux autres classes où elle n'intervenait pas : celle hylique prédestinée à la perdition et celle pneumatique prédestinée au salut. Augustin, s'appuyant sur la pensée néoplatonicienne, développe la doctrine du péché, en approfondissant la nature de celui-ci qui n'est pas une réalité mauvaise s'opposant au bien, mais une privation procédant du libre arbitre en l'absence du secours de la grâce divine.
La théorie de la privation, son élaboration médiévale et les difficultés qu'elle laisse ouvertes sont traitées à l'article Mal (théologie chrétienne).
Catholicisme
Le Catéchisme de l'Église catholique propose pour le péché la définition suivante : .
L'accueil par les hommes de la miséricorde divine réclame de leur part l'aveu de leurs péchés. Le sacrement de réconciliation permet à tous ceux qui ont péché de recevoir le pardon de Dieu par l'entremise d'un prêtre à qui ils confessent leur péché.
vignette|redresse=1.2|Jérôme Bosch (attr.), Les Sept Péchés capitaux et les Quatre Dernières Étapes humaines, v. 1500.
L’Église catholique distingue à la suite de Jean Cassien et de Grégoire le Grand des péchés qu'elle qualifie de capitaux parce qu'ils sont générateurs d'autres péchés. Ce sont la paresse, l’orgueil, la gourmandise, la luxure, l’avarice, la colère et l'envie. Cette classification à laquelle Cassien ajoutait la tristesse remonte au Testament des XII Patriarches (second siècle avant J.C., premier siècle après J.-C.) et au Pasteur d'Hermas (début du second siècle après J.-C.) et à Origène.
Les péchés contre le commandement de ne pas tuer sont l'homicide volontaire, l'avortement direct recherché comme fin et comme moyen, l'euthanasie et le suicide, ainsi que la participation à ces actions. Lors des guerres sont des péchés graves les enlèvements, les prises d'otages, le terrorisme, la torture, les violences, les destructions massives, l'extermination d'un peuple et d'une minorité ethnique
Les péchés graves contraires à la chasteté, qui est l'intégration réussie de la sexualité dans la relation de personne à personne sont le viol, l'adultère, la fornication, la pornographie, la prostitution, la masturbation et les actes homosexuels.
Les offenses à la dignité du mariage sont l'adultère, le divorce, la polygamie, l'union libre, l'acte sexuel avant le mariage et en dehors de lui.
En lien avec le commandement de ne pas voler, le catéchisme catholique cite les salaires injustes, les fraudes fiscales et commerciales, l'usure, la corruption (même pratiquée par la Banque du Vatican), les contrefaçons de chèques et de factures, le travail mal fait et le gaspillage.
Le huitième commandement interdit les faux témoignages, le parjure, le mensonge, la médisance, la diffamation, la flatterie, l'adulation et la complaisance.
La distinction entre péché véniel et péché mortel est une manière de hiérarchiser les péchés. Depuis le Moyen Âge, les catholiques distinguent le péché véniel, c'est-à-dire de faible importance ou commis sans se rendre compte du mal, et le péché mortel, d'importance grave et commis en connaissance de cause. Ce dernier péché est mortel pour la personne qui le commet dans le sens où il la coupe définitivement de la relation d'avec Dieu, ce qui la conduit en enfer si elle ne s'en repent pas. Si une personne peut juger qu’un acte est en soi une faute grave, elle doit confier le jugement des personnes à la justice et à la miséricorde de DieuCatéchisme de l’Église catholique, §1861.
Protestantisme
Pour la théologie protestante, le péché n'est pas une faute morale, mais une orientation générale de la personne entière, qui touche tout le monde.. Comme dans le Nouveau Testament, les théologiens protestants parlent plutôt du péché plutôt que des péchés.. Selon Kurt Buehlmann, Jésus s’adressait à un public juif et dans sa mentalité, « pécheur » signifiait personne simple, soit ceux qui n’étaient pas soumis à une haute obligation morale, vivant avant tout pour eux-mêmesKurt Buehlmann, Économie de crise, alliance-ch, 2020.p.133..
Si le péché n'est pas moral, il est existentiel. Il est . Il est .
Kierkegaard a écrit : . De la même manière, Emil Brunner a écrit :
Islam
Meurtre Sorcellerie Associationnisme
Péché et droit Dans certains pays, la loi civile se confond avec la loi religieuse. Par exemple, la charia, en droit musulman, dès lors qu'un État la reconnaît comme sa loi nationale dans sa constitution.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Gary A. Anderson, Sin. A History, New Haven, Yale University Press, 2009
Articles connexes Religions
Types de péchés
Autres
Liens externes
Les péchés et leurs espèces principales
Catégorie:Péché