Jean Rochefort, né le à et mort le à est un acteur français.

À l'instar de ses amis de la dont font partie notamment Jean-Pierre Marielle, Jean-Paul Belmondo, Claude Rich, Bruno Cremer, Pierre Vernier, Annie Girardot et Françoise Fabian, Jean Rochefort s'impose peu à peu comme une figure du théâtre, de la télévision puis du cinéma français à partir des années 1960. Reconnaissable à sa voix chaude, à sa moustache et à un style de jeu caractérisé par le flegme et l'ironie, il joue dans cent treize films et trente-sept téléfilms, incarnant son dernier rôle dans le film Floride, en 2015.

D'abord voué aux seconds rôles, notamment aux côtés de Belmondo dans Cartouche, Les Tribulations d'un Chinois en Chine ou L'Héritier, il devient un acteur de premier plan à partir des années 1970. Il s'installe au sommet de l'affiche de nombreux films français notables, parmi lesquels Le Grand Blond avec une chaussure noire, L'Horloger de Saint-Paul, Que la fête commence..., Un éléphant ça trompe énormément et sa suite, Nous irons tous au paradis, Le Crabe-Tambour, Tandem, Le Mari de la coiffeuse, Ridicule, ou encore Le Placard. Alternant des rôles dans des films grand public et des films d'auteur, il devient une figure emblématique du cinéma français. C'est l'acteur fétiche d'Yves Robert et de Patrice Leconte.

Plusieurs fois récompensé, Jean Rochefort remporte notamment le César du meilleur acteur dans un second rôle pour Que la fête commence… en 1976 et le César du meilleur acteur pour Le Crabe-Tambour en 1978, puis reçoit en 1999 un César d'honneur, couronnant l'ensemble de sa carrière.

Biographie Jeunesse Jean Raoul Robert Rochefort naît le dans le Selon le Who's Who et son extrait de naissance n° 20/1240/1930, Jean Rochefort est né à Paris (et non à Dinan)., il est issu d'une famille d'origine dinannaise. Son père Célestin Rochefort est fils de cocher ; autodidacte, il passe le certificat d'études, est employé à la Banque de France à et termine sa carrière comme cadre supérieur dans l'industrie pétrolière, chez Shell ; sa mère, Fernande Guillot, est comptable.

Jean Rochefort grandit à Vichy pendant la Seconde Guerre mondiale (à la Libération, il assiste au spectacle des femmes tondues et lynchées et de collaborateurs torturés et suppliciés par des résistants, ce qui lui donnera une vision noire de la nature humaine), puis à Vincennes, Rouen et Nantes.

Enfant rêveur, il fait des études médiocres au lycée Pierre-Corneille de Rouen, au collège de Cusset et au lycée Marcelin-Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés. Il désespère son père, à l'opposé de son frère aîné, Pierre, qui intègre l'École polytechniqueDe la promotion X1946, cf. ; y sont notamment indiqués sa date de décès et le corps de fonctionnaires qu'il choisit à la sortie de l'École : le « génie maritime »., sélectionner l’onglet « Catalogues de la BCX → Famille polytechnicienne », effectuer la recherche sur « Pierre Rochefort », résultat obtenu : « Rochefort, Pierre Fernand ». et devient ultérieurement ingénieur général de l'armementD'après l’émission de France 2, Un jour, un destin diffusée le samedi , présentée par Laurent Delahousse. Est notamment mentionné dans cette émission que son frère Pierre vient rendre visite à Jean au retour du Jauréguiberry à Lorient, à la fin du tournage du Crabe-Tambour..

Jean Rochefort passe tous ses étés à Dinan. Après la guerre, la famille Rochefort achète une résidence secondaire sur la Côte d'Émeraude à Saint-Lunaire, en Ille-et-Vilaine, une vingtaine de kilomètres au nord de Dinan. Jean Rochefort reste toute sa vie attaché à cette région ; en 2000, il achète une maison à Saint-Briac-sur-Mer, petite ville balnéaire qui jouxte Saint-Lunaire.

Le Conservatoire et la compagnie Grenier-Hussenot Son père envisage pour lui une carrière de comptable. En 1948, à la suite d'une mésentente passagère entre ses parents, Jean et sa mère sont contraints de rester en Bretagne après les vacances estivales. C'est durant l'hiver de cette année-là que l'ennui le lie à Pierre Besson, le fils de la marchande du bazar qui le persuade de prendre des cours de théâtre à Nantes, puis l'année suivante, de venir à Paris suivre à les cours à l'école de la rue Blanche. Selon d'autres sources, c'est en 1947 qu'il se prend de passion pour le théâtre et le métier d'acteur, à l'issue d'une représentation de la pièce Liliom de Ferenc Molnar, à laquelle il assiste avec sa mère à la Gaîté-Montparnasse. Son père accepte de l'inscrire au conservatoire municipal de Nantes, où il habite, qui ne forme que des comédiens amateurs.

vignette|redresse|gauche|Jean Rochefort au début des années 1950, sans moustache (Studio Harcourt). Il entre ensuite au Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris où il a pour condisciples Jean-Paul Belmondo, Annie Girardot, Claude Rich, Jean-Pierre Marielle, Françoise Fabian, Pierre Vernier, Michel Beaune, Bruno Cremer. Ils forment la « bande du Conservatoire ». Jean Rochefort apprend, le , qu'il n'est pas admis à concourir. Il en est profondément affecté.

Jean-Pierre Marielle l'incite à passer une audition à la compagnie Grenier-Hussenot, au sein de laquelle il est admis. Il y reste sept ans, appréciant « l'esprit d'avant-garde comique et la recherche de spectacles de qualité ». Il y est remarqué pour son aisance à jouer tant le drame que la comédie. Rochefort y fait la connaissance d'Yves Robert et d'Hubert Deschamps, avec lesquels il se produit fréquemment au cabaret. À ces occasions, il croise Jacques Brel, Georges Brassens et la chanteuse Barbara, avec laquelle il a une brève liaison. Par son entremise il fait la connaissance de Philippe Noiret, qui se produit comme elle au cabaret L'Écluse. Il deviendra son ami.

Théâtre et télévision Jean Rochefort commence sa carrière au théâtre à l'âge de vingt-trois ans, dans Azouk d'Alexandre Rivemale. Il joue essentiellement des auteurs contemporains : François Billetdoux, Dürrenmatt, René de Obaldia, Arthur Miller, Jean Giraudoux, Peter Ustinov, Robert Hossein. En 1964, Delphine Seyrig, l'impose comme partenaire dans Cet animal étrange, adaptation de nouvelles de Tchekhov par Gabriel Arout, mise en scène par Claude Régy. Le spectacle est un succès critique et public. L'année suivante, il se rend à Londres avec Seyrig auprès du dramaturge Harold Pinter. Celui-ci leur accorde les droits de deux de ses pièces, La Collection et L’Amant, qu’ils interprètent, toujours sous la direction de Claude Régy. Au contact de Delphine SeyrigCiné télé Obs samedi 16 au vendredi 22 mars : Jean Rochefort, le magnifique. il prend conscience de son capital de séduction : .

En 1976 il déclare : . Ses apparitions au théâtre s'interrompent pendant la , parallèlement au succès grandissant qu'il connaît au cinéma. Il retournera sur les planches à partir de 1982 et jouera notamment en 1998 dans « Art », la pièce de Yasmina Reza.

Il fait ses débuts à la télévision dès 1957 en jouant notamment sous la direction de Stellio Lorenzi (La Dame de pique, d'après Pouchkine en 1958), Marcel Bluwal (Le mariage de Figaro en 1961), Claude Barma (La nuit des rois d'après Shakespeare en 1962), Yannick Bellon (La plaie et le couteau, Charles Baudelaire en 1967) ou Pierre Dux (Le Misanthrope en 1971). Il y reviendra à partir des années 1980 et tiendra notamment l'un des rôles principaux dans la série Le Comte de Monte-Cristo de Josée Dayan en 1998.

Cinéma Au cinéma, il obtient pour la première fois un rôle significatif en 1960 dans une production de propagande franco-soviétique réalisée par Marcello Pagliero, cinéaste communiste : Vingt Mille Lieues sur la Terre. Le tournage catastrophique, prévu pour durer trois mois, le contraint à rester onze mois en URSS. Il en parlera plus tard comme d'un film « à la gloire des tracteurs, des usines et des futurs Tchernobyl ». Durant le tournage, il fait la connaissance d'Alexandra Moscwa, fille du ministre polonais des Postes et Télécommunications, qu'il épouse la même année. Le film n'a aucun succès en France.

Il enchaîne plus de vingt films et une douzaine de téléfilms pendant la décennie 1960. Il tient des rôles secondaires dans plusieurs films de cape et d'épée qui sont de grands succès : Le Capitaine Fracasse de Pierre Gaspard-Huit et Le Masque de fer, d'Henri Decoin, deux films avec Jean Marais, Cartouche de Philippe de Broca avec Jean-Paul Belmondo. Les nombreuses séquences équestres du film éveillent chez le comédien une passion pour le cheval. Il deviendra éleveur et participera à des concours hippiques. Cette passion est coûteuse et l'incite à accepter de tourner des « scénarios lamentables (qui deviennent) après un coup d’œil à (son) compte en banque, tout à fait acceptables ». Il les surnomme « films-avoine ».

En 1963, Jacques Deray lui confie l'un des rôles principaux dans un film policier : Symphonie pour un massacre. C'est également son premier rôle dramatique.. Entre 1964 et 1966, il incarne François Desgrez, chef de la police et soupirant de Michèle Mercier dans trois épisodes de la série Angélique de Bernard Borderie, qui sont de grands succès populaires, attirant de 2,2 à 3 millions de spectateurs. Il considère que cette série est le premier élément de sa carrière qui l'ait réellement fait connaître du public. Il tourne deux autres comédies avec de Broca : Les Tribulations d'un Chinois en Chine en 1965, où il remplace Jean-Pierre Marielle comme valet de chambre de Jean-Paul Belmondo et Le Diable par la queue en 1969 où il incarne un aristocrate désargenté auprès d'Yves Montand, Madeleine Renaud et Jean-Pierre Marielle. Ce sont deux nouveaux succès publics. Il retient de cette décennie la satisfaction d'avoir incarné en 1966 un réalisateur de télévision dans le premier film de fiction du photographe William Klein : Qui êtes-vous Polly Magoo ? Ce film lui fait découvrir « un auteur intéressant et un univers qui m'excitait beaucoup ».

Jean Rochefort accède aux premiers rôles en 1968 dans une comédie d'Henri Lanoë où il a pour partenaire Macha Méril : Ne jouez pas avec les Martiens, puis dans Pour un amour lointain, un film d'Edmond Séchan. Il aborde le genre fantastique dans le premier long-métrage d'André Farwagi : Le Temps de mourir où il a pour partenaires Bruno Crémer et Anna Karina; le film obtient le prix Unicrit au Festival de Berlin 1970. Pour son rôle dans la pièce Un jour dans la mort de Joe Egg, il se laisse pousser une moustache, qu'il n'enlèvera qu'à deux reprises : en 1996, pour le film Ridicule, et en 2007 pour La Clé.

Le succès L'année 1973 marque un tournant dans sa carrière. En tournant Le Complot de René Gainville, il prend conscience des réels progrès qu'il a accomplis dans son travail de comédien. Bertrand Tavernier fait appel à lui peu après, en remplacement de François Périer, dans le rôle du commissaire Guilboud qui fait face à Philippe Noiret dans L'Horloger de Saint-Paul. Il considère que ce film a fait de lui l'acteur qu'il allait être par la suite. Il explique que le réalisateur, Bertrand Tavernier, lui a appris à se détendre face à la caméra qui, auparavant, l'impressionnait. Toujours avec Tavernier, il incarne l'abbé Dubois dans Que la fête commence... (1975), un rôle qui lui permet de remporter, à 46 ans, le premier César de l'histoire.. Le tournage lui permet de connaître Nicole Garcia.