Shirin Ebadi (en , Shirin 'Ebādi), née le à Hamadan en Iran, est une militante politique iranienne, avocate, ancienne juge et militante des droits humains.
Le prix Nobel de la paix lui a été décerné en 2003 pour ses accomplissements en faveur de la défense des droits humains, plus précisément de la démocratie, des droits des femmes et des enfants.
En 2004, le magazine Forbes la place parmi les « 100 femmes les plus influentes dans le Monde ».
Biographie Jeunesse et formation Shirin Ebadi est née le à Hamadan. Son père, Mohammed Ali Ebadi (-1993), auteur et professeur de droit commercial, a des idées libérales en avance sur son époque. Sa mère se consacre à l'éducation de ses quatre enfants.
La famille s'installe à Téhéran alors qu'elle est encore bébé. Elle étudie à l'école primaire de Firuzkuh puis aux collèges d'Anoshiravn Dadgar et Reza Shah Kabir.
Après avoir passé les examens d'entrée à l'université de Téhéran, en Faculté de droit, élève du professeur Mahmoud Chehabi elle obtient son diplôme en droit et passe le concours d'entrée à la magistrature. Elle est nommée auxiliaire du procureur de Téhéran en 1969. Elle faisait partie de la deuxième promotion de vingt femmes accédant pour la première fois à la magistrature en Iran. Elle poursuit dans le même temps un doctorat de droit privé à l'université de Téhéran, qu'elle obtient en 1971.
Shirin Ebadi est divorcée et a deux filles.
Carrière En 1975, Shirin Ebadi est nommée présidente du tribunal 24 de Téhéran, devenant la première femme à exercer cette fonction en Iran. Elle est contrainte de démissionner en 1979, comme toutes les femmes magistrates, à la suite de l'arrivée au pouvoir de Rouhollah Moussavi Khomeini, qui renverse le chah d'Iran Mohammad Reza Pahlavi lors de la révolution islamique.
Elle continue de travailler, mais comme greffière, dans le tribunal qu'elle a auparavant présidé. À la suite des protestations des anciennes juges rétrogradées, celles-ci sont promues expertes juridiques au ministère de la Justice. Shirin Ebadi demande finalement une retraite anticipée.
Elle reste sans emploi pendant plusieurs années pendant lesquelles elle écrit des livres et articles pour des journaux iraniens. Elle obtient finalement une licence d'avocate en 1992 et rejoint l'ordre des avocats de Téhéran. Elle s'emploie désormais à la défense d'une part, des femmes discriminées par le droit de la famille iranien, notamment pour le droit de garde des enfants âgés de plus de sept ans, qui revient automatiquement au père après un divorce, d'autre part à la défense des opposants politiques.
Shirin Ebadi enseigne également les droits urbains et les droits des femmes à l'université de Téhéran et l'université Allameh Tabataba'i pendant six ans.
Avec ses collègues, elle a créé trois ONG en Iran, appelées Society for Protecting the Rights of the Child, Mine Clearing Collaboration Association et Center for Defenders of Human Rights.
En 1995, elle fonde l'organisation iranienne de protection des droits de l’enfant et Mine Clearing Collaboration Association et, en 2002, avec quatre autres avocats iraniens, elle fonde le Centre des défenseurs des droits de l'homme (CDDH), affilié à la Fédération internationale pour les droits humains.
Affaires célèbres Shirin Ebadi s'investit, en tant qu'avocate, à défendre - souvent pro bono- les dissidents au régime islamique, inquiétés ou assassinés en raison de leurs positions politiques. Elle dit n'accepter que les clients dont le cas illustre les défaillances de la législation iranienne, ce qui lui permet d'essayer de faire changer les lois.
Elle représente ainsi la famille de Dariush Forouhar, et de son épouse, , deux grandes figures de l'opposition iranienne tuées à coups de couteau à leur domicile à Téhéran. Une série de meurtres vise les dissidents et terrorise la communauté intellectuelle iranienne. Les soupçons se portent sur les extrémistes de la ligne dure déterminés à mettre un terme au climat plus libéral favorisé par le président Khatami. Les meurtres auraient été commis par une équipe d'employés du ministère iranien du Renseignement. Sous la pression de l'opinion publique, le président iranien de l'époque, Mohammad Khatami, a formé un comité chargé de suivre l'affaire, qui a finalement demandé la démission du ministre des Renseignements, . , l'un des protagonistes de l'affaire, se serait suicidé en prison.
En 1999, Shirin Ebadi représente la famille , un jeune étudiant tué au cours de l'attaque de la cité universitaire de Téhéran par la milice (les bassidji). Elle est arrêtée quelques jours après avoir obtenu le témoignage accablant enregistré sur vidéo d'Amir Farshad Ebrahimi, un ancien membre de l'Ansar-e Hezbollah. Elle est accusée de diffamation et de déclarations mensongères et incarcérée à la prison d'Evin. Elle est condamnée à cinq ans de prison et l'interdiction d'exercer. Sa peine est annulée par la Cour suprême de la justice islamique, notamment grâce à une mobilisation de l'opinion internationale mais Amir Farshad Ebrahimi est condamné à 48 mois de prison dont 16 à l'isolement.
En , elle représente la mère de la journaliste Zahra Kazemi, une photographe irano-canadienne arrêtée alors qu'elle prend des photos de familles d'étudiants emprisonnés, devant la prison d'Evin. Elle est battue, maltraitée et torturée avant d'être admise à l'hôpital où elle tombe dans le coma et décède une semaine plus tard. Malgré les demandes du gouvernement canadien, son corps n'est pas rapatrié pour permettre une autopsie mais enterré en Iran. Le , un accusé est acquitté, puis, en , un tribunal d'appel ordonne la réouverture de l'enquête et le , la Cour suprême iranienne ordonne une nouvelle enquête sur l'affaire.
Shirin Ebadi défend également divers cas de maltraitance d'enfants, notamment le cas d'Arian Golshani, une enfant maltraitée pendant des années puis battue à mort par son père et son demi-frère. Cette affaire attire l'attention internationale et suscite la controverse en Iran. Shirin Ebadi en profite pour mettre en évidence les lois iraniennes selon lesquelles la garde des enfants en cas de divorce est confiée au père, même dans ce cas où le père est violent et a déjà été condamné pour toxicomanie et relations illicites. Elle plaide une interprétation erronée la loi coranique. À la suite de cette affaire -et de sa large couverture par les journaux iraniens- le parlement adopte une nouvelle loi accordant la garde des enfants à des proches ou à des orphelinats si leurs parents ne sont pas qualifiés pour s'occuper d'eux, alors que Shirin Ebadi demandait qu'un tribunal puisse décider au cas par cas qui est le mieux à même de s'occuper de l'enfant.
Dans l'affaire de Leila Fathi, une adolescente victime d'un viol collectif et assassinée. Les trois hommes ont été arrêtés, l’un s’est pendu en prison et les deux autres, jugés coupables de viol et de meurtre, sont condamnés à mort. Dans ce cas, la loi iranienne prévoit que la famille de la victime paie pour restaurer son honneur en payant le gouvernement pour l'exécution du coupable. Mais, comme la loi accorde deux fois plus de valeur à la vie d’un homme, fût-il violeur et meurtrier, qu’à celui de sa victime féminine, il doit toucher une compensation. Et c’est ainsi que la famille de Leila doit indemniser la famille des assassins. Elle se ruine pour remplir cette obligation mais n'y parvient pas, ce qui entraîne la libération de ces assassins. Shirin Ebadi donne un maximum de visibilité à cette affaire pour que les femmes réalisent à quel point leurs droits sont bafoués. Shirin Ebadi n'a pas gain de cause dans cette affaire, mais elle permet d'attirer l'attention internationale sur cette loi problématique.
Shirin Ebadi traite également quelques affaires portant sur des interdictions de périodiques (notamment les affaires , et Faraj Sarkouhi).
Elle contribue à la rédaction d'une loi contre les abus physiques à l'encontre des enfants, qui est adoptée par le parlement iranien en 2002. Les femmes membres du Parlement demandent à Shirin Ebadi de rédiger une loi expliquant comment le droit d'une femme de divorcer de son mari est conforme à la loi islamique. Elle présente le projet de loi au gouvernement, mais, selon sa biographie, les membres masculins ne l'ont même pas examiné.
En parallèle de sa profession de juge, Shirin Ebadi intervient au Forum mondial de l’économie responsable qui se tient à Lille sur le thème de la diversité en . Elle fait aussi partie en 2011 des intervenants du deuxième Sommet de Zermatt sur le thème du . Activiste des droits humains Porte-parole des femmes iraniennes ayant joué un rôle dans la campagne présidentielle de Mohammad Khatami, Shirin Ebadi se bat en faveur de la place des femmes dans la vie publique. À ce titre, elle fait partie de la direction de l’Organisation iranienne de protection des droits de l'enfant et de l’Association des défenseurs des droits de l'homme en Iran. En visite à Paris en , elle se prononce contre l'interdiction du voile à l'école, déclarant qu'il ne faut pas « fermer l’école aux musulmanes sous prétexte de voile »Ebadi contre l’interdiction du voile à l’école en France, 20 Minutes, ..
Pour ses actions politiques et en faveur de la paix, de nombreux prix lui ont été remis, dont le prix Rafto en 2001, le prix Nobel de la paix en 2003, et le prix Manhae pour la paix en . Par ailleurs, elle est membre de la fondation PeaceJam.
Shirin Ebadi intervient au Forum mondial de l’économie responsable qui se tient à Lille sur le thème de la diversité en . Elle fait aussi partie en 2011 des intervenants du deuxième Sommet de Zermatt sur le thème du .
En 2020, elle s'engage en faveur de la libération du journaliste Dawit Isaak détenu en Érythrée sans procès depuis 2011.
Le , avec la Commission internationale sur l'information et la démocratie qu'elle copréside, elle demande aux dirigeants des plates-formes numériques de prendre leurs responsabilités et de mettre en œuvre des mesures pour lutter contre la désinformation et promouvoir l'accès à une information fiable.
Prises de position politiques Shirin Ebadi s'emploie à démontrer qu'une interprétation de l'Islam qui est en harmonie avec l'égalité et la démocratie est une expression authentique de foi. Ce n'est pas la religion qui lie les femmes, mais les diktats sélectifs de ceux qui les souhaitent cloîtrées.
Ce qui ne l'empêche pas d'exprimer un amour nationaliste de l'Iran et de poser un regard critique sur le monde occidental. Elle s'oppose au chah pro-occidental, soutient initialement la révolution islamique et se souvient avec rage du renversement du Premier ministre Mohammad Mossadegh par la CIA en 1953.
Lors d'une conférence de presse peu après l'annonce du prix de la paix, elle rejette explicitement l'ingérence étrangère dans les affaires du pays :
Par la suite, Shirin Ebadi défend le programme de développement nucléaire du régime islamique : mais quels années plus tard, elle tempère sa position en déclarant que le peuple ne soutient pas le gouvernement iranien dans sa politique , puis qu'elle-même désapprouve ce programme en raison de son coût et de son danger en cas de tremblements de terre. Elle regrette également le fait que cette question occulte celle des droits humain en Iran.
Depuis la victoire d'Hassan Rohani à l'élection présidentielle iranienne de 2013, Shirin Ebadi exprime à plusieurs reprises son inquiétude face aux violations croissantes des droits humains dans son pays.