La foi baháʼíe (en persan : , prononcé ou ), aussi appelée , bahaʼisme, ou béhaïsme (vieille graphie), est une religion monothéiste proclamant l’unité spirituelle de l’humanité. Les membres de cette communauté religieuse internationale. se décrivent comme les adhérents d’une « religion mondiale indépendante »...
Pour les bahaʼis, Adam, Abraham, Moïse, Zarathoustra, Krishna, Bouddha, Jésus-Christ, Mahomet, le Báb et Bahá’u’lláh sont des manifestations de Dieu.
Cette religion a été fondée en 1863 par le Persan Mīrzā Ḥusayn-ʿAlī Nūrī (1817-1892)La naissance de la foi bahaʼie part de la déclaration faite par Bahāʾ-Allāh à son entourage qu’il est annoncé par le Bāb, alors qu’il est sur le point de quitter Bagdad pour se rendre à Constantinople. Le calendrier bahaʼi commence en l’année 1844, qui est celle de la déclaration par le Bāb de sa mission prophétique.. Son nom est dérivé du surnom donné à son fondateur : (en arabe, « Gloire de Dieu » ou « splendeur de Dieu ») . Les bahaʼis sont les disciples de Baháʼu’lláh. Ils s’organisent autour de plus de (répertoriées par le centre mondial de Haïfa) à travers le monde. Son centre spirituel (lieu de pèlerinage ) et administratif est situé à Haïfa et Acre, en Israël.
Histoire
+ Chronologie bahaʼie1844Le Bāb déclare sa mission à Chiraz, en Iran1850Le Bāb est exécuté en public à Tabriz, en Iran1852Des milliers de babis sont exécutésBahāʾ-Allāh est emprisonné et forcé à l’exil1863Bahāʾ-Allāh déclare sa mission à son entourage, à Bagdad.Il est forcé à l’exil de Bagdad vers Constantinople, puis Edirne1868Bahāʾ-Allāh est enfermé dans la ville-prison de Acre, vilayet de Syrie1892Bahāʾ-Allāh décède dans les environs d’AcreSon testament nomme ʿAbd-al-Bahāʾ en tant que successeur à la tête de la foi et interprète autorisé1908ʿAbd-al-Bahāʾ est libre de ses mouvements et entame ses voyages en Occident1921ʿAbd-al-Bahāʾ décède à HaïfaSon testament nomme Shoghi Effendi en tant que Gardien de la foi et interprète autorisé1957Shoghi Effendi décède à Londres1963La Maison universelle de justice est élue pour la
L’histoire de la foi bahá’ie suit la séquence historique de ses dirigeants spirituels, commençant le soir du par la déclaration du Báb à Chiraz, en Iran., et au mouvement shaykhi qui l’a immédiatement précédée, et se fondant toujours sur les bases d’un ordre administratif établi par les figures historiques centrales de la foi. Le Báb était un marchand qui a commencé à prêcher en 1844 qu’il était le porteur d’une nouvelle révélation de Dieu, mais fut rejeté par la majorité du clergé islamique en Iran, aboutissant à son exécution publique pour le crime d’hérésie. Le Báb a enseigné que Dieu enverrait bientôt un nouveau messager, et les baháʼís considèrent Baháʼu’lláh comme cette personne. Bien qu’ils soient des mouvements distincts, le Báb est si intimement lié à la théologie et à l’histoire baháʼíes que les baháʼís célèbrent sa naissance, sa mort et sa déclaration comme des jours saints, et le considèrent comme l’une de leurs trois figures centrales (avec Baháʼu’lláh et ʻAbdu’l-Bahá).
La communauté bahaʼie reste confinée aux empires iranien et ottoman jusqu’au décès de Bahāʾ-Allāh en 1892. Sous la direction de son fils ʿAbd-al-Bahāʾ, la religion se développe en Europe et en Amérique du Nord, et se consolide en Iran, où elle subit encore d’intenses persécutions. La mort de ʻAbdu’l-Bahá en 1921 marque la fin de ce que les baháʼís appellent « l’âge héroïque » de la religion. La direction spirituelle de la communauté entre dans une nouvelle phase, évoluant d’une direction par un individu à un ordre administratif composé d’institutions élues et d’individus nommés.
Le Bāb
gauche|vignette|Le mausolée du Báb au sommet du mont Carmel à Haïfa. Au début des années 1790 naît en Iran un mouvement chiite ésotérique et mystique sous la conduite de Šayḫ Aḥmad Aḥsāʾī. Ses disciples, appelés shaykhis, développent une lecture théosophique et ésotérique du chiisme, distincte de l’école rationaliste (usulie) majoritaire ; beaucoup d’entre eux attendent le retour de l’imam caché, le Mahdi (ou Qāʾim), pour l’année 1260 de l’hégire, soit 1844.
À la mort de Sayyid Kāẓim, le successeur de Šayḫ Aḥmad à la tête de l’école, certains de ses disciples partent à la recherche d’un nouveau maître pour prendre la direction du mouvement. Selon la croyance, l’un de ces fidèles, Mullā Ḥusayn, part dans ce but pour Chiraz après de prière et de jeûne.
À son arrivée, le , Mullā Ḥusayn est accueilli par un habitant qui l’invite chez lui. Après avoir demandé à son invité la raison de son voyage, il lui annonce être celui qu’il cherche. ( - ) est un marchand de Chiraz, en Iran, qui, à l’âge de , déclare être une manifestation nouvelle de Dieu et le Mahdi attendu (ou Qāʾim). Il prend dès lors le titre de (« porte »), et est fusillé par les autorités d’Iran six ans plus tard, à Tabriz.
Mullā Ḥusayn est le premier disciple du Bāb. En peu de temps, dix-sept autres disciples (dont une femme, Tahira) le rejoignent. Le babisme naît à ce moment. Les dix-huit premiers disciples sont dès lors connus dans le babisme comme les « Lettres du Vivant ».
Alors que les enseignements du Báb se répandaient, ce que le clergé islamique considérait comme blasphématoire, ses adeptes furent soumis à des persécutions et à des tortures accrues. Les conflits s’installent dans plusieurs endroits jusqu’à des sièges militaires par l’armée du shah. Le Báb lui-même fut emprisonné et finalement exécuté en 1850.
Les Baháʼís considèrent le Báb comme le précurseur de la foi baháʼíe, car les écrits du Báb ont introduit le concept de « Celui que Dieu rendra manifeste », une figure messianique dont la venue, selon les Baháʼís, a été annoncée dans les écritures de toutes les grandes religions du monde, et que Baháʼu’lláh, le fondateur de la foi baháʼíe, a déclaré être.
Les écrits du Báb sont considérés comme des écritures inspirées par les Baháʼís, bien qu’ils soient supplantés par les lois et enseignements de Baháʼu’lláh. Les principales œuvres écrites traduites en anglais du Báb sont compilées dans Selections from the Writings of the Báb (1976) parmi les quelque estimées.
Le tombeau du Báb, situé à Haïfa, en Israël, est un lieu important de pèlerinage pour les Baháʼís. Les restes du Báb y ont été secrètement amenés d’Iran et finalement enterrés dans le tombeau construit pour eux à un endroit spécifiquement désigné par Baháʼu’lláh.
Bahāʾ-Allāh
Le fondateur de la foi bahaʼie, Mīrzā Ḥusayn-ʿAlī Nūrī, naît à Téhéran le , dans une famille de notables originaire de Nur, dans la province iranienne du Mazandéran. Son père, Mīrzā ʿAbbās Nūrī, sert à la cour de Fath Ali Chah, puis perd ses fonctions en 1835 et meurt en 1839. Le jeune Ḥusayn-ʿAlī se montre indifférent au patronage que lui offre le Premier ministre Ḥājī Mīrzā Āqāsī. En 1844, il adhère au babisme. En 1852, il est arrêté puis envoyé en exil à Bagdad (actuel Irak) qui dépend alors de l’Empire ottoman. Au terme de d’exil dans cette ville, c’est au cours des du « festival de Riḍvān », du au , qu’il révèle à son entourage sa revendication d’être celui dont l’avènement a été annoncé par le Bāb . Il est alors contraint de quitter Bagdad pour se rendre à Constantinople, puis en décembre 1863 à Edirne (actuelle Turquie) et enfin en août 1868 à Acre (actuel Israël), alors dans le vilayet de Syrie.
Bahāʾ-Allāh (dont le nom signifie « Gloire de Dieu ») exerce sa prédication essentiellement par des écrits. Il écrit son ouvrage principal (le Kitāb-i Aqdas) dans la prison d’Acre. Depuis Edirne, puis depuis Acre à partir de 1868, il adresse des messages écrits aux dirigeants les plus éminents de son temps, parmi lesquels le shah d’Iran, le tsar de Russie , la reine Victoria, l’empereur , Napoléon et le pape Pie , qu’il exhorte à limiter leurs armements et à réaliser une paix mondiale généralisée et durable.
Bahāʾ-Allāh passe les quarante dernières années de sa vie en exil ou en prison. Ainsi, d’ jusqu’en 1877, il est enfermé dans la ville turque d’internement d’Acre, près de Haïfa. Puis il s’installe en dehors de cette ville, à la campagne, au manoir de , où il s’éteint et est enterré le . Ce lieu est devenu le point de la qibla pour les bahaʼis, la direction vers laquelle ils se tournent pour accomplir le rite de la prière rituelle obligatoire (ṣalāt).
ʿAbd-al-Bahāʾ
gauche|vignette|redresse|Portrait de ʿAbd-al-Bahāʾ pris à Paris, France, en octobre 1911. Après la mort de Bahāʾ-Allāh, la direction de la communauté bahaʼie est assurée par son fils aîné, ʻAbdu’l-Bahá (1844-1921), né à Téhéran et proclamé .
Il est surnommé le et la , interprète autorisé du message apporté par son père, qui l’avait désigné comme seul interprète d’autorité de ses écrits.
Il connaît avec son père l’exil et la prison, où il est enfermé jusqu’en 1908, date à laquelle les Jeunes-Turcs le libérèrent. Ensuite, il établit à Haïfa (actuelle Israël), suivant les directives de son père, le siège principal du mouvement bahaʼi.
En , il quitte la Terre Sainte pour se rendre en Europe où il séjourne quatre mois, notamment à Londres et à Paris. Il y rencontre à nouveau les croyants occidentaux et donne chaque jour des conférences sur la foi bahaʼie et ses principes. Au printemps 1912, ʿAbd-al-Bahāʾ entame un long voyage d’un an, à nouveau en Europe, aux États-Unis et au Canada. Ces voyages contribuent à la propagation de la foi bahaʼie en Occident ; sous sa direction, elle progresse notamment en Inde, aux États-Unis et en Europe.
Il s’éteint à Haïfa le , non sans avoir désigné comme successeur, dans la fonction de Gardien de la foi bahaʼie, son petit-fils Shoghi Effendi (1897-1957). Sa dépouille repose actuellement dans le mausolée du Bāb sur le Mont Carmel à Haïfa, en attendant la construction de son propre mausolée démarrée en 2020..
Shoghi Effendi Rabbānī
vignette|redresse|Shoghi Effendi, 1921. Le successeur de ʿAbd-al-Bahāʾ à la tête du mouvement est son petit-fils Shoghi Effendi Rabbānī (1897-1957), dont la mère est la fille ainée de ʿAbd-al-Bahāʾ, et à qui a été décerné le titre de (). Éduqué à Oxford, il s’efforce de traduire en anglais les principaux écrits bahaʼis et de développer l’Ordre administratif bahaʼi. Sous son impulsion et sa direction, secondé par d’éminents disciples nommés les Mains de la Cause de Dieu, il lance la Croisade de dix ans () en 1953, qui amènera la foi bahaʼie à être présente dans tous les pays du monde lors de son achèvement en 1963. Vers 1953, la foi bahaʼie est véritablement internationale, mais en dehors de la grande communauté bahaʼie en Iran, le nombre d’adhérents à la foi bahaʼie est très limité. Shoghi Effendi fonde six nouvelles Assemblées spirituelles nationales, qui viennent s’ajouter à celles qui existent déjà en Iran et aux États-Unis. Entre 1953 et 1963, le nombre d’assemblées spirituelles locales passe de 611 à et les assemblées spirituelles nationales passent de 12 à 56.
À la suite de son décès inopiné le de la grippe asiatique, dans des conditions ne permettant pas de désigner son successeurToutefois, certains bahaʼis, , reconnaissent Mason Remey comme second Gardien et successeur désigné., c’est un directoire composé de neuf personnes, choisies parmi les « Mains de la Cause », qui prend en charge la direction de la communauté jusqu’à l’élection en 1963 de la première Maison universelle de justice.
Administration
L’administration bahaʼie comporte deux branches : l’une élue (les dirigeants), l’autre nommée (les savants).
Les institutions élues vignette|Siège de la Maison universelle de justice.