Joseph StalineEn cyrillique : Nom de naissance en géorgien : Iosseb Bessarionis dze Djoughachvili () ; en russe : Iossif Vissarionovitch Djougachvili ()., né le Officiellement le . Quoiqu'il y ait des informations contradictoires dans les sources au sujet de la date de naissance de Staline, le registre des naissances de l'église Ouspensky à Gori mentionne la naissance de Iossif Djougachvili le ( selon le calendrier julien alors en vigueur). Cette date est également mentionnée sur son diplôme scolaire, sa fiche signalétique de la police tsariste, un procès-verbal d'une arrestation datée du où il affirme avoir , ainsi que dans tous les documents pré-révolutionnaires existants. Staline lui-même mentionne le dans un curriculum vitæ rédigé de sa main en 1921. Cependant, à partir de 1922, cette date de naissance est changée pour le ( en calendrier julien), date à laquelle sera fêté son anniversaire en Union soviétique. Le dramaturge Edvard Radzinsky suggère que ce changement fut opéré afin que la célébration du de Staline puisse se dérouler à travers tout le pays, et qu'en 1928 son pouvoir n'était pas encore suffisamment assis pour ce faire. Dans son ouvrage Staline (éd. Fayard, 2001), l'historien Jean-Jacques Marie montre en revanche qu'il avait déjà modifié sa date de naissance bien avant 1914. à Gori (Empire russe, actuelle Géorgie) et mort le à Moscou (Union soviétique, actuelle Russie), est un révolutionnaire bolchévique et homme d'État soviétique d'origine géorgienne. Il dirige l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) à partir de la fin des jusqu'à sa mort en établissant un régime de dictature personnelle absolue de type totalitaireHenry Rousso, Nicolas Werth, Stalinisme et nazisme, histoire et mémoires comparées, Éditions Complexe, 1999, .. Les historiens le jugent responsable de la mort de quatre à dix millions de personnes, ou plus de en tenant compte des faminesVoir Bilan des assassinats de masse et déportations commis sous Staline..

Né Iossif Vissarionovitch Djougachvili (en , Ioseb Besarionis Dze Jughashvili ; en ), il est surnommé Sosso (diminutif de Iossif ou de Iosseb) pendant son enfance. Il se fait ensuite appeler Koba (d'après un héros populaire géorgien) par ses amis proches et dans ses premières années de militantisme clandestin au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), auquel il adhère en . Il utilise ensuite le pseudonyme de Staline, formé sur le mot russe , qui signifie « acier ».

Acteur marginal de la révolution d'Octobre, il étend peu à peu son influence politique pendant la guerre civile russe, tissant des liens étroits avec la police politique, la Tchéka, et devenant, en , secrétaire général du Comité central du Parti communiste. Après la mort de Lénine en , il mène un jeu patient d'intrigues souterraines et d'alliances successives avec les diverses factions du Parti, et supplante un à un ses rivaux politiques, contraints à l’exil ou évincés des instances dirigeantes.

S'appuyant sur la bureaucratisation croissante du régime et la toute-puissance de l’appareil policier, la Guépéou puis le NKVD, il impose progressivement un pouvoir personnel absolu et transforme l'URSS en un État totalitaire. Le culte de la personnalité construit autour de sa personne, le secret systématiquement entretenu autour de ses faits et gestes, le travestissement de la réalité par le recours incessant à la propagande, la falsification du passé, la dénonciation délirante de complots, de saboteurs et de traîtres, l’organisation de procès truqués, la liquidation physique d’adversaires politiques ou de personnalités tombées en disgrâce sont des caractéristiques permanentes de son régime.

Il procède à la collectivisation intégrale des terres, décrétant la « liquidation des koulaks en tant que classe », et industrialise l'Union soviétique à marche forcée par des plans quinquennaux aux objectifs irréalistes et au prix d'un coût humain et social exorbitant. Son long règne est marqué par un régime de terreur et de délation paroxystiques et par la mise à mort ou l'envoi aux camps de travail du Goulag de millions de personnes, notamment au cours de la « collectivisation » des campagnes et des Grandes Purges de 1937. Il pratique aussi bien des déplacements de population massifs, dont la déportation intégrale d'une quinzaine de minorités nationales, que la sédentarisation forcée non moins désastreuse de nomades d'Asie centrale. Il nie aussi l'existence des famines meurtrières de 1932-1933 (Holodomor) et de 1946-1947, après les avoir en partie provoquées par une politique impitoyable de réquisitions forcées de produits agricoles dans les campagnes dont le blocus organisé empêche la fuite des populations rurales affamées et les prive de tout secours.

Dans un contexte international de plus en plus tendu par la montée en puissance de l'Allemagne hitlérienne, Staline engage l'Union soviétique dans des négociations avec le régime nazi qui aboutissent, en , à la signature du pacte germano-soviétique qui, jusqu'en , fait de l'URSS une alliée de l'Allemagne nazie pendant les deux premières années de la Seconde Guerre mondiale..... La coopération économique entre les deux pays entreprise après la signature des est brutalement interrompue par l'invasion allemande de l'Union soviétique en , précipitant cette dernière dans la guerre aux côtés du Royaume-Uni, alors seul face à l'Allemagne nazie. La victoire militaire finale dans un conflit qui a mis l'URSS au bord du gouffre, et dont la bataille de Stalingrad est un tournant majeur, confère à Staline un prestige international retentissant et lui permet d'affirmer son emprise sur un empire s'étendant de la frontière occidentale de la RDA à l'océan Pacifique.

Joseph Staline est également l'auteur de textes exposant ses conceptions du marxisme et du léninisme, qui contribuent à fixer pour des décennies, au sein des courants communistes liés à l'URSS, l'orthodoxie marxiste-léniniste. Sa pratique politique et ses conceptions idéologiques sont désignées sous le terme de stalinisme, et sera notamment critiqué par d'autres courants marxistes tels que les conseillistes ou les trotskystes.

Après la mort de Staline, ces pratiques sont dénoncées par Nikita Khrouchtchev au cours du congrès du Parti communiste de l'Union soviétique de 1956 : la déstalinisation et la relative détente qui s'ensuivent n'entraînent cependant aucune démocratisation du bloc de l'Est. Ce n'est qu'à l'époque de la perestroïka mise en place par Mikhaïl Gorbatchev que les crimes de Staline peuvent être dénoncés en URSS dans toute leur ampleurArchie Brown, The Rise and fall of communism, Vintage Books, 2009, pages 493-494.Nicolas Werth, « La Leçon d'histoire de Vladimir Poutine », L'Histoire, , octobre 2007..

Jeunesse et formation thumb|upright=2.7|left|La naissance de Ioseb, dans le registre des naissances de Gori.

Joseph Staline est né le dans la ville géorgienne de Gori, alors dans le gouvernement de Tiflis (Empire russe), troisième enfant et seul survivant de sa fratrie au sein d'une famille pauvre. L'aîné, Mikheil Djougachvili, naît et meurt deux mois après sa naissance en 1875, tandis que le deuxième enfant, Giorgi Djougachvili, naît en 1876 et meurt en 1877.

Le pèreLa paternité discutée de Vissarion est étudiée dans . de Staline, Vissarion Djougachvili (1850-1909) (prénom parfois aussi retranscrit Besarion), est un ouvrier cordonnier qui sombre dans l'alcoolisme et qui le batTaline Ter Minassian, Jean-Jacques Marie, Staline (compte-rendu), Revue d'études comparatives Est-Ouest, Année 1996, 27-3, . Il est originaire d'un village du Nord de la Géorgie, Djougha (d'où son nom), et on lui prête des origines ossètes. Sa mère, Ekaterina Gavrilovna Gueladzé (1858-1937), est une couturière d'Ossétie. Fervente orthodoxe, abandonnée par son mari, elle pousse son fils, , vers la prêtrise et finance difficilement ses études. De sa jeunesse, Staline resta . À cette époque, sa famille habite au 10 de la rue de la Cathédrale à Gori.

Après avoir brillamment réussi ses examens, Iossif Djougachvili entre en 1894Son inscription remonterait aux alentours du . au séminaire de Tiflis et y reste jusqu'à l'âge de 20 ans. Il y suit un enseignement secondaire général à forte coloration religieuse. Surnommée le « Sac de pierre », l'école a sinistre réputation. Rapidement, le jeune Djougachvili devient athée et commence à se montrer rebelle à l'autorité du séminaire. Il reçoit de nombreuses punitions pour lecture de livres interdits (entre autres, Les Travailleurs de la mer de Victor Hugo) et en s'inscrit à la branche locale du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR), Montefiore mentionne 1899 comme année d’entrée de Staline au POSDR dans son ouvrage La cour du tsar rouge. Malgré les faveurs que lui accorde le recteur du séminaire, il en est expulsé en , officiellement pour absence à l'examen de lectures bibliques. , se vantera par la suite l'ex-séminariste.

En , il quitte Tbilissi pour Batoumi et travaille pour l'organisation social-démocrate. Le , il est arrêté et emprisonné durant un an à Batoumi et six mois à la prison de Koutaïs. Il est envoyé en exil en Sibérie pour trois ans ; il arrive à dans la province d'Irkoutsk en et y reste en assignation à résidence jusqu'en .

Révolution de 1905 et clandestinité thumb|upright|Staline en 1902. vignette|Photographie d'identité judiciaire de Staline à la suite de son arrestation à Bakou, en 1910. Iossif Djougachvili commence alors sa carrière de révolutionnaire sous le surnom de KobaKoba (Ours) : héros du Patricide, roman de l'écrivain géorgien Alexandre Kazbegui, qui a une forte influence sur Staline, qu’il avait découvert au séminaire .. Il se fait arrêter à de nombreuses reprises. En 1907, il est impliqué dans des braquages de banques sanglantsLe (calendrier julien), plus de 40 personnes sont tuées lors de l'attaque de la banque d'État de Tbilissi. (, « prologue : the bank-robbery », , et la recension d'Andrew Nagorski, « New Stalin, Old Stalin, Same Stalin », Newsweek, 25 octobre 2007. servant à financer le PartiDominique Venner, Le Siècle de 1914 : utopies, guerres et révolutions en Europe au , Pygmalion, 2006, 408 pages, 125 .Stéphane Courtois, « Comment comprendre Staline », Académie des sciences morales et politiques, séance du lundi 24 février 2003., comme le braquage commis à Tbilissi, en juin, qui rapporte ou Jean Benoît, Staline, Resma, 1969, 301 pages, 46, qui précise qu'un « autre eut pour théâtre le vapeur Nicolas-II, ancré à Bakou » et que « le vrai rôle de Staline dans ces coups de force fut longtemps dissimulé »..

Il est déporté sept fois en Sibérie, la première fois en 1902. Il s’évade six fois, notamment en 1904, année où il adhère à la faction bolchevique du POSDR. C’est également en 1904 qu’il rencontra la famille Allilouïev, dont les parents de Nadejda Allilouïeva, sa future seconde épouse, alors âgée de trois ans, et par ce biais d’autres futurs responsables soviétiques, dont Mikhaïl Kalinine, dit et Avel Enoukidzé, parrain de Nadia.

thumb|left|Pavel Axelrod (à gauche), Julius Martov et Alexandre Martynov à Stockholm en 1917.

En 1905, il ne participe pas à la révolution ; il affirme ultérieurement qu’il se trouvait alors en train de préparer des révoltes en Kartalinie. Une fois la révolution terminée, il représente l'union caucasienne à la première conférence bolchevique à Tampere en Finlande. Il y rencontre pour la première fois Lénine. Il fait en 1924 un récit élogieux de cette rencontre, une semaine après la mort de Lénine :