La bataille des Thermopyles, l'un des plus célèbres faits d'armes de l'histoire antique et des guerres médiques, oppose une alliance des cités grecques à l'Empire achéménide en août ou septembre L'armée grecque, environ , tente de retenir l'armée perse de , laquelle compte, selon les estimations modernes, entre à l'entrée du défilé des Thermopyles qui commande l'accès à la Grèce centrale, le long de la mer Égée.
À la suite d'une manœuvre de contournement par les Perses, la plupart des Grecs abandonnent le champ de bataille à cause de la trahison d'un des leurs et seuls les spartiates commandés par le roi , ainsi que de Thespies sous les ordres de Démophilos, décident de combattre jusqu'au sacrifice, malgré une infériorité numérique prononcée, pour laisser aux Grecs le temps d'organiser leur défense. Cette bataille devient l'un des symboles de la résistance grecque à l'envahisseur car, grâce à elle et malgré la prise d'Athènes par les Perses, les Grecs conservent leur indépendance après leurs triomphes à Salamine, en , et à Platées, en
Au sommet du Kolonós, théâtre de l'ultime résistance spartiate, sur lequel a été érigé un mausolée, une inscription du poète Simonide de Céos commémore cette action :
Le courage et le sacrifice des Spartiates, entrés dans le mythe, ont été repris maintes fois par la culture populaire, même si les Perses ont obtenu une victoire provisoire au prix de pertes considérables et de l'espoir d'une conquête facile de la Grèce.
Sources vignette|Buste d'Hérodote, musée de l'Agora antique d'Athènes.|alt=Photo couleur d'une sculpture représentant le buste de d'Hérodote.
La principale source sur les guerres médiques est l'historien grec Hérodote. Surnommé le « Père de l’Histoire » par Cicéron., il est né en en Anatolie alors sous domination perse.. Il rédige ses Histoires vers 440–430 , essayant de retracer l'origine des guerres médiques. L'approche d'Hérodote, nouvelle, se poursuit aujourd'hui. En effet, selon Holland : ..
Quelques historiens ultérieurs de l'Antiquité le critiquent, même s'ils suivent ses pas, notamment Thucydide... Malgré tout, ce dernier commence son histoire de la guerre du Péloponnèse là où Hérodote arrête les siennes (au siège de Sestos en 479 ) ; il reconnaît donc de façon implicite que les Histoires d'Hérodote sont suffisamment exactes pour ne pas avoir à les réécrire ou les corriger. Plutarque critique Hérodote dans son essai Sur la malignité d'Hérodote, le qualifiant de « philobarbaros » (ami des Barbares), parce qu'il ne montre pas suffisamment les Grecs sous leur meilleur jour, ce qui laisse supposer qu'Hérodote aurait fait preuve de neutralité. Cette appréciation négative d'Hérodote s'est transmise en Europe jusqu'à la Renaissance, époque où il est néanmoins encore étudié. Sa réputation se rétablit pendant le à la suite des découvertes archéologiques qui confirment ses écrits.. Au , les spécialistes donnent une très bonne note à ses Histoires, même si plusieurs détails prêtent à débat (particulièrement le nombre de soldats et les dates) et doivent donc être considérés avec prudence. Néanmoins, certains historiens pensent encore qu'il a forgé de toutes pièces ses Histoires.
Des artefacts archéologiques, telle la colonne serpentine (qui fait partie de l'hippodrome de Constantinople actuel), confortent les affirmations d'Hérodote (consulter la note sous le texte principal de la page). George B. Grundy est le premier historien moderne à mener une étude topographique approfondie du défilé des Thermopyles, et dans la mesure où les récits modernes de la bataille diffèrent de celui d'Hérodote, ils s'appuient en général sur ses travaux. Par exemple, le stratège militaire Basil Henry Liddell Hart se réfère aux travaux de Grundy, qui a aussi étudié Platées et rédigé un traité sur cette bataille.
Sur la bataille des Thermopyles même, seuls deux récits principaux nous sont parvenus, ceux d'Hérodote et de Simonide de Céos. En pratique, toutefois, le récit d'Hérodote, dans le livre VII de ses Histoires, est si important que l'historien Paul Cartledge note : « ou bien nous écrivons l'histoire des Thermopyles avec [Hérodote], ou bien pas du tout ». Un autre document est un résumé du récit de Ctésias, par l'historien byzantin du , mais c'est « presque pire qu'inutile » parce qu'il omet des épisodes essentiels de la bataille, telle la trahison d'Éphialtès de Trachis. Le récit de Diodore de Sicile, dans son Histoire universelle, semble dériver de celui d'Éphore de Cumes et contient une différence notable par rapport au récit d'Hérodote : une attaque nocturne contre le camp perse, ce dont les historiens modernes doutent.
Contexte
Les cités-États grecques d'Athènes et d'Érétrie ont stimulé la malheureuse révolte de l'Ionie contre l'Empire perse de en 499-494 . Relativement récent, cet empire est encore le théâtre de révoltes contre le pouvoir central. De plus, Darius est un usurpateur et a pris un temps considérable pour mater les révoltes contre son règne.
La révolte de l'Ionie menace l'intégrité de son territoire ; Darius a donc juré de punir les responsables, particulièrement les Athéniens, « parce qu'il s'assurerait que [les Ioniens] ne seraient pas impunis pour leur rébellion ». Darius apprécie aussi l'opportunité d'étendre son Empire dans la belliqueuse Grèce antique. Une expédition préliminaire sous le commandement de Mardonios, en , pour prendre le contrôle de territoires à proximité de la Grèce, permet de reconquérir la Thrace et oblige la Macédoine grecque à devenir cliente de l'Empire perse.
Darius envoie des émissaires à toutes les cités-États grecques en pour exiger « de l'eau et de la terre » en signe de soumission. Ayant eu une démonstration de son pouvoir l'année précédente, la majorité des cités grecques se soumettent. À Athènes, toutefois, les ambassadeurs sont soumis à un procès puis exécutés ; à Sparte, ils sont simplement jetés dans un puits. Sparte décide donc d'entrer en guerre contre l'Empire perse.
regroupe une force navale en , sous le commandement de Datis et Artapherne qui attaquent Naxos la même année, avant de recevoir la soumission des autres îles Cyclades. La force armée se rend ensuite à Érétrie, qu'elle assiège puis détruit. Finalement, elle se rend à Athènes, débarquant dans la baie de Marathon, où elle affronte l'armée ennemie, plus petite mais plus lourdement armée. Contre toute attente, les Athéniens gagnent la bataille de Marathon, ce qui oblige les débris de l'armée perse à se réfugier en Asie.
Darius, en prévision d'une seconde invasion, commence à lever une armée plus grande pour complètement soumettre la Grèce antique. Cependant, en , ses sujets égyptiens se révoltent, ce qui l'oblige à suspendre ses projets d'invasion. Il meurt pendant les préparatifs ; son fils occupe à son tour le trône perse. Il écrase la révolte égyptienne, puis reprend rapidement le projet d'invasion de son père. S'agissant d'une invasion à grande échelle, il planifie des entrepôts et lance une conscription. Xerxès décide d'une part de faire fabriquer un pont au-dessus de l'Hellespont (Dardanelles), pour permettre à son armée de passer à pied sur le continent européen, et d'autre part de faire creuser un canal à travers l'isthme du mont Athos. Ces deux ouvrages sont d'une ampleur exceptionnelle pour l'époque. Pourtant, au début de 480 , les préparatifs sont achevés et, avec l'armée regroupée à Sardes, Xerxès marche vers l'Europe, les soldats franchissant l'Hellespont sur deux ponts flottants. Selon Hérodote, l'armée de Xerxès est si vaste que, arrivée sur les rives de la rivière Echedoros, les soldats l'épuisent complètement pour étancher leur soif. Devant une telle force, plusieurs cités grecques préfèrent accéder aux demandes perses qui exigent le tribut de l'eau et de la terre.
Les Athéniens, de leur côté, se préparent à la guerre depuis le milieu des années 480 En 482, la décision est prise (sous la supervision de l'homme politique athénien Thémistocle), de construire une grande flotte de trières qui sera essentielle pour s'opposer efficacement aux Perses. Toutefois, les Athéniens manquent de soldats pour combattre à la fois sur terre et sur mer ; en conséquence, pour vaincre, Athènes doit obtenir la collaboration d'autres cités-États grecques. En , Xerxès envoie des ambassadeurs en Grèce pour exiger le tribut « de l'eau et de la terre » tout en omettant délibérément de les envoyer à Athènes et Sparte. En réaction, les cités-États commencent à apporter leur soutien aux deux cités. Un congrès de cités-États à Corinthe, à la fin de , mène à la création d'une confédération de cités-États. Celle-ci jouit du pouvoir d'envoyer des plénipotentiaires pour demander de l'aide et l'envoi des troupes des cités membres sur les lieux à défendre, après consultation conjointe. Cette collaboration est remarquable dans ce monde grec disjoint, d'autant plus que plusieurs membres de la confédération sont toujours en guerre les uns contre les autres.
Le « congrès » se réunit à nouveau au printemps de 480 Une délégation de Thessalie suggère de concentrer les forces grecques dans la vallée de Tempé, à la frontière de Thessalie, où elle pourrait bloquer l'avance de l'armée de Xerxès . Une force de est envoyée dans la vallée, les Grecs croyant y affronter l'armée perse. Néanmoins, sur place, avertie par que les Perses peuvent emprunter le passage de Sarantoporo (et donc éviter la vallée) et que l'armée de Xerxès est immense, l'armée grecque fait retraite. Peu après, les Grecs apprennent que l'armée de Xerxès a franchi l'Hellespont.
Thémistocle propose une seconde stratégie. La route méridionale de la Grèce (Béotie, Attique et Péloponnèse) emprunte le défilé des Thermopyles, là où les Grecs pourraient facilement bloquer l'immense armée perse. De plus, pour interdire à l'armée de Xerxès de contourner le défilé par la mer, les navires d'Athènes et des alliés pourraient bloquer le détroit de l'Artémision. Le congrès adopte ce plan. En même temps, les cités du Péloponnèse mettent au point un plan de rechange pour défendre l'isthme de Corinthe. Les femmes et les enfants d'Athènes sont évacués massivement vers Trézène, cité du Péloponnèse.
Prélude
Selon les historiens de cette époque, l'armée perse aurait progressé lentement en Thrace grecque et en Macédoine grecque. La nouvelle d'une armée ennemie en approche atteint la Grèce grâce à un espion grec. À ce moment de l'année, les Spartiates, de facto les meneurs militaires de l'alliance, célèbrent les Karneia. Toute démonstration militaire est interdite par la loi sparte, ce qui explique leur absence à la bataille de Marathon. C'est aussi le moment des jeux olympiques, qui exigent une trève. Pour ces deux raisons, l'armée spartiate doit renoncer à faire la guerre.. Toutefois, devant l'urgence de la situation, les éphores autorisent une expédition armée pour bloquer le défilé des Thermopyles. prend avec lui de la garde royale, les Hippeis. Cette expédition poursuit un second but : rassembler le plus de soldats grecs possibles pour contenir l'armée perse en attendant l'armée spartiate principale.
Selon la légende rapportée par Hérodote, les Spartiates ont consulté l'oracle de Delphes plus tôt cette année-là, qui aurait prophétisé :
Hérodote rapporte que Léonidas, influencé par la prophétie, est convaincu d'aller à une mort certaine puisqu'il ne peut rassembler une force armée suffisamment grande pour vaincre. Il ne choisit comme soldats que des Spartiates qui ont au moins un fils vivant, pour s'assurer que leur nom ne sera pas ignoré des générations futures.