Zoroastre, aussi appelé Zarathushtra ou Zarathoustra, est une figure considérée comme le prophète et fondateur du zoroastrisme. Il est difficile, étant donné cette époque reculée et l'importance du personnage, sources de nombreuses narrations épiques et même d'affabulations, de donner des dates et des lieux précis à son sujet. Il serait né dans le Nord ou l'Est de l'actuel Iran. Traditionnellement, l'histoire de sa vie est présentée comme se déroulant entre les mais de nouvelles études tendent aujourd'hui à repousser cette estimation pour finalement situer sa vie entre les ..

Quelques bribes de sa vie sont connues grâce aux hymnes gathiques (en persan "gathas" گاتاها) de l'Avesta (en persan اوستا), rédigés en vieux Persan, tandis que le reste de l'Avesta est composé de "vedas" (hymnes) rédigés dans une langue indo-iranienne archaïque, vieille d'environ , l'avestique. Cette dernière se montre très proche des textes védiques indiens du Rig-Véda, où l'on retrouve le même type de grammaire que dans le livre saint de Zoroastre. On le connaît aussi à travers la tradition qui rapporte un récit épique de sa vie, tel un scénario exemplaire empli d'événements surnaturels et de miracles. Il est donc perçu comme un personnage historique, mais les dates à son sujet sont très discutées.

Dès le Eusèbe de Césarée, évêque et écrivain, écrit dans sa Préparation Évangélique : « La plus belle définition de la divinité qui se trouve parmi les Anciens est celle de Zoroastre. »

Depuis les années 1980, une partie des chercheurs ont toutefois émis l'hypothèse que Zarathustra ne serait pas une figure historique, mais mythologique. En effet, en dehors des témoignages étrangers ou tardifs, les Gathâs, la partie la plus ancienne de l'Avesta, font de Zarathustra la figure idéale du prêtre, et non l'auteur ou le prophète à l'origine d'une réforme religieuse comme on a tendance à le croire.

Nom de Zoroastre Sur l'étymologie du nom Zarathoustra, de très nombreuses hypothèses ont été émises, parmi lesquelles on trouve : adonné à l'agriculture (chez Ascoli), semence de la déesse Ishtar (chez Henry Rawlinson), splendeur de l'or (chez Jules Oppert). Eugène Burnouf voit dans ce mot, le composé bahuvrihi en avestique, zaraϑ-uštra, la finale uštra désignerait le chameau ou dromadaire mais plusieurs hypothèses existent concernant la première partie du mot. Il pourrait s'agir de l'adjectif « jaune », ou bien de l'adjectif « vieillissant » ce qui donnerait « celui qui possède de vieux chameaux » ou « celui qui possède des chameaux jaunes », p. 154-155..

Mais une autre hypothèse, décomposant le mot en Zara-Thustra, le traduit en «astre d'or» (, Anquetil-Duperron).

La traduction grecque du nom en Ζωροάστρης (Zôroástrês), par confusion avec les prêtres chaldéens spécialisés en astronomie, conduit à la version française Zoroastre.

La forme grecque du nom, (Zôroástrês), a donné lieu dans l’Antiquité à une étymologie populaire le rattachant aux astres. Diogène Laërce rapporte que Dinon, dans le livre V de ses Histoires, interprétait le nom comme (astrothytès), c’est-à-dire « sacrificateur aux astres » ; Hermodore partageait cette interprétationDiogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres, I, 8 : . Voir Dominique Lenfant, « Les Histoires perses de Dinon et d’Héraclide », dans Des origines à la fin de l’Empire achéménide, Paris, Les Belles Lettres, 2009, p. 116-119, fragment 5.. Cette interprétation grecque ancienne n’est toutefois pas retenue par la linguistique moderne : elle constitue une étymologie suggestive, mais dépourvue de base linguistique, du nom avestique ZaraθuštraChiara Ombretta Tommasi, « L’astre vivant : quelques remarques sur le statut prophétique de Zoroastre dans la littérature gréco-romaine de l’Antiquité tardive », Revue de l’histoire des religions, vol. 238, no 2, 2021, p. 323-325, ..

Le (Magikos), ouvrage attribué à Aristote et aujourd’hui perdu, est également mentionné par Diogène Laërce, au même passage, parmi les sources relatives aux mages ; il ne doit cependant pas être présenté comme la source de l’interprétation « sacrificateur aux astres », que Diogène attribue explicitement à Dinon. L’attribution du Magikos à Aristote est discutée : André-Jean Festugière y voyait « un faux contemporain des ouvrages de l’Ancienne Académie et du Lycée portant sur la sagesse orientale »André-Jean Festugière, « Grecs et sages orientaux », Revue des études grecques, vol. 58, 1945, p. 1-65..

Enseignement de Zoroastre Zoroastre, dit « fils d'Ormuzd », « fils d'Horomasde ». ou « fils de Pouruchaspa » aurait commencé sa vie comme prêtre de la religion régnant alors en Perse, le mazdéisme, qui comportait entre autres de nombreux rites sacrificiels, en particulier d'animaux. Il eut une série de visions, dans lesquelles il vit Ahura Mazda (en persan : اهورامزدا), divinité suprême, et commença alors une prédication, prêchant : la venue du Royaume de Justice, la coopération à l'œuvre de Dieu (Ahura Mazda), sous peine de châtiment total ; le dieu Ahura Mazda, élevé au rang de dieu suprême, reléguant les autres divinités de la religion à un rang secondaire ; une forme de monothéisme (Ahura Mazda) et de dualisme à la fois, dualisme cosmique (Esprit Saint/Esprit Mauvais) et dualisme éthique (bien/mal). Ce thème sème le désaccord entre les savants en mazdéisme : Plutarque est pro-dualisme, Martin Haug pro-monothéisme, Walter Henning pro-dualisme, Gherardo Gnolli pro-monothéisme, etc. Yasna gâthâ 30.3 et 30.4 (trad. J. Duchesne-Guillemin) : Donc deux Esprits, Angra Mainyu (l'Esprit Mauvais, la Mauvaise Pensée ; Ahriman en moyen-perse) (45.2) et Spenta Mainyu (l'Esprit Saint) (44.7) ; Ahura Mazda est le père de Spenta Mainyu, d'Asha, de Vohu Manah, d'Armaiti. Et deux choix : Asha (Justesse) et Druj (Tromperie, Mensonge). la critique des pratiques de la religion traditionnelle notamment le culte de Mithra dans les cultures indo-iraniennes de l'âge du Bronze – ce qui lui attire les foudres des prêtres –, car ces sacrifices d'animaux étaient particulièrement cruels (du fait de sa conviction qu'eux aussi possédaient une âme)Dans l'Encyclopédie des religions de Gerhard J. Bellinger. et qu'ils constituaient une source de revenus pour les dirigeants religieux ; la condamnation de la consommation de boissons enivrantes — haoma (cf. le soma, en sanskrit) —, qui empêche l'homme de réfléchir avec clarté et qui avait cours dans le mithraïsme.

L'ancienne religion perse était soutenue essentiellement par les familles aristocratiques guerrières. Or les arguments de justice et de conscience personnelle heurtèrent profondément les coutumes et les mentalités de ces mêmes vieilles familles. Non seulement ses idées ne plurent pas, mais surtout elles remettaient en cause le pouvoir établi. Pourchassé par le peuple, il dut s'enfuir pour sauver sa vie.

Cette première victoire de Zoroastre va en engager d'autres : Hystaspès contraint ses sujets, puis les sujets qu'il a vaincus à la guerre, à se convertir au zoroastrisme. La religion s'étend, surtout en Perse et chez les Parthes qui en font une religion officielle, et la dotent d'une véritable institution ecclésiastique – la caste des Mobads – qui aura une grande influence dans les affaires de l'État ainsi que la politique.

Datation Encore une fois, les dates de naissance et de mort de Zoroastre sont des données imprécises et discutées, qui varient grandement selon les sourcesacademia.eduzarathushtra.com. Dans la mythologie persane, notamment le Šahnāma, mais également dans ce que l'on peut entendre de la tradition orale, Zoroastre aurait vécu entre l'an -1000 et l'an -400.

Datation légendaire. Zoroastre était célèbre durant l'Antiquité pour avoir fondé la religion des Mages. Son nom est cité par Xanthos de Lydie, Platon, Plutarque, Pline l'Ancien, Diogène Laërce. Les estimations grecques, influencées par la mythologie perse sur les grands cycles de , proposent des dates très reculées : -6480 selon Xanthos de LydieDiogène Laërce, I, 2 : "Xanthos le Lydien dit qu'il y eut de Zoroastre jusqu'à la traversée de Xerxès.", -6350 selon Pline l'AncienPline l'Ancien, Histoire naturelle, XXX, 3., -6300 selon Eudoxe, -6200 selon Hermodore, -6000 selon PlutarquePlutarque, Isis et Osiris, 46, ..

Datation haute (Gâthâs antérieurs au )Jean Kellens, « Réflexions sur la datation de Zoroastre », apud Jerusalem Studies in Arabic and Islam, vol. 26, 2002.. « SkjaervøOktor Skjaervø, « Hymnic Composition in the Avesta », Die Sprache, 36.2, 1994. est partisan d'une datation ultra-haute, puisqu'il situe les Gâthâs en 1700 avant notre ère et les textes des Yashts en 900 avant notre èreCes poèmes sont écrits en vieil iranien, donc antérieurs aux textes avestiques, tels que les mantras en ancien avestique ou le sanskrit ancien du Rig Veda. Selon des fouilles effectuées au Turkménistan à Merv en 2006, sa date d'écriture remonterait entre 2000 et 1700 avant J.-C. (Thibault Marconnet). » Khosro Khazai Pardis retient aussi -1700 et mentionne les travaux du savant iranien contemporain Zabih Behrouz (2004), fondés sur des indications astronomiques, qui placent précisément le début de la rédaction des Gathas en -1738Khosro Khazai Pardis, Les gathas, Albin Michel, 2011, p. 39.. L'analyse linguistique des Gāthās, seuls textes directement liés à Zoroastre, et la comparaison avec les langues actuelles et passées de l'Iran et le sanskrit, donnent une estimation globale entre -1400 et -1000 (Mary Boyce, A History of Zoroastrianism, 1989.). Des estimations actuelles (B. C. Hummel, Lommel, Geldner...)Karl Friedrich Geldner, Awwestaliteratur, 1896 ; Avesta. The Sacred Book of the Parsis, Stuttgart, 1889-1896. Herman Lommel, Die Religion Zarathustras, Tübingen, 1930. Dastur M. N. Dhalla, History of Zoroastrianism, 1938, rééd. 1985. situent l'époque de Zoroastre autour de -1000. Jean Kellens invite à « placer Zarathustra aux alentours de l'an mil avant notre ère »Jean Kellens, Qui était Zarathustra ?, Université de Liège, éd., 1984, p. 14.. Bartholomae propose 900 av. J.-C.Christian Bartholomae, Zarathustras Leben und Lehre, 1924..

Datation moyenne (entre ). L'approche historique compare les coutumes sociales décrites dans les Gathas à celles connues par l'étude historique — mais à cause du caractère « ésotérique » des Gāthās, qui prêtent à l'interprétation libre, l'estimation est plus difficile. Les savants sont nombreux à pointer les A. V. Williams Jackson, Zoroaster, the prophet of ancient Iran (1899), Nabu Press, 2010. Ernst Herzfeld, Zoroaster and his world, Princeton, 1947. Walter B. Henning, Zoroaster, Oxford, 1951. Ilya Gershevitch, "Approaches to Zoroaster's Gathas", Iran, vol. 33, 1995. Gherardo Gnoli, Zoroaster in History, New York, 2000. : 660 av. J.-C. selon Arthur ChristensenArthur Christensen, Les Kayanides, 1931-1932, 660-583 selon Jackson, 618-541 selon Henning, 570-550 selon Ernst Herzfeld, 589-512 selon Anquetil-DuperronAnquetil-Duperron, Zend-Avesta, 1771, 3 vol.. Walther Hinz suppose une rencontre entre Zoroastre et Cyrus II, fondateur de l'Empire perse achéménide entre -550 et -530Walther Hinz, Zarathustra, W. Kohlhammer Verlag, 1961.. Pour les parsis : 660-583 av. J.-C., sous les rois mèdes Phraortès, Cyaxare et AstyageEdward William West, Pahlavi Texts, part V, Oxford, coll. "Sacred Books of the East", vol. 47, 1897, p. XXXVIII. Jean Varenne, Zarathustra et la tradition mazdéenne, Seuil, coll. "Maîtres spirituels", 1960, ..

Datation pahlevie. Le Būndahišn (Création), un texte important du zoroastrisme, indique que Zoroastre vivait 258 ans avant la conquête de la Perse par Alexandre le Grand (en -330), c'est-à-dire en -588Bûndahishn, chap. 36. Viktor Floigl, Cyrus und Herodot, Leipzig, 1881, . Walter B. Henning, Zoroaster, Oxford, 1951, ., sous le roi mède Cyaxare.