Charles Théodore Antoine Meinrad de Belgique, comte de Flandre, né le à Bruxelles et mort le à Ostende, est le second fils du roi Albert et d'Élisabeth en Bavière. Il est régent du royaume de Belgique du au , alors que son frère aîné, le roi Léopold III, reste dans l'impossibilité de régner en raison de la polémique sur son comportement pendant la Seconde Guerre mondiale..

Biographie

Jeunesse gauche|vignette|Photographie, de Charles de Belgique, comte de Flandre, début des années 1900 (vers 1905-1906 ?). Charles Théodore Henri Antoine Meinrad, prince de Belgique, duc de Saxe, prince de Saxe-Cobourg-Gotha, naît le au palais du marquis d'Assche à Bruxelles. Il est le second fils du roi Albert de Belgique et de la reine Élisabeth. Il porte le prénom de son grand-père maternel, le duc Charles-Théodore en Bavière. Il a un frère aîné, le roi Léopold III, et a une sœur, laquelle deviendra par mariage la reine Marie-José d'Italie. En 1910, il est fait comte de Flandre par son père (titre qui précède désormais celui de prince de Belgique).

Lors de l'invasion de la Belgique par les Allemands en août 1914, les trois enfants du couple royal sont envoyés en Angleterre où ils séjournent durant toute la Première Guerre mondiale, y poursuivant des études, alors que le roi Albert et la reine Élisabeth restent en Belgique avec l'armée belge qui continue à combattre. Le prince Charles entreprend ensuite sa formation militaire dans la Royal Navy jusqu'en 1926, année où il rentre en Belgique.

En 1917, les Alliés lui proposent le trône de Grèce laissé libre après le départ du roi Constantin jugé trop germanophile, mais son père refuse cette offre.

Dans les années 1930, le prince Charles commence à constituer son domaine de Raversyde à la côte belge et restaure l'aile gauche du château de Laeken à Bruxelles. Il apparaît lors de certaines cérémonies protocolaires. En 1935, la reine Astrid, l'épouse de son frère, le roi Léopold III, est tuée dans un accident de voiture en Suisse.

Pendant la guerre En 1940, le prince Charles participe à la campagne des dix-huit jours : il visite les postes de commandement et fait rapport chaque soir à Léopold III et à ses généraux. Il approuve la capitulation de l'armée belge décidée par son frère, mais leurs opinions divergent ensuite : Charles est anglophile, tandis que l'entourage de Léopold conseille l'expectative vis-à-vis des alliés.

De 1940 à 1944, Charles vit dans les appartements de l'aile gauche du château de Laeken et son frère, qui se remarie en 1941 avec Lilian Baels, dans l'aile droite. Le palais est entouré d'une garde allemande, les deux frères étant en résidence surveillée, ainsi que la reine mère Élisabeth. Cette surveillance n’empêche cependant pas le prince de passer de nombreux séjours au château de Brugelette chez Robert Goffinet, son mentor et homme de confiance.

Pour bien apprécier la situation qui sera celle du prince Charles après la guerre, lorsqu'il sera prince régent, il faut connaître la politique du gouvernement belge libre exilé à Londres. Pendant toute la guerre, ce gouvernement, privé par la force des événements du contreseing du roi, prend collégialement toutes ses décisions en attendant de soumettre sa politique au parlement dès que possible, et ce en application de la constitution qui prévoit une telle procédure dans le cas d'empêchement royal. Il s'agit, pour ce gouvernement, d'acquérir une crédibilité auprès des Alliés par un effort de guerre sérieux. Réunissant les énergies de Belges qui ont pu fuir l'occupation allemande du pays, le gouvernement s'engage dans une politique qui renonce à la neutralité que le roi avait voulu défendre jusqu'au bout, mais que l'agression allemande a rendue caduque.

La Belgique libre s'engage donc dans la guerre aérienne avec 29 pilotes dans la bataille d'Angleterre puis, par la participation de trois escadrilles belges dans la Royal Air Force, la reconstitution d'une force armée belge en Grande-Bretagne, les victoires belges de la campagne d'Abyssinie et l'important effort économique du Congo belge avec, notamment, grâce à la marine marchande qui a échappé aux Allemands, les livraisons d'uranium et de diverses matières premières dans le cadre des accords belgo-américains de 1941. Ce dernier aspect de la politique de guerre des Belges libres est rendu possible par le maintien du Congo belge sous l'autorité exclusive du gouvernement, bien que, au moment de la reddition, le roi se soit montré partisan d'une neutralisation du domaine colonial belge.

On a su, depuis, que Léopold III essayait de protéger le Congo d'une mainmise anglaise qui aurait pu être perpétrée en profitant de l'effacement politique de la Belgique. En effet, le roi savait, par ses relations dans la noblesse anglaise, que le Premier ministre britannique Chamberlain avait échafaudé, à la fin de 1938, un projet de partager le Congo belge avec l'Allemagne pour apaiser les appétits impérialistes d'Hitler. C'était la continuation, au détriment de la Belgique, d'une part, de l'esprit colonial britannique qui avait exproprié les Allemands de toutes leurs colonies après la Grande guerre et, d'autre part, de l'esprit des accords de Munich par lesquels la France et le Royaume-Uni avaient cédé à l'Allemagne la Tchécoslovaquie croyant sauver la paix. C'était bafouer la souveraineté belge.

Aussi, plutôt qu'une neutralisation illusoire, le passage du Congo sous l'autorité exclusive du gouvernement belge en exil à Londres mit-il fin à toute tentative étrangère de s'approprier le domaine africain de la Belgique, d'autant plus que les forces coloniales belges appuyaient victorieusement les troupes britanniques dans la campagne d'Abyssinie, d'abord avec la reddition italienne à Asosa devant les troupes du lieutenant-général Auguste-Edouard Gilliaert et du colonel Edmond Van der Mersch suivie des combats de Gambela et de la Bortaï couronnés par la victoire de Saïo. Ainsi, après la défaite de 1940, la Belgique s'affirmait à nouveau comme puissance autonome. Voulant profiter de cette situation, le gouvernement tenta de renouer des contacts avec le roi Léopold et son frère Charles vivant au château de Laeken, à Bruxelles, sous surveillance allemande.

On ne peut que supputer les suites qu'auraient pu avoir ces tentatives. En effet, un émissaire clandestin du gouvernement, le propre beau-frère du premier ministre Pierlot, qui était parvenu clandestinement jusqu'à Bruxelles pour y rencontrer le roi et son frère, fut arrêté par les Allemands au cours de son voyage de retour vers Londres et fusillé. Le gouvernement persévéra cependant dans sa volonté d'imposer sa légitimité en Belgique occupée, nouant progressivement des contacts avec l'armée secrète, un important mouvement de résistance parmi d'autres qui sont nés spontanément dans la clandestinité.

Le fonctionnement du gouvernement belge à Londres, avec son administration de fonctionnaires belges réfugiés, est financé, comme l'ensemble de l'effort de guerre belge sur divers théâtres d'opérations, par l'or du Congo et la partie du trésor belge qui a pu être évacuée aux États-Unis, ainsi qu'avec les avances sur les payements dus par l'Amérique pour les fournitures belges de guerre en provenance du Congo (céréales, caoutchouc et minerais stratégiques dont, notamment, l'uranium). Tout cela va avoir des répercussions, à la libération, sur les relations entre le gouvernement et le roi qui n'a pu, évidemment, pendant quatre ans, donner ses avis ni apporter son appui aux divers aspects de la politique gouvernementale.

Régent Alors que le roi Léopold III et sa famille avaient été emmenés en Allemagne par les Allemands le , le prince Charles se cachait dans une petite ferme de Sart-lez-Spa. En , la Belgique est libérée par les Alliés avec la participation d'une unité belge, alors que le roi est prisonnier on ne sait où en Allemagne. Dans cette situation, il est nécessaire de pourvoir à la vacance du pouvoir royal afin de compléter le pouvoir exécutif dont le roi est partie intégrante.

Dès , le gouvernement va demander l'aval du parlement pour sa politique durant quatre ans et demi et, dans la foulée, décide de proposer de confier la régence à Charles. Les parlementaires, réunis pour la première fois depuis le , sont 264 sur 369. Parmi les absents, certains sont prisonniers en Allemagne, quelques-uns résident dans la partie du pays non encore libérée, d'autres encore, des collaborateurs de l'ennemi, sont en fuite et aussi, on le saura à l'heure des bilans, des morts pour faits de guerre : 217 votes se portent sur le frère du roi, 47 s'abstiennent. Le prince Charles prête alors le serment constitutionnel de régent et entre en fonction le . Il sauve ainsi le régime monarchique décapité par l'absence du roi et, en même temps, il avalise l'approbation donnée par le parlement à la politique menée par le gouvernement en exil durant toute la guerre. Dès lors, Charles va exercer les prérogatives royales jusqu'au retour du roi Léopold III en Belgique le .

Dès la fin de 1944, alors que la régence de Charles vient de commencer, le testament politique du roi Léopold est porté à la connaissance du nouveau gouvernement Pierlot qui vient d'avoir la confiance du parlement, le premier ministre se succédant à lui-même après les quatre ans du gouvernement de Londres. La publication de ce testament révèle que ce gouvernement est critiqué par le roi qui fait des réserves sur les accords commerciaux conclus dans le cadre de l'effort de guerre et demande des excuses aux ministres partis à Londres après l'avoir, dit-il, insulté pour avoir voulu rester en Belgique.

C'est le début de la question royale qui oppose les partisans et les opposants du retour du roi resté en exil depuis sa libération par l'armée américaine en 1945. Du fait de cette crise qui oppose la gauche hostile au roi à une partie de la droite encline à chercher un modus vivendi, le parlement reporte à plusieurs reprises la levée de l'impossibilité de régner née quand le roi avait été fait prisonnier. Cette question mêlée aux luttes politiques crée une instabilité gouvernementale que le prince régent, qui exerce pleinement le rôle de chef de l'État dans toutes ses prérogatives, s'efforce de conjurer en patronnant des gouvernements de coalition rouge-romaines, c'est-à-dire formés par les socialistes et les sociaux chrétiens.

Malgré cette évolution politique difficile de la Belgique, le régime constitutionnel fonctionne et le régent se place dans la continuité de l'action du gouvernement de guerre. C'est ainsi que, le , il signe l'arrêté-loi instaurant la sécurité sociale élaborée par le gouvernement en exil, de même qu'il fait ratifier la fondation du Benelux, union économique belgo-néerlando-luxembourgeoise négociée à Londres.

Sous le règne du prince régent la Belgique retrouve un rôle international en participant à la fondation de l'ONU en 1945, la séance de fondation étant présidée par le ministre belge des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak, qui avait exercé sa fonction sans discontinuer depuis 1939 et durant toute la guerre dans le gouvernement libre. Ensuite, ce sera la fondation du Conseil de l'Europe en 1949, après l'OTAN en 1948. L'affiliation de la Belgique à ce traité entraîne un important réarmement de l'armée belge sous la pression de la guerre froide. L'armée va d'ailleurs occuper en Allemagne un créneau de l'OTAN, zone militaire qui s'étend de la frontière belge au rideau de fer. La Belgique est la seule dans ce cas parmi les petites puissances qui avaient été agressées par l'Allemagne en 1940.