La toponymie française est l'étude des noms de lieux en France.

La toponymie a toujours intéressé les érudits. À l'origine d'interprétations souvent douteuses ou fantaisistes (suivant les règles d'une étymologie populaire), elle n'a acquis son caractère scientifique que dans la seconde moitié du .

L'étude de la normalisation des noms de lieux, dans le monde, en langue française fait l'objet de la section normalisation de l'article toponymie.

Historique En France, la question du recueil et de la notation de la toponymie s'est posée dès l'établissement de la carte de Cassini au . Lors de la mise en œuvre de cette carte, les opérateurs avaient dressé des listes de noms de lieux, pour la moitié des 182 feuilles seulementIGN, historique de la science des noms géographiques.

Une étape importante a été la réalisation de dictionnaires topographiques pour chaque département, projet mis en place dans les années 1870, qui a abouti pour une trentaine de départements. Chaque toponyme y est présenté avec un maximum de détails sur son évolution au fil des siècles, à partir de sa première mention dans les textes les plus anciens, généralement médiévaux.

Henri d’Arbois de Jubainville est un des initiateurs des études de toponymie française. En mettant la toponymie au contact de la linguistique historique, il a opéré un premier saut qualitatif.

Auguste Longnon est considéré comme le fondateur en France d'une toponymie véritablement méthodique et systématique fondée avant tout sur la géographie historique et à forte orientation historico-philologique.. On notera son ouvrage majeur Noms de lieux de la France, paru en 1920.

Albert Dauzat a marqué le tournant décisif en toponymie en l'associant à la linguistique phonologique diachronique. Il a fixé les buts et les méthodes de la discipline et son livre La Toponymie française constituera un manuel de référence et livre de chevet pour les chercheurs. La toponymie française d'Albert Dauzat se fonde avant tout sur les désignations successives des noms de lieu par la population dans le cadre d'une évolution phonétique: elle s'appuie sur le principe néogrammairien de la régularité des changements phonétiques, établi après 1870.. Ces principes ont cependant été mis en doute dès les premiers travaux dialectologiques sur les atlas linguistiques, certains éléments des langues standards jusqu’alors étudiées, dérogeaient aux règles de changements phonétiques établies. Albert Dauzat, lui-même, ne croit plus qu’un parler populaire représente l’évolution spontanée et régulière du latin vulgaire apporté dans la région 16 ou 18 siècles auparavant.

Par la suite, d'autres chercheurs ont développé les travaux d'Albert Dauzat, Charles Rostaing, Ernest Nègre et Marcel Baudot.

Classification des toponymes français Il existe deux façons de classer les toponymes en France. On peut le faire selon les diverses strates linguistiques qui se sont succédé dans le pays, depuis le pré-indo-européen jusqu'au français moderne (une variante de cette classification est de diviser les noms par périodes historiques). Il s'agit alors d'adopter (ou non) un des principaux postulats d'Albert Dauzat qui attribue aux toponymes français des couches linguistiques (celte, latin puis germanique).. On peut aussi privilégier un classement selon la nature des lieux : rivières, montagnes, terres cultivées et incultes, lieux d'habitation, lieux de culte, termes liés à l'élevage, à l'industrie ou à l'artisanat, etc.

Classement par strates linguistiques ou historiques Toponymes pré-celtiques Par commodité, on qualifie de pré-indo-européens ou encore pré-celtiques des toponymes qui ne trouvent pas d'explication par l'indo-européen ou par l'ancien celtique continental (gaulois). Il existerait plusieurs types de substrats pré-celtiques ou prélatins selon les régions de France, principalement au sud, parfois superposés dans la même région : Le proto-basque ou aquitanien, dont le suffixe -ossum et son féminin -ossa [qui a donné la terminaison en -os(se)] en est la manifestation la plus évidente dans la toponymie de l'Aquitaine : Andernos, Angos, Urdos, Biscarrosse, Seignosse (occitan Endarnòs, Angòs, Urdòs, Biscarròssa ou Biscarròsse, Senhòssa), etc. Ce suffixe est également présent dans le nord de l'Espagne sous la forme diphtonguée -ués. Certaines de ces créations toponymiques en -ossum peuvent être contemporaines de créations en -acum gauloises. La seconde caractéristique de cette région est d'ordre phonétique, en effet le gascon tend à faire muter [f] latin initial en [h], d'où par exemple (Occitan) La Fage / (Gascon) La Hage, trait phonétique connu aussi du castillan (latin filius > espagnol hijo). En effet, l'aire de diffusion linguistique du gascon et du castillan entoure géographiquement le basque plus ancien. Le ligure représenté par les suffixes -asque, -osque, du sud-est de la France jusqu'aux Alpes et de l’Italie du nord (Manosque, Gréasque, Turbiasque, Monégasque, Côme comasco, Bergame bergamasco). Le suffixe -enc rappelle également les Ligures : Corenc, Clumanc, Sénanque, et prend dans les Alpes du Nord la forme -enche : Sallanches, Choranche, Valgrisenche dans le Val d'Aoste. Les suffixes -elu, -elo, -elio sont encore attribués aux Ligures ; L’ibère pourrait avoir laissé des traces dans la toponymie de la Catalogne et peut faire également partie de ce substrat pré-indo-européen ; mais cette langue n'étant pas encore bien déchiffrée, il est difficile de repérer les toponymes d'origine ibère autrement que par la récurrence de certaines formes dans la zone vraiment propre aux Ibères. Une thèse rapprochant l'ibère du basque avait mis en avant le terme berri signifiant « ville ». Mais cette thèse est aujourd'hui remise en cause par le manque de preuve de la parenté des deux langues, car l'une des constantes de l'euskarologie est .. Les villes de Nice et d’Antibes (du grec Νικη [Nike] et Αντιπολις [Antipolis]), fondées par des colons grecs au , font partie stricto sensu d’un substrat pré-celtique (les Gaulois n’étaient pas encore arrivés dans la région à cette époque). On ne sait pas quelles autres racines néolithiques ou paléolithiques existaient dans ces régions avant l'installation de colonies grecques, puis romaines et celtiques, les substrats s'étant trop mélangés avec de nombreuses variétés locales pour être encore identifiables.

Ces toponymes anciens sont surtout liés au relief ou à l’hydrologie. Faute de documents, on les regroupe par racines, certaines plus ou moins douteuses, d’autres avérées par le grand nombre des toponymes qui leur correspondent. C’est le cas de la racine kar / kal, avec le sens de « rocher, sommet rocheux », mais aussi « rivière caillouteuse », à l’origine d’une importante liste de toponymes, dont beaucoup ont été acclimatés en gaulois, par exemple les cours d’eau de la Garonne, ou du Cher.

Quelques racines pré-celtiquesCertaines sont données également comme celtiques ou du moins indo-européennes. : (ah)ar (hydronyme) : Arc, Hérault, Arve, Arrondine… ahuar (hydronyme) : , Aulne, Gard, Varuaria, uera donné pour celtique par Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions Errance 2003. . atur (hydronyme) : Adour, Yerre, . dur, dor (hydronyme) : Durance, Drôme, Dordogne, , , … el (hydronyme) : , Ille, Ellé, Éllez. rod (hydronyme) : Roanne, RhôneConsidéré comme celtique (de Ro-danus sur danu- hardi, violent) par Pierre-Yves Lambert, La Langue gauloise, éditions Errance 1994.… (k)ar (relief) : CarnacDonné comme celtique par Xavier Delamarre, Op. cité. p. 105 - 106., Arradon, Arzal, Arles, Aravis, Arize, Ares, Armenaz, Archamps… cal(a) (relief) : Cassis, Galibier, calanque, chalet… calm (relief) : , Chaume, Montcalm… cant (relief) : CantalDonné pour celtique par Xavier Delamarre, Op. cité. p. 103 - 104. clap (relief) : la Clape… kuk (relief) : Cucq, Cocumont, Montcuq.

On ajoutera que des termes très fréquents en toponymie (roche, motte) sont vraisemblablement d’origine pré-celtique.

Cela dit, il existe des régions de France probablement exemptes de substrat toponymique pré-indo-européen, voire de substrat pré-celtique. Pour certaines d'entre elles, c'est juste si quelques oronymes peuvent dater d'avant les Celtes, mais ils ont été réadaptés par ceux-ciXavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance, 2003, p. 191. article Isara., cela semble être le cas par exemple en Normandie, mais pas seulement et plus généralement dans le Nord de la France.

Substrat celtique Les Gaulois, ou Celtes, étaient sans doute installés dans une partie de la Gaule dès le , puis leur population s’est étendue dans la Gaule méridionale jusqu’à la Méditerranée et aux Pyrénées.

Si le substrat celtique est assez pauvre dans le français standard au niveau des noms communs (150 mots) et de la syntaxe, il est au contraire très riche en noms propres, c'est-à-dire des toponymes et hydronymes (voir un exemple chez les Allobroges). Certains des appellatifs toponymiques jadis considérés par les spécialistes comme pré-latins ou pré-celtiques sont identifiés aujourd'hui avec plus de certitude comme celtiques. En effet, le corpus des inscriptions gauloises est plus important aujourd'hui et est mieux analysé, voir RIG (Recueil des inscriptions gauloises, CNRS). Beaucoup de racines celtiques (ou gauloises, c'est la même chose) sont utilisées dans des noms composés.

La liste ci-dessous présente quelques-unes des racines les plus employées : briga (= hauteur, puis château fort) : La Brigue, Vandœuvres, Vendeuvre (Vindobriga avec vindo-, blanc). briva (= pont) ou variante bria, lénition de /w/ attestée en gaulois : Brive, Chabris, Samarobriva (ancien nom d’Amiens), Briva Isara (ancien nom de Pontoise), Briovera (ancien nom de Saint-Lô), Brivodurum (Briare, ancien passage sur la Trézée), Brioude, etc. cassanos (= chêne) : Le Chesnay, parmi 221 toponymes en France (cela dit, le suffixe -etu(m) > -ay / -eta > -aie est probablement latin). ceton, ceto (= bois) : qui devait évoluer en ce(t) ou ci(t), latinisé en cetum ou citum que nous retrouvons dans de rares noms de localités : Margouët-Meymes (Gers). Et comme noms de hameaux dans le Gers on retrouve Margouet à Ramouzens et Margoy à Panassac ; dans la Haute-Garonne, Margoy à Aspet ; dans les Basses-Pyrénées, Marcoueyt à Puyoo. Dans le Puy-de-Dôme, on trouve aussi Marcoué à Saint-Hérent et Marcoueix à Pontaumur ; dans le Pas-de-Calais, Marquoy à Robecq, et aussi à Françay en Loir-et-Cher ; dans la Sarthe, Marcoué à Saint-Longis ; dans la Gironde, Coimères (au centre d’une région boisée entre Langon et Bazas et non loin de Lados) serait un pluriel de Ceta-Mara « grand bois » avec les composants dans le même ordre qu’en breton dans Koat-Meur (une évolution de cet- en coi- est cependant douteuse en occitan ; Jacques Boisgontier explique d'ailleurs Coimères par le latin columellas.). De Ceto-Maron viennent peut-être Kaymard à Pruines, et le pic de Kaymard à La Fouillade. condate (= confluent) : , , Candes, Condate (ancien nom de Rennes dont le nom actuel a cependant une autre origine). dunon, latinisé en dunum (= colline, puis forteresse) : Lyon (Lugdunum), Verdun (Virodunum), Autun (Augustodunum), Châteaudun (Castelumdunum). duron > durum (= porte, forum, marché, bourg) : Nanterre (Nemetodurum), Bayeux (Augustodurum). ialo(n) (= espace découvert, terre défrichée puis village) : utilisé comme suffixe, ce terme est à l’origine de la plupart des noms de localités terminés par -euil ou -ueil dans le Nord (Argenteuil, Auteuil, ) et -jouls ou -jols dans le Sud (Tréjouls, Marvejols). mantalon / mantol (= chemin, voie, route) : Petromantalum (« Quatre-routes », carrefour, ancien nom de Saint-Clair-sur-Epte et Pierremande), Manthelon, Manthes, . magos ou magus (= champ, puis marché) : Caen (Catumagos), Rouen (Rotomagus), Augustomagus (aujourd’hui Senlis), Carentan, , Argentan, .