Henry Morton Stanley, surnommé Bula Matari, né John Rowlands le à Dinbych et mort le à Londres, est une figure marquante de l'exploration de l'Afrique, mais dont l'héritage reste profondément ambivalent. Journaliste et explorateur, il est surtout connu pour sa recherche de David Livingstone et pour son rôle dans la conquête coloniale de l'Afrique centrale.

Issu d'un milieu modeste, il connait une jeunesse tourmentée marquée par l'orphelinat et l'émigration aux États-Unis. Il s'engage dans l'armée confédérée pendant la guerre de Sécession avant de se tourner vers le journalisme. C'est dans ce cadre qu'il est envoyé en Afrique pour retrouver le célèbre missionnaire David Livingstone, disparu dans les profondeurs du continent.

Dans les années qui suivent, il se met au service de la colonisation. Engagé par le roi des Belges Léopold II, il joue un rôle déterminant dans la conquête de l'État indépendant du Congo. Ses expéditions sont marquées par une violence extrême et une exploitation sans précédent des populations locales. Les méthodes brutales employées par Stanley et ses hommes ont laissé des traces indélébiles dans l'histoire de la colonisation.

Jeunesse (1841-1856) Le registre d'état civil de la ville de Denbigh signale la naissance le d'un enfant naturel : « John Rowlands, bâtard ». Henry Morton Stanley allait souffrir toute sa vie de cette naissance hors des liens du mariage. Sa mère, Elizabeth (Betsy) Parry, qui travaillait comme servante, donna naissance à quatre autres enfants naturels au cours des années qui suivirent. Elle ne lui révéla jamais qui était son père ; il pourrait s'agir de John Rowlands, bien connu à Denbigh pour s'adonner à la boisson, ou d'un avocat marié répondant au nom de James Vaughan Home..

La mère laissa l'enfant à la garde du grand-père. À la mort de celui-ci, John Rowlands qui avait à l'époque cinq ans, fut confié par son oncle à la garde d'une famille, puis ce dernier, lorsqu'il ne fut plus en mesure de payer sa pension, le plaça dans une « maison de travail », équivalent des maisons de correction en France, la St. Asaph's Union Workhouse.

Une enquête indique qu’en 1847, année à laquelle il y entre, les résidents adultes de la St. Asaph's Union Workhouse « commettaient toutes sortes de délits ». Le directeur, un alcoolique, « prenait toutes sortes de libertés vis-à-vis des occupantes. ». Les enfants partageaient des lits à deux, et, quand ils n'étaient pas maltraités par les adultes, ils étaient les victimes d'enfants plus âgés qu'eux. John Rowlands, sa vie durant, en éprouva la peur de la proximité physique et de la sexualité.

Cependant, les années passées dans cette institution lui permirent d'atteindre un bon niveau d'instruction. Bon élève, il était en particulier intéressé par la géographie. En récompense de ses résultats scolaires il reçut une bible avec une dédicace de l'évêque.

Pendant cette période, John Rowlands ne vit sa mère qu'une seule fois, à l'âge de 9 ans, alors qu'elle amenait deux autres enfants à St. Asaph..

L'Amérique (1856-1861) À 15 ans, il quitte volontairement la « maison de travail » – soit différemment de la version qu'il donne. Il travaille comme journalier dans plusieurs places et embarque finalement à l'âge de 17 ans sur le Windermere, un bateau faisant voile vers La Nouvelle-Orléans.

Une fois arrivé là, il cherche du travail et se présente à un négociant en coton, à qui il fait impression grâce à la bible reçue en prix. Ce négociant se nomme Henry Hope Stanley..

Les descriptions que donne Rowlands de cette époque divergent de la réalité. Il écrit qu'il a logé chez les Stanley, qu'il fut adopté par le couple, et qu'il les accompagna en voyage. Or la femme d'abord, et son époux ensuite, seraient morts subitement en 1861. Selon les registres d'état civil de La Nouvelle-Orléans, le vieux Stanley n’est mort que dix-sept ans plus tard, en 1878. Son épouse et lui avaient bien adopté deux enfants, cependant toutes deux étaient des filles. Son jeune employé Rowlands n'avait pas non plus logé chez lui et, de plus, Henry Hope Stanley et Rowlands s'étaient querellés au point de cesser tout contact..

Soldat et écrivain (1861-1867) En 1861, le jeune homme, qui se fait maintenant appeler Henry Stanley – il y ajoutera Morton plus tard –, rejoint l’Armée des États confédérés, afin de combattre dans la guerre de Sécession. Il participe ainsi, avec réticence, à cette guerre tour à tour comme soldat sudiste puis nordiste. Fait prisonnier lors de la bataille de Shiloh au Tennessee, en , il est conduit dans un camp de prisonniers de guerre près de Chicago. Celui qui passait aux troupes de l’Union pouvait quitter le camp. Le typhus régnant, Stanley se décide à agir de la sorte. Il tombe malade dans l'armée des États nordistes et est réformé en conséquence.

Revenu en Angleterre, il tente de se faire reconnaître par sa mère qui le rejette. Il tente ensuite de monter une expédition en Turquie, qui se termine en fiasco, avant de travailler comme navigateur et de devenir journaliste. Il s'engage tout d'abord sur différents bateaux de la marine marchande et, en 1864, à nouveau dans la marine militaire de l'Union, où sa calligraphie le fait employer comme préposé aux écritures sur le USS Minnesota. En 1865, juste avant la fin de la guerre il déserte et se rend à Saint-Louis, où il est engagé comme correspondant indépendant d'un journal local. Il envoie des nouvelles de l'Ouest : Denver, Salt Lake City, San Francisco. À la suite du major-général Winfield Scott Hancock, il participe aux guerres indiennes. Bien que l'année où il fût « journaliste » ait été marquée par des négociations de paix, il rédige des articles décrivant les batailles pleines de fureur conformes aux attentes de son journal, ce qui lui vaut l'attention de James Gordon Bennett junior, le patron du journal à sensation New York Herald, dont il devient le correspondant en 1867. Il couvre notamment une affaire en Abyssinie.

Au New York Herald (1867-1878) Bennet se rend compte des talents journalistiques de Stanley et l'envoie comme correspondant de guerre en Abyssinie, afin de rendre compte des troubles dans ce pays. Durant son voyage en Égypte, Stanley passe un accord avec le chef télégraphiste William Warren et s'assure ainsi que ses récits du front soient télégraphiés avant d'autres articles pourtant remis avant. Jouant de chance, le jour où a lieu une des seules batailles importantes, le câble assurant la liaison avec Malte se rompt alors que son article, le seul rapportant l'événement, vient d'être transmis.

Le Herald en fait son correspondant spécial attitré et l'envoie par la suite en Espagne, pour couvrir les évènements de la Révolution de 1868 qui coutera son trône à la reine Isabelle II. C'est à Madrid qu'il reçoit le un télégramme de Bennett le rappelant. C'est alors que celui-ci lui donne comme mission : « Trouvez Livingstone ! »

Comment j'ai retrouvé Livingstone (1870-1871) Sa réputation grandit et, en 1869, le rédacteur en chef du New York Herald l'envoie en Afrique équatoriale, avec pour mission de retrouver David Livingstone, parti à la recherche de la source du Nil et porté disparu depuis 1866. Il lui faut plusieurs mois pour découvrir le célèbre explorateur. Depuis son départ en 1866, on était sans signe de vie du docteur Livingstone, missionnaire écossais qui menait des explorations en Afrique. Bien que Stanley ait ultérieurement conté l'histoire de manière très théâtrale, ce n'est qu'au bout d'un an qu'il se lance à sa recherche : entre-temps il rédige des articles consacrés à l'ouverture du canal de Suez, à des fouilles à Jérusalem et à Constantinople. C'est seulement en 1870 qu'il quitte Bombay pour partir à la recherche de Livingstone.

Tenant compte de ce que lui a enseigné la guerre en Abyssinie, il apporte un grand soin à l'équipement, en préparant cette expédition qu'il mène à la tête d'un groupe de 190 hommes – des porteurs africains et seulement deux autres Britanniques. Parti de Zanzibar, en , il rejoint les rives du lac Tanganyika, en Tanzanie, dernière destination connue de Livingstone. Là, à Ujiji le , il retrouve Livingstone malade et à court de vivres.

Plus tard, Stanley publie le récit de cette aventure qu'il intitule : Comment j'ai retrouvé Livingstone ; c’est un succès de librairie. On retient souvent l'anecdote selon laquelle il se serait adressé à Livingstone en ces termes empreints d'une politesse de salon très « british » : , ce à quoi Livingstone aurait répondu : . Le dialogue est peut-être reconstruit ; Livingstone lui-même n'en parle pas et les pages correspondantes du carnet de Stanley ont disparu.

Les deux hommes étaient très différents : le missionnaire Livingstone aimait l'Afrique et les Africains, parlait leur langue et ne tirait pas profit de ses voyages ; Stanley, lui, n'hésitait pas à dire qu'il détestait ce continent de tout son cœur..

La Royal Geographical Society l'accueillit avec froideur, car elle avait également lancé une expédition pour retrouver Livingstone, mais trop tard. L'authenticité des lettres émanant de Livingstone fut mise en question, et la reine Victoria, qui l'avait bien reçu, déclara par la suite que c'était un « affreux petit bonhomme ».

À travers le continent mystérieux (1878) vignette|Henry Morton Stanley vignette|redresse=1.2|Les routes suivies par Stanley

Après cette expédition couronnée de succès et la mort de Livingstone en 1873, Stanley poursuit ses explorations de l'Afrique équatoriale, qu'il traverse d'est en ouest en partant de Zanzibar en 1874. L’expédition, financée par le Daily Telegraph et le New York Herald, mobilise plus de 230 personnes, porteurs et soldats, et même un bateau de treize mètres en pièces détachées, le Lady Alice. Stanley part de Zanzibar le . Il doit recruter d’autres compagnons en cours de route. Il gagne le lac Victoria par l'itinéraire de John Hanning Speke, et effectue la circumnavigation du lac. Il visite le Buganda, passe par le lac Albert découvert en 1864 par Samuel White Baker et Florence Baker, et explore la totalité des rives du lac Tanganyika du au . (en rouge sur la carte)

Stanley rencontre Tippo Tip à Kasongo. Ensemble, ils montent une expédition forte de 400 hommes pour explorer l'Ouest. Ils quittent Nyangwe, le , et pénètrent dans la forêt équatoriale. Après cinquante jours, Tippo Tip renonce, mais Stanley continue vers l'ouest. Pour traverser ces régions, comme le bassin du Congo, où les échanges sont organisés selon les règles strictes du commerce par relais, Stanley doit forcer le passage à plusieurs reprises. Le , 150 personnes réparties sur 23 bateaux entament la descente du fleuve. Le , ils sont bloqués par les chutes Boyoma, qu'ils mettent vingt jours à éviter. Le , au confluent avec l'Aruwimi, ils combattent contre les Basoko. Le , ils affrontent les Bangalas. Le , ils atteignent le confluent avec le Kasaï, et Ntamo le , future implantation de Léopoldville (Kinshasa). (en vert sur la carte)

Les chutes Livingstone constituent le plus redoutable des obstacles : cinq mois sont nécessaires pour couvrir les quelques centaines de kilomètres qui les séparent de Boma, Alexandre Delcommune recueillant finalement une expédition décimée. Stanley est le dernier des quatre Européens encore vivants, et des 356 compagnons africains seulement 115 parviennent à la côte atlantique en . (en bleu sur la carte)

Malgré les difficultés, l'exploit est historique. Stanley décrit ce voyage extraordinaire dans un ouvrage publié en 1878, À travers le continent mystérieux (Through the Dark Continent).

Au service de Léopold II