thumb|Armoiries du Béarn Le Béarn est un territoire qui occupe une partie du versant nord-ouest des Pyrénées. Son histoire débute sous l'occupation romaine de l'Aquitania. Pline l'Ancien mentionne en l'an 77 le peuple des Venarni (ou Benarni) dans son Histoire naturelle. Le Béarn s'organise comme cité antique au début du , puis comme vicomté à partir du . Le Béarn accède au statut de principauté souveraine sous Gaston Fébus en 1347. Les princes béarnais jouent un rôle actif dans le contrôle du piémont pyrénéen, s'alliant à la maison de Foix, puis accédant à la couronne de Navarre. En 1589, le prince béarnais Henri devient roi de France et de Navarre. C'est en 1620 que son fils rattache la principauté au royaume de France à la suite d'une expédition militaire. La nouvelle province française garde alors une large part d'autonomie jusqu'à la Révolution française, avant de se fondre dans l'actuel département des Pyrénées-Atlantiques.
Les plus anciennes traces d'occupation humaine remontent au Paléolithique supérieur, avec plusieurs grottes proches d'Arudy, puis au Néolithique avec des tumuli découverts, notamment sur la plaine du Pont-Long et le plateau de Ger. Les premiers Béarnais sont des chasseurs-cueilleurs, avec une pratique ancienne de la transhumance entre les vallées de haute-montagne et les plateaux du piémont. Société paysanne, le Béarn s'organise autour de ses fors et de diverses institutions judiciaires et politiques, garantissant des libertés individuelles très larges à ses citoyens. Englobant les plaines des gaves de Pau et d'Oloron, les coteaux qui les entourent, et les hautes vallées d'Ossau, d'Aspe et de Barétous, le Béarn garde ses frontières intactes du au . Il forme alors l'une des principautés les plus petites d'Europe, le Béarn occupe pourtant un rôle de premier plan sur l'échiquier européen jusqu'au début du .
Préhistoire vignette|alt=Photo d'un dolmen au centre d'une pelouse.|Le dolmen de Buzy La plus ancienne présence d'un membre de la lignée humaine (genre Homo) est attestée dans la région dès (Paléolithique inférieur) avec Homo antecessor à AtapuercaJ. Cervera, J.L. Arsuaga, J. Trueba : Atapuerca. Un millón de años de historia. Plot Ediciones, S.A. Madrid, 1998. (nord de l'Espagne), puis avec l'homme de Tautavel vers H. de Lumley, A. Fournier, Y.C. Park, Y. Yokoyama, et A. Demouy (1984) - « Stratigraphie du remplissage pléistocène moyen de la Caune de l'Arago à Tautavel - Étude de huit carrotages effectués de 1981 à 1983 », L'Anthropologie, t. 88, , .S. Lebel (1992) - « Mobilité des hominidés et système technique d'exploitation des ressources au Paléolithique ancien : la Caune de l'Arago (France) », Canadian Journal of Archaeology, vol. 16, . (commune de Tautavel dans le département des Pyrénées-Orientales). À partir de , l'apparition des premiers Hommes de Cro-Magnon permet d'observer des reliquats d'armes, d'outils et d'objets artistiques dans la région.. La Dame de Brassempouy, , est découverte à proximité immédiate du nord du Béarn.
Vers , les hommes commencent à travailler les métaux, à domestiquer les animaux, à pratiquer l'élevage et l'agriculture. Ils ont également le culte des morts, comme le prouvent des dolmens et tumulus toujours existants en Béarn. Le menhir de Ger. ou encore le dolmen de Buzy. sont de bons exemples de cette période du Néolithique. Des villages fortifiés apparaissent, dont on retrouvera des restes à Asson, Bougarber, ou encore Lacq.. Des cromlechs de l'âge du bronze sont également visibles en Béarn, en particulier au plateau du Benou..
Antiquité Au début du le territoire béarnais semble être occupé par le peuple des Ligures. Ces derniers sont repoussés par les Ibères vers 500 av. J.-C. ; ils franchissent ainsi les Pyrénées pour s'y installer. Certains vocables toponymiques terminés en « os » pourraient être d'origine ibère (comme Gelos, Arros-de-Nay, Urdos). Le peuple des Venarni pourrait provenir de cette arrivée des Ibères au nord des Pyrénées.
vignette|gauche|alt=Carte indiquant en vert les limites de la Novempopulanie, la Gironde, Toulouse, les Pyrénées.|Les peuples constituant la Novempopulanie. À partir du , la conquête romaine de l'Aquitania vient bouleverser les équilibres en place. La domination de l'Empire romain se prolonge jusqu'au . Le peuple des Venarni est alors intégré à la cité des Tarbelles (actuelle Dax). Au , la province de l'Aquitaine est séparée en trois entités distinctes par les Romains. Ainsi est créée la Novempopulanie, ou « Pays des neuf peuples », qui correspond sensiblement à la zone d'influence du gascon. Les Venarni ne sont toujours pas distingués lors de la première liste de Vérone, ou Laterculus Veronensis, qui décrit les neuf peuples initiaux de la province. Les Venarni sont finalement détachés en tant que peuple à part entière dans la « Notice des provinces et cités des Gaules » en 401.. Les Illuronenses (actuelle Oloron-Sainte-Marie) et les Vasates (région de Bazas) sont également ajoutés, la province compte désormais douze peuples.
La cité des Venarni, Beneharnum, est la première capitale de ce peuple désormais reconnu par le pouvoir romain. Durant le Haut-Empire romain, la cité atteint une étendue maximale de .. Des indices d'occupation sont décelés à partir du , mais ce n'est qu'à partir de la seconde moitié du que l'agglomération semble prospérer. Les fouilles montrent que Beneharnum était une agglomération semi-urbaine, avec un habitat fortement hiérarchisé entre de simples campements pastoraux en périphérie, jusqu'à des villas suburbaines de de surface au sol.
À partir du , la région subit l'effondrement de l'Empire romain et les multiples invasions barbares. Les Vandales, les Wisigoths, les Mérovingiens ou encore les Carolingiens. se succèdent en tant que maîtres nominaux d'un territoire béarnais malgré tout insoumis.. C'est sûrement dans le courant de ce que le christianisme apparaît dans le Béarn, notamment par saint Julien premier évêque de Lescar. L'arrivée tardive de la religion chrétienne en Béarn est le résultat du caractère rural de cette région, le christianisme ayant d'abord été adopté dans les centres urbains. Avant cela, les Béarnais rendaient surtout culte aux astres, aux montagnes, aux arbres et aux sources.
Moyen Âge La formation de la vicomté de Béarn vignette|alt=Carte montrant en vert les limites de la Vasconie, au nord le duché aquitain, au sud la Cantabrie et le royaume Wisigoth|Le duché de Vasconie au . Les Vascons s'installent sur les terres situées entre Garonne et Pyrénées, que les Francs avaient conquises aux Wisigoths, et à partir du contrôlent ce territoire ; un duché de Vasconie (puis de Gascogne) se constitue. Au Odon dispose d'un grand royaume allant des Pyrénées à la Loire avec Toulouse pour capitale.. La langue communément parlée par les Vascons est l'aquitain, néanmoins son aire d'influence ne cesse de reculer avec la romanisation croissante de la région à partir du Le duché de Gascogne se morcelle à partir du , permettant la création du vicomté de Béarn. Les Béarnais s'organisent ainsi pour la première fois dans une entité qui leur est propre. La première dynastie régnante est la famille des Centulle.. C'est également à cette même époque, vers le ou ., que Beneharnum est dévastée par les Normands., Morlaàs devient alors la nouvelle capitale d'une principauté naissante. Les Centulle permettent au Béarn primitif de s'étendre au sud et à l'est, plusieurs mariages provoquent l'intégration du vicomté d'Oloron vers 1050 puis celle de Montaner en 1085. Le pays d'Orthez est annexé en 1194 sous la dynastie des Moncade, l'ensemble de ces territoires forment le Béarn historique qui garde ses frontières intactes jusqu'à la Révolution.
Le Béarn est inclus dans les frontières originelles données au royaume franc par le traité de Verdun en 843, néanmoins la création d'une entité politique propre aux Béarnais a entraîné une évolution de ce lien de vassalité. Ainsi, l'accession progressive du Béarn à un statut de souveraineté est le thème majeur de cette époque médiévale.. Du au , le Béarn est ballotté entre les zones d'influence des ducs de Gascogne, des rois d'Aragon, des rois d'Angleterre et des rois de France. Le Béarn reste sous la tutelle des ducs de Gascogne après son morcellement du , ce lien est déjà très léger dans la seconde moitié du . La vassalité n'est plus que théorique sous , celui-ci participe à la première croisade ainsi qu'à la Reconquista.. Il y joue un rôle décisif aux côtés d'. Le Béarn devient l'alliée de l'Aragon, rompant les derniers liens avec la Gascogne. Cette alliance est initialement équilibrée, mais l'union de l'Aragon avec la Catalogne en 1137 rompt cet équilibre au profit de l'Aragon. Le Béarn devient un pays vassal de la couronne aragonaise, qui tente de créer un vaste ensemble sur les deux versants des Pyrénées..
vignette|alt=Photo d'une tour fortifiée.|Le château de Moncade à Orthez En 1213, la défaite aragonaise à la bataille de Muret entraîne l'arrêt des interventions aragonaises dans la région. Les liens de vassalité entre le Béarn et l'Aragon s'amenuisent progressivement puis se rompent, sans heurts., durant la première moitié du . Cette rupture est l'occasion pour les rois d'Angleterre d'exiger le retour du Béarn dans le giron gascon. Malgré son désir d'indépendance., prête hommage au roi d'Angleterre en 1240. Le retour du Béarn dans la mouvance gasconne se traduit également par un changement de capitale, Orthez (plus proche de la Gascogne) remplace Morlaàs en 1242. n'aura, malgré tout, de cesse de se révolter. contre cette intrusion dans les affaires d'un pays qui disposait auparavant d'une très large autonomie. Il doit s'avouer vaincu après être fait prisonnier à Winchester par en 1276.
Une principauté souveraine choisit de faire marier sa seconde fille, Marguerite de Béarn, au comte de Foix . Ce mariage provoque l'indissoluble union entre les maisons de Foix et de Béarn. Les désormais Foix-Béarn se placent dans une situation délicate, avec d'un côté le Béarn vassal des rois d'Angleterre, et Foix vassal des rois de France. Les prémices de la future guerre de Cent Ans entre les deux royaumes arrivent déjà, compliquant d'autant plus l'équilibre au sein de cette nouvelle dynastie. Jusqu'à , la position des souverains de Béarn oscille entre neutralité et suivi des positions françaises (sans rendre hommage). Le peuple béarnais est lui réticent à suivre une politique favorable aux rois de France, ce dernier ressent une appartenance à la communauté gasconne et voit le royaume de France comme une terre étrangère.. Il faut attendre , dit Fébus, pour voir apparaître une nouvelle politique : faire du Béarn un pays souverain et neutre.
vignette|gauche|alt=Photo de la statue d'un homme debout appuyé sur un bâton, un chien à ses côtés, à l'arrière-plan un château.|La statue de Fébus devant le château de Pau.