vignette|Auguste Comte, fondateur du positivisme. Le positivisme est un courant philosophique fondé au par Auguste Comte, à la fois héritier et critique des Lumières du et qui soumet de manière rigoureuse les connaissances acquises à l'épreuve des faits.
Le positivisme scientifique d'Auguste Comte s'en tient aux relations entre les phénomènes et ne cherche pas à connaître leur nature intrinsèque : il met l'accent sur les lois scientifiques et refuse la recherche des causes premières.
Auguste Comte construit une philosophie des sciences qui part des mathématiques pour aller jusqu'à la sociologie et la science politique, ainsi qu'une philosophie de l'histoire qui conçoit le processus historique comme une avancée vers davantage de rationalité scientifique (« positive ») et moins de théologie et de spéculation métaphysique sur les réalités transcendantes (« la loi des trois états »).
Après la mort de Comte, en 1857, le courant fut bientôt en proie à de nombreuses tensions internes ; cependant, le positivisme a marqué de nombreux domaines de la pensée du , exerçant une influence entre autres sur la médecineRaquel Capurro, Le positivisme est un culte des morts, Epel, 2001., l'empirisme logique, et sur divers courants qui ne sont pas tous liés entre eux (comme le positivisme juridique, certains courants anglais qui dérivent de l'altruisme comtien, ou encore le néopositivisme contemporain).
Origines
Les idées du positivisme puisent leur source dans certaines formulations de Denis Diderot qui soutient un « matérialisme enchanté » et donc une forme d'empirismeÉlisabeth de Fontenay, Diderot ou le matérialisme enchanté, Paris, Grasset, 1981 — rééd. Grasset, 2001 : lire l'introduction., D'Alembert et Turgot, ainsi que de leurs amis et élèves Lagrange et Condorcet.
On cherchait en effet dès la deuxième moitié du à expliquer le progrès de l'esprit humain par le développement des (mathématiques, physique, chimie…), autrement dit par les sciences dures : ce dispositif épistémologique est la directe conséquence des découvertes d'Isaac Newton. Il est aussi influencé par le déterminisme de Laplace.
Le courant philosophique du positivisme commença à se structurer en France dans la première moitié du . Ce terme fut propagé par Saint-Simon, puis popularisé par Auguste Comte, qui collabora étroitement avec Saint-Simon, dont il fut le secrétaire de 1817 à 1824.
Grandes étapes historiques Positivisme scientifique d'Auguste Comte
Dans son Cours de philosophie positive, écrit de 1830 à 1842, Auguste Comte affirme que l'esprit scientifique est destiné, par une loi inexorable du progrès de l'esprit humain, appelée loi des trois états, à remplacer les croyances théologiques et les explications métaphysiques. Il fonde ainsi le positivisme scientifique.
En devenant « positif », l'esprit renoncerait à la question « pourquoi ? », c'est-à-dire à chercher les causes premières des choses. Il se limiterait au « comment », c'est-à-dire à la formulation des lois de la nature, exprimées en langage mathématique, en dégageant, par le moyen d'observations et d'expériences répétées, les relations constantes qui unissent les phénomènes, et permettent d'expliquer la réalité des faits[article] « Positivisme » par Laurence Hansen-Løve, in La Philosophie de A à Z, Paris, Hatier, 2009, ..
Émile Littré, Ernest Renan ou Ernst Mach, parmi bien d'autres, ont repris une approche plus ou moins conforme à celle-ci.
Dans sa biographie consacrée à Auguste Comte, Émile Littré propose une définition concise de la philosophie positive :
Positivisme religieux d'Auguste Comte
Le positivisme « religieux », correspond à une deuxième phase de la pensée d'Auguste Comte, assez différente de la première.
Dans cette période, la pensée de Comte dérive vers une religion naturelle (religion de l'Humanité) fondée sur une sorte de culte des morts : Comte est le « grand-prêtre » de l'humanité, la société est dirigée par les scientifiques, l'Humanité est un Grand-ÊtreRaquel Capurro, Le positivisme est un culte des morts : Auguste Comte, Epel, 2001.. C'est une théorie qui établit des relations en société sur la base de lois scientifiques et techniques, censées apporter l'ordre, le progrès, l'amour au sens de l'altruisme (amour généralisé à des groupes humains plus larges que l'union des sexes, : , par opposition à , ). Elle fait abstraction de la recherche sur le sens de la vie, les origines et les fins de l'Homme, le bonheur.
Dans cette phase paraissent le système de politique positive (quatre tomes publiés de 1851 à 1854) qui développe la sociologie selon Comte, le « catéchisme positiviste » et la synthèse subjective.
Selon Henri Gouhier, la religion de l'Humanité de Comte peut être rapprochée des tentatives religieuses de la Révolution française, le culte de la Raison en octobre et novembre 1793, le culte de l'Être suprême en mai 1794 et la théophilanthropie en 1796Henri Gouhier, Programme pour une étude historique de positivisme, lire en ligne.
Calendrier positiviste d'Auguste Comte En 1849 Auguste Comte crée un calendrier positiviste destiné à accompagner la religion positiviste comme instrument , et de remplacement des saints catholiques du calendrier traditionnel par de grandes figures de l'Humanité.
On y remarque des personnes célèbres (philosophie, science…), requalifiés sous les grades de « dieux, héros et saints » dont Moïse, Socrate, Platon, PythagoreLe Calendrier positiviste..
Positivisme juridique
Le positivisme juridique est une doctrine juridique dans laquelle le droit se réduit au droit positif tel qu'il est décrit dans les codes. Le principal représentant de ce courant est l'Autrichien Hans Kelsen (1881-1973), auteur de la constitution de l'Autriche en 1920.
Hans Kelsen s'est inspiré du système de politique positive d'Auguste Comte (ouvrage écrit dans la phase dite « religieuse » de la philosophie de Comte) pour élaborer une théorie de la pyramide des normes, encore appelée normativisme.
Le positivisme juridique exclut toute référence à un « droit naturel ». Ces thèses sont exposées dans la Théorie pure du droit de Hans Kelsen. Le droit positif est, d'ailleurs, un des fondements de ce que Hans Kelsen a pu appeler l'État de droit.
Positivisme logique Positivisme logique (ou empirisme logique, néo-positivisme, empirisme rationnel).
Critique du positivisme
Critique juridique "La théorie du positivisme juridique ne résiste pas à la pratique; elle s’avère, à l’exercice, intenable et artificielle. Prétendre que tout le droit est dans la loi suppose que l’œuvre judiciaire n’est qu’une réplication de celle du législateur. Le juge, bouche de la loi, selon la formule de Montesquieu, se contente de renouveler le commandement législatif sans jamais vraiment l’interpréter. Ce commandement est toujours clair, explicite, intelligible et demande simplement à être découvert. Rien n’est plus faux au regard des nombreux travaux démontrant la nature souvent créatrice du travail judiciaire et de la consécration, aujourd’hui incontestable, de la jurisprudence comme source de droit. Comme l’affirme le doyen Jean Carbonnier, "le droit est plus grand que les sources formelles du droit"."
Critique philosophique et scientifique
Selon Friedrich Nietzsche, l'erreur du positivisme est de s'appliquer à analyser des « faits » qui seraient indépendants du sujet et donc « objectifs » ce qui n'est pas le cas car selon lui tout « fait » est déjà une interprétation du sujet :
"Contre le positivisme, qui en reste au phénomène, « il n’y a que des faits », j’objecterais : non, justement, il n’y a pas de faits, seulement des interprétations." Nietzsche - Fragments (posthume) fin 1886 – début 1887
Au sujet du fondement sur les phénomènes et les mesures :
Critique du néopositivisme
Critique religieuse
Le théologien catholique Henri de Lubac a consacré la deuxième partie de son livre Le Drame de l'humanisme athée (1944) à Auguste Comte, qu'il critique au même titre que Feuerbach, Marx et Nietzsche.
L'encyclique catholique (1998)
Dans cette encyclique, le pape Jean-Paul II constate que la pensée philosophique moderne s'est développée en s'éloignant progressivement de la révélation chrétienne, au point de s'y opposer explicitement, le mouvement ayant atteint son apogée au ..
Jean-Paul II montre que la prise en compte de la métaphysique est nécessaire, dans le contexte actuel, à la spéculation philosophique, en vue de la recherche de sens, pour tout ce qui concerne les sciences de la vie notamment ..
L'encyclique critique les développements ultérieurs du positivisme, et plus précisément le scientisme — ce qui n'est pas la même chose .
Relation avec l'utilitarisme
Domaines influencés par le positivisme
La philosophie d’Auguste Comte s’est largement diffusée dans la société de la seconde moitié du et de la première moitié du . Sa pensée a exercé une influence considérable sur le développement des sciences dans de nombreux domaines au même titre que celle de Saint-Simon a influencé l’économie. Elle l’a fait en particulier grâce à des sociétés savantes successives et/ou concurrentes en raison de la dispersion reconnue de ses disciplesBruno Delmas et Diane Dosso, La France savante, « Positivistes et sociétés positivistes : réseaux et divisions (1830-1944) », Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, .
Médecine La médecine a été chronologiquement le premier domaine influencé par le positivisme, à travers des personnalités comme : le docteur Robinet, médecin d'Auguste ComteComité des travaux historiques et scientifiques, ROBINET Jean-François Eugène ; Claude Bernard, médecin et physiologiste françaisFrançois Pillon, Clause Bernard et l'école positiviste.
C'est par la médecine que l'influence s'est transmise à l'Amérique latineRaquel Capurro, Le positivisme est un culte des morts : Auguste Comte, 1998, traduction Epel en 2001.
Philosophie L'influence d'Auguste Comte s'est transmise : à Pierre Laffitte (1823-1903), « converti » en 1845, qui prit la tête de l'« Église positiviste » (société positiviste), après la mort d'Auguste Comte et restera « directeur intérimaire » de 1857 à 1903 ; à Ernest Renan, écrivain, philosophe, philologue et historien français ; à Hippolyte Taine philosophe et historien ; au Cercle de Vienne (positivisme logique) pendant l'entre-deux-guerres.
Enseignement
Jules Ferry a été influencé par le positivisme humanitaire de son temps. Il développe l’enseignement populaire à travers les lois sur l'enseignement primaire du et s’efforce d’exclure l’Église catholique du domaine de l’instruction ;
Marcellin Berthelot (1827-1907) connu comme chimiste, fut aussi un homme politique et un militant du positivisme. Il a introduit l'esprit positiviste dans l'enseignement secondaire lorsqu'il était ministre de l'instruction publique (1886-1887).
Droit L'influence a été très forte sur le droit, à travers le mouvement du positivisme juridique : théories du normativisme et de l'État de droit de Hans Kelsen, qui a donné le droit positif français ; théorie de l'État de service de Léon Duguit.
Littérature, fiction Auguste Comte a notamment influencé : Jules Verne qui, dans Les Voyages extraordinaires (54 volumes), publiés par son éditeur Pierre-Jules Hetzel, a donné une certaine vision du monde à la jeunesse de cette époque ; Émile Littré, philologue et médecin français, auteur du Dictionnaire de la langue française ; , il adhéra à la Société positiviste de Comte et à sa philosophie, mais n’apprécia pas les tournures religieuses du positivisme comtien et la manière dont Comte les mit sous l’inspiration de son amour pour Clotilde de VauxAnnie Petit, « Comte revu et corrigé : le cas Littré », Revue européenne des sciences sociales, 2016, lire en ligne ;