Michel Bouquet, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un acteur français.
Très actif au théâtre, il collabore avec le Théâtre national populaire (TNP) de Jean Vilar et le premier Festival d'Avignon, mais également avec des metteurs en scène aussi divers que Jean Anouilh, Claude Régy, Jean-Louis Barrault ou Michel Fau. Au cinéma, il joue pour plusieurs générations de cinéastes, parmi lesquels Robert Guédiguian, Anne Fontaine, Bertrand Blier, ainsi qu'Abel Gance, Henri-Georges Clouzot, Jean Grémillon, Henri Verneuil ou encore Claude Chabrol et François Truffaut.
Michel Bouquet est considéré comme l'un des comédiens français les plus importants. Il a obtenu à deux reprises le César du meilleur acteur (en 2002 et 2006) ainsi que deux fois le Molière du comédien (en 1998 et 2005) pour sept nominations. En 2014, Fabrice Luchini lui remet un Molière d'honneur.
Biographie Enfance, formation et débuts Michel Bouquet naît le dans le . Il est le benjamin d'une famille de quatre garçons.
Fils d'un chef comptable à la préfecture de police de Paris, rescapé de la Première Guerre mondiale, et petit-fils d'un cordonnier, Michel Bouquet est envoyé à l’âge de en pension à l'école Fénelon de Vaujours avec ses trois frères, expérience difficile qui marque cet enfant réservé qui doit affronter la cruauté de ses camarades. Après ses études, il enchaîne divers métiers : apprenti pâtissier, mécanicien-dentiste, manutentionnaire, employé de banque… pour aider sa mère, modiste, restée seule pour élever ses enfants, son père étant prisonnier au début de la Seconde Guerre mondiale. Passionnée de théâtre, de cinéma et de musique, elle fait découvrir à son fils les salles de spectacle de la capitale.
left|vignette|Michel Bouquet en 1943 (photo studio Harcourt).
En 1943, alors que sa mère le croit à la messe, Michel Bouquet se rend chez Maurice Escande, sociétaire de la Comédie-Française, qui lui propose de suivre ses cours. Intégrant le Conservatoire d'art dramatique de Paris en compagnie de Gérard Philipe, il sera un compagnon de la première heure de Jean Anouilh et André Barsacq au théâtre de l'Atelier, puis de Jean Vilar au TNP et au Festival d'Avignon.. Il débute sur les planches en 1944 dans La Première Étape, puis obtient son premier rôle principal dans Roméo et Jeannette de Jean Anouilh.
Carrière au théâtre Michel Bouquet a marqué le théâtre, en participant notamment aux créations des pièces d'Albert Camus et de Jean Anouilh, à l'introduction en France de l'œuvre de Harold Pinter, et en reprenant souvent quelques grands rôles du répertoire classique. Ainsi a-t-il interprété à plusieurs reprises Le Neveu de Rameau de Diderot, L'Avare et Tartuffe de Molière (Globe de cristal du meilleur comédien en 2018), ou encore Le roi se meurt d'Eugène Ionesco, rôle qui lui vaut son second Molière du comédien lors de sa reprise en 2005.
Parmi ses prestations les plus remarquées, on peut citer En attendant Godot en 1978 et Fin de partie en 1995 de Samuel Beckett, Le Neveu de Rameau en 1984, La Danse de mort de Strindberg également en 1984, Le roi se meurt en 1994, Les Côtelettes de Bertrand Blier (pour laquelle il reçoit son premier Molière du comédien) en 1997, Avant la retraite de Thomas Bernhard en 1998 ou encore À torts et à raisons de Ronald Harwood en 2000.
En 1977, il est nommé professeur au Conservatoire national supérieur d'art dramatiqueSes cours au conservatoire sont disponibles en CD..
Il reçoit le Molière d'honneur en 2014 pour l'ensemble de sa carrière.
Carrière au cinéma Michel Bouquet fait sa première apparition au cinéma dans Monsieur Vincent de Maurice Cloche en 1947, aux côtés de Pierre Fresnay et Jean Carmet.
Il alterne théâtre et cinéma tout en affirmant préférer les planches à l'écran. Il s'est notamment fait connaître par ses interprétations de bourgeois typique des années 1970 dans l'œuvre de Claude Chabrol et de François Truffaut, sans hésiter à endosser des rôles antipathiques, à jouer des personnages équivoques, sombres, énigmatiquesArmand Hennon. François Truffaut, la passion des seconds rôles : 100 portraits d’acteurs et d’actrices. Lett Motif, 2024 , pp. 91-93.. Sa silhouette ronde, son visage d’ascète et sa voix grave lui confèrent singularité et profondeur. Il illustre l'étendue de son talent aussi bien dans la comédie que dans le drame. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands acteurs français.
Chez François Truffaut, il est Comolli, le détective privé assassiné par Jean-Paul Belmondo dans La Sirène du Mississipi (1969) et l'une des victimes de Jeanne Moreau dans La mariée était en noir. Pour Chabrol, il a joué le mari trompé par Stéphane Audran dans La Femme infidèle, suivi par un rôle de beau-père méchant toujours avec Audran dans La Rupture. Dans les années 1970, Bouquet est le flic vengeur qui se perd, confronté à un système policier en pleine déliquescence, dans Un condé (1970) d'Yves Boisset, il incarne un redoutable avocat corrompu dans Borsalino (1970), puis un flic obstiné qui terrorise Alain Delon dans Deux Hommes dans la ville (1972), candidat aux élections législatives dans Défense de savoir (1973) de Nadine Trintignant, le patron de presse hospitalisé qui est entouré par Claude Jade dans Les Anneaux de Bicêtre (1976), mais il est aussi dans la même année le redoutable milliardaire dans la comédie Le Jouet de Francis Veber. Dans cette décennie il a joué deux rôles sombres pour André Cayatte, dans Il n'y a pas de fumée sans feu et La Raison d'État. Autre film au sujet politique est L'Attentat d'Yves Boisset.
Dans les années 1980, il incarne un notaire pourri et l'ennemi de Stéphane Audran dans Poulet au vinaigre (1985), encore chez Chabrol. Il a endossé en 1982 le rôle de Javert dans Les Misérables, version de Robert Hossein (avec Lino Ventura en Jean Valjean et Jean Carmet en Thénardier), et avec un tel talent que nombre d'hugoliens considèrent cette interprétation comme l'incarnation même de Javert. Il a joué également dans de nombreuses séries et téléfilms, notamment dans Les Cinq Dernières Minutes avec Raymond Souplex, ou dans Maigret avec Bruno Cremer.
Dans les années 1990, il est pour Alain Corneau le peintre Lubin Baugin dans Tous les matins du monde, suivi vingt ans après par le peintre Auguste Renoir dans Renoir (2012). À propos du jeu précis de Michel Bouquet en tant qu'acteur de cinéma, Claude Jade, sa partenaire dans Les Anneaux de Bicêtre, écrit dans son livre Baisers envolés : .
À partir des années 2000 Michel Bouquet reçoit le César du meilleur acteur en 2002 pour son rôle de père qui revient bouleverser la vie de son fils dans Comment j'ai tué mon père d'Anne Fontaine. Il remporte à nouveau cette récompense quatre ans plus tard pour son interprétation de François Mitterrand dans Le Promeneur du Champ-de-Mars de Robert Guédiguian. Il devait tourner le film Le Goût des myrtilles avec Marie Otal, qui devait jouer son amante, mais celle-ci meurt le à Bruxelles, peu de temps avant le tournage. Il cède sa place à Michel Piccoli.
Le , il annonce qu'il renonce à se produire sur scène., mais continue néanmoins à participer à des productions de films pour le cinéma ou la télévision. Toutefois, en 2013-2014, il reprend Le roi se meurt, puis en 2015-2016 À torts et à raisons de Ronald Harwood.. et en 2017, à l'âge de , Le Tartuffe de Molière, dans une mise en scène de Michel Fau..
Vie privée Michel Bouquet rencontre en 1945 Ariane Borg (1915-2007), elle-même comédienne. Il l'épouse en 1954 et la quitte en 1967. Il se marie en 1970 avec Juliette Carré, qui a été sa partenaire sur scène plusieurs fois.. Il n'a pas de lien de parenté avec la comédienne Carole Bouquet.
Au cours d'une interview, il déclare : « Je suis un anarchiste calme », voulant ainsi éclairer malicieusement l'image que les médias donnent de lui, celle d'une personne calme, voire austère, autant par son physique que par son langage, destiné le plus souvent à représenter la loi et l'autorité.
En , à la suite de la démission de Nicolas Hulot, il signe la tribune contre le réchauffement climatique intitulée « Le plus grand défi de l'histoire de l'humanité », qui paraît en « une » du journal Le Monde avec pour sous-titre « L'appel de 200 personnalités pour sauver la planète »..
Mort thumb|Tombe de Michel Bouquet au cimetière d'Étais-la-Sauvin. Michel Bouquet meurt le à l'âge de 96 ans, à l'hôpital Bretonneau...., dans le . De nombreux hommages lui sont rendus par ses pairs, comme Carole Bouquet, Fabrice Luchini ou Alain Delon.
Ses obsèques se tiennent dans la plus stricte intimité à l'église d'Étais-la-Sauvin, dans l'Yonne, quelques jours plus tard. Il est inhumé dans le caveau de famille de sa dernière épouse au cimetière communalCimetières de France et d'ailleurs.
Un hommage national aux Invalides lui est rendu le , présidé par Emmanuel Macron, qui a évoqué la perte d'un « monstre sacré ». De nombreux anonymes et personnalités y assistent, dont Fabrice Luchini, Muriel Robin et Pierre Arditi qui prennent la parole chacun son tour, tous trois ayant bien connu le comédien. Les acteurs Kad Merad, Catherine Frot, Francis Huster, Julie Gayet ou encore le réalisateur Costa-Gavras répondent à l'appel également.
Théâtre 1943-1949 1943 : Première Étape de Claude GéraldyFils de l'écrivain Paul Géraldy. Cf. Claude Géraldy sur data.bnf.fr, mise en scène Jean-Jacques Daubin, studio des Champs-Élysées. 1944 : Le Tartuffe ou l'Imposteur de Molière : Damis 1944 : Le Voyage de Thésée de Georges Neveux, mise en scène Jean Marchat, théâtre des Mathurins 1945 : Caligula d'Albert Camus, mise en scène Paul Œttly, théâtre Hébertot : Scipion 1945 : Le Treizième Arbre d'André Gide, théâtre des Mathurins : le vicomte 1945 : Danton de Romain Rolland, mise en en scène Pierre Aldebert, avec la troupe du Théâtre national populaire, théâtre Pigalle : Robespierre 1946 : Roméo et Jeannette de Jean Anouilh, mise en scène André Barsacq, théâtre de l'Atelier : Lucien 1946 : Le Rendez-vous de Senlis de Jean Anouilh, mise en scène André Barsacq, théâtre de l'Atelier : Robert 1947 : L'Invitation au château de Jean Anouilh, mise en scène André Barsacq, théâtre de l'Atelier : Horace-Frédéric 1947 : La Terrasse de midi de Maurice Clavel, mise en scène Jean Vilar, Festival d'Avignon : Jean 1948 : Le Revizor de Nicolas Gogol, mise en scène André Barsacq, théâtre de l'Atelier : Ivan Alexandrovitch Khlestakov 1949 : Les Justes d'Albert Camus, mise en scène Paul Œttly, théâtre Hébertot : Stepan Fedorov
1950-1959 1950 : Henri IV de William Shakespeare, mise en scène Jean Vilar, Festival d'Avignon : prince Henri de Galles 1951 : Cucendron ou la Pure Agathe de Robert Favart, mise en scène Christian-Gérard, théâtre Saint-Georges : Bob 1952 : Le Profanateur de Thierry Maulnier, mise en scène Tania Balachova, théâtre Antoine : Alde Pozzi 1953 : La Mort de Danton de Georg Büchner, mise en scène Jean Vilar, Théâtre national de Chaillot : Saint-Just 1953 : La Tragédie du roi Richard II de William Shakespeare, mise en scène Jean Vilar, Festival d'Avignon : le duc d'Aumerle 1953 : Le Médecin malgré lui de Molière, mise en scène Jean-Pierre Darras, Festival d'Avignon : Léandre 1953 : Dom Juan ou le Festin de Pierre de Molière, mise en scène Jean Vilar, Festival d'Avignon : Pierrot 1953 : L'Alouette de Jean Anouilh, mise en scène de l'auteur et Roland Piétri, théâtre Montparnasse : Charles VII 1956 : Chatterton d'Alfred de Vigny, mise en scène Michel Bouquet, théâtre de l'Œuvre : Thomas Chatterton 1956 : Pauvre Bitos ou le Dîner de têtes de Jean Anouilh, mise en scène de l'auteur et Roland Piétri, théâtre Montparnasse : André Bitos / Robespierre 1956 : La Belle Dame sans merci de Jean Le Marois, mise en scène Marcelle Tassencourt, théâtre Hébertot : Arlequin 1957 : Pauvre Bitos ou le Dîner de têtes de Jean Anouilh, mise en scène de l'auteur et Roland Piétri, comédie des Champs-Élysées, théâtre des Célestins : André Bitos / Robespierre