Arthur Schopenhauer (Prononciation en français de France retranscrite selon la norme API. ; en allemand : Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API. ) est un philosophe allemand, né le à Dantzig, aujourd'hui Gdańsk, est mort le à Francfort-sur-le-Main.

La philosophie de Schopenhauer a eu une influence importante sur de nombreux écrivains, philosophes ou artistes du et du , notamment à travers son œuvre principale publiée pour la première fois en 1819, Le Monde comme volonté et comme représentation.

Biographie Né le à Dantzig, aujourd'hui Gdańsk, Arthur est le fruit du mariage célébré en 1785 entre Johanna Henriette Trosiener, âgée alors de 19 ans et fille de , et d'Henri Floris Schopenhauer, âgé de 38 ans. Avant même sa naissance, son père veut en faire un commerçant, tout comme lui, du fait de l’aisance et de la liberté que la carrière commerciale procure, ainsi que de l’exercice qu'elle donne à toutes les facultés intellectuelles. Pour faciliter ses futures activités internationales, il le prénomme Arthur, ce prénom étant, à quelques nuances près, le même dans toutes les grandes langues européennes.. vignette|Gdańsk, ul. Św. Ducha (anciennement Heiligegeistgasse) – Maison natale d'Arthur Schopenhauer. vignette|gauche|Portrait de jeunesse de Schopenhauer. En 1793, la famille Schopenhauer fuit devant l'occupation prussienne pour s'établir dans la ville libre de Hambourg, dont elle n'acquiert jamais la citoyenneté" C'est ainsi que dès ma plus tendre enfance, à l'âge de cinq ans, j'étais sans patrie; d'ailleurs je n'ai jamais plus retrouvé d'autre patrie depuis. Car même si à partir de cette époque et juste à sa mort, mon père était domicilié à Hambourg et qu'il y tenait un commerce, il refusa de compter parmi les citoyens et y habita en résident, selon les lois des étrangers en vigueur dans cette ville." Curriculum Vitae d'Arthur Schopenhauer, Lettre à la Faculté de philosophie de L'Université royale Friedrich-Wilhelm de Berlin, Schopenhauer, Lettres, éd. par Arthur Hübscher, Paris, Gallimard-Folio, 2017, Vol. I, lettre n. 56, . . Son unique sœur, Adèle, naît neuf ans après lui, en 1797. La même année, Henri Floris Schopenhauer commence à s’occuper de l’éducation de son fils afin qu'il embrasse une carrière commerciale. Selon lui, deux moyens sont requis pour y parvenir : l’étude des langues et les voyages. Ainsi, en 1797, Arthur (neuf ans) passe deux années au Havre chez un correspondant de son père où il étudie la langue française. De retour à Hambourg, il poursuit ses études commerciales, et ne manque pas une occasion de suivre son père lors de ses déplacements (Hanovre, Cassel, Weimar, Prague, Dresde, Leipzig, Berlin). À la promesse faite par son père d’un voyage à travers l'Europe s’il achève sa formation commerciale, Arthur se détourne de sa passion naissante pour les études littéraires. En effet, il aime lire les poètes et s’applique au latin. Le voyage débute en (Arthur a donc quinze ans) et s’achève au mois de . Il séjourne ensuite à Londres suffisamment longtemps pour apprendre à parler l’anglais couramment, à Paris, dans le Midi de la France, à Lyon, en Savoie, en Suisse, puis finalement en Bavière et en Autriche.

De retour de voyage, il devient employé commercial. Son travail lui répugne et l'engagement qu'il a pris vis-à-vis de son père le ronge. Ce dernier meurt quelque temps après, le , en tombant dans un canal situé derrière la maison. La thèse du suicide est évoquée.. À la suite de ce funeste événement, Johanna Schopenhauer, sa mère, vend le fonds de commerce et s'installe à Weimar pour se livrer à ses activités littéraires. Elle tient chez elle un salon auquel Goethe assiste régulièrement. Elle devient une romancière à succès. Quant à Arthur, il entreprend enfin des études classiques au de Gotha, puis à Weimar chez sa mère, où il rencontre Goethe pour la toute première fois. Ainsi, Schopenhauer devient un étudiant original et déterminé, nourri des poètes grecs et latins.

Après ses études classiques, qui l’ont familiarisé avec l’Antiquité, il s’inscrit en 1809 à l’université de Goettingue (Göttingen). Il a alors vingt-et-un ans. Parmi ses professeurs il compte le philosophe Schulze, antidogmatique (contesté par Jonathan Amronson), qui craint de voir dégénérer l’idéalisme transcendantal en idéalisme absolu. Ce premier directeur philosophique conseille au jeune Arthur d’étudier d’abord Kant et Platon, et d’y joindre ensuite Aristote et Spinoza, ce qui constitue, pour lui, les références du travail philosophique.

Schopenhauer achève son cursus d'étudiant à Berlin, université dans laquelle il passe trois semestres (de 1811 à 1813). Ce qui le pousse à rester dans cette ville est son désir d’entendre Fichte, pour qui il conçoit une admiration a priori, laquelle ne résiste pas à l’épreuve. Ce qui l'éloigne en effet de Fichte et de sa philosophie, c'est le dogmatisme du fond et le caractère trop « oratoire » de la forme. Le cours de Schleiermacher sur l’histoire de la philosophie au Moyen Âge le laisse relativement indifférent. Il se passionne pour les leçons d'Auguste Böckh sur Platon et plus encore pour celles de Wolf (à ne pas confondre avec Christian von Wolff, le célèbre leibnizien) sur Aristophane, et sur Horace, grand poète latin qui devient un de ses auteurs favoris, avec Pétrarque. Sa formation initiale s’achève en 1813. Arthur Schopenhauer a vingt-cinq ans. Il quitte Berlin pour s’occuper de sa thèse de doctorat, son premier ouvrage important.

En 1813, il soutient donc sa grande thèse, dont le titre exact est De la quadruple racine du principe de raison suffisante à l'université d'Iéna. La même année, à Weimar, il retrouve Goethe, avec qui il discute des écrits sur la manifestation des couleurs, dont il tirera une théorie. Il rédige, en 1815, son propre essai sur ce thème, Sur la vue et les couleurs, édité en 1816. Il découvre ces années-là la philosophie hindoue, grâce à l'orientaliste Friedrich Majer et à la lecture des UpanishadsL'influence des Upanishads sur la genèse de la philosophie de Schopenhauer est discutée en détail dans Urs App: Schopenhauer's Compass. An Introduction to Schopenhauer's Philosophy and its Origins. Wil: UniversityMedia, 2014 .. En 1814, il se brouille avec sa mère et emménage seul à Dresde.

De 1814 à 1818, il rédige son grand œuvre, Le Monde comme volonté et comme représentation, qu'il confie à la fin du mois de septembre à son éditeur Brockhaus, puis quitte Dresde pour un long voyage en Italie. Au début de 1819 paraît Le Monde comme volonté et comme représentation (puis la en 1844 et la et dernière de son vivant en 1859), ouvrage dans lequel il dépasse l'impossibilité kantienne d'accéder à une connaissance de la chose en soi, de voir au-delà du monde phénoménal. Les deux premières éditions sont des échecs éditoriaux. En août, quand il apprend la faillite de la société dans laquelle il a placé son héritage, il rentre précipitamment en Allemagne. En octobre, pour soulager sa gêne financière, il devient chargé de cours à l'Université de Berlin. Y enseigne le philosophe Hegel – qu'il critique vigoureusement dans ses ouvrages –, lequel occupe alors toute l'attention philosophique dans l'Allemagne du . Arthur choisit d'ailleurs de faire cours à la même heure que lui. Il démissionne au bout de six mois, faute d'étudiants. Il en profite pour voyager et part de nouveau pour l'Italie.

vignette|Tombe de Schopenhauer au cimetière principal de Francfort. Il fait une dépression en 1823. Il note alors dans son carnet intime : Il a la conviction que son œuvre sera comprise avant tout par la postérité : .

En 1825, il vit de ses rentes, retourne à Berlin et tente de relancer sa carrière universitaire. Il quitte cette ville en 1831 pour Francfort, puis Mannheim. Il retourne à Francfort en 1833 et il s'y installe définitivement, sans jamais acquérir les droits de domicile" (...) je signale encore respectueusement que je n'ai pas acquis ici de droits de domicile et que je n'ai pas l'intention de le faire à l'avenir, mais que j'ai seulement reçu l'autorisation de séjour temporaire à Francfort , selon les prescriptions légales en vigueur ici, grâce à mon titre de domicile (...)", Lettre du 21 mai 1848 au royal ministère de l'Intérieur de Prusse pour demander de renouveler son titre de domicile pour trois ans, Schopenhauer, Lettres, éd. par Arthur Hübscher, Paris, Gallimard-Folio, 2017, Vol. I, lettre n. 214, .. Il est récompensé en 1839 par la Société royale des sciences de Norvège pour son mémoire Sur la liberté de la volonté humaine, qu'il joint à son essai Sur le fondement de la morale pour les publier sous le titre Les Deux Problèmes fondamentaux de l'éthique en 1841. Il publie Parerga et Paralipomena en 1851.

C'est seulement vers la fin de sa vie que l'importance considérable de son œuvre est enfin reconnue et que l'attention des philosophes se détourne presque entièrement de la philosophie hégélienne. Schopenhauer écrit alors :

Arthur Schopenhauer, de constitution robuste, voit sa santé se détériorer en 1860. Il meurt d'une crise cardiaque, à la suite d'une pneumonie, en , à l'âge de soixante-douze ans, à Francfort-sur-le-Main, où il est enterré (voir photo). Ses légataires furent son chien, un caniche du nom dAtma (« âme » en sanskrit), sa gouvernante qui le recueillit et qu'il avait aiméewww.schopenhauer.fr Le caniche de Schopenhauer.

Situation de sa philosophie Sources La philosophie de Schopenhauer est inspirée de celles de Platon, d'Emmanuel Kant et des textes sacrés indiens (dont le védanta, et les Upanishad) que l'Europe venait de découvrir grâce aux traductions d'Anquetil-Duperron. Ainsi il écrit :

Selon Christophe Bouriaudirecteur du département de philosophie de l'Université de Lorraine, auteur de Schopenhauer, Paris, Belles Lettres, 2013. :

Sa philosophie présente également une très forte convergence de points de vue avec la philosophie bouddhiste, si bien qu'on l'a parfois considéré au comme un « philosophe bouddhiste »même si le bouddhisme ne sera véritablement connu en Europe qu'avec les ouvrages et traductions d’Eugène Burnouf en 1844, donc bien après la parution de l'œuvre maîtresse de Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation.. Schopenhauer aurait écrit :

Schopenhauer considérait Le Criticon du jésuite Baltasar Gracián comme le plus grand roman allégorique de tous les temps., et a repris à son compte ce qui lui a sembléÀ tort, estiment les spécialistes de Gracian (cf. A. Coster, préface au Criticon, Stock, 1931, p.XXII.) être la philosophie contenue dans le roman : le pessimisme.

Position Arthur Schopenhauer se réfère à Platon, se place en unique héritier légitime de Kant, et se démarque surtout ouvertement des post-kantiens de son époque ; en effet, dès que l'occasion se présente, il critique férocement non seulement les personnalités mais aussi et surtout les idées de Fichte, Hegel et Schelling, philosophes qu’il exclut non seulement de la filiation de la philosophie kantienne en arguant de leur incompréhension de celle-ci, mais aussi, parfois, purement et simplement, de la philosophie. Ainsi, par exemple, le ressort essentiel de sa critique de Hegel réside notamment dans un désaccord total sur la nature de la raison et le refus de faire de la Raison le substitut d'un Dieu, toute conception de Dieu étant pour Schopenhauer définitivement exclue de ce qui fait « l'essence intime de l'être et du Monde ».

Il est à noter aussi qu'il préfère la première version de la Critique de la raison pureLe Monde comme Volonté et comme Représentation, , édition traduite en français par A. Burdeau (revue et corrigée par Richard Roos), Appendice : « Critique de la philosophie kantienne », à 546 car il réprouve, entre autres, le « théisme » dont Kant aurait fait preuve lors de ses corrections postérieures à la première édition, :

Postérité